HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LiBRARY OF SAMUEL GARMAN //i y?-? Ja-i^^e.^ ^3^^^/^^^ i^/^i'^-C Cty>t-t^t^. 0CT5 1928 HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. STR.^SBOURG, IMPRIMERIE DE F. G. LEVRAULT, RUE DES JUIFS, 1V.° 33. HISTOIRE NATURELLE DES poissor^s, PAR m. LE B.«^ CUVIER, Grand-Officier de la Légion d'honneur, Conseiller d'Etat et au Conseil royal de l'Instruction publique , l'un des quarante de l'Académie française , Associé libre de l'Académie des Belles-Lettres, Secrétaire perpétuel de celle des Sciences, Membre des Sociétés et Académies rojales de Londres, de Berlin, de Pétersbourg, de Stoclholm, de Turin, de Gœttingue, des Pays* Bas, de Munich, de Modène, etc.; ET PAR M. VALENCIENNES, Aide -Naturaliste au Muséum d'Histoire naturelle. TOME HUITIÈME A PARIS, Chez F. G. LEVRAULT, rue de la Harpe, n.° 81 j STRASBOURG» même Maison, rue des Juifs, n.° 33; BRUXELLES; Librairie parisienne, rue de la jMagdeleine, n.° 488, 1831.^ AVERTISSEMENT. Ce volume commence l'histoire d'une des fa- milles les plus intéressantes d'acantlioptérygiens, celle des scombéroïdes, qui , malgré l'importance de plusieurs de ses espèces pour la nourriture de l'homme, n'avait encore été étudiée que bien légèrement par les naturalistes. Nous-mêmes avons été étonnés du nombre d'espèces non dé- crites, non caractérisées, que recelaient les mers de l'Europe, et ce n'est presque qu'en hésitant que nous les avons présentées comme nouvelles pour la science ; mais il a bien fallu se rendre à l'évidence. Parmi les nombreux poissons qui nous sont parvenus depuis l'impression de nos derniers volumes, nous avons choisi, pour le supplément de celui-ci , les pins intéressans par leur beauté ou par leurs caractères. Les naturalistes y verront même avec plaisir quelques nouveaux genres, VJ AVERTISSEMENT. et particulièrement celui des bovichtes, dont M. Carmicliael avait fait connaître une espèce, mais sous un nom générique qui ne lui conve- nait pas. Il nous a toujours paru que des lu- mières acquises sur des espèces anciennes et mal connues , étaient préférables à des espèces nou- velles. Nous prions nos lecteurs de ne point oublier que les poissons qui font l'objet de nos divers supplémens, et que nous insérons ainsi bors d'ordre dans nos volumes, pour faire jouir plus tôt le public des nouvelles acquisitions de la science, seront tous remis à leur place dans le tableau général des caractères des familles , des genres et des espèces qui terminera notre ou- vrage. Au Jardin du Roi, Octobre 1851. TABLE DU HUITIÈME VOLUME. LIVRE NEUVIEME. Pages. Plaàfcfc. Des Scombéroïdes i PKEMIÈRE GRANDE TRIBU. Les Scombéroïdes a fausses pinnules et sans ar- mure A LA LIGNE LATÉRALE 5 CHAPITRE PREMIER. Des Maquereaux (Scombjlr^ nob.) 6 Le Maquereau commun (Scomber scombrus^ L.). Ibid. Des Maquereaux à vessie natatoire de la Médi- terranée 34 Le Maquereau pneumatophore {Scomber pneu- matophorus y Lar.) 36 Le Maquereau colias (Scomber coliasj Gra.) ... 3 9 209 Des Maquereaux étrangers 43 Le petit Maquereau de l'Atlantique (Scomber grexj Mitch.) Ibid. Le Maquereau printauier (Scomber vernalis ^ Mitch.) 48 Le Maquereau de la Nouvelle-Hollande (Scomber australasicus y nob.) 49 VUJ TABLE. Pages, Fiance; Le Maquereau kanagurta (Scomber kanagurta^ nob.) .- 49 Le Maquereau loo (Scomber loo^ nob.) 62 Le Maquereau du Fort-Dauphin (Scomber delphi- nalis^ Comm.) 5 3 Le Maquereau du Japon (Scomber japonicns y Houtt.) 54 Le Maquereau doré (Scomber auratus^ Houtt.). 55 Le Maquereau du Cap (Scomber capensis, nob.). 56 CHAPITRE IL Des Thons (Thynnus^ nob.) Sy Le Thon commun ( Tlijnnus 'viilgaris , nob. ; Scomber ihjnnus^ Linn.) 58 210 Le Thon à pectorales courtes (Thynmis brachj- pterusy nob.) 98213 JÎH Le Thon dAmérique (Thjmnus coretta^ nob.). 102 La Thonine, ou Touna (Thjnmis thunnina^ nob.). 104 212 La Thonine du Brésil (Thjnnus brasiliensis^ nob.). 110 La Thonine à pectorales courtes (Thynnus brei^i- pinnisy nob.) 112 216 La Bonite à ventre rayé (Thjnnus pelamjs^ nob. ; Scomber pelamjs^ Linn.) ii3 214 Le Germon (Thynnus cdalonga^ nob.j Scomber àlalonga , Gm.) 120 2i5 Le Germon de la mer Pacifique ( Thjnnus pacijl- cusy nob.) i33 Le Germon à ventre rayé d'argent ( Thjnnus ar- gentwiUatus j nob.) i34 Le Germon à écharpe (Thjnnus balteatus^ nob.). 1 36 TABLE. IX CHAPITRE III. Pages. PUncU. Des Atjxides et des Pélajmides v i38 Des Auxides (y^uxis^ riob.) Ibid. L'Aiixide commune, ou Bonitou {Àuxis 'vulgaris^ nob.; Scomher hisus^ Rafin.; Scomher Rocheij Risso) iSg 211 L'Auxide tazard {Scomher taso, Commers.). ... 146 L'Auxide de Sloane {Scomher Sloaneî, nob.). . . 148 Des Pélamides 149 La Pélamide commune , ou Bonite à dos rayé {Pelamjs sarcla^ nob. \ Scomher sarda^ BL). Ihid. 217 La Pélamide du Chili {Pelamjs chUiensis^ nob.). i63 CHAPITRE IV. Des Tassards {Cybiums^ nob.) 164 Le Tassard commersonien {Cjhium Commersoniij nob.; Scomher Commersoiiii ^hacé^.) i65 Le Tassavd linéolé {Cjhium Uneolatum^ nob.). . 170 Le Tassard à bandes interrompues {Cjhium inter- ruptum^ nob.) 172 Le Tassai'd à gouttelettes {Cjhium guttaUnn^ nob. ; Scomher guttatus^ Bl. Schn.) 173 Le Tassavd batteur {Cjhium Iritor, nob.) 176 2i8 Le Tassard hareng {Cjhium clupeoideum ^ nob.; Scomher clupeoides ^ Brouss.) 178 Le Tassard de Kuhl {Cjhium Kuhlii^ noJ).) .... Ihid. Le Tassard de Mertens {Cjhium Mertensii^ nob.). 179 Le Tassard de la Chine {Cjhium chinense^ nob. ; Scomhre, chinois ^ Lacép.) 180 Le Tassard du Japon {Cj bium niphonium^ nob.). Ihid. X TABLE. Piges. Plancli. Le Tassard tacheté (Cjbium maculatum^ nob. ; Scomher maculatus^ Mitch.) 181 Le Tassard royal (Cjbium régale^ nob. ; Scomher regalis^ Bl.) 184 Le Tassard sierra (Cjbium acert^um^ nob.) .... i 86 Le Tassard guarapucii (Cjbium cabaîla, nob.) . . 187 Le Tassard sans taches (Cjbium immaculatum^noh.). 191 Le Tassard de Solander (Cjbium Solandri, nob.). 192 CHAPITRE V. Des Thyrsites et des Gempyles 196 Des Thyrsites * • . . . . Ibid. Le Thyrsite atun (Thyrsites atun^ nob.-, Scomher atun, Euphras. et Lacép.) Ihid. 219 Le Thyrsite du Chih (Thjrsites chilensis^ nob.). 204 Le Thyrsite jarretière (Thjrsites lepidopoides ^ nob.) 2o5 220 Des Gempyles (Gempvlus, nob.) 207 Le Gerapyle serpent (Gempjlus serpensj nob.; Scomher serpens ^ Soland.) Ibid. Le Gempyle couleuvre (Gempjlus coîuber, nob.). 211 221 Le Gempyle prométhée (Gempjlus prometheus, nob.) 2i3 222 Le Gempyle de Solander (Gempjlus Solandrij nob.; Scomher macrophtalmus ^ Soland.) ... 2i5 APPENDICE A LA PREMIÈRE TRIBU. 217 CHAPITRE VL Des Lépidopes (Lepidopus^ Gouan) 218 Le Lépidope argenté (Lepidopus ar^jreusy nob.). 2 2 3 2 2 3 TABLE. XJ CHAPITRE VII. Pages. Plancb. Des TmcHiTJRES (TmcntURUs^ Linn.) 2 35 Le Trichiure de l'Adantique (Trichiurus leptinus^ Linn.) 237 Des Trichiures des Indes 246 Le Trichiure hamnela {Trichiurus kaumela, nob. ; Clujjea haumela^ Forsk.) 249 Le Trichiure savale (Trichiurus sai^ala^ nob.) . . 261 224 TRIBU DES ESPADONS, Ou SCOMBÉROÏDES A MUSEAU EN FORME DE DARD OU DÉPÉE 264 CHAPITRE Vin. Des Espadons propremewe dits (Aiphijs . L.). 2^6 De la seule espèce connue, l'Espadon épée {Xijjhias [22S gladiusj Linn.) Ihid.l 226 (23l Du prétendu Xiphias imperator de Bloch 278 CHAPITRE IX. Des Tétraptures, du Makaira et des Voiliers. 280 Des Tétraptures Ihid. Le Tétrapture aguïa (Tetrapturus belone^^aû^a.). Ihid. Le Tétrapture des Indes (Tetrapturus indicus ^ nob.) 286 Du Makaira 287 227 228 Xlj TABLE. Pages. Plancb. Des Voiliers or Histiophores 291 L'Histiophore des Indes (Histiopkorus indiens, nob.) ' 293 229 LHistiophore d Amérique (Histiopkorus ameri- canusj nob.) 3o3 UHisûo^hore joli (Histiopkorus pulckellus, noh.). 3o5 2 3o De quelfjues Poissons de cette famille dont on ne connaît que les museaux Soy DEUXIÈME GRANDE TRIBU. Les Scombéroïdes a rayons épineux du dos séparés. 3 1 o CHAPITRE X. Des Pilotes {Njucrjtes, Rafin.) et des Ela- cates (Eljcjte, nob.) 3i2 Des Pilotes Ibid. Et particiUièrement de l'espèce commune (Nau- crates ductor, nob.; Scomher ductor, linn.). Ihid. 232 Le Pilote de New-York {Naucrates noi^ehoracen- sisj nob.) 3 2 5 Le Pilote des Indes (Naucmtes indicus, noh.). 326 Le Pilote de Kœlreuter {Naucrates Kœlreuteri, nob. ; Scomher Kœlreuteri , Bl. Sclin.) 327 Des Élacates 328 L'Elacate de Pondichéry (Elacate ponticeriana , nob.) 329 L'Elacate d'Orixa (Elacate motta, nob.) 332 L'Elacate de Malal^ar (Elacate malabaricay nob.). Ihid. TABLE. XUJ Pages. Plancb. L'Élacate d'Amérique (Elacate atlantica^ nob. ; Scomher niger^ Bl.) 334 2 33 L'Élacate à deux raies {Elacate hmliata^ nob.). 338 CHAPITRE XI. Des Liches {Licau^ nob.) 340 La Licbe amie (Lichia amiUy nob. ; Scomber amia^ Linn.) 348 La Liche glaycos {Lichia glaucus, nob.; Scomher glaucusj Linn.) 358 234 La Liche vadigo {Lichia vadigo, nob.; Centrono- tus vadigo , Risso) 363 235 La Liche éperon {Lichia calcar^ nob.; Scomher calcar, Bl.) 366 CHAPITRE XIL Des Chorinî;mes {Chorinemus^ nob.; Scombé- ROÏDESj Lacép.) 367 Le Chorinèrae commersonien {Chorinemus com- mersonianus j nob.; Scombéroïde commerso- nien j Lacép.) 370 Le Chorinème tala {Chorinemus tala^ nob.) .... 377 Le Chorinème tolou (Chorinemus toloo^ nob.) . . Ihid. Le Chorinème effacé {Chorinemus exoletus^ nob. ; Lichia exoleta^ Elirenb.) 379 Le Chorinème de Saint-Pierre {Chorinemus Sancti Pétri, nob.) Jbid. 236 Le Chorinème moadetta {Chorinemus moadetta^ nob.; Lichia moadetta^ Ehrenb.) 382 XVJ TABLE. Pagej. Plancl* Le Trachiiiote à quatre points (Trachinoius çua- dripunctatus ^ nob. ; Cœsiomorus (juadripunc- tatits^ Rupp.) 434 Le Trachinote de Russel (^Trachinoius Russelii^ nob.) 436 Le Trachinote alongé ( Trachinotus oblongus , nob.) 437 Le Trachinote de Paita ( Trachinotus paitensis ^ nob.) 438 Des Apolectus Ihid. L'Apolecte stromatoïde {^Apolectus stromateusy nob.) 439 238 CHAÏ^ITRE XIV. Des Rrynchcbdelles ( Rhynchobdellj ^ BL Schn. ; Mjcrognathus y Lacép.), des Mas- tacembles (Mastacembelus y Gron.) et du NOTACAONTHE {NoTACANTHUS j Bl. ) 44 1 Des Rhynchobdelles 444 Le Rliynchobdelle œillé , ou Aral de Coromandel (^Rhjnchoh délia ocellata^ nob. ; Ophidium acu- leatujUj Bl.).. . .' 445 239 Des Mastacembles 452 Le Mastacenil^le unicolore (^Mastacembelus uni- color, K. et V. H.) 453 Le Simak d Alep ( Mastacemhelus haleppensis j nob.-, Rhjrnchobdella haleppensis y B\. Schn.). 454 Le Pancal du Bengale {Mastacemhelus pancalusj nob.; Macrognathus pancalus^ Buchau.) ... 455 tabt.ï:. XVI] Pages. Planch. Le Mastacemble armé (^Mastacembelus armatusy nob.; MacrognatJms nr matu s j\j^cé^.) 466 240 Le Mastacemble de Poiidicliéry {Mastacembelus vonticerianus y nob.) 460 Le Mastacemble marbré (Mastacembelus marmo-' ratuSy nob.) , 461 Le Mastacemble tacheté (Mastacembelus macu- latus^nob.; Rhjnchobdellamaculata^^Qirm.). Ibid. Le Mastacemble piqueté (Mastacembelus punc- tatusy nob.) 463 Du NOTACANTHE 466 Le Notacanthe nez (Notacanthus nasus , Bl. ). . . 467 241 (Par M. leB.°'»Cuyier.) ADDITIONS ET CORRECTIONS AUX TOMES II, III, IV, V, VII ET VIII. Additions au tome secofid. 471 Le Serran à ailes de papillon (Serranus papilio- naceusj nob.) Ibid. Le Serran à réseau d'argent (Serranus argjro- grammicuSy nob.) 472 Le Serran loutre (Serranus lutra^ nob.) 474 Additions au tome troisième 475 Addition à l'article du Cernier Ibid. D'un noui'eau genre de Percoïde du Chili. ... 476 L Aplodactyle Ibido 8. b XVI IJ TARLE. Pagei. Plancli; L'Aplodactyle ponctué {^plodactjlus punctatusj nob.) 477 242 L Holocentre cornigère {Holocentium cornigerum^ nob.; Corniger spinosusj Agass.) 481 Noui>eau genre de Percoïdes à lyentrales jugu- laires j voisin des Perds et des Percophis ... 483 L'Aphrttis Ihid. L'Aphritis de d'Urville {A phritis Urvillii) noh.). 484 243 Autre jioui^enu genre de Percoïdes à ventrales jugulaires , 486 Le Bovichte {Boncmus^ nob.) Ibid, Le Bovichte diacanthe ( Bouichtus diacantJius j nob.; Calljonimus diacanthus^ Carmich.).. . 487 244 L'Uranoscope occidental ( Uranoscopus occideii'- talis j Agass. ) 492 L'Uranoscope anoplose (^Uranoscopus anoplos ^ nob.) 493 L'Uranoscope soufré ( Uranoscopus sulphureus j nob.) 495 Additioîis au tome (juatrième 496 Le ChalDoisseau de Mertens (Cottus Mertensii ^ nob.) Ibid» Le Chaljoisseau marbré ( Cottus marmoratus , nob.) 497 Le Chaboisseau poreux (Cottus porosusj nob.). 498; Addition au tome cinc^uième 5oi Le Larime à oreilles noires ( Larimus auriius j nob.) Ihid. Additions au tome septième , ôo5 TABLE. XIX Pages. Planch. Noui^eau genre de Scfuammipennes 5 o 3 Le Scorpis Ihid. Le Scorpis du port du Roi-George (Scorpis geor- gianus, nob.) Ihid. 246 Additions et corrections à l'article du Rhjnchichte. 5 o 8 Addition au tome huitième 509 (Par M. Valenciennes. ) (T.Vm, p. 4.) POISSONS OSSEUX. ' ACAN THOPTER YGÏENS. SCOMBEROlDES. Lespiècesoperculaires sans dentelures; les écailles petites et lisses; les nageoires verticales généralement non envelop- pées d'écaillés. A première dorsale continue; les rayons de la deuxième et de l'anale séparés en fausses pinnules. La première dorsale laissant un intervalle entre elle et la seconde. Les écailles également petites partout. Deux petites crêtes de chaque côte' de la queue. Maquereaux. Les écailles du thorax plus grandes formant un corselet. Une carène de chaque côte' de la queue. I. AUXIDES. La première dorsale s'étendant jusqu'à la seconde. Un corselet. Une carène de chaque côte' de la queue. Dents petites ou médiocres, serrées. Thons. Dents fortes, pointues, séparées. PÉLAMIDES. Point de corselet. Une carène de chaque côté de la queue. Dents comprimées, pointues, tranchantes. Tassards. Point de carène à la queue. Dents pointues, tranchantes ; les antérieu- res plus longues. THTRSrrES. Ventrales complètes, quoiqne petites. GempïLES. Ventrales réduites à de petits vestiges. 1. Ce tableau sera continué dans le volume suivant. Une seule dorsale continue; point d'armure écailleuse à la ligne latérale. Point de corselet. Point de carènes. Tous ou une grande partie des rayons de l'anale réduits à de très-petites épines. Dents des thyrsites et des geiupyles. LÉPlDOl'ES. Une pelite écaille au lien de chaque ventrale ; une caudale. Trichiures. Point de ventrales : point de caudale. Des carènes aux càte's de la queue. Museau alongé en épée ou en dard. Dents en velours ras. EsVADONS. Point de ventrales. Voiliers. Ventrales longues et étroites. Les makaiia et les tétraptures y sont compris. Les rayons de la première dorsale séparés en épines isolées. Des ventrales thoraciques. Une carène de chaque c6té de la queue. Pilotes. Point de carène aux côte's de la queue. Corps alongé. ÉLACATES. Tête déprimée. Corps Comprimé. Deuxième dorsale et anale continues. LiCHES. Profil peu bombé. Trachikotes. Profilbombé; museau obtus. Derniers rayons de la deuxième dorsale et de l'anale séparés. Chobinèmes. Des ventrales jugulaires. Apolectcs. Point de ventrales. Rhïnchobdelles. Museau concave, strié en dessous ; nageoires verticales séparées. MASTACEMBLES. Museau conique; nageoi- res verticales unies. Des ventrales abdominales. NOTACANTHES. Pas de seconde dorsale; une très-longue anale unie à la caudale. AYIS AU RELIEUR POUR PLACER LES PLANCHES, Plancles. , 209. Scomher colias vis-à-vis la page 44. 210. Thynnus vulgaris 96 2 1 3. Thyjinus hrachjpterus 100 212. Thynnus thiinnina 108 216. Thjimiis href^ipinnis 112 214. Thjnnus pelniivys ^ 118 216. Thynnus alalonga i32 211. Auxis imlgai'is 144 217. Pelamis sarda 162 218. Cjhium tritor 176 219. Thyrsites atun 202 220. Thyrsites lepidopoides 206 221. Gempjlus coluher 212 222. Gempjlus prometheus 214 2 2 3. Lepidopus argjreus 234 224. Trichiurus sauala 262 2 2 5 et 226. Xiphias gladius 2 3 1 . Crâne de \ Espadon ordinaire 227 et 228. Tetrapturus helone 284 229. Histiophorus indicus 2 3o. Histiophorus pulchellus 2 32. Naucratcs ductor 324 2 33. Elacate atlaniica 336 278 3o8 Planches. 234. Lichia glaycos vis-à-vis la page 362 2 35. Lichia vadigo 364 2 36. Chorinemus Sancti Pétri 38o 237. Trachinotus pampanus 416 2 38. Apolectus stromateus 440 239. Rlijnchoh délia ocellata 45o 240. Mastacemhelus armatus 468 241. Notacanthus nasus 470 242. Aplodactjlus punctatus 480 243. Aphritis UiVdlii 484 244. Bovichtiis diacanthus 490 245. Scorpis georgianus^ 5o6 1. Les planches 232, 233, 234? 235, 236, 237, 238, 239, 34o, 2^1, 242, 243, 244? 245, seront délivrées avec le volume suivant. HISTOIRE DES POISSONS. LITRE NEUVIÈME. DES SCOMBÉROÏDES. ^ous voici arrives à Time des familles de poissons les plus utiles à 1 homme, et par leur goût agréable, et par leur volume , et surtout par leur inépuisable reproduction, qui les ra- mène chaque année dans les mêmes parages, et les oftVe comme une proie facile à lactivité des pécheurs et à l'industrie de ceux qui pos- sèdent fart de les préparer et de les conserver. La famille des harengs peut seule , dans la classe des poissons, le disputer à celle des scombres. Il nest personne qui n ait entendu parler du thon, de la bonite et du maque- reau, ainsi que des riclies captures et des ex- cellentes salaisons que Ton en fait dès la plus haute antiquité. Ces poissons célèbres, considérés isolément, seraient faciles à caractériser. La seule sëpara- 8. 1 2 LIVRE NEUVIÈME. tion des rayons postérieurs de leur seconde dorsale et de leur anale suffirait pour celaj mais ils ne sont que les cbefs d\uie noml^reuse série de genres et de sous-genres, où la forme qui leur est propre s'altère par degrés , et passe insensiblement à d'autres, dans lesquelles on ne retrouve ni ce caractère, ni presque aucun de ceux qui l'accompagnent dans les premiers types. Des écailles ordinairement très-petites, qui font paraître la plus grande partie de la peau comme si elle était lisse; des nageoires verticales non écailleuses; des pièces opercu- laires sans épines ni dentelures; des cœcums généralement noml^reux : voilà presque tout ce que Von peut en dire de général, et cepen- dant ils ont tous un air de famille qui ne les abandonne dans aucune de leurs modifica- tions ; en sorte qu ils forment ce que les bota- nistes nomment une famille par série où par transition. La plupart ont cependant les côtés de la queue carénés ou armés d'écaillés ou de boucliers eux-mêmes carénés, ou bien les der- niers rayons de leur seconde dorsale et de leur anale sont libres, ou bien encore ce sont les rayons épineux de la première qui man- quent de membrane qui les unisse. Le plus souvent leur nageoire caudale est d'une di- mension et d'une vigueur remarquables. Dans SCOMBÉROIDES. 5 ia plupart encore les premiers rayons épineux de l'anale sont sépares du reste de cette na- geoire, et en forment une petite et distincte. Mais aucun de ces caractères ne leur est com- mun à tous, et même on pourrait dire que la transition va jusqu'à en rapprocher, d'une part, ces poissons en forme de rubans, dont on a formé la famille des ténioïdes, de lautre les acanthures, ou même les sidjans. En un mot, aucun groupe d'acanthoptérvgiens ne prouve mieux que ne le fait celui-ci, que cet ordre, immense par le nombre des genres et des es- pèces quil embrasse , ne constitue au Ibnd qu'une seule famille, et que les divisions de ce degré que Ton a essayé d'y établir sur des bases plus ou moins constantes, ne sont pas, à beaucoup près, aussi séparées les unes des autres que le sont celles des malacoptéry- giens, les siluroïdes, par exemple, et les clu- péoïdes, ou les lucioïdes. 11 est possible du moins de former dans l'intérieur de la famille des scombéroides des groupes ou des tribus mieux déterminées que la famille elle-même. Dans une première tribu, par exemple, on peut placer les espèces qui ont la première dorsale continue et les derniers rayons de la dorsale et de l'anale séparés, ou, comme on A LIVRE NEUVIÈME. dit, formant àe fausses pimmles, et dont la queue est carénée sur les côtés, mais non armée de boucliers. Dans une seconde on peut mettre ceux dont les rayons épineux du dos ne forment point une nageoire continue, mais demeurent sé- parés les uns des autres. Dans une troisième on peut ranger ceux qui ont la ligne latérale armée en tout ou en partie, et principalement sur les côtés de la queue, de boucliers, ou de fortes écailles carénées ou épineuses. Ce caractère même va en diminuant par degrés dans certains genres, remarquables d'ailleurs par un corps très-élevé et comprimé. Il y a en outre des groupes moins considé- rables , qui ne se rattachent aux précédens que par quelque caractère partiel, et ne tien- nent à la grande famille que par l'ensemble et peut-être par la petitesse des écailles. Les uns, comme les espadons , n'ont de plus que les carènes des côtés de la queue ; les autres , comme les sérioles, que la petite nageoire en avant de l'anale, etc. Nous nous sommes efforcés de présenter ces diverses combinaisons de caractères aussi nettement que nous l'avons pu dans le tableau ci-joint. SCOMBÉROIDES. PREMIERE GRANDE TRIBU. LES SCOMBÉROIDES A FAUSSES PINNULES ET SANS ARMURE A LA LIGNE LATÉRALE. C'est à cette tribu qu appartiennent les poissons les plus connus et les plus utiles de la famille, les thons, les germons, les maque- reaux, tous ceux qui, parcourant les mers en troupes nombreuses, et réunissant une taille souvent considérable à une chair excellente et susceptible d'être conservée par divers moyens, donnent lieu à de grandes pèches, qui occupent beaucoup de bras et de capi- taux. Leur corps en forme de fuseau , leur caudale grande et vigoureuse, leur queue fort rétrécie et plus ou moins carénée, en font des nageurs très-puissans, et toutes leurs habitudes sont conformes à cette organisation. 6 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. CHAPITRE PREMIER. Des Maquereaux {Scomher, uob.). Le premier genre sera pour nous celui des maquereaux , parce quil comprend l'espèce la plus répandue sur nos côtes et celle qui peut servir le plus commodément d'objet de comparaison. Outre ses fausses pinnules, ce genre a pour caractères particuliers que sa première dorsale est séparée de la seconde par un grand inter- valle, et que sa queue n'a point de carène sur les côtés, mais seulement deux petites crêtes, qui se retrouvent dans les autres genres avec la grande carène elle-même. L'espèce si répandue dont nous venons de parler, est Le Maquereau commun, {Scomher scomhrus , Linn. Bl., pi. 54-) dont nous croyons devoir présenter ici une description très-détaillée, comme type géné- ral pour la tribu. La forme générale du maquereau approche de celle d'un fuseau , sa tête ayant celle d'un cône com- chAp. t. maquereaux. 7 primé, et sa queue se rétrécissant en pointe jusqu'à la racine de la caudale. Sa tête est quatre fois et demie dans la longueur totale du corps, mesurée depuis le bout du museau jusqu'au bout des lobes de la queue. La plus grande hauteur, prise derrière les ventrales, est près de six fois et deux tiers dans cette même longueur, et sa largeur n'est pas tout-à-fait deux fois dans sa hauteur. La hauteur de la tête à la nuque est des trois cin- quièmes de sa longueur, et son épaisseur au même endroit, des trois quarts de sa hauteur. La ligne du profil supérieur est légèrement con- vexe; celle du profil inférieur l'est un peu plus. Le crâne est lisse, convexe transversalement. Les côtés de la tête sont à peu près planes et se rapprochent en dessous. La distance du bout du museau à l'œil est à peu près du tiers de la longueur de la tête. Le diamètre de l'œil est le cinquième de la lon- gueur de la tête et un peu moins de moitié de sa hau- teur ; car il n'est pas tout-à-fait à la ligne du profil , et il laisse sous lui un espace un peu plus haut que lui-même. Il est recouvert en avant et en arrièie par une membrane épaisse, transparente et comme géla- tineuse, fendue verticalement, de manière à laisser un vide elliptique, qui ne découvre que le tiers en- viron du diamètre de l'œil. Le bord de la partie antérieure n'atteint que le bord antérieur du cercle de liris, tandis que le bord de la partie postérieure recouvre une partie de la pupille. Cette membrane s'étend sur presque toute la tempe, la partie supé- rieure de la joue et la partie latérale du museau. 8 LIVRE IX. SCOMBÉROïDES. Le premier sous-orbiiaire est en forme de large ruban, posé obliquement, plus large à la partie anté- rieure et couvrant dans l'état de repos le maxillaire et même les bords de Tintermaxillaire, excepté la partie moyenne de ce dernier, qui fait le bout même du museau. Ce sous-orbitaire est entièrement lisse, sans épines ni dentelures, et se termine sous l'œil en arrière de la conmiissure des mâchoires. Il porte vers le haut et parallèlement à ses bords les plus longs, une ligne de huit à neuf pores très-petits. Deux ou trois pièces plus minces achèvent le con- tour de l'orbite, mais sans cuirasser toute la joue. Le préopercule est lisse, à peu près triangulaire, et sa partie extérieure est extrêmement large. Du reste, le limbe n'y a point d'arête ni le bord aucune den- telure ou épine. Son bord inférieur monte un peuj le postérieur descend un peu obliquement en ar- rière et est à peu près reciiligne. L'angle est arrondi. Dans l'ouverture de cet angle, près de son sommet, commence une ligne courbe de petits pores, qui se continuent le long du bord inférieur. L'opercule, à cause de la ligne un peu courbe qui le sépare du sous-opercule et qui descend obliquement en avant, a la forme d'un quadrilatère irrégulier, dont l'angle inférieur serait très-aigu. On n'y voit aucune dente- lure , ni pointes , ni pores. Linteropercule s'étend sous tout le bord inférieur du préopercule. Il est plus étroit en avant qu'en arrière. Entre lui et l'opercule est le sous -opercule, qui a la forme d'un triangle, dont l'angle obtus aboutit à celui du préopercule, et dont le grand côté sert à compléter la ligne CHAP. I. IVIAQUEREAUX. 9 arrondie du conlour de Fensemble operciilaire. Les onies sont fendues jusque sous le bord anté- rieur de l'œil, où leurs membranes se croisent un peu. Ces membranes, longues et élroiies, sont sou- tenues chacune par sept rayons de force médiocre. Les lèvres sont peu charnues. Les dents aux deux mâchoires sont toutes semblables, situées l'une au- près de l'autre sur un seul rang, et en forme de petits cônes pointus, un peu courbés en dedans. Dans les adultes il y en a de trente-huit à quarante de chaque côté à chaque mâchoire; mais ce nombre est moindre dans les jeunes, et il y en a de petits où nous n'en avons pas compté plus de vingt-huit. Une rangée de petites dents pareilles garnit le bord externe de cha- que palatin , et il y en a trois ou quatre à chaque angle du devant du vomer. La langue est triangu- laire, plate, peu libre. Sa surface est très -lisse. Le premier arceau des branchies est garni de très-lon- gues pectinations ciliées; mais les pharyngiens sont garnis de dents si longues et si grêles que ce sont plutôt de véritables soies. La mâchoire inférieure n'est pas plus courte que la supérieure ; elle s'arti- cule sous le milieu de l'oeil; mais la fente de la bou- che, quand elle est le plus ouverte, ne va qu'aux deux tiers du museau. Les branches de la mâchoire mférieure sont lisses, percées d'une série longitudi- nale de petits pores, quelquefois interrompue. L'orifice antérieur de la narine est un petit trou rond et béant, placé près de la ligne du profil, à peu près à égale distance du bout du museSfu et de l'œil. Un peu plus bas, eniie ce premier orifice et l'œil, 40 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. est l'ouverture postérieure de la narine. C'est une fente verticale peu visible, pratiquée dans la mem- brane adipeuse qui s'étend du museau sur le devant de l'œil. La première dorsale commence au tiers antérieur de la longueur du corps. Sa hauteur est des deux tiers de celle du corps sous elle, et elle est plus longue d'un cinquième qu'elle n'est haute. Sa forme est trian- gulaire; elle peut se cacher complètement dans un sillon du dos; elle a douze rayons médiocrement ro- bustes, dont le second est le plus long. Le premier et le troisième l'égalent presque; le dernier, très-court, se montre à peine hors de son sillon, et il y a des individus qui n'en ont que onze ou même que dix. La distance entre la première et la seconde dorsale est du sixième de la longueur totale. La seconde est moitié moins haute que la première , et sa longueur est double de sa hauteur; elle a aussi douze rayons, dont le premier seul est épineux. Sa membrane est épaisse et garnie de très -petites écailles. L'espace entre elle et la caudale est occupé par cinq fausses nageoires, c'est-à-dire par cinq petits rayons rameux, isolés, sans membrane intermédiaire générale, et dont le bord postérieur s'alonge par un angle aigu. La dernière de ces fausses nageoires est fourchue et semble en présenter deux, unies par une petite membrane particulière. L'anale a à peu près la même forme et la même étendue que la seconde dorsale ; elle a de même douze rayons ; elle commence et fmit vis-cà-fis les mêmes points et est suivie de cinq fausses nageoires, semblables à celles que nous avons CHAP. I. MAQUEREAUX. 1 ! décrites sur le dos ; mais elle est précédée immédia- tement derrière l'anus dune petite épine libre. L'anus s'ouvre aux deux tiers postérieurs de la longueur totale. La queue pénètre en pointe entre les bases des rayons de la caudale, et y est relevée de chaque côté par deux petites carènes cutanées longitudinales, placées l'une au-dessus de l'autre et garnies de petites écailles imbriquées. La caudale est fourchue presque jusqu'à la pointe de la queue, à laquelle elle adhère. Ses rayons entiers sont au nombre de dix-sept, dont les deux extrêmes à chaque lobe sont articulés, mais non branchus. Les rayons qui vont en diminuant à l'une et à l'autre base , sont également simples et articulés. Il y en a huit ou neuf en haut et autant en bas. Les pectorales sont petites. Leur longueur n'est pas tout-à-fait du neuvième de la longueur totale. On y compte dix-neuf rayons, dont les deux premiers sont simples. Leur aisselle est concave et bordée supérieurement d'un léger re- pli de la peau, qui n'a que le tiers de la longueur de la nageoire. Les ventrales naissent un peu plus en arrière que les pectorales ; elles sont un peu plus courtes, très-rapprochées , triangulaires , à six rayons, dont le premier est épineux. Leur base adhère au ventre par une petite membrane; au-dessus de cha- cune d'elles la peau fait un repli long comme la nageoire, et entre elles est une petite écaille trian- gulaire. Ainsi on doit exprimer les nombres des rayons comme il suit : B. 7; D. 12 — 1/11, et V fausses: A. 1 — 1/11, et V fausses : C. 17 ; P. 19 ; V. 1;5. 12 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La joue est garnie d'écailles singulières, longues et pointues, dirigées en arrière, et qui semblent former des rides plutôt qu'elles n'ont l'air d'écaillés. Vers le haut de l'opercule, la tempe et le derrière du crâne en sont quelques autres, petites comme celles du corps; mais le front, le museau, les pièces opercu- laires, n'en ont aucunes : celles du corps sont très- petites, comme noyées dans la peau, et font plutôt l'effet de petites stries dessinées en quinconce, que de véritables écailles imbriquées. On ne peut guère les compter. La ligne latérale, placée au tiers supé- rieur de la hauteur, va droit de la tête à la queue, parallèlement au dos , et a quelquefois de légères ondulations , mais sans régularité ; elle est un peu relevée sur la peau. Les écailles qui la composent ne sont pas beaucoup plus grandes que les autres; mais leur forme est ronde et leur milieu a une élevure longitudinale. Les couleurs du maquereau sont, comme on sait, très -brillantes. Son dos est d'un beau bleu d'acier, changeant en vert irisé et glacé d'or et de pourpre, relevé par des rivules ou lignes ondulées noires, qui descendent en serpentant et en se por- tant obliquement en avant, jusqu'un peu au-dessous de la ligne latérale. Leur nombre est de trente en- viron. Sur le devant du dos et entre les deux dor- sales elles s'unissent irrégulièrement en anneaux ou autrement. Le long du liane , parallèlement à la ligne latérale, sont une ou quelquefois deux lignes longitudinales noirâtres, diversement interrompues et presque effacées vers la queue. Le dessus de la CHAP. I. MAQUEREAUX. 15 tête est bleu comme le dos et i ivulé de noir. Tout le reste du poisson est d'un beau blanc nacré et ar- genté, irisé de pourpre et d or. L anale et souvent les ventrales sont de couleur de chair. Les pinnules qui suivent lanale sont argentées. Toutes les autres nageoires sont grises. Le foie du maquereau est d'un rouge pâle et situé presque entièrement dans le coté gauche , dont il occupe la moitié antérieure. Le bord interne de cette partie a deux scissures peu profondes. La partie droite se réduit à une légère proéminence entre le diaphragme et lintestin, qui ne descend pas même vers la droite j mais la vésicule du fiel est un long boyau étroit, suspendu à celle partie du foie par le seul canal hépato-cystique, et se portant en arrière le long du côté droit de l'intestin jusqu'au tiers de la longueur de l'al/domen. Le canal cholédoque se porte en arrière le long du foie, et va s'ouvrir dans l'intestin, tout près du pylore. La rate est petite, ovale et cachée derrière l'in- testin, un peu en arrière de cette petite partie droite du foie. Sa couleur est dun brun noir. L'œsophage et l'estomac occupent en ligne droite les deux tiers de la longueur de rabdomen. Leur grosseur est médiocre. La seconde branche de l'esto- mac part du tiers à peu près de leur longueur com- mune. Leurs parois internes ont de gros sillons longitudinaux , joints par de petites rides transver- sales. L'estomac proprement dit se termine en pointe. Sa face antérieure est garnie d'une multitude de petits épiploons flottans. Sa seconde biauche est un 44 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. peu plus grosse, et a des parois un peu plus épaisses ; elle se reporte en avant vers le diaphragme et se termine par une valvule ou un sphincter étroit, qui est le pylore. Aussitôt commencent les appendices cœcales, qui sont excessivement nombreuses, et qui, lorsqu'on ouvre l'abdomen, paraissent en occuper presque toute la moitié antérieure. A partir du py- lore, les parois de l'inteslin sont minces. A linté- rieur, dans la partie qui est entre les appendices, elles ont des mailles irrégulières et peu saillantes. Sur le reste de leur longueur on ne voit plus qu'un velouté très-ras et très-fin. L'intestin se rend d'abord en arrière. Arrivé aux quatre cinquièmes de la lon- gueur de l'abdomen, il retourne, parallèlement à lui-même, jusque près du pylore, et revient ensuite directement à l'anus , en diminuant graduellement de diamètre. Les ovaires sont grands, elliptiques, blancs, rous- sâlres, remplis d'œufs très-fins, parmi lesquels il y en a quelques-uns plus pâles, plus transparens et plus gros. Les laitances ont à peu près la même forme et la même position. Il n'y a pas de vessie natatoire. Les reins occupent toute la longueur de l'abdomen, excepté un peu vers l'anus, où ils aboutissent à un canal assez étroit. Ils diminuent graduellement d'avant en arrière. Le cœur est tétraèdre. Le cerveau du maquereau est remarquable par son volume et sa complication. Les lobes antérieurs sont divisés chacun en trois tubercules placés à la file. Le premier est le plus petit et se confond près- CHAP. I. MAQUEREAUX. iS que avec la racine du nerf olfactif. Le dernier est le plus grand. Les lobes moyens sont très-grands. Dans leur intérieur sont deux paires de tubercules : les an- térieurs petits et presque réunis ensemble j les posté- rieurs, de forme obloiigue, embrassant et couvrant en partie les antérieurs et divisés sur leur longueur par un sillon profond. Le nerf optique est très-gros et très-plissé. Dans le squelette le front du maquereau, un peu concave au milieu et diversement strié, se termine en pointe en arrière. Les cinq crêtes longitudinales occupent toute la longueur de son crâne, mais ne s'élèvent point au-dessus du niveau du front. Les os surscapuîaires ont leur branche interne très-longue et attachée au crcàne tout près de la crête mitoyenne. Les claviculaires sont singulièrement larges et plats, et nullement en forme de stilets. Le cubital est large- ment échancré en avant. Le radial, à peu près carré, n'a qu'un petit trou au centre. Les os du carpe sont petits. Ceux du bassin ont leurs pointes antérieures écartées en avant pour se fixer aux huméraux ; mais en arrière ils se réunissent, et ont à la surface infé- rieure chacun deux crêtes, dont l'interne se prolonge en apophyse et fomie avec celle de l'autre coté une espèce d'Y. L'épine a trente -une vertèbres, toutes plus lon- gues que larges. Les apophyses transverses forment l'anneau dès la dixième. Elles ont d'abord deux côtes de chaque côté, partant du même point; ensuite ces côtes se séparent un peu. Les supérieures, plus courtes, durent jusqu'à la dix-huitième vertèbre; les 46 LIVRE IX. SCOMBEROIDES. autres , plus longues , cessent dès la treizième. Les dernières sont un peu aplaties. Le premier mierépi- neux de Tanale s'attache par un ligament oblique à la quatorzième vertèbre, et même plus avant. Les interépineux de la première nageoire dorsale s'atta- chent obliquement depuis l'apophyse épineuse de la troisième vertèbre jusqu'à celle de la huitième; ceux de la seconde , depuis la seizième à la dix-neuvièine. La dernière vertèbre, ou la caudale, comprimée ver- ticalement en éventail , a de chaque cùlé une petite crête osseuse, en forme de crochet. Les figures du maquereau sont uombreuses; mais il n'y eu a peut-être aucune qui exprime parfaitement sa physionomie, ni la beatité de ses teintes/ Chacun sait que le maquereau est un pois- son de passage, et que c'est après le hareng celui dont on lait, dans les mers qui baignent le nord-ouest de l'Europe , les pèches les plus abondantes et les plus lucratives. Rien n'est plus connu que la marche tracée par x\nderson aux migrations de nos maque- reaux. Ce poisson passe, dit- il, l hiver dans 1. Bélon, p. 202; Rondelet, p. 254 •- Gesner, p. 842; Aklro- vande, p. 270: celle-ci esl très-mauvaise. Sahiani, p. 2^1, est une des meilleures: Willughbv, pi. M, 3, et Klein, Miss. V, pi. 4» fig. 1, sont trop minces ; Duhamel, sect. 7, pi. 1, fig. 1, a une fausse pinnule de trop; Bloch, pi. 54^ copié dans l'Encjclopédie méthodique, fig. 227, a les lignes du dos trop régulières; Ascan, pi. 5, mauvaise j Douovau,, p. 120, un peu trop lourde, etc. CHAP. I. MAQUEREAUX. 17 le Nord; vers le printemps il côtoie l'Islande, l'Ecosse et l'Irlande, se jette dans l'ocëan At- lantique , où une colonne , en passant le long du Portugal et de l'Espagne, entre dans la Méditerranée, tandis que l'autre rentre dans la Manche, y parait en Mai sur les côtes de France et d'Angleterre, et passe de là, en Juin, devant celles de la Hollande et de la Frise. Cette deuxième colonne , étant arrivée en Juillet sur les côtes du Jutland, détache une division, qui, faisant le tour de cette pres- qu'île, pénètre dans la mer Baltique, et le reste, en passant devant la Norwége, s'en re- tourne dans le Nord. Mais cet auteur ne con- tribue pas à accréditer un récit en lui-même si peu vraisemblable, lorsqu'il ajoute que le maquereau nétatit pas propre au commerce et excitant peu l'attention, il n'a pu obtenir ces renseignemens que de deux péclieurs d'Helgolaiid. ^ D'autres pécheurs , cités par Duhamel, rap- portent que les maquereaux passent l'hiver dans différentes baies ou rades de Terre-Neuve, qu'ils s'enfouissent dans la vase, oii ils demeurent jusquà la fin de Mai, temps où les glaces leur 1. Andeison, Histoire naturelle de l'Islande, du Groenland, etc., traduction française, t. I, p. 196 et my. 8, ' ^ ^ J8 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. permettent de se répandre en grand nombre le long des côtes, et où Ton en prend beau- coup, mais qui ont encore alors un goût de vase désagréable : ce n'est qu'en Juillet et en Août qu'ils y sont gras et de bon goût. L'amiral Pléville-Lepley, vieux marin, qui avait navigué pendant cinquante ans, avait communiqué à M. de Lacépède une obser- vation qui confirme assez ce récit. Il assu- rait qu'au Groenland, dans les petits enfonce- mens entourés de rochers, qui bordent toutes ces côtes , où l'eau est toujours calme , et dont le fond est généralement de vase molle et de fucus, il avait vu au commencement du printemps des maquereaux par milliers, la tête enfoncée de quelques pouces dans la vase , et laissant verticalement leur queue élevée au-dessus du niveau, et que ces amas de poissons étaient tels qu'on pouvait de loin les prendre pour des espèces d'écueils. Il sup- posait qu'ils y avaient passé l'hiver engourdis sous la glace et sous la neige. Il ajoutait que pendant quinze ou vingt jours après leur réveil, ces poissons étaient en quelque sorte encore frappés de cécité, et qu alors on en prenait beaucoup au filet; mais que leur aveuglement venant à se dissiper, le filet ne pouvait plus servir, et qu'il fallait employer les hameçons. CHAP. I. MAQUEREAUX. 19 On trouve aussi quelque chose de sem- blable dansSchonevelde \ Des matelots lui ont rapporté qu'à la fin de l'automne il naît sur l'œil des scombres une pellicule semblable à l'ongle , qui leur fait perdre la vue pendant l'hiver, et qui tombe ou décroît au printemps; ce qui fait qu'on en prend plus tôt dans les parages méridionaux, et qu'il ne s'en pécha point en hiver. Une serait pas impossible en effet que cette peau adipeuse , qui rétrécit en avant et en arrière l'orbite du maquereau, prît plus de largeur et plus d'épaisseur pendant l'hiver, et lui couvrît la plus grande partie de lœil. Quant au séjour des maquereaux dans les criques du Groenland, et à fespèce de léthar- gie où ils seraient plongés, il est d'autant plus permis d'en douter, quOthon Fabricius, qui a séjourné si long-temps dans ce pays, ne les nomme même pas parmi les poissons qu'on y voit. Ce qui est certain, c'est qu'il se montre dès le mois d'Avril, dans la Manche, des maque- reaux petits et non laites, et que Ton nomme en Normandie sansonnets , en Picardie ro- blots y qu'ils sont pleins vers la fin de Mai, 1. Ichtjol, holsat., p. 'o&. 20 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. et que l'on en prend en abondance dans cet ëtal pendant tout le mois de Juin et une partie de Juillet, qu'il y en a même assez avant dans le mois d'Août; mais qu'alors ils sont vides, ou ce que l'on nomme chevillés. Enfin , vers les derniers jours de Septembre et en Octobre, on en pêche de petits, qui pa- raissent avoir pris naissance dans Fannée'; mais tout cela est fort irrëgulier, et il n'est pas rare d'avoir à Paris des maquereaux pris à Dieppe dans les mois de Novembre et de Décembre. On attribue aux tempêtes et aux gros temps leur apparition à ces époques in- solites; ce qui prouverait qu'ils ne sont pas alors retirés aussi avant dans le Nord qu'on l'a prétendu. Duhamel prétend, comme Anderson, que les maquereaux entrent dans la Manche par l'ouest^, et suivent une route contraire à celle des harengs, et cependant il assure dans la même page que les pèclieurs de Dunkerque en prennent avant ceux de Dieppe et du Havre, et, un peu plus loin^, que la pêche qui s'en fait à Yarmouth précède celles que les Bretons font vers l'entrée de la Manche. 1. Duhamel, Pcches^ part. 2, sect. n. p. 167.— 2. Ib., p. 174. - 3. P. i'J^. CHAP. I. MAQUEREAUX. 21 Selon Low il en parait de grandes troupes aux Orca(]es à la fin de Juillet et au commen- cement d'Août.' Schonevelde dit que le maquereau est à peu près inconnu sur les côtes occidentales du Hol- stein, et qu'il s'en prend seulement quelques- uns vers la Saint -Jacques, autour de lile d'Helgoland ; mais il reconnaît qu'il y en a dans la Baltique. 11 y en nait même de jeunes; car les pécheurs d'Ecreford, sur la côte orien- tale du Holstein, nomment les petits maque- reaux longs d'une palme, prieglers. Je ne vois pas que l'on en fasse de grandes pèches dans le golfe de Gascogne. Il en arrive peu en Galice, selon Cornide ; ce qui fait, dit-il, qu'on les y a en grande estime.^ Ce qui nous dispose le plus à douter des grands voyages qu'Anderson fait faire au ma- quereau , cest que la pèche de ce poisson commence dans la Méditerranée en même 1. Low, Fauna orcadensis, p. 218. 2. Ensayo , etc., p. 62. Il j a quelque obscurité sur le maque- reau de Cornide. Il dit que c'est un poisson nommé en espagnol sarda, qui a cinq fausses nageoires et une épine libre derrière l'anus, ce qui conviendrait bien au nôtre; mais il ajoute que c'est le pelamis sarda de Rondelet, et quei le cavalla , qui est le scomher de Rondelet, en diffère par l'absence de cette épine. Il faut sup- poser que ce ca«alla de Cornide, qui , dit-il, a la cbair plus sèche, est le pneumntophorus ; mais alors il y aurait une épine libre, comme dans ce prétendu sarda. 22 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. temps que dans la mer du Nord et dans la Manche, et même plus tôt. On en prend à Aiguemortes, depuis le mois d'Avril jusqu'au mois d'Août*. Tout le long de la côte du Languedoc la pèche s'en fait en Juin, Juillet et Août. A Saint-Tropès et à Frëjus en Provence, il y en a dès le mois de Mai, et quelquefois jusqu'en Octobre^. M. Risso assure qu'on eu fait au printemps des pèches abondantes dans les environs de Nice^ Dans la mer Noire même, le long des côtes de la Tauride, il s'en montre au printemps et pen- dant fêté de grandes troupes, dont tous les individus, même les petits, sont pleins d'œufs ou de laitances. Ils viennent de l'ouest, et les oiseaux de mer, attirés par l'éclat de leur couleur, les suivent et en (ont leur proie. Il n'en pénètre point dans la mer d'Azof"^. Au reste, le maquereau se porte plus au sud que le détroit de Gibraltar. Le Muséum en possède qu'Adanson a rapportés des Canaries. Nous n'en avons pas vu de plus méridionaux. 11 paraît que le maquereau diffère, pour la grandeur et pour le goût, non-seulement selon les saisons, mais aussi selon les lieux où on 1. Duhainel, Pèches, part. 2, sect. -j , p. 187. — 2. Ib., p. 186. — - 3. Risso, Ichtjologie de Nice, p. 171. — 4. Pallas, Zoographie ïusso^asiatique, t. III, p. 21 5 et 216. CHAP. I. MAQUEREAUX. 25 le prend. Dans la Baltique, il ne passe pas un pied, et on n'en pèche pas beaucoup*; on y en fait peu de cas*^. Allamand et Ledanc de Berkliey, cités par Duhamel, assurent qu'on l'estime fort peu à Amsterdam '\ Pennant dit qu'il est peu utile , parce qu'on ne peut le trans- porter, et même qu'on ne le sale guère que dans le pays de Gornouailles, où il fournit dans cet état un aliment aux pauvres. Selon Anderson, les Islandais le méprisent et ne se donnent pas la peine de le pécher. Ces assertions doivent sembler bien étranges aux habitans de Paris, auxquels ce poisson four- nit pendant l'été une nourriture si abondante et si agréable. Il parait en résulter que c'est le long de nos côtes de la Manche que, par des causes peu connues, il arrive à sa perfection. C'est à l'entrée de la Manche, entre les Sorlingues et l'ile de Bas, que se prennent les plus gros maquereaux. Il y en a de près de deux pieds de longueur; mais on les estime moins que les autres pour être mangés frais, et on n'en prend que pour les saler. "^ En général, dans la Méditerranée le maque- reau est petit et sec, et passe pour inférieur à 1. Georgii, Description de la Russie, t. UI, c 7, p. 1927. — 2. Fischer, Histoire naturelle de la Livonie, p. 2/48. — 3. Duha- mel, PèchesJ, seot. 7, p. 171, i 86 et 188. — 4. Ibid., p. 170. 24 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. celui de l'Océan; mais je soupçonne que cette mauvaise réputation lui vient en partie de ce qu'on a pris pour lui les deux espèces à vessie natatoire, dont nous parlerons bientôt. ]\]. Risso, qui distingue les deux espèces, dit que le maquereau a la chair assez agréable ; mais qu'il n'arrive jamais à peser quatre livres. Cetti assure qu'en Sardaîgne , où on le nomme pisarOj, bien que l'on n'en fasse point de grandes pêches, on le regarde comme un très- bon poisson (biionissimo pesce).^ Dans la mer Noire, le maquereau est avec le muge le poisson dont la pêche a le plus d'avantage, bien qu'il n'y passe jamais un pied de longueur. Les Grecs de la Tauride en font de grandes salaisons. Gardés pendant un an, ils offrent un mets agréable; mais ils sont durs quand on les mange plus tôt.^ Le nom de maquereau {rnacarellus) paraît déjà dans Albert le grand et dans Arnaud de Villeneuve. On ne s'accorde point sur son éty- molocie. Les uns le dérivent de macularius ou de maculariolus , à cause de ses taches 5 d'autres de [)Lctv.ct^io9 , à cause de sa bonté'*; mais il n'y a pas d'apparence qu'un mot usité 1. Cetti, Hisl. nat. sanl , t. 111, p. 190. — 2. Pallas, Zoogr. ross., t. m, (j. 216. — 3. Ménage, Dictionnaire étymologique., au moi Maquereau. — 4. Scaliger. CHAP. I. MAQUEREAUX. 2^0 de tout temps jusque dans le fond du Nord', vienne des langues du Midi, d'autant que dans beaucoup de ports du Midi ce mot n'est pas connu. Les Languedociens, les Provençaux, les Niçards, les Génois, nomment ce poisson au- riol, auriou % aurneoii, ce que Rondelet ex- plique par /^m d'aiirioul (poisson d'Avril).^ Je ne vois guère que Rome, où, selon Sal- viani , le nom de macarello serait encore employé. Les Vénitiens , au dire du même auteur, l'appellent scombrOj les Napolitains lacerto , les Espagnols ccwallo^; dénomina- tions respectivement confirmées par des au- teurs plus modernes ^ Les Sardes le nomment pisaro^. En Sicile, selon M. Ralinescjue, on n'emploie que des dérivés de sconiher: scannu ou sconibru à Palerme, strumbu à Messine, 1. On le nomme en anglais el en danois machrell ou macarell (Willaghbj, p. 181), en Suédois mahrill (^Faun. suec, p. 54oJ. Mùller dit que les petits se nomment en Danemarck geyei; et les très-grands siok-aaL Makrel est le nom commun {^ZooL dan. prod.^ P-47)- 2. Risso, 2/édit., p. 4 12; Briinn., p. 68. — 3. Rond., p. 234. — 4. Salviani, p. 241. 5. Pour Venise, Naccari, Giorn. di fis. , déc. II, t. V, p. SSg. Cependant M. de Martens (Vojage à Venise, t. II, p. 4^2) pense que scomhro est le pneumalophore, et que le vrai maquereau se nomme lanzardo. 6. Cetli, t. lli, p. 190, 26 LIVRE IX. SCOATBÉROÏDES. scrumiu à Catane , sgambirri à Syracuse , etc. ^ Les Grecs et les Russes de la Tauride l'appel- lent également scumhro^: mais, selon Forskal (p. xvi), à Constantin ople les Grecs le nom- ment Kohicçy et les Turcs kolios-haluk; on l'y ap})elle aussi scombrP. Les Bas-Bretons et les Gallois le nomment Z>ri7/, bre7iel, berhel, breseL Parmi les poissons dont les anciens avaient coutume de laire des salaisons, on en voit de petites espèces qui j)Ortaient les noms parti- culiers de scomber, de colias et de cordjlla, et qui étaient compris sous le nom générique de lacer lus. Il y a tout lieu de croire que c'étaient le maquereau ordinaire et les espèces voisines dont nous allons bientôt parler. Ce qui en est dit, prouve qu'ils étaient communs et de petite taille 1 On les enveloppait de pa- pier^, et Ton en menaçait les vers des mauvais 1. Rafinesque, Indice, p. 19 2. Pallas, Zoogr. ross.,^. 21 5. — 3. Hainmer, Corutantinople et le Bosphore, t. 1, p. 45. 4. Colias sive parianus , siée sa.xitanus , a patria hœtica, lacer- torum minimi (PJine, 1. XXXIl, c. 11). Lacertus était donc un nom commun à plusieurs espèces. 5. Martial, parlant à son livre III, ép. 2 : ]Se nigram cito raptus in culinam Cordiilas madido tegas papyro Vel ihuris piperisve sis cuculus. Et nwe Xin, ép. I : JSe ioga cordjUis, ne pœnula desit olivis Jut inopem metuat sordida blatta famem Perdite niliacos, musœ, mea damna, pajyros. CHAP. I. MAQUEREAUX. 27 poètes, comme on les menace aujourd'hui du poivre ou de la cannelle. Le scomher est celui de ces poissons dont il est le plus souvent question dans les au- teurs anciens. Aristote le range parmi les poissons qui vivent en troupe', et parmi les poissons voya- geurs qui sortaient du Pont-Euxin ^ et y ren- traient; il l'associe aux thons, aux pélamides, aux colias^; mais il le dit inférieur à eux pour la force'*. Vu dans leau, il paraissait couleur de soufre ^ : on en faisait de grandes pèches dans la Bétique et dans la Mauritanie, où il arrivait par les Colonnes d Hercule^. Il dé- dommageait ces côtes du thon, lorsque celui- ci n'y arrivait pas ^. Une île voisine de Car- thagène , et qui couvre l'entrée de la baie de cette ville , se nommait Sconih^aria , d'après l'abondance de ces poissons ^ Ce nom passa ensuite au cap qui est à l'est de Carthagène, Et livre IV, ép. 86 : ISec SCO m bris tunicas dahis molestas. Perse, sat. i, v. 43 : Et cedro digne locutiis Linquere nec scombros metuentia carmina nec thus. 1. Aristote, 1. IX, c. 2. — 2. Id. , 1. VIII, c. i3. — 3. Id., 1. IX, c. 2. — 4. Id, 1. VIII, c. 2. — 5. Pline, 1. IX, c. i3. — 6. Id., 1. XXXI, c. 8. — 7. /J. 1. XXXII, c. 2. Hispaniœ cela- rias scombris repleut ihynnis non commeantibus. — 8. Strabon ^ t. m, p. m. i5g. 28 LTVRE IX. SCOMBÉROÏDES. et qui s'appelle aujourd'hui Capo-di-Palos.^ Ces divers traits peuvent être rapportés au maquereau avec d'autant plus de vraisem- blance , qu'il porte encore aujourd'hui son ancien nom, peu altéré, en certains cantons de riialie et de la Grèce. Quant au nom de collas, il semble qu'il ait déhigné tanlot une esjièce, tantôt une autre. Dune part Pline nous dit quil était le plus petit du genre lacertus^ ; d'autre part Hicé- sius, dans Aihénée, le fait plus grand que le scombre"^; il était moins estimé comme ali- ment 1 On le considérait comme plus gkiti- neux et plus âcre^ On en péchait et on en préparait beaucoup à Parium sur l'Hellespont^, dans une des villes nommées Amjclée, mais surtout à Sex , sur la côte de la Bétique (aujourdhui Almunecar), lieu célèbre par toute sorte de salaisons. Ce collas pouvait donc être l'une des es- 1. Ptolëmée , Geogr., et Mannert, p. 422. 2. Pline, I. XXXII, cil. CtoWas sive parianus sive saxiianus ^ a pnirîri bœtica , lacertorum minimi ; ab lis meotici. 3. Athénée, f. VU, p. 32 1. 4. Martial, 1. VII, p. 78: Cum saxetani ponatur caudn lactrii Sumen , aprum, ïeporeni, boîeios, ostrea , mullos ISliiiis. liabes nec cor PapHe nec genium. 5. Athénée, 1. III, p. 121. — 6. Id., 1. lU, p. 116. CHAP. I. MAQUEREAUX. 29 pèces voisines du maquereau que produit la Méditerranée, et que nous allons décrire : soit le coigniol des Marseillais, dont le nom sem- ble oftVir encore la trace de cette étymologie, soit le pneimmtophore ou lacerto de Sardai- gne, qui ne garde que le nom générique. Ces deux espèces, non moins abondantes que le maquereau, lui sont inférieures pour la taille et pour le goût. Quant au cordjla en particulier, on sait, par Pline, que c'était proprement une petite pélamide ', et par conséquent un synonyme du o-Ko^JuAcff d'Aristote, c'est-à-dire une péla- mide ou un thon naissant, tel par exemple qu'il sortait du Palus-Méotîdej mais il y a de ces thons naissans sur les côtes d'Italie comme dans la mer d'Azof. Rien ne prouve d'ailleurs qu'on n'ait pas détourné ce nom de son sens primitif, et qu'on ne lait pas appliqué à quel- que espèce constamment de petile taille. Cest ici le lieu de dire quelques mots du garum, cette préparation si célèbre parmi les gourmands de l'ancienne Rome, et qui se fa- briquait surtout avec les intestins et le sang du scombre. Selon Pline, c'était une invention 1. Pline, 1. XXXIT. c. 1 1 . Cordyla, et hœc pelamis pusilla : quum în Pontum e Meolide exit hoç jiçmen habet. 50 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. des Grecs , qui le faisaient avec un poisson auquel ils donnaient aussi le nom de garon.^ En effet, on en trouve le nom dans un vers de Sophocle, cité par Julius Pollux (1. VI). Les Géoponiques en ont conserve diverses recettes. Selon l'une , on salait jusqu'à un cer- tain point les intestins des poissons ou même plusieurs petits poissons , tels qu'athérines , anchois, petits muUes , etc. On les mettait dans un vase; on les exposait au soleil; on les y retournait plusieurs t'ois, et l'on y exci- tait ainsi une certaine décomposition. Quand le moment convenable était venu, on taisait entrer dans le vase qui contenait ces matières à demi corrompues , un panier long et d'un tissu serré; la portion liquide du mélange traversait les mailles du panier ; c était le ga- rum : ce qui restait en dehors, à cause de sa consistance plus ferme , portait le nom d'alec. ^ En Bithynie on suivait une recette un peu différente. On mettait les poissons avec de la farine dans un vase, oii Ton ajoutait pour chaque moclium deux mesures de sel. Après qu'ils y avaient passé une nuit, on plaçait le mélange dans un vase de terre ouvert, qu'on exposait au soleil pendant deux ou trois mois, 1. Pline, 1. XXX, c. 7. — 2. Geopon., 1. XX, c. 46. CHAP. ï. MAQUEREAUX. 31 ayant soin de le remuer avec des baguettes, et on le couvrait ensuite. Quelques-uns ver- saient dessus une quantité double de vieux vin. Il y avait aussi une manière de jouir plus tôt de ce garum , en le faisant cuire au lieu de l'exposer au soleil. Pour cet effet on pre- nait une saumure assez forte pour qu'un œuf y surnageât ; on y mettait le poisson avec un peu d'origan , et après l'avoir fait bouillir et refroidir, on passait ce liquide plusieurs fois à la chausse , jusqu'à ce qu'il fut clair. Enfin il y avait un garum meilleur que ceux-là, qui se faisait en enfermant dans un vase des intestins et du sang de thon, avec du sel, en laissant reposer ce mélange pen- dant près de deux mois, après lesquels on perçait le vase. Le liquide qui s'en écoulait était le garum sanguinolent [cclfxccriov). On aura peine à concevoir que des opéra- tions si dégoûtantes pussent ])roduire une substance agréable au goùtj mais le témoi- gnage unanime des anciens ne nous permet de douter ni de leur nature ni de leur résul- tat. Aliud etianinuni liquoris exquisiti genus (dit Pline) , quod garon vocavere, iiitestinis pisciuni cœtejùsque quœ ahjicienda essent, sale maceratis , ut sit illa putrescentium sanies. Apparemment ce garum, semblable à 52 LIVRE ÎX. SCOMBÉROÏDES. ces liquides demi-putrides et demi-salés qui s'écoulent de certains fromages, jouissait de la faculté de réveiller l'appétit et d'exciter la digestion ; mais il paraît que c'était une subs- tance très-acre. Sénèque en parle comme d'une des causes qui altéraient le plus la santé des riches de son temps. Pretiosam malorum pis- ciiim sanieni, non créais iirere salsa tabe pr ce- cor dia? quid? illa purulenta et quœ tantiun non ah ipso igné in os transferuntur judicas in ipsis viscerihus extingui. Son odeur était détestable, à en juger par ce trait de Martial (l.VII, ép. 94): Un guentumf lierai quod onyx modo parwa gerehaty Olfecit posUjiiam Papilus tcce garuni est. Mais ce n'en était pas moins un assaison- nement cber et recherché \ Il servait de sauce aux huîtres ^ Apicius avait imaginé dy noyer les muUes, pour les manger dans toute leur perfection. "^ 1. Martial, 1. XIII, ép. 102 : Expiraniis adhuc scombri de sanguine primo Accipe fastosum mimera cara gartim. 2. Martial, 1. XIII, ép. 82 : Ebria bajano veni modo concha lucrino Nobile nunc sitio luiuriosa gorum. 3. Pline, 1. IX, c. 17. MuUos Apicius, ad omne luxus ingenium mirus, in sucioriun garo (nam ea quoique res cognomen inçenii) necad eos pracelUm puiavit. chap. ï. maquereaux. 55 On fabriquait du garum estimé à Clazo- mène, à Pompëia et à Leptes; mais le plus célèbre était celui de Carthagène. Il se faisait avec les scombies qui arrivaient de FOcéaii le long des côtes de la Bétique et de la Mau- ritanie, et que l'on ne péchait qu'à cette in- tention \ On le nommait garum sociorum , désignation dont la raison n'est pas bien con- nue, et c'était, après les parfums, la plus chère de toutes les liqueurs ; on en payait deux congés (onze litres) mille sesterces (près de 180 francs)^. Il se faisait aussi à Antibes, avec les intestins du thon, un autre garum, nommé niuria, mais de beaucoup inférieur à celui du scombre.^ Rondelet (p. i4i)p^ï'l^ encore d'une espèce de garum que Ton préparait de son temps, en laissant fondre des picarels dans la saumure, et dont il avait goûté d'excellent chez le célèbre 1. Pline, 1. XXXII, c. ii. Scombros et Mauritania , Bœticœque Carteia ex Oceano iniranles capiunt ad nihil aliud [quam ad garum faciendum) utiles. 2. PJine, 1. XXXI, c. 1 1. Nunc, e scomhro pisce , laudatissimum in Carlhaginis spartariœ cetariis : sociorum id apellatur , singuhs millibus nummàm permutantibus congios pêne binos. ]\ec hquor ullus pêne prœter unguenta majore in pretio esse cœpit , nobilitatit ttiam geniibus. 3. Martial, 1. XIII, ép. io5 : Antipolitani fateor sum filia thynni Essem si scombri non tibi missa forem. 8. ' 3 54 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. évêque de Montpellier, Guillaume Pëlicier; mais je ne trouve pas qu'il en soit question dans les auteurs plus modernes , et je n'ai point appris que l'usage s'en soit conserve. Bëlon prétend aussi que le garum était de son temps en Turquie en aussi grand cours qu'il fût jamais y et qu'il n'y aidait boutique de poissonnier qui n'en eût à vendre à Cons- tantinople. On le fabriquait avec les intestins des maquereaux et des saurels ^ ; mais je ne trouve pas non plus que les voyageurs plus rëcens en aient parlé. Des Maquereaux à vessie natatoire de la Méditerranée. Un des faits les plus curieux de l'ichtyo- logie et des plus inexplica])les de l'anatomie comparée , c'est bien celui de poissons de même genre, et tellement semblables par tous les détails de leur organisation, qu'il faut une grande attention pour en distinguer les es- pèces, dont les uns ont une vessie natatoire y et même assez grande, tandis que les autres en sont dépourvus. Quelle nécessité de nature 4. Bclon, Observations de plusieurs singularités, etc., p. i6j CHAP. I. MAQUEREAUX. 3i) a pu exiger cet organe dans les uns et non dans les autres? quelle cause a pu le pro- duire? Ce sont là certainement de grands problèmes, soit pour la tëléologie, ou Fétude des lins de la providence, soit pour la phi- losophie de la nature. Ce fait, qui se reproduit dans plus d'un genre de poissons, a été découvert dans celui des maquereaux par feu M. de Laroche, ob- servateur plein de sagacité, enlevé trop tôt à la science. Cette observation intéressante s'offrit à lui dans un voyage quil fit à Iviça, en 1808, en compagnie avec M. Biot, et dont fichtyo- logie a beaucoup profité. Il rapporta au Mu- séum d'histoire naturelle quelques-uns de ces maquereaux à vessie , en même temps que des maquereaux ordinaires, pris dans les mêmes parages, et décrivit le fait dans un mémoire sur les poissons qu'il avait recueillis dans ce voyage.' Depuis lors MM. Delalande, T\isso et Savi- gny nous ont procuré non-seulement fespèce observée par M. de Laroche, mais une seconde, très-voisine, également originaire de la Médi- terranée, et fou verra qu'il en existe de sembla- 1. Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. XIII, p. 335. 36 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. bles sur les côtes de l'Araéiique septentrionale et méridionale, et toutes dépourvues de ves- sie ; mais nous n'en avons de telles ni de la Manche ni du golfe de Gascogne. M. de Laroche soupçonnait que son espèce pouvait être le sansonnet de nos marchés de Paris; mais nous sommes assurés que le sansonnet n'est qu'un maquereau ordinaire dans un âge moins avancé. Le Maquereau pneumatophore. {Scomher pneumatophoriis , Laroche.) Un individu de la première espèce de ces maquereaux à vessie natatoire , de celle qu'a observée M. de Laroche, placé à côté d'un ma- quereau commun, absolument de même gran- deur, étonne parla ressemblance de ses formes et des proportions de toutes ses parties. Ce- pendant, en le considérant avec attention, il présente des différences qui suffiraient pour le caractériser, quand même on ne connaîtrait pas sa structure intérieure. La plus facile à saisir est celle des rayons de sa première dorsale, qui, comptés sur beaucoup d'in- dividus, se sont trouvés constamment au nombre de neuf apparens, auxquels s'en ajoute un dixième, à peu près perdu dans les chairs. Le nombre normal du maquereau commun est de douze, quoiquil en ait cjueiquefois treize ou onze, ou même dix, et que CHAP. I. MAQUEREAUX, 37 nous en ayons vu un de la Méditerranée qui en avait quatorze. Ses autres nombres sont les mêmes. B. 7 ' 5 D. 10 — 1/11 — 5 fausses ; A. 1 — 1/11 — 5 fausses; C. 17; P. 19; V. 1/5. En outre le maquereau à vessie a l'œil notable- ment plus grand- son diamètre est du quart de la longueur de la tête : dans le commun il n'en est que le cinquième. Il a sur le front, entre les yeux, et plus en avant, un espace blanchâtre , qu'on ne voit pas dans le maquereau ordinaire. Ses dents sont plus fines, plus serrées et plus nombreuses. On en compte cinquante ou cinquante-deux de chaque côté à cha- que mâchoire. Son opercule est plus étroit d'avant en arrière. Il n'a dans ce sens que le cinquième de la longueur de la tète. Celui du maquereau commun n'y va que quatre fois et demie. La partie osseuse de l'opercule a vis-à-vis du bord supérieur de la pectorale une échancrure arrondie, que remplace à peine dans le maquereau commun une légère si- nuosité. Le bord inférieur de son préopercule est presque droit, et non pas arqué comme dans le ma- quereau commun. La ligne qui sépare son opercule de son sous-opercule est plus droite et approche plus de la verticale. Le sous-opercule est plus étroit d'a- vant en arrière, et son bord légèrement concave dans sa moitié supérieure. Les écailles de la ligne latérale sont un peu plus larges, et celles de l'opercule plus marquées. La langue est plus longue que dans le ma- quereau, et le premier arceau des branchies s'articule un peu plus en arrière. i. Laroche dit 5; mais c'est une erreur. 58 LIVRE TX. SCOTVIBÉROÏDES. M. de Laroclie^, qui a vu à l'ëtat frais, et a coté l'un de l'autre, le maquereau commun et le maquereau à vessie natatoire, ajoute que celui-ci est d'une teinte plus décidément verte et qui ne tire point sur le bleu ; que ses bandes transversales présentent de chaque côté une double courbure, et sont proportionnellement plus étroites ; mais cette dernière circonstance nous a peu frappés, et nous doutons qu elle soit constante. Nos individus ont leurs bandes en chevron brisé, comme dans le ma- quereau commun, mais un peu plus serrées et plus nombreuses. La plupart de ceux que nous avons sous les yeux n'ont que huit ou dix pouces , et l'espèce ne passe guère cette dimension. Ce maquereau pneumatophore de M. de Laroche a le foie petit, réduit presque à un seul lobe triangu- laire, situé dans Ihypocondre gauche. L'œsophage est long et large. Le cardia est fortement marqué par un étranglement qui sépare l'œsophage de l'es- tomac. Ce dernier viscère est très -grand, en cône alongé , et descend jusqu'auprès de l'anus. La branche montante naît auprès du cardia ; elle est courte, mais ses parois sont très-épaisses. Le pylore , qui est placé à la crosse que fait le premier repli de lin- testin, est muni d'une grande quanlilé de cœcums, en nombre moindre cependant qu'au maquereau commun ; ils sont aussi plus courts. 1. Annales du Muséum, t. XIII, p. 55 S. CHAP. I. MAQUEREAUX. 39 L'intestin fait deux replis avant de se rendre à l'anus. Son diamètre est à peu près égal sur toute la longueur. La vessie natatoire est oblongue , terminée en une pointe aiguë, qui se porte à peine au-delà de la moitié de l'abdomen. Ses parois sont minces et ar- gentées. Le péritoine est grisâtre. Le squelette ressemble presque de tout point à celui du maquereau commun. J'y trouve seulement des cotes un peu plus plates et plus larges. Selon M. de Laroche, cette espèce est com- mune sur les côtes des îles Baléares*; elle vit par troupes près du rivage. On la désigne à Ivica sous le nom de cavallo. Le Maquereau colias. {Scomber colias ^ Gm.?) Outre ce premier petit maquereau à vessie natatoire, il y en a dans la Méditerranée un autre plus grand, qui n'en semblera peut-être à quelques-uns qu'un âge plus avancé, et qui parait offrir cependant quelques caractères assez marqués. Ils consistent principalement dans des écailles plus grandes, surtout dans la région pectorale, où elles forment une espèce de corselet, mais qui tranche 1. Annales du Muséum, t. XIII, p. 3i5. 40 LIVRE IX. SCOMBÉROÏbES. beaucoup moins avec les écailles du reste du corps que celui du ilion. Nous lui comptons de soixante à soixante-six dents de chaque côté aux mâchoires. La distribution des traits noirs sur le bleu du dos n'est pas non plus aussi semblable à celle du maquereau commun; ils forment des mailles et des labyrinthes, et dans le milieu des mailles il y a sou- vent de petites taches. La série longitudinale qui sépare le bleu de l'argenté du ventre est beaucoup moins marquée que dans le maquereau, et il y a sur cet argenté de petites taches grises assez nombreuses, qui ne paraissent que sous certains jours. On voit sur le museau le même espace blanchâtre que dans le premier pneumatophore, et toutes les pièces opercu- laires sont à peu près coupées de même. Les écailles, prises près de la pectorale, sont minces, aussi larges que longues, arrondies à leur bord externe, tronquées à l'interne, sans éventail ni crénelure*; à la loupe, elles paraissent finement et un peu irrégulièrement striées en travers. Nous ne trouvons pas de différences sensibles entre ses viscères digestifs et ceux du pneumato- phore. Le foie nous a présenté le même volume, et est placé du même côté. Le canal intestinal fait les mêmes replis, et le pylore a de même quantité d'appendices cœcales ; mais la vessie natatoire est plus grande, elle occupe presque toute la longueur de l'abdomen. Assez large et dilatée vers l'avant de celte cavité, elle se prolonge en arrière en un canal conique, qui se termine par un tube capillaire. Les parois de celte vessie, quoique minces, nous ont CHAP. T. MAQUEREAUX. 4l paru plus épaisses que celles du pneumatopliore. Le squelette de ce collas est aussi très-sembiahle à celui du pneumatophore. , Cette espèce nous est venue de Naples par M. Savigny, et de Messine par M. Biberon. Elle nous a été envoyée aussi de Marseille par M. Polydore Roux, comme étant l'espèce à vessie de cette côte. On la nomme actuel- lement à Marseille aourneou-hias. Elle s'y montre au printemps. Sa taille parait égaler celle du maquereau commun : nous en avons de quinze pouces. Cest elle que M. Risso a considérée comme le scomher colias de Gmelin , et qu'il dit s'ap- peler à Nice cavaluco. Les traits brunâtres qu'il lui attribue sur l'abdomen la font aisé- ment reconnaître. On en prend des légions nombreuses dans ce parage en Mai et en No- vembre. Son poids parvient à peine à quatre livres, et sa chair est blanchâtre et de beau- coup inférieure à celle du maquereau com- mun , qui à Nice se nomme aurioii. ^ Il n'y a point à douter que ce ne soit aussi le scomhe?^ rnacroplitalmus ou scurmu grand'occhi de Rafinesque ^. Tous ses carac- tères s'accordent : seulement cet auteur lui 1. Risso^a/éd., p. 4i3et4»4- — 2. Ind. d'ùtiol. sic, f. 20 et S5, 42 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDEis. trouve six fausses nageoires en dessus; erreur dans laquelle on tombe aisément quand on sépare le dernier rayon de la seconde dorsale, ou que Ton compte la dernière fausse nageoire pour deux. Dès le seizième siècle les ichtyologistes avaient distingué dans la Méditerranée, outre le maquereau commun , qu'ils regardent comme le scoinber des anciens, une ou deux espèces voisines , dans lesquelles ils ont cru voir le colias. On ne peut douter que ce ne soient celles dont nous venons de parler; mais il n'est pas facile de les reconnaître dans les descriptions incomplètes que ces auteurs nous ont lais- sées. Bélon (p. 203) nous apprend que les Lem- niens nomment colias une sorte plus petite de maquereau, dans laquelle il n'a pu décou- vrir d'autre différence que celle de la taille, et dit que les Marseillais la nomment cogniol. Un peu plus loin il ajoute que les Génois nomment lacerto une certaine sorte de ma- quereau, dont le dos est beaucoup plus vert que celui du maquereau commun, et que c'est celle-là qui lui paraît le vrai colias. Il semble donc avoir connu deux espèces distinctes de l'ordinaire. CHAP. I.' MAQUEREAUX. 45 Rondelet (p. 2,35) croit aussi que le cogniol des Marseillais est le coliasj mais il le dit plus grand, plus épais que le maquereau, et que ses lignes du dos sont courtes et marquées de points noirs. Il ajoute que son crâne est si transparent que l'on voit le cerveau et les nerfs optiques au travers, et il lui accorde de petites écailles, tandis quilles refuse au maquereau. Selon Salvien , le colias a le corps un peu plus gros que le maquereau , et paraît avoir quelques petites écailles ; le maquereau a sur le dos des marques bleues et ondoyantes; le colias, des lignes obliques et livides sur les flancs. * Cetti dit quen Sardaigne on vend avec le maquereau une autre espèce, coloriée plus vivement de vert et d'azur", qui est appelée lacerto y tandis que le vrai maquereau se nomme pisaro, et juge que c'est ce lacerto qui est le colias '^ mais il avoue n'en avoir pas fait un examen particulier. Gmelin^, Bloch'* et M. de Lacépède (t. IV, p. 3g et l\o) se sont fait la besogne facile : les deux premiers, en réunissant indistinctement ces notices sous cette espèce du scomber colias 1. Salviani , fol. 242, recto et verso. — 2. Cetti, Hist. nat. sard., t. m, p. 190. — 3. Syst, nat. Linn. , p. i32g. — 4. Syst. ichiyol., édit. cle Schn,, p. 22. * 44 LIVRE IX. SCOIMBÉROÏDES. établie d'après le lacerto de Cetti; le dernier, en considérant tous ces scombres, colias ou autres , comme des variétés du maquereau ordinaire. Il nous paraît plus probable que le colias de Rondelet et le lacerto ou colias de Getti sont précisément nos deux maquereaux à vessie natatoire : ce dernier, la petite espèce verte, décrite par Laroche; l'autre, l'espèce plus grande et à plus grandes écailles, repré- sentée par Rondelet. Ce colias ou lacerto de Cettl, ce pneu- matophore de Laroche, sera aussi le lacerto de Bélon. Le colias de Rondelet, au contraire, avec ses grandes écailles, ses petites lignes et ses taches, le co^niol des Marseillais de son temps, sera le colias des Lemniens, cité par Bélon, que ce dernier ne pouvait distinguer du maquereau. Mais de dire lequel des deux était le colias des anciens, c'est ce qui est à peu près impossible aujourd'hui, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer à l'article du maquereau commun. Nous devons ajouter qu'à présent les noms de cogniol ou de coigol sont inconnus à Marseille. M. Polydore Roux , savant natu- raliste et conservateur du Musée de cette CHAP. I. MAQUEREAUX. 4iS ville, à qui nous nous sommes adressés pour avoir à cet égard des renseignemens positifs, nous écrit que l'on n'y connaît que deux ma- quereaux : l'ordinaire, qui s'y nomme aourneou, et une espèce à vessie, que l'on y appelle aour^ neou-hias. M. Risso n'en reconnaît aussi que deux , même dans sa seconde édition, le maquereau ordinaire , auj^iou des Niçards, et un maque- reau à vessie natatoire, leur ca\>aluca ou ca- valuco. Des Maquereaux étrangers. Le PETIT Maquereau de l'Atlantique. {Scomber greoc , Mitcli.) Un maquereau qui ressemble étonnamment SiU pneuniatophore de Laroche, a été décrit par M. Mitchill à New-Yorksous le nom de scomber grejc. Nous avons examiné avec le plus grand soin nombre d'individus envoyés de ce pays par M. Milbert, comparativement avec nos pneumatophores de la Méditerranée, sans pou- voir y remarquer la moindre différence d'ans les formes et le nombre des parties ', et nous nous 1. Mitchill ne lui donne que cinq lajons branchiaux, comme M. de Laroche i\ sou pneumatophore , et tout aussi mai à propos. 46 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. sommes assurés qu'il a aussi une vessie natatoire. Il nous a semblé seulement que les lignes fon- cées du dos sont moins régulières, plus tor- tueuses et plus mêlées les unes aux autres ; mais c'est à peine si nous oserions faire d'une différence si légère un caractère spécifique, si nous ne le trouvions confirmé par quelques différences dans l'anatomie. M. Mitchill décrit la teinte naturelle de ce poisson comme d'un vert pâle avec des raies d'un vert plus foncé, et dit que sa longueur ordinaire est de dix pouces. Il assure qu'il arrive en certaines cir- constances sur la côte de New-York en nom- bre prodigieux : c'est ce qui eut lieu surtout en 1781 et en i8i3; les baies, les criques en étaient littéralement combles, et tous les mar- chés du pays en furent couverts pendant plu- sieurs jours. ^ La même espèce nous a aussi été apportée du Brésil par M. Delalande, et de Sainte-Hé- lène par MM. Lesson et Garnot, et le Cabinet du Roi en a depuis long- temps un individu, envoyé du Canada en 1752 par M. Bert. Plumier l'avait dessinée à la Martinique, et l'avait intitulée scomber minimus americanus. On trouve son dessin dans ses manuscrits con- 1. Mitchill, Mémoires de New-York, 1. 1, p. 423. CHAP. I. MAQUEREAUX. 47 serves à la Bibliothèque du Roi. Bloch n'eu a pas fait usage. M. de Lacépède (t. IV, p. 4?) l'a rapporté au scombre doré du Japon, de Houttuyn ; mais il n'y a nulle vraisemblance dans ce rapprochement. Cette espèce, sans aucune différence, est très-commune dans la mer du Cap. Nous en avons reçu des individus nombreux par MM. Quoy et Gaimard, et Lesson et Garnot. On peut donc dire qu'elle habite toute l'étendue de l'Atlantique , mais principalement les côtes occidentales. Le nombre des dents est sujet à quelque variété. Il y avait cinquante-cinq dents dans un individu du Brésil de onze pouces, et cin- quante-huit dans un de huit. Il y en a de cinq à dix pouces à quarante et quarante- quatre dents, et d'un pied qui en ont de cinquante- huit à soixante , et d'autres beaucoup plus grands de dix-huit pouces, oii Ion en compte jusqu'à soixante-quatorze. Son estomac est beaucoup plus petit, moins alonge que dans \e pneumalophorus. Il ne passe pas beaucoup la moitié de la longueur de l'abdomen. Les cœcums qui entourent le pylore, sont plus nombreux et plus longs. La vessie natatoire est courte, comme celle du pneumatophore ; mais ses parois sont plus minces. Son squelette, comparé à celui du pneumaio^ 48 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. phore, n'a poini offert de différence sensible, si ce n'est que son crâne est un peu plus large à propor- tion. Le Maquereau printanier. (Scomber vernalis , Mitch. ) Nous ne pouvons pas non plus distinguer de noire pneumatopliore , par les formes, cer- tains scombres de New-York, longs de dix- sept à dix-huit pouces, qui nous paraissent de ceux que M. Mitchill a décrits sous le nom de sconiher vernalis. Les nombres des parties et leurs rapports sont exactement les mêmes, et d'après nos individus, tant secs que conservés dans la liqueur, nous les aurions crus identiques pour l'espèce avec les précédens; mais le naturaliste américain, qui les a vus frais, dit leur dos d'un bleu pâle, nuancé de brun rougeâtre, «t les lignes qui le traversent d'un bleu foncé. Il in- siste aussi sur des taches noires près de la base des pectorales et des ventrales, que nous croyons en effet encore apercevoir dans nos individus. Nous ajouterons que la première dorsale a quelquefois jusqu'à onze rayons , en comptant les deux der- niers, qui sont presque perdus dans les chairs. Nous comptons quarante-six dents de chaque côté à chaque mâchoire dans un individu de dix-sept pouces. On prend beaucoup de ces poissons avec des haims à Sandyhook , et ils abondent au marché de New-York. CHAP. I. MAQUEREAUX. 49 Le Maquereau de la Nouvelle-Hollande. {Scomber aiistralasicus , nob.) Nous trouvons jusqu'à la Nouvelle -Hol- lande de ces maquereaux seml^lables au pneu- matophorus, MM. Quoy et Garnot nous en ont envoyé un du port du Roi-George. Il a le limbe du préopercule autour de l'angle marqué de stries en rayons. Son dos est plombé et ne paraît pas avoir eu de taches. Ses flancs et son ventre sont argentés. Sa tête est quatre fois dans sa longueur totale. Il a les dents un peu plus fortes à proportion que le pneiinmtophore, mais aussi nom- breuses, et formées et disposées de même. Ses pièces operculaires ont les mêmes contours. D. 9 — 1/12— V; A. 2/11 —V, etc. Notre individu est long de sept pouces et mal conservé, en sorte que la description ci-dessus aura peut-être besoin d'être rectifiée. Il a une vessie natatoire. Le Maquereau kanagurta. {Scomber kanagurtcL , nob.) La mer des Indes a d'autres maquereaux, bien plus taciles à caractériser. Le premier est le kanagurta de Russel (pi. i36). Sounerat et M. Leschenault nous l'ont en- voyé de Pondichéry; où il se nomme kanan- 8. 4 50 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. ka jouté. M. Ehrenberg Fa rapporté de la mer Rouge, et M. Dussumier de la côte de Mala- bar. M. Rappel l'a vu en quantité à Gomfod en Octobre. On le péclie abondamment pendant toute l'année dans la rade de Pondichéry , et il est bon à manger. Il est plus court et plus haut à proportion que le commun. Sa hauteur n'est que quatre fois dans sa longueur. Sa lèle est aussi plus haute et plus courte, et la longueur n'en surpasse la hauteur que d'un cinquième. Son opercule et surtout son sub- opercule sont beaucoup plus étroits d'avant en ar- rière, et le bord montant de son préopercule est plus vertical que dans le pneuniatophorus et le collas. Le bord de son sous-opercule est en ligne légèrement concave, comme dans le collas; l'échancrure de son opercule est presque demi-circulaire. Ses dents sont à peu près imperceptibles à l'œil, et c'est à peine si on sent avec le doigt quelque âpi été au bord tran- chant des mâchoires. Ses écailles sont plus grandes même qu'au collas. Les deux petites crêtes de sa queue sont les mêmes que dans les espèces d'Europe. La pointe écailleuse d'entre les ventrales est un peu plus grande qu'au maquereau. D. 9—1/11 et V; A. 2/11 elV; C. 17 et 14; P. 21 ; V. 1/5. Sa couleur paraît aussi un peu différer de celle de nos espèces d Europe. Russel la dit verte sur le dos, changeant en or et en bleu, et semblable à la perle sur les flancs et sur le ventre. Les dorsales et les caudales CHAP. I. MAQUEREAUX. Si ont une teinte jaune ; les autres nageoires sont trans- parentes. Les indications de M. Leschenault sont à peu près semblables ; il n'est point question de bandes noires. Nos individus , même les mieux conservés , n'en offrent aussi aucunes traces. La taille ordinaire de ce poisson est de dix pouces. Il a les râtelures de ses premières branchies si lon- gues que, lorsqu'on lui ouvre la bouche, elles dépas- sent la commissure des mâchoires et ressemblent à de petites plumes qu'il aurait dans le gosier. Son canal intestinal se replie un bien plus grand nombre de fois sur lui-même que dans les autres maquereaux. Il fait six replis avant de se rendre à l'anus. L'estomac est petit, et le pylore a un très- grand nombre de cœcums très-grêles et très-courtS- Il y a une vessie aérienne qui occupe à peu près les trois quarts de la longueur de l'abdomen; elle est étroite, et ses parois sont minces et argentées. Le péritoine est noir comme de l'encre. Son squelette a quatorze vertèbres abdominales et seize caudales. Ses côtes , un peu aplaties en lame d'épée, se portent obliquement en arrière, de façon que les dernières se rapprochent les unes des autres, et vont se terminer sur le haut du premier inierépi- neux de l'anale. Les interépineux sont en général fort petits. Les crêtes du crâne sont très-basses. 52 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Le Maquereau loo. {Scomber loo , nob.) MM. Lesson et Garnot ont apporté de Prasliu, à la Nouvelle-Irlande, et de Tile de Waigiou , un maquereau très-semblable au kanagurta pour les proportions , pour la coupe des pièces operculaires, pour les écailles , pour l'absence de toutes dénis sensibles et pour le nombre des rayons, mais qui devient plus grand , qui surpasse même le maquereau ordinaire d'Europe, et dont le dos est vert, nuancé d'une suite de taches et de deux lignes jaunes, brillant de l'éclat de l'or, avec des reflets irisés. Ses flancs et son ventre sont de couleur d'ar- gent, légèrement glacé de rose. Ses nageoires supé- rieures sont brunes , les inférieures argentées. Il ressemble aussi au kanagurtu par les intestins. Sa vessie natatoire est assez grande et a des parois assez épaisses. Ce poisson vit en bandes nombreuses dans la baie du poitPraslin. Les habitans de Wai- giou le nomment loo. MM. Quoy et Gaimard ont retrouve la même espèce au Havre -Dorey de la Nou- velle-Guinée. CHAP. I. MAQUEREAUX. 53 Le Maquereau du Fort-Dauphin. {Scomber dclphinalis , Comm. ) Je trouve sous ce nom , dans la Faune de Madagascar de Commeison, la description d'un maquereau pris au Fort-Dauphin, et qui doit avoir singulièrement ressemblé au loo et au kanas^urta. Il ressemble, dit l'auteur, au maquereau com- mun par la taille et la couleur; mais il est un peu plus gros et moins long. A la base de la première dorsale se voient cinq taches ou gouttes noires, et il y en a un plus grand nombre et de plus petites à celle de la seconde. Les fausses pinnules en ont aussi chacune une. Les nageoires supérieures sont du bleucàtre du dos; les inférieures du blanc argenté du ventre. Lorsqu'on ouvre fortement la bouche de ce poisson , on y découvre cà la base de la mâ- choire inférieure une tache noire en forme de cœur. D. 9 — 1/11 —V; A. 12— V; C. 17; P. 18; V. 1/5. Sa longueur était de dix pouces, son poids d'une livre. M. de Lacépède n'a pu faire usage de cette description, attendu quil ne connaissait pas cette portion des manuscrits de Commerson, qui se trouvait entre les mains d'Hermann. 54 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Houttuvn a décrit, dans les Mémoires de Harlem, deux scombres du Japon, qui pa- raissent appartenir au sous-genre des maque- reaux; mais il est difficile de s'en nssurer sur des descriptions aussi superficielles que les siennes. Le Maquereau du Japon. {Scomher japonicus , Houtt. ^) Le premier a été désigné sous le nom de maquereau du Japon. Il ressemble beaucoup à un hareng, surtout par sa couleur bleuâtre; c'est à peine s'il a des écailles, et sa tête semble enveloppée d'une pellicule argen- tée. Ses dents sont petites et semblables à des cils. D. 8 — 8— V; A. 11 —V; C. 20 ; P. 18; V. 6. Sa longueur est de huit pouces. Je trouve dans notre imprimé japonais (p. 3o) la figure d\in maquereau qui me pa- raît répondre à cette description, et qui est peint de bleu clair sur le ventre et de bleu noirâtre sur le dos. Ses nageoires paraissent jau- nâtres. Il ne serait pas impossible c|u'il fiit le même que le kana^urta. On peut d'autant 1. Mémoires de H;ulem, t. XX, part. 2, p. 35i. CHAP. I. MAQUEREAUX. SS moins le regarder comme une variété dune des espèces à dos rayé, qu'on voit aussi la figure dîme de ces espèces dans le même recueil (p. 43). Le Maquereau doré. {Scomber auratus , Houtt. ^) Le second des maquereaux de Houttuyn est nommé le maquereau doré. Sa forme est la même que dans le japonîcus , et il a aussi cinq fausses nageoires dessus et autant dessous; mais sa couleur brun- jaunâtre ou dorée le distingue suffisamment. D. 9 — ...; A. 9; P. 18; V. 6. Il est long de dix pouces. La seconde figure du livre japonais dont nous venons de parler (p. 4^), annonce quil existe aussi dajtis les mers de la Chine et du Japon un maquereau bariolé comme les nôtres, mais dont nous ne pouvons rien dire de plus. Ceux qui l'observeront en nature, pourront seuls nous apprendre si c'est un maquereau commun, ou s il appartient à la série des ma- quereaux à vessie natatoire. 1. Mémoires de Harlem, t. XX, part. 2 , p. 55i. 66 LIVKE IX. SCOMBÉROÏDES. Le Maquereau du Cap. (Scomber capensis ^ nob. ) Nous recommandons aussi aux voyageurs Fexamen des maquereaux du cap de Bonne- Espërance. Outre le sconiher ^reoc, il y en existe un de la taille et de la forme du commun, mais difffrant par des dénis plus menues, plus nombreuses et plus serrées , et par des côtes plus larges. Nous nen avons malheureusement que le squelette , prépare par Delalande , qui a né- glige d'y joindre le poisson entier, probable- ment parce qu'il le croyait le même que le maquereau d'Europe. CHAP. II. THONS. 57 CHAPITRE II. Des Thons {Thynnus , nob.). Le genre des thons, qui comprend aussi les thonines, les germons et les bonites à ventre raye, diffère de celui des maquereaux par une disposition remarquable de ses écailles du thorax, qui sont plus grandes et plus mattes que les autres, et forment autour de cette partie du tronc une espèce de corselet, qui se partage en arrière en plusieurs pointes. Un autre caractère consiste en ce que la première dorsale se prolonge de manière à ne finir que très-près de la seconde. Les fausses nageoires sont en nombre plus considérable que dans les maquereaux j mais il n'y a point d épine libre en avant de Fanale. La queue a de cha- que côté de sa partie la plus amincie, outre les deux petites crêtes déjà observées dans les maquereaux, et plus en avant, une saillie cartilagineuse horizontale , longitudinale et tranchante, en forme de carène, beaucoup plus proéminente que ces crêtes. 5S LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. I.e Thon commun. {Thjnnus vulgariSj nob.; Sconiher thjnnus, Linn.) Le thon commun est un poisson aussi grand et aussi beau qu'agréable et utile. Nous croyons devoir commencer son article par une descrip- tion exacte. Sa forme générale est à peu près celle du ma- quereau , si ce n'est qu'il est plus gros et plus rond au thorax, et que son museau est plus court. En prenant pour terme de sa longueur totale une ligne verticale tirée de la pointe d'un lobe de sa queue à l'autre, cette longueur contient quatre fois et un quart sa hauteur aux pectorales, et son épaisseur au même endroit est d'un tiers moindre que sa hauteur. La longueur de sa tête n'est qu'un peu moindre du quart de la longueur totale, et surpasse d'un quart sa hauteur à la nuque ; laquelle est à peine supé- rieure à son épaisseur. Le profil descend par une courbe légèrement convexe, et se termine prompte- ment en un museau médiocrement pointu. La dis- tance du bout du museau à l'œil fait le tiers de la longueur de la tête. Le diamètre de l'œil est du sep- tième. La mâchoire inférieure dépnsse un peu l'autre. La bouche n'est pas tout-à-fait fendue jusque sous l'œil. Le maxillaire dépasse un peu la commissure; il s'élar- git en arrière au moyen d'une pièce qui s'y surajoute. Chaque mâchoire a son bord tranchant armé d une rangée de petites dents, aiguës comme des pointes dé- CHAP. II. THONS. S9 pingles, légèrement arquées en dedans et en arrière. Il peut y en avoir une quarantaine de chaque coté à chaque mâchoire. Celles d'en bas sont un peu plus fortes. On en aperçoit quelques-unes en velours au bord externe des palatins sur le devant, et quelques autres au milieu de la partie antérieure du vomer. La langue est assez grande, libre et plate. Sa pointe est mince et arrondie. Vers sa base , ses bords se re- lèvent en une sorte de carène charnue. Sa couleur, ainsi que celle de tout l'intérieur de la bouche, est noirâtre. Une paupière adipeuse, mais dont l'ouverture est- ronde, recouvre une grande partie du disque de l'œil. Le sous-orbitaire est triangulaire, à bord supérieur très-oblique , et se termine vis-à-vis la fin du maxil- laire en pointe obtuse. Il recouvre en avant Tinter- maxillaire et toute la racine du maxillaire. L'orifice antérieur de la narine est très-petit, comme un pore, et placé au milieu de l'intervalle qui est entre l'œil et le bout du museau; le postérieur est une fente verticale, placée entre l'anlérieur et l'œil, et dont la hauteur fait près de moitié de celle de l'œil. Le préopercule est large et a son bord arrondi presque également. Celui de l'ensemble operculaire l'est de même. Sa distance du bord du préopercule est du cinquième de la longueur de la tète. La sé- paration du subopercule et de l'interopercule se fait par une ligne qui part du point où l'autre a abouti pour descendre un peu plus verticalement en ar- rière; en sorte que ce qui parait du sous-opercule,, est un triangle presque isoscèle, dont l'angle au BO LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. sommet est en avant et très-obtus. Dans le frais ces lignes sont bien peu apparentes. L'opercule n'a point d'échancrure ; sa séparation du subopercule se fait par une ligne peu marquée, qui de la hauteur du bord supérieur de la pectorale descend obliquement en avant jusqu'à la hauteur de son bord inférieur. La joue est couverte d'écaillés longues, étroites et pointues, qui la font paraître ridée plutôt qu'écail- , leuse. Les pièces operculaires sont nues, ainsi que tout le reste de la tête. La pectorale est en forme de faux. Sa longueur est cinq fois et demie dans la longueur totale. Sa pointe ne se porte pas au-delà de l'aplomb de la onzième épine dorsale. La hauteur de sa base est du quart de sa longueur. On y compte trente-un rayons. Les ventrales n'ont guère plus de moitié des pec- torales. Leur épine est forte et va presque jusqu'à la pointe ; elles peuvent se loger chacune dans une fossette, bordée extérieurement par un repli de la peau du corselet et au bord interne par une lame intermédiaire, légèrement saillante, mais non écail- leuse. La première dorsale naît à peu près vis-à-vis la base de la pectorale, à une distance du bout du museau qui est trois fois et deux tiers dans la lon- gueur totale. Sa longueur y est près de quatre fois. Elle a quatorze épines assez fortes. La première, qui est la plus longue, a sa hauteur comprise deux fois et demie dans celle du corps. Elles diminuent assez vite jusqu'à la cinquième et à la sixième , qui CHAP. II. THONS. 61 n'a pas moitié de la hauteur de la première; en- suite elles diminuent lentement, La quatorzième, très-petite, qui paraît séparée des précédentes, est près de la deuxième dorsale. Toutes peuvent se coucher dans une rainure du dos. La deuxième dor- sale a d'abord une petite épine cachée, puis des rayons mous, dont les premiers s'élèvent en pointe et aussi haut que la première épine de la dorsale antérieure; elle décroit très-vite jusqu'au dixième rayon, qui n'a que le quart du deuxième et qui est suivi de trois encore plus petits. La longueur de cette nageoire est d'un sixième moindre que sa hauteur. Ses rayons sont unis si fermement qu'elle ne peut s'abaisser. A sa suite viennent neuf petits rayons isolés ou fausses nageoires, espacés également sur la queue dans une longueur qui égale le quart du total. On peut aussi en compter dix, quand le dernier rayon est plus détaché. L'anale commence à peu près vis-à-vis le commen- cement de la deuxième dorsale; elle est de même en pointe décroissant très-vite et sur une base très-courte. Deux épines sont cachées dans son bord antérieur, et elle a douze rayons mous. Il y a aussi neuf fausses nageoires derrière elle; mais la piemière pourrait être regardée comme son dernier rayon. La caudale est en croissant, et a deux grandes pointes, écartées l'une de l'autre en ligne droite d'une distance qui est trois fois et demie ou quatre fois dans la longueur totale. Les rayons allant jusqu'au bout, ceux que nous appelons entiers, sont au nombre de dix-neuf; mais 62 LIVRE IX. SCOTMBÉROÏDES. ils sont accompagnés en dessus et en dessous d'autres rayons irès-foris, qui ne se raccourcissent que graduel- lement, et dont on peut compter sur chaque tranchant huit ou neuf: c'est en tout trente-cinq ou trente-six. Ainsi les nombres du thon sont comme il suit : B.l-D. 14 — 1/13 — IX; A. 2/1"— VIII; C. 19 et 16 ou IT; P. 31; V. 1/5. De chaque côté du bout de la queue, à compter de rintervalle des deux pénultièmes fausses nageoires, il y a une carène longitudinale membraneuse, sail- lant horizontalement en arc de cercle, et de plus, entre les racines des rayons de la caudale, les deux petites crêtes déjà observées dans les maquereaux. Le corselet, c'est-à-dire cette portion du tronc couverte d'écaillés plus grandes et moins absorbées dans la peau, est considérable. Il donne supérieu- rement une pointe , qui s'étend jusqu'au bout de la deuxième dorsale. Son échancrure d'au-dessus de la ligne latérale ne se porte en avant que jusque vis- à-vis la pénultième ou l'antépénultième épine de la première, tout au plus jusquà celle qui les précède. La pointe dont il accompagne la ligne latérale est obtuse, et ne va que jusque vis-à-vis le milieu de la deuxième dorsale. Au-dessous de cette ligne il est coupé obliquement jusques entre les bases de la pec- torale et de la ventrale. Enfin, en dessous il donne une large pointe , dans laquelle sont implantées les ventrales, et qui se termine vis-à-vis l'extrémité des pectorales. Il V a <^e chaque côté un long sillon, dans lequel se loge le bord supérieur de la pectorale. CHAP. II. THONS. 65 La ligne latérale est irrégulièrement et légèrement flexueuse; elle a sur toute sa longueur des écailles semblables à celles du corselet, et sur le corselet même elle se marque par des pores : elle y fait deux angles presque droits; le premier dirigé vers le bas, et le second vers le haut. Toute la partie supérieure du corps du thon est d'un noir bleuâtre. Les parties du corselet dont les écailles se marquent le plus, tirent davantage au blanchâtre. Les côtés de la tête sont blanchâires. Tout le ventre est grisâtre, semé de taches serrées d'un blanchâtre argenté. Dans la partie qui est sous les pectorales , ces taches s'alongent et se rangent en rubans presque verticaux; plus loin elles sont ovales ou presque rondes , et vers la queue elles s'alongent en rubans longitudinaux. La première dorsale, les pectorales, les ventrales, sont noirâtres. La caudale est un peu plus pâle. La deuxième dorsale et l'anale tirent au couleur de chair, avec des reflets argentés Les fausses pinnules, tant supérieures qu'inférieures, sont d'un jaune de soufre, et bordées de noir. L'anatomie du thon donne lieu à plusieurs obser- vations intéressantes. Son encéphale est remarquable par l'étendue du cervelet et par la complication des tubercules inté- rieurs. Les lobes olfactifs sont petits et ovales; les lobes creux sont trois fois plus grands et à peu près sphé- riques, avec une échancrure latérale en dessous. En les ouvrant, on voit de chaque côté, au lieu des tu- bercules si ordinaires dans les poissons , une masse 64 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES* divisée en trois lobes, qui eux-mêmes ont chacun un sillon; en sor;e qu'elle représente comme un cylin- dre ou un cordon qui aurait six replis; douze en tout. Le cervelet est plus grand que le reste de l'encéphale, et, partant du dessus de la moelle alongée, il se porte en avant, couché sur les lobes creux et les lobes olfactifs, jusque sur l'extrémité antérieure de ceux- ci ; sa largeur est un peu moindre que la moitié de sa longueur, et il est dépassé latéralement par les lobes creux. A sa base postérieure il a de chaque coté une protubérance arrondie, différente des renfle- mens qui se voient comme d'ordinaire sur la moelle alongée en arrière du cervelet. La cavité nasale est grande et divisée en deux loges, dont l'inférieure se prolonge en arrière le long du maxillaire sous le sous-orbitaire : c'est la membrane du palais qui la sépare de la bouche. La loge supé- rieure est elle-même subdivisée en plusieurs autres par des cloisons charnues , diversement situées. Une cavité antérieure est placée verticalement sous l'ori- fice antérieur de la narine, et c'est dans celle-là que flottent les peignes ou lames de la pituitaire. Ces lames sont petites et peu nombreuses. Derrière cette cavité en est une autre, plus creuse, qui reçoit un tubercule charnu, assez gros, adhérant à la peau, et derrière ce tubercule est une autre cloison verticale, qui sépare en deux la chambre qui répund à la na- rine postérieure. Lorsqu'on a levé la peau du thon, on trouve sous la hgne latérale un grand vaisseau, qui donne de sa face externe, en dessus et en dessous, beaucoup de CH.IP^ II. THONS. 65 branches dans les muscles voisins. Sa face interne est criblée d'un nombre infini d'orifices d'autres branches , qui vont se perdre sur une membrane glanduleuse épaisse. C'est à plus d'un pouce de profondeur, entre les deux faisceaux du muscle médian , que l'on découvre enfin le rameau de la huitième paire, qui, dans un si grand nombre d'au- tres poissons, se voit superficiellement dès qu'on a enlevé la peau. Ce nerf est petit et donne quel- ques rameaux aux muscles supérieurs, peu après qu'il a pénétré dans l'épaisseur du muscle médian du corps. L'œsophage du thon est court, large, à parois charnues et fortement plissées en dedans. Plus en arrière il se dilate en un vaste estomac conique, dont la pointe atteint au-delà des quatre cinquièmes de la distance du diaphragme à l'anus. Les parois de ce viscère sont fort épaisses. On voit à la surface externe de nombreux faisceaux de fibres charnues, disposés longitudinalement. Très -près du cardia, sous la face inférieure de l'estomac, s'ouvre le py- lore. Il n'y a pas de branche montante de l'estomac. Le duodénum se porte vers le diaphragme, et fait sous le foie une courbure très- ouverte. L'intestin descend vers l'anus jusqu'auprès de la pointe de l'estomac- il remonte vers le diaphragme, se replie avant d'atteindre au premier repli, et va droit dé- boucher à l'anus. Il conserve dans toute sa longueur un diamètre à peu près égal. Le duodénum reçoit auprès du pylore les orifices de cinq cœcums, qui se divisent chacun en plusieurs 8. 5 60 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. troncs principaux, donnant eux-mêmes plusieurs branches, que Ton voit encore se subdiviser et finir par ne plus former que des faisceaux de huit à dix cœcums capillaires , longs d'un pouce. Tous ces coecums si fins sont réunis en une masse assez so- lide par un tissu cellulaire et vasculaire très-dense ; de façon à présenter a l'apparence d'une grosse glande, lorsque l'on n'a pas encore détruit par la dissection le tissu cellulaire qui retenait les appen- dices cœcales. Le foie est assez volumineux et composé de trois lobes j un mitoyen, immédiatement placé sous la masse des appendices cœcales, dont il ne diffère au premier aspect que par sa couleur plus brune. Son bord libre est mince et arrondi : les deux autres sont irièdres et terminés en pointe; celui de gauche se porte un peu plus en arrière que le droit. La vésicule du fiel est très -longue et élroile, et appli- quée le long du canal intestinal. La rate est oblongue, étroite, mince , noirâtre et placée sous l'intestin. Les laitances, dans le sujet que nous avons dis- séqué, étaient vides et formaient deux rubans étroits. Nous avons trouvé des poissons dans l'estomac , mais si digérés que nous n'avons pas pu en recon- naître l'espèce. Le crâne du thon est d'une forme assez remar- quable. Sa face supérieure forme un triangle isocèle tronqué en avant, dont la base ou la crête occipitale égale la longueur. Sa crête mitoyenne se prolonge en avant sur les frontaux et entre les orbites jusqu'à CHAP. II. THONS. 67 ï'ethmoïde. Toute sa partie frontale est fendue longi- tudinalement, et le fond de la fente en arrière percé de façon à laisser pénétrer dans le crâne. Plus en arrière il y a aussi de chaque côté , entre la crête mitoyenne et l'intermédiaire, et entre le frontal et le pariétal, un grand trou oblong, qui pénètre dans le crâne. L'os maxillaire a une pièce particulière et trian- gulaire à son extrémité postérieure et élargie. Du reste, si l'on excepte les différences de forme sensi- bles à l'extérieur, l'ostéologie de la tête ressemble assez à celle du maquereau. La principale pierre de foreille est très-petite, étroite, alongée, aplatie supérieurement. Sur l'arrière de sa face inférieure il s'élève un petit talon , qui est creusé par un sillon longitudinal. Les bords de cette pierre ne sont pas dentelés ; elle est logée dans une cavité oblongue de chaque côté de la base du crâne, beaucoup plus grande qu'il n'est nécessaire pour la recevoir. L'épine dorsale a trente-neuf vertèbres. Les quatre premières, plus larges que longues, sont creusées en dessous de trois fossettes, et en ont une de cha- que côté pour l'articulation de leurs côtes respec- tives. Leurs apophyses épineuses , comprimées et di- latées, se touchent presque. La cinquième et la sixième ont déjà de petites apophyses transverses' et une apophyse épineuse plus grêle et plus haute. La septième n'a plus qu'une fossette en dessous. La huitième en a déjà deux de chaque côté, dont l'inférieure est derrière une apophyse transverse un 68 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. peu plus saillante. L'apophyse transverse de la neu- vième est déjà dirigée vers le bas. Toutes sont en- suite comprimées, plus hautes que longues et plus longues que larges, et ont deux fossettes profondes de chaque côté, et des apophyses transverses descen- dantes, qui s'unissent pour former en dessous un anneau , de la partie inférieure duquel naît une apo- physe épineuse inférieure. Ces apophyses s'alon- gent de plus en plus jusqu'à la dix-neuvième ver- tèbre , où commence la queue. Il y a aussi à toutes des apophyses épineuses supérieures. A compter de la dixième, Tapophyse qui forme l'anneau donne de sa base un petit crochet, qui s'unit à un petit cro- chet du bord postérieur de la vertèbre précédente j mais ces parties, peu considérables, ne compliquent pas autant ce canal subvertébral, qu'elles le font dans les thonines. Les apophyses épineuses de la queue , tant supérieures qu'inférieures , vont en di- minuant jusqu'à la trente -deuxième vertèbre. Les trois suivantes n'ont, au lieu d'apophyses, que des lames plates , qui se couchent d'une vertèbre sur l'autre j elles se relèvent et s'aiguisent ensuite jus- qu'à la trente-huitième, pour contribuer à former l'éventail vertical qui porte la caudale. La crête latérale de la queue est soutenue par des crêtes la- térales osseuses , qui tiennent de la trente-deuxième vertèbre jusqu'à la trente - sixième. Les trente -sep- tième et trente -huitième ont le corps très -court. La trente -neuvième est celle qui se dilate pour la caudale; elle a encore de chaque côté une petite apophyse. CIIAP. II. THONS. 69 Il y a deux ordres de côtes. Les supérieures, grêles et demeurant horizontales , mais se portant oblique- ment en arrière dans l'épaisseur des muscles , adhè- rent au corps des vertèbres , au - dessus de leurs apophyses transverses : il s'en voit aux côtés de la queue jusqu'à la vingt -neuvième ou à la trentième vertèbre. Les Inférieures tiennent à l'extrémité des apophyses transverses , et lorsque ces apophyses forment un anneau, elles tiennent au bas de l'apo- physe épineuse qui en descend. Ces côtes inférieures ne commencent qu'à la troisième vertèbre, et sont aussi presque hoiizontales jusqu'à la dixième; elles se dilatent de leurs deux tiers inférieurs comme des lames de sabre. A compter de la neuvième, celles de chaque paire s'attachent tout près l'une de l'autre à l'extrémité de l'apophyse descendante, et même, à compter de la treizième, elles se collent l'une à l'autre sur une partie de leur longueur , de manière à faire croire qu'il n'y a sous chaque ver- tèbre qu'une seule côte fourchue en arrière. Les os coracoïdiens sont larges et forts. Le trou du radial est petit, et cet os lui-même peu étendu. L'échancrure du cubital est au contraire alongée et pointue. Les os du bassin sont chacun fourchu en avant, et ont en arrière une apophyse entre les ven- trales. Aristote^ prétend que la femelle du thon diffère de son mâle par une nageoire qu'elle a de plus sous le ventre, et qui est nommée 1. Hisl. an-, l.V, c. 9. 70 LIVRE IX. SCOMBÊROÏDES, aphareus. Il est impossible d'entendre ce qu'il a voulu dire. Cette différence de sexe nexiste certainement point. Le thon est un des grands poissons de la mer. Aristote parle d'un vieux individu qui pesait quinze talens ou douze cents livres, et qui avait deux coudées et une palme d'une pointe à l'autre de la nageoire de la queue *; encore cette mesure est-elle une correction faite par Gaza dans ses premières éditions, et d'après Pline '. La plupart des manuscrits d'Aristote disent cinq coudées, et Hardouin, toujours enclin aux paradoxes, a cru que c'était Pline qu'il lallait corriger. Cinq coudées pour cette partie, quelque valeur que l'on attribue à cette mesure , donneraient au poisson une taille au moins de vingt à vingt- deux pieds. En Sardaigne, quand il pèse moins de cent livres , on ne l'appelle que du nom de scam- pirro f dérivé de scomher ; de cent à trois cents livres, ce n'est encore qu'un demi-thon {mezzo-tonno) : ceux de mille livres ne sont pas très-rares. Cetti prétend qu'on en. a pris quelquefois de dix-huit cents livres, et il ajoute que les plus grands sont toujours des 1. Hisi. an., l.VIII, c. 5o. 2. Pline, 1. IX, c. i5. Invenimus iaJenta quindecim pependîsse ejusdem caudœ latiiudinem duo cubita et palmum. CHAP. II. THONS. 7\ mâles , ce qui , selon sa propre remarque , serait contraire à ce que Ton observe dans la plupart des autres poissons. ^ 11 ne parait pas devenir si grand sur nos côtes. Duhamel parle de thons de cinq pieds de longueur qui pesaient plusieurs quintaux; mais il n'en a point vu de semblables. Celui quil décrit n'avait que trois pieds quatre pouces. Notre description est prise d'un in- dividu de trois pieds. La pêche du thon date de la plus haute antiquité. Enthidème attribuait même à Hé- siode des vers oii Ion en décrit le commerce et le transport"; mais Athénée, qui les rap- porte, prouve en même temps qu'ils étaient nécessairement d'un poète bien postérieur. C'était surtout aux deux extrémités de la Méditerranée , aux endroits où elle se rétrécit et où les poissons voyageurs sont obligés de se rapprocher, que l'on en faisait de grandes pêches. A rOrieut la mer Noire leur offrait une nourriture abondante, à cause de la quantité de fleuves qui s'y déchargent : ils s'y portaient en foule au printemps pour frayer^, et Aris- 1. Cetti, Histoire naturelle de Sardaigne, t. III, p. i34 et i35. — 2. Athénée. 1. 111; p. ii6. — 3. Pline, 1. IX, c. i5. 72 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. tote croyait même qu'ils ne se multipliaient pas ailleurs'; ils y demeuraieut létë^, et c'était à leur passage au Bosphore qu'on en faisait de ricbes captures ^. Selon le récit très-détaillé de Strabon"^, leur reproduction avait lieu dans le Palus-Méotide; ils suivaient la côte de l'Asie-Mineure, et les premiers se prenaient à Trébisonde et à Pharnacie; mais ils y étaient encore petits : à Synope ils avaient déjà atteint une taille suffisante pour être salés, et cette ville, bâtie sur un isthme et admirablement placée pour cette pèche, en tirait de grands profits.^ Mais c était surtout la ville de Byzance que ce poisson enrichissait. Les bancs arrivés aux lies Cyanées entraient dans le Bosphore, et près de Calcédoine ils rencontraient une roche blanche, qui les effrayait, et les forçait de se détourner du côté de Byzance et d'entrer dans ce golfe, qui est aujourd'hui le port de Constantinople ; en sorte que tout l'avantage de cette pèche était pour les Byzantins, et que les Calcédonieus en profitaient fort peu. C'était à cause de cette abondance de thons 1. Hist. an., 1. V, c. lo. — 2. ld.,\.\\\l, c. i5. 3. Pline prétend qu'on n'en prenait à Byzance que lors de leur entrée; mais Strabon dit tout le contraire. 4. Geogr., 1. VU, p. 520, A. — 6. L. XO, p. 545, D. CHAP. II. THONS. 75 que le golfe en question avait pris le nom de Corne- Dorée f et Apollon avait appelé Calcédoine la ville des aveugles, parce que ses fondateurs n'avaient pas su reconnaître cette infériorité du lieu quils avaient choisi. Néanmoins c'étaient les pélamides ou jeunes liions de Calcédoine qui, au rapport d'Aulu- Gelle ^ , étaient les plus estimés de l'espèce. Cette quantité prodigieuse de poissons ar- rive aujourd'hui a Constantinople comme du temps des anciens. Gyllius en parle dans des termes faits pour étonner. « Ils y abondent, dit-il, plus qu'à Marseille, 4< à Venise et à Tarente. D'un seul coup de * filet on remplirait vingt navires : on peut « en prendre sans filets et avec la main^; on « peut, lorsqu'ils remontent vers le port en « troupes serrées, les tuer à coups de pierre. « Les femmes en prennent seulement en sus- K pendant de leurs fenêtres dans l'eau un pa- « nier avec une corde ; enfin, sans avoir be- « soin d'amorcer les haims , on y pécherait « des pélamides de quoi approvisionner la « Grèce entière et une grande partie de l'Eu- « rope et de l'Asie.^ '' 1. Noct. al tic, l.Vn, c. i6. "2. Straboa le dit anssi (1. VII, p. 32o). S. Gvlliijs, De Constantinopoleos topographia, in prœfat. 74 LIVRE ÏX. SCOMBÉROÏDES. Dapper, dans sa Description de l'Archipel (p. 5o6 de redit, iranç.), et tout récemment M. de Hammer, dans celle de Constantinople, confirment ce récit de Gyllius. „ La marée de K Constantinople, dit M. de Hammer, est la « première du monde ; le Bosphore en four- « mille : c'est pourquoi l'on voit sur les mé- « dailles de Byzance un dauphin accompagné « de deux autres poissons. ^ '' Qu'il est mal- heureux que de tant d'Européens qui pas- sent une partie de leur vie dans cette grande capitale, aucun ne s'occupe de déterminer avec précision ces nombreuses espèces, et de nous laire connaître les époques et les direc- tions de leurs passages ! La pèche des thons était encore plus an- cienne à rOccident. Les Phéniciens l'avaient établie de très-bonne heure du côté de l'Es- pagne, et lui avaient donné une grande acti- vité en dehors et en dedans des Colonnes d'Hercule; aussi le thon paraît-il sur les mé- dailles phéniciennes de Cadix et de Carteia. Ce genre d'industrie se propagea dès-lors sur ces côtes. Les salaisons d'Espagne , ainsi que celles de Sardaigne , passaient du temps des Romains pour être beaucoup plus tendres 1. Hammer, Constantinople et le Bosphore, t. I, p. 46. CHAP. II. THONS. 75 et d'un goût plus agréable que celles de By- zance. On les payait plus cher. Elles étaient connues en général sous le nom de salsa- nientuni sardicum\ Leur qualité savoureuse était attribuée à la quantité de glands qui tombaient d'une petite espèce de chêne fort commune sur ces côtes^ et l'on en était venu à croire que c'était dans le fond même de la mer que croissaient les chênes qui produi- saient ces glands, et qui n'étaient peut-être réellement que des fucus ^. Les thons qui s'é- loignaient davantage vers les Colonnes d'Her- cule , devenaient de plus en plus maigres , parce qu'ils n'y trouvaient plus cet aliment."* Le milieu de la Méditerranée, à l'endroit où elle se rétrécit entre l'Italie et l'Afrique, avait aussi des pêches très-abondantes de ces poissons. iElien parle de celles qu'exécutaient les Gaulois et les habitans de Marseille avec de forts hameçons de fer, et des grands appa- reils de filets qu'y employaient les ItaUens et les Siciliens.^ Archestrate, dans Athénée, vante les thons 1. Galien, De alim. , fasc. 3, c. 5i. — 2. Strabon, Geogr., 1. III, p. 145. — 3. Poljbius, ap. Athen., 1. VII, p. 001. — 4. Strabon. loi:, cit. — 5. vElien , Hîst. an., I. XIII, c. 16. 76 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. des bouches du Metaurus, dans l'Adriatique, et ceux des côtes de la Laconie/ Strabon marque avec soin dans sa Géogra- phie les lieux où il se tenait des hommes pour avertir de l'arrivée de ces poissons , absolument comme on le fait de nos jours : Populonium ou Piombino^ et Porto-Ercole , sur la côte d'Étrurie , où ils étaient attirés par des coquillages^, et le cap d'Ammon, sur la côte d'Afrique^ Ces espèces de guérites se nommaient thjnnoscopes i^^wvodKon&tov). Cette pèche s'exécutait à peu près comme de nos jours. La description que nous donne iElien (1. XV, c. 5) de celle qu'on faisait le long des côtes du Pont-Euxin , ressemble en- tièrement à ce que Duhamel rapporte de la pèche à la thonaire, telle qu'on la pratique à Collioure. On donnait des noms particuliers aux thons de différens âges. Le scordjle, ou, comme on lajipelait à Byzance , Yauxide, était le jeune thon, lors de sa première sortie du Pont-Euxin en automne^; la pélainide, le thon plus âgé, lorsquil retourne dans le Pont au printemps.^ 1. Atliénée, 1. VII, p. 122. — 2. Strabon, Geogr., t. V, p. 223, — 3. Id., ib., t. V, p. 225. _ 4. Id., ib., t. XVII, p. 834. — 6. Aristote, Hist. anitn., 1. VI, c. 17. — 6. Id. , ibid., et PJine, l.IX, c. i5. CHAP. II. THONS. 77 Les très -grands thons portaient le nom ^orcjnus ' , et il y en avait d'assez gigan- tesques pour que Ton crût devoir les ranger parmi les cétacés. ^ Ces grands orcjnuSy selon Dorion, dans Athénée, passaient pour venir de l Océan; c'est pourquoi il y en avait davantage près des côtes d'Espagne et dans la mer de Toscane ^, et l'on ne supposait point qu'il en retournât dans les mers plus orientales.'* Le thon occupait une telle place dans la diète des anciens, que Ton avait aussi des noms particuliers pour en désigner les différens mor- ceaux ou les différentes préparations qu'on lui faisait subir. Le grand thon coupé en tranches minces séchées, et semblables à des planchettes de chêne, s'appelait melandrjs^ (chêne noir). Du thon plus jeune ou de la pélamide , coupée en petits morceaux cubiques, s appe- lait cjbiuni ^ (petit cube). On servait ce cj- bium avec des œufs durs coupés, comme au- 1. Pline, 1. XXXII. Orcynus hic est pelaniidum generis maxi-' mus , neque redit in Mœotin. 2. iElien, 1. I, c. 4o- — 3. Athénée, 1. VII, p. 5i5. 4. PI nie, 1. XXXII, cil. Orcynus neque redit in Mœotin. 5. Pline, 1. IX, c. i5; Athénée, 1. VII, p. 5i5. 6. Pline, 1. XXXU, c. 1 1 . Cjbium ita vocatur concisa pelamys , ijuœ post nonaginta dies a Ponto in Mceotin revertitur. 78 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. jourd'bui nous servons les anchois ^ Ce n'était pas d'ailleurs un mets de grand prix.' Les parties voisines de l'épaule formaient le clidiuni ; Xauchenia était la partie de la nuque , et plusieurs croient que Xlioreum, qu'ils écrivent ureiun, était la queue. On es- timait surtout la nuque, le ventre et le cli- dium^. On préparait à Cadix les clidiums des très-grands thons nommés orcjnuSj, et Hice- sius, dans Athénée, préfère ces morceaux aux abdomens pour le goût. "^ Mais toute cette nomenclature n'était pas tellement fixée , que le sens de chaque ex- pression ne variât selon les temps et les lieux. Ainsi dans Siiabon^ pélautide est pris non- seulement pour un jeune thon, mais pour l'espèce du thon en général. Dans Pline c'est le genre tout entier.^ De salsamentuni sardicum , qui désignait toutes les salaisons de l'occident de la Médi- 1. Martial, 1. V, ép. 78. Divisis cyhîum latehit ovîs. 2. Martial (1. XI, ép. 27), reprochant à son ami d'avoir une maîtresse qui se prisait elle-même trop peu , lui dit : Vel duo frusla rogat cybil , tenuenique lacerhim. 3. Pline, 1. IX, c. i5. Irli jnembraiim cœsi cervice et abdomine eomvundantur atque clidio. 4. Athénée, 1. VII, p. 5i5. — 5. Geogr., t. III, p. 32o. 6. Pline, 1. XXXII, cil. Orcynus hic est pelamidum generis maximiis. Sarda ila vocatur pelamis longa. CHAP. II. THONS, 70 tenanëe , on avait fait le nom de sarcla, que l'on se figurait être celui d'une espèce particu- lière. Sarda (dit Pline) vocatur pelaniys longa ex Oceano veniens ^, et dans Athënëe la sarde est comparée au colias pour la grandeur.^ Cjbiumy dans Pline et dans Alhénëe, ëtait le nom des fragmens de pëlamides tailles en carre, sëcliës et sales ^. Mais dans Varron"*, dans Festus^ c'est le poisson lui-même. Il en ëtait de même de melandrjs ou me- landrya (chêne noir). Selon Pline (1. IX, c. i5), selon Hicesius, dans Athënëe (1. VII, p. 3x5), le melandrya consistait en portions salëes de grands thons, coupes de manière à ressembler à de petites planchettes de chêne \ mais selon Pamphile, dans le même Athënëe (1. ÎIl, p.iai)^ c'est une espèce de très-grands thons {fAsAoiv^^vg oh rôov i^èyl^cav Bvvvuv siaoç è^lv). Il faut toujours avoir ëgard à cette mobilité propre à toute nomenclature populaire, si l'on veut porter quelque lumière sur les passages des anciens où il est question d'histoire naturelle. 1. Pline, I. XXXII, c. II. — 2. Athénée, 1. IH, p. 120. — 3. Id. , 1. III, p. 120, E, et Pline, 1. XXXII, c. 11, voce Cjhium, 4. Varron, De ling. lat., 1. IV. Aquatilium vocahula animalium ■partim sunt vemacula partim peregrina. Foris niursena cybium ,. thjnnus. 5. Festus, voce av^iov. Genus piscis quia piscantes id genus pis' cium velut aleum ludant. 80 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Dans les temps modernes la péclie du thon, sans avoir diminué de produit, s'est presque concentrée dans lintérieur de la Méditerranée. On ne l'exerce plus en grand à Constantinople, ni sur la mer Noire, depuis l'établissement des Turcs dans ces belles contrées. Les pêcheries des côtes d'Espagne en dehors du détroit se sont maintenues plus long-temps; celles de Conil, près de Cadix, et du château de Sara, près du cap Spartel, étaient surtout célèbres, et donnaient de grands revenus aux ducs de Medina-Sidonia, leurs propriétaires privilégiés: on y employait plus de cinq cents hommes^; mais elles sont tombées en partie par mauvaise administration, et en partie, dit-on, parce que le tremblement de terre qui détruisit Lisbonne en 1755% a changé la nature de la côte et dé- terminé les thons à se jeter de préférence sur celle de l'Afrique. Aujourd'hui c'est en Catalogne, en Pro- vence, en Ligurie, en Sardaigne et en Sicile que cette péclie a le plus d'activité et donne les résultats les plus abondans : elle se fait principalement de deux manières , à la tho- naire et à la madrague. Pour la pèche à la thonaire, lorsque la sen- 1. Duhamel, p. 200. — 2. Cetti, p. 187. CHAP. II. THONS, 81 tinelle postée sur un lieu élevé a fait le signal qu'elle voit la troupe des thons s'approcher, et de quel coté elle arrive , des bateaux nom- breux partent sous le commandement d'un chef, se rangent sur une courbe, et forment, en joignant leurs filets, une enceinte, qui ef- fraie les thons , et que l'on resserre de plus en plus , en ajoutant de nouveaux filets en dedans des premiers , de manière à ramener toujours les poissons vers la plage. Quand il n'y a plus que quelques brasses d'eau, on tend un grand et dernier filet, qui a une manche, c'est-à-dire un fond prolongé en cône, et que l'on tire vers la terre, y amenant ainsi tous les thons : on prend alors les petits à bras, les grands après les avoir tués avec des crocs. Cette pèche, pratiquée sur nos côtes de Lan- guedoc, donne quelquefois en un seul coup deux ou trois mille quintaux de ces poissons.^ La madrague , que les Italiens appellent tonnaro , est un engin beaucoup plus com- pliqué : c'est, comme le dit Brydone , une espèce de château aquatique construit à grands frais ^. De grands et longs filets, tenus vertica- lement par des lièges à leur bord supérieur, 1. Duhamel, Pêches, part. 2, sect. 7, c. 2 , p. igS. 2. Vojage en Sicile et à Malle, trad. franc. ^ t. II, p. aSg. 8. ' 6 82 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. et par des plombs et des pierres à rinfërieur, sont fixés par des ancres de manière à former une enceinte parallèle à la côte de plusieurs centaines de toises, quelquefois d'un mille d'Italie* en longueur, divisée en plusieurs chambres par des filets transverses, et ouverte du côté de la terre par une espèce de porte. Les thons , qui dans leur marche longent tou- jours la côte , passent entre elle et la ma- drague ; arrivés à l'extrémité de celle-ci , ils rencontrent un grand filet placé en travers, qui leur ferme le passage et les force d'en- trer dans la madrague par l'ouverture qui y est pratiquée ^ une fois qu'ils y ont pénétré , on les contraint par divers moyens de passer de chambre en chambre jusqu'à la dernière, qui est nommée corpou (chambre de la mort). Un filet horizontal y forme une espèce de plancher, qu'un grand nombre de matelots, ar- rivés dans des barques, soulèvent de manière à élever avec lui les poissons jusqu'auprès de la surface. C'est alors que de toute part on leur livre combat, en les frappant avec des crocs et toute sorte d'armes semblables; spec- tacle imposant, et qui attire souvent un grand nombre de curieux. C'est un des plus grands 1. Duhamel, sect. 7? p. 199- CHAP. II. THONS. 83 amusemens des riches Siciliens , en même temps qu'une des premières branches du com- merce de leur ile. ^ Les madragues sont des espèces de pro- priétés ou des concessions du. souverain pro- tégées par les lois ; il y a même des pays où l'on ne permet de les établir quà une distance déterminée les unes des autres, et de façon à ne pas se nuire. L'utilité de cette législation a cependant été mise en question, et l'on a fait à ce sujet des recherches, qui, si elles avaient eu la ri- gueur requise, auraient contribué à éclaircir 1 histoire naturelle de l'espèce.^ Les partisans du système qui veut que le nombre et la distance des madragues soient fixés, prétendent que les thons ne sont que de passage dans la Méditerranée; qu'ils y en- trent parle détroit de Gibraltar; qu'ils suivent à l'arrivée une certaine direction ; qu'ils mar- chent au retour dans un sens contraire , et que les madragues placées en avant des au- 1. Brjdone, loc. cit. 2. On peut voir le détail de cette discussion dans l'ouvrage de l'avocat François de Paule Avolio, sur les lois de la Sicile relatives à la pêche , imprimé en italien, à Païenne, en i8o5, p. 70 et suiv., et dans celui que lui a opposé le duc d'Ossada, intitulé : Observa' lions pratiques sur la pêche , la course et les routes des thons, impri- mé aussi en italien, à Messine, en i8i6. 84 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. très, relativement à chaque direction et à une trop grande proximité, interceptent le poisson qui pourrait arriver à celles-ci. Les partisans du système contraire soutien- nent que les thqns vivent, se propagent et meu- rent clans la Mëcliterranée; qu'ils se tiennent l'hiver dans la profondeur; qu'au printemps, et lorsque le moment du frai est arrivé, ils s'approchent des rivages pour y déposer leurs œufs ; qu ils passent une partie de l'été à la surface, et qu'en automne ils retournent dans leur premier asile ; que toute restriction à l'établissement et à la multiplication des ma- dragues ne sert qu'à empêcher ce genre d'in- dustrie d'être aussi productif que la nature voulait qu'il fût. Il est certain que les thons fraient dans la Méditerranée, que les petits y éclosent en abondance et y croissent avec une étonnante rapidité. Un seigneur sicilien, don Charle d'Amico, duc d'Ossada, a fait à ce sujet des observa- tions curieuses, et qui paraissent assez pré- cises. Les thons que l'on prend au commen- cement de la pêche d'arrivée, en Avril et dans les premiers jours de Mai, n'ont point d'œufs développés : en peu de jours leurs ovaires grossissent j de quinze onces qu'ils pesaient CHAP. II. THONS. 8S d'abord, ils prennent un poids de douze livres et demie. Après le i5 de Juin, animés du désir de la reproduction, on les voit dans un mou- vement continuel, sautant dans les golfes et les baies, et jetant leurs œufs dans l'algue, où les mâles les fécondent. Au mois de Juillet les thons nouveau-nés ne pèsent encore qu'une once et demie , et se nomment nun- zintuli; au mois d'Août ils pèsent déjà près de quatre onces 5 au mois d'Octobre ils en pèsent trente. Des lois de 1796 et de 1801 ont même dé- fendu en Sicile la péclie de ces jeunes thons, qui en plusieurs endroits avait fait manquer celle des grands. Il est certain aussi que dans presque tous les points de cette mer les thons se montrent à peu près en même temps, et sans que l'on puisse dire qu'ils passent d'abord par certains parages pour arriver ensuite à d'autres. Mais d'un autre côté on ne conteste pas que sur chaque cote les thons ne suivent une certaine direction à l'arrivée et une autre au départ, et que les madragues, disposées pour l'une et pour l'autre de ces pèches, ne doivent être regardées comme plus ou moins favorables, selon qu'elles peuvent recevoir le poisson plus, tôt ou plus tard. 86 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. C'est ce fait qui a pu donner aux anciens l'idée d'attribuer aux thons ces grandes mi- grations d'une mer dans l'autre, qu'il faudra réduire à des voyages beaucoup plus limités. Nous croyons que l'exposé que nous allons faire des époques et des circonstances de la pê- che dans chacune des régions où elle s'exerce, achèveront de rendre ces grandes courses in- vraisemblables. Sur plusieurs côtes d'Espagne les thons arrivent en trois flottes : la première, formée des gros thons, pesant de quatre à cinq quintaux; la deuxième, de deux à trois; la troi- sième, de petits qui ne pèsent que de quarante à cent cinquante livres.^ A Cadix la pêche du retour n'est pas con- nue. A Tariffa et à Gibraltar on a des pêches d arrivée et de retour. Les poissons de la pre- mière sont plus gros et meilleurs. Ils sont de- venus rares à Ceuta. Le peu qu'on en prend est à l'arrivée : il n'y en a point au retour. En Catalogne on commence , selon Duha- mel, à prendre des thons au mois d'Août jus- qu'au commencement d'Octobre; mais ce sont apparemment les thons de retour, car le même auteur dit dans un autre endroit, qu'en Corse, enSardaigne, en Catalogne, en Sicile, ils ar- 1. Duhamel, p. 201. CHAP. II. THONS. 87 rivent au commencement de Mai, et y restent jusqu'à la fin de Juin '. Il entend les thons d'arrivée ou de course. Ceux de la cote de Gènes, ajoute-t-il, y demeurent jusqu'au mois d'Octobre ; mais ici encore il ne veut sans doute parler que des thons de retour. A Agde on fait la pèche du thon avec la thonaire, par les nuits obscures, depuis le mois d'Avril jusqu'en Septembre. La pèche du thon à la madrague sur les côtes de Provence, se fait depuis le mois de Juin jusqu'au mois de Septembre.^ A la Ciotat on fait deux pèches : celle de l'arrivée, depuis le mois de Mars jusqu'au i5 Juillet, qui d'ordinaire est médiocre, et celle du retour, depuis le i5 Juillet jusqu'à la fin d'Octobre ; celle-ci est plus avantageuse , sur- tout depuis la mi-Août jusqu'à la fin de Sep- tembre. On lève le poisson chaque jour deux fois, de grand matin et à quatre heures après- midi. ^ Il y a trois madragues aux environs de Toulon; on les établit au mois d'Avril, et elles restent tendues jusqu'au mois d'Octobre. "^ C'est dans les mois d'Août et de Septembre 1. Duhamel, p. igg. — 2. Idem, p. 192. — 3. Idem, p. 199. — 4. Idem, sect. 7, p. 198. 88 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. que le thon y donne avec plus d'abondance. On l'y lève alors presque constamment trois fois par jour. A Cassis on commence la pêche du thon en Novembre, et elle continue jusqu'à la fin de Décembre. Ce ne peuvent guère être que de ces thons de golfe qui passent l'hiver dans les profondeurs. En Sardaigne , selon Cetti ^, le thon apparaît subitement vers la fin d'Avril en quantité im- mense. Après huit mois d'absence, on en trouve en hiver un grand nombre dans les parties les plus profondes des golfes, et on les nomme golfitani. Cependant il y en a aussi, selon cet auteur, qui sont voyageurs, et qu'il croit venir de l'Océan ; ce sont les tonni di Corsa. G est là surtout que l'on a fait l'observa- tion que les madragues influent l'une sur l'autre, et que celles qu'on nomme joz/j lèvent ne reçoivent plus tant de poisson quand il s'en établit sur le vent par rapport à elles ; au contraire , lorsque les machagues sur le vent sont détruites par un ouragan ou par quelques espadons , tout le poisson va à celles qui sont sous le vent et augmente leur profit» On pense même que l'état florissant où sont 1. Cetti, Stor, nat, di Sard., t. III, p. i58. CHAP. II. THONS. 89 aujourd'hui les madragues de Sardaigne, est dû à la décadeuce de celles d'Espagne et de Portugal, où il y en avait autrefois dix-sept, qui ont été abandonnées. Mais peut-être cet abandon des madragues espagnoles a-t-il fait fleurir celles de Sardaigne , non pas en lais- sant aller vers cette île un plus grand nombre de poissons , mais en les délivrant d'une con- currence nuisible au débit. En effet, il est reconnu que les thons fraient dans la mer de Sardaigne comme dans celle de Sicile, et Ion y trouve souvent de leurs œufs au mois de Mai. On y prend ces poissons pendant le mois de Mai et une grande partie de Juin. Ils y sont aussi attirés, comme l'ont remar- qué les anciens, par les glands, dont la mer est quelquefois couverte sur les bords. On estime que la plupart y arrivent après avoir longé les côtes de la Ligurie et de la Corse; mais il y en a qui passent pour y venir directement d'Espagne et de France, ce qui en d'autres termes veut dire qu on les voit arriver dans plusieurs directions, les uns du nord, les autres de fouest. Malgré leur abondance, malgré la réputa- tion quils avaient du temps des Romains, la pèche ne s'en établit eu Sardaigne, dans les 90 LTVRE IX. SCOMBÉROÏDES. temps modernes , qu'au commencement du dix -septième siècle, où un nommé Pierre Porta fit connaître la marche de ces poissons et les époques de leur apparition et de leur départ. On y construisit alors six madragues j le nombre en était porté à douze en 1778, dont cinq, affermées en argent, rapportaient à leurs propriétaires soixante-quatre mille pias- tres. Les fermiers des autres comptaient de clerc à maître, et rendaient cinq pour cent du produit. L'on peut juger par là de l'énorme valeur de ce genre de récolte et du nombre dhommes qu'il doit entretenir. Toutes ces madragues sont d'arrivée. La Sardaigne n'en a qu'une de retour à PuUa. De grands chiens de mer qui se montrent à cette époque, rendent cette seconde pèche très-peu productive. Il y a aussi des madragues sur la côte de l'Italie , dans le canal de Piombino , à Mari- cana et à Porto-Ferraio; dans le royaume de INaples à Tarentello ; mais c'est en Sicile que les thons trouvent le plus de ces embûches, surtout à la côte septentrionale, depuis Me- lazzo jusqu'à Trapani '. Le nombre total des madragues de cette île était en i8o5 de trente- 1. Celti, loc. cit. CHAP. II. THONS. 91 six* : il y en avait eu plusieurs d'abandonnées. La pécbe d'arrivée commence avec le mois de Mai, et dure jusqu'à la fin de Juin*. La pèche de retour a lieu depuis la mi-Juin jus- qu'à la mi-Août : on y prend encore beaucoup de poissons; mais ils sont maigres et faibles.^ La mer Adriatique a des thons , comme tous les autre golfes de la Méditerranée. On les pèche à la tlionaire sur les côtes d'Istrie et de Dalmatie. On en prend surtout abondam- ment à Bucariza, dans la Croatie ^ Ils arrivent à Venise depuis le mois d'Août jusqu'au mois d'Octobre, et l'on y en prend qui pèsent jus- qu'à cinq cents livres; mais les plus communs ont de dix à quarante livres. Les bancs sont ordinairement précédés par des sardines, et il arrive souvent que des dauphins les poursuivent et les forcent en quelque sorte d'entrer dans les thonaires : les pêcheurs se figurent que c'est par amitié pour eux ; ils disent même que le dauphin attire les thons dans les filets, qu'il y entre avant eux pour mieux les tromper, et lorsqu'ils en aperçoivent un, ils crient fora dolpliin, pour quil se hâte d'en sortir^. Les anciens faisaient 1. AaoHo, p. 70. — 2. Duhamel, p. 2o5. — 3. Cetti, p. 1 55; Avolio, p. g5. — 4. Duhamel. — 5. Martens, Voyage à Venise, t. II, p. 453. 92 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. des contes tout semblables sur la pécîie des muges. Sur les cotes de TOcëan le thon paraît moins régulièrement et en beaucoup moindre abon- dance. Cornide (p. 65) assure que l'on prend quel- quefois sur la côte de Gallice des thons qui pèsent de douze à quatorze arrobes. Duhamel (sect. 7 , c. 2, p. igi) en a mangé à Brest; mais il y est très-rare. La seule pèche un peu considérable qui s'en fasse, selon lui, sur les côtes occidentales de France , est dans le pays des Basques, où l'on en prend avec des liaims depuis le commencement de Mai jusqu'à la fin de Juillet, et encore a-t-il peut- être confondu le germon avec le thon. Les thons fréquentent, selon Pennant ^, les côtes de la Grande-Bretagne, mais non pas en grandes troupes comme celles de la Médi- terranée. Ils ne sont pas très-rares dans les petits golfes de la côte occidentale de l'Ecosse, où ils poursuivent les harengs, et déchirent souvent les filets. Sitôt qu'on s'en aperçoit, on leur tend un hameçon amorcé d'un hareng. Le thon pris fait peu de résistance. On en prit un à Moérary, en 1769, long 1. Brii. zool, t. m, p. 235. CHAP. II. THONS. 93 de sept pieds dix pouces, et qui pesait qua- tre cent soixante livres. Les pécheurs écos- sais les nomment makrel-stiire (grand maque- reau), de stor, qui en danois signilie grand. En Angleterre on les appelle maquereaux (V Espagne. Schonevelde dit que le thon était autrefois assez commun dans la baie d'Ekeford, sur la Baltique'. En i6o5, au mois de Novembre, on en prit un de huit pieds et demi de longueur et de six de tour. Ils poursuivent les maquereaux, qu'ils forcent d'entrer dans cette baie d'Eke- ford. Depuis que l'on en voit moins, les ma- quereaux y deviennent aussi plus rares. Les Holstenois nomment le thon springer ( sauteur ). Mûller cite le thon dans son Prodrome de la Zoologie danoise (p. 47)? et nous apprend que les Danois l'appellent tanteie et lesNorwégiens makrel-stœrie (grand maquereau). Il est décrit sous ce même nom de m«Âre/-^^ce/'/epar Strœm, dans les Mémoires de Drontheim^; mais il n'en est pas question dans la Faune du Groenland. Je n'ai pu trouver encore de renseignement bien positif sur les thons qui habitent dans 1. Schonevelde, Ichtyologie, p. 76. 2. A'^oi'. acl. nidros., t. II, p. 34i • 94- LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. les parties chaudes de l'Océan. Celui que Pernetti' y a dessiné, en supposant sa figure exacte, ne peut être le même que le nôtre, puisqu'il lui donne jusqu'à quinze Fausses na- geoires en dessus et douze en dessous. Le thon est en général un animal timide : tout ce qu'il rencontre d'extraordinaire l'ef- fraie. Le bruit produit le même effet : on se sert quelquefois d'un cor de chasse pour le faire donner dans les filets.^ Sa chair crue ressemble à celle du bœuf; cuite elle est plus pâle. ^ On a peine à croire, selon Cetti (t. III, p. 137), la variété du goût des différentes parties du thon. A chaque endroit, à chaque profondeur il diffère : ici, semblable au veau; là, au porc. Les pêcheurs sardes emploient, pour désigner ces viifférens morceaux, une foule de mots, qui surchargeraient la mémoire. La chair du ventre, qui est la partie la plus délicieuse , se nomme sorra ; elle se paie le double de la netta^ chair de la seconde qualité. 11 en est de même en Sicile. La chair du ventre, plus estimée, se sale à part dans des barils particuliers. 1. Voyage aux îles Miilouines, t. II, p. 78, pi. i5, fîg. 1. -. Duhamel, loc. cit., p. 29t. — 3. Pennant, loc. cit. CHAP. II. THONS. 95 On observe également cette règle en Pro- vence. Le ventre s'appelle panse de thon^ et les barils où on le met se vendent mieux que ceux qui contiennent les grosses chairs , dites dos de tlion.^ La préparation dans ce pays consiste à vider le poisson, à le laver avec de la saumure, et à le couper par tranches , que l'on couvre de sel broyé, et que l'on arrange par lits dans les barils avec les couches de sel entre les lits. Pour les transporter, on les paque avec de nouveau sel dans des barils plus petits. A Gênes on prépare le thon de trois ma- nières : coupé par tranches, frit, et mis dans des barils avec de l'huile ; les grosses chairs mises avec du sel concassé dans des barils percés de trous, pour que l'humidité s'écoule 5 les morceaux retirés de ces barils , un peu séchés et salés de nouveau sel. Les œufs salés font de la boutargue , comme ceux des muges. La chair du ventre, soit fraîche, soit salée, se vend toujours plus cher que celle du reste du corps. Ainsi tout ce que les anciens avaient dit à ce sujet, se trouve confirmé. Il est bon toutefois de remarquer qu'autant 1. Duhamel, sect. 7, p. 197. — 2. Ibid., sect. 7, p. 2o4- 9^6 LÏVRE IX. SCOMBÉROÏDES. le thon frais ou salé en temps utile est salii- bre et agréable, autant il [)eut devenir nuisi- ble pour peu quil approche de la putridité; ses arêtes deviennent alors rouges; la chair voisine prend un goût acre, comme si elle était poivrée, et elle occasionne des inflammations d œsophage, des douleurs d'estomac, des diar- rhées, et même la mort lorsqu'on en a beau- coup pris. La police de Venise examine avec soin les barques qui en amènent, surtout lors- que le siroco en a retardé l'arrivée, et pour peu qu'ils soient avancés, elle les fait jeter à la mer. Les plus frais doivent être vendus dans les vingt-quatre heures. ^ Qui croirait que le thon, ce poisson si con- nu, qui occupe chaque année tant de milliers de pécheurs, n'a jamais été décrit clairement ni correctement figuré? Cependant la chose est certaine. C'est lui que Rondelet a voulu représenter (p. 249) sous le nom ô^orcynus ; mais les ventrales et la caudale en sont beaucoup trop grandes, et on ne lui voit que six fausses na- geoires en dessus et sept en dessous. Bélon (p. 108) le fait trop gros au milieu, lui donne l'œil trop petit, le place trop en ar- 1. M. de Martens., Vojage à Venise, t. II, p. 432 et 455. CHAP. II. THONS. 97 rîère, dessine la carène latérale de la queue comme si elle était soutenue par des rayons, etc. Salvien ne l'a point du tout. La figure de Gesner (p. 967), copiée par Willughby (pi. M. j.), a la bouche beaucoup trop grande, l'œil trop petit; il y manque les deux tiers de la première dorsale et trois ou quatre Causses nageoires. Duhamel en donne deux qui ne se ressem- blent point; ni l'une ni l'autre n'a de dents. La première (sect. 7, pi. 5) a les écailles toutes égales et les pièces operculaires confusément dessinées; l'œil y est trop petit : à en juger par le nombre des rayons de la première dorsale, ce serait plutôt d'après la thonine que d'après le thon qu'elle aurait été faite ; mais sa se- conde dorsale et son anale sont du thon plu- tôt que de la thonine. La seconde (pi. 6) a les pectorales beaucoup trop longues et la tête trop petite. Cette figure, faite en 1680 par Lahire^ sur un individu pris dans la Manche, n'est autre chose qu'une mauvaise image de germon, et les intestins dessinés à côté le prou- vent suffisamment. Nous verrons qu'ils sont de germon à n'en pas douter. 1. L'original se trouve dans le lecueil de dessins faits par La- liire sous les jeux de Duverney, qui est dans la bibliothèque de M. Huzzard, 8. 7 9S LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Bloch (pi. 55) fait sa pectorale beaucoup trop longue, et toutes ses écailles égales, né- gligeant ordinairement le corselet. Les dents sont trop grosses, trop peu nombreuses^ la courbure du préopercule mal dessinée. Je soupçonne sa figure de n'être qu'une copie altérée de celle du germon laissée par Plu- mier. La figure de Pennant* est trop grosse, n'a point de corselet , et porte onze fausses na- geoires en dessus et sept seulement en des- sous, etc. Le Thon a pectorales courtes. {Thjnnus hrachjpterus , nob.^) La Méditerranée a un thon , appelé ali- corti^j, semblable au thon ordinaire par les détails et le nombre des rayons , qui a sur- tout la même coupe de préopercule, mais dont les pectorales sont beaucoup plus courtes , la seconde dorsale et Tanale plus basses , et dont le corselet est beaucoup moins étendu. Malgré ces différences , qui nous paraissent 1. Bril. zool., t. 111, p. 204, 11." 63. .2. AUcorli, Duhamel, sect. 7, p. 2o5? 3. Duhamel dit ancicoti ; mais je crois que c'est une faute d'impression. CH.\P. II. THONS. 99 évidemment spécifiques, et qui sont accom- pagnées de plusieurs autres dans les couleurs, les pécheurs contondent souvent cette espèce avec le thon commun. La longueur de sa pectorale est plus de sept fois et même près de huit fois dans la longueur totale. Son corselet, du côté du dos, est non pas échan- cré, mais presque coupé net ou du moins par un arc concave très-ouvert , vis-à-vis du quatrième ou du cinquième rayon de la première dorsale. La pointe latérale ou mitoyenne est obtuse et ne se porte pas plus en arrière que la première dorsale, pas même tout-à-fait autant. L'écliancrure inférieure s'avance jusque très-près de fouie. B. 7; D. 13 — 1 — 2/13 — iX; A. 2/12— VIII; C. 19 ou 35 j P. SI; V. 1/5. Le fond de la couleur est, comme dans le thon ordinaire, bleu d'acier sur le dos, argenté sur les côtés et sous le corps. Dans le bleu-noir du dos il y a des taches d'un bleu plus clair. De chaque côté du dos on voit douze ou treize bandes verticales noirâtres, séparées par des intervalles plus étroits; sur chaque bande est une série de taches rondes de la teinte du fond. En d'autres termes, on pourrait dire que le fond est d'un bleu ou d'un plombé foncé, avec des lignes et des séries verticales de taches plus claires. Ces lignes et ces taches se marquent mieux sur les jeunes sujets; mais il en reste fort long-temps des traces : nous les voyons clairement sur des indi- vidus de dix-huit pouces. Toutes les nageoires et les 100 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. fausses nageoires sont grises et un peu teintes de rougeâtre. Le foie du thon aux pectorales courtes est petit et composé de deux lobes triangulaires placés à droite et à gauche de l'œsophage. Cette portion du canal intestinal est très-courte et se dilate en un estomac fort long, assez large et plissé à l'intérieur par de grosses rides longitudinales sinueuses. Entre les deux lobes du foie, presque sous le diaphragme , on voit sortir la branche latérale de l'estomac ; elle est courte , assez grosse , et se re- courbe pour donner naissance au duodénum, qui remonte jusqu'auprès du diaphragme sous le lobe droit du foie. A l'endroit où se fait le repli de cette partie de l'intestin , il v a un étranglement très-fort qui indique la place du pylore. Le long du duodé- num il y a cinq appendices ou plutôt cinq paquets d'appendices cœcales, très-courtes, et se ramifiant en une infinité de petits arbuscules, qui forment ainsi des houppes assez grosses. L'intestin se rétrécit après s'être courbé sous le diaphragme , pour se porter jusqu'auprès de l'anus, d'où il remonte jusque vers la moitié de la longueur de l'abdomen : il y fait un nouveau repli, et se rend droit à l'anus. A peu près au milieu de la longueur de cette dernière portion il y a un petit étranglement. Ce thon a une petite vessie aérienne ovale, dont la longueur n'est pas du tiers de celle de la cavité abdo- minale. Ses parois sont très-minces et argentées. Cette petite vessie commence à la hauteur du cardia. Le péritoine est mince, peu argenté sur les cotés du CIIAP. II. THONS. iOI ventre; mais le long de l'épine il prend une épaisseur et un éclat très-remarquables. Son squelette a trente-neuf vertèbres ,> et ressemble en général à celui du thon , à l'exception des diffé- rences qui se montrent déjà à l'extérieur. Cest un jeune de cette espèce à pectorales courtes que Rondelet représente (p. 245) et qu'il nomme pelamjs vera , seu thimnus Aristotelis ; mais lorsqu'il veut le caractériser par la nudité absolue et par Tabsence d'écaillés même dans la région pectorale , il y a lieu de croire qu'il ne décrit que des individus oit les écailles du corselet étaient tombées : nous ne connaissons du moins aucun thon qui en soit dépourvu. C'est aussi à cette espèce que nous rappor- tons la figure 5, pi- 7, de Duhamel, intitulée thoninj sorte de pélamide. Les auteurs italiens ou provençaux n'en par- lent point, et nous ne le trouvons pas même dans les ouvrages de M. Rafinesque; mais nous soupçonnons que c'est le poisson dont parle Duhamel comme d'une espèce particulière de thon , qui se prend quelquefois avec les ger- mons oualilonghi dans les madragues de Sicile. Il le nomme ancicoti; mais c est probablement un nom estropié, qu'il iaut lire alicorti. Les pécheurs de Nice ne paraissent pas le -102 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES, distinguer non plus; ils lui donnent le nom de thon, et M. Laurillard, qui a passé un prin- temps à Nice, n'y a pas vu prendre le vrai thon de notre premier article. La taille ordinaire de lespèce est de trois pieds. Le Thon d'Amérique. ( Thjnnus coretta, nob.) La mer des Antilles possède un thon qui semble intermédiaire entre le thon à pecto- rales courtes et le thon commun. Ses pectorales sont en forme de faux et, comme dans le thon commun, à peu près du cinquième de la longueur totale ; mais sa deuxième dorsale et son anale sont basses, comme dans le thon à pectorales courtes. Son corselet est aussi taillé comme dans ce dernier. Je ne lui trouve que huit fausses nageoires dessus et sept dessous; celles qu'on pourrait y ajou- ter tiennent de si près à la nageoire qui les précède, qu'on n'a guère le droit de les compter. B. 7;D. 13-1 — 2/12— VIII; A. 2/12 —VII; C. 35; P.31; V. 1/5. La couleur dans la liqueur paraît plombée en dessus, argentée en dessous, sans taches ni bandes. Ce poisson nous a été envoyé de la Marti- nique par M. Plée. Nos colons le nomment bonite, et ont transféré le nom de thon à une autre espèce, dont nous parlerons bientôt au CHAP. II. THONS. 405 chapitre des auxides. L'individu n'a que onze pouces; mais le voyageur qui nous l'a adressé nous assure que l'espèce devient aussi grande que le thon d'Europe. 11 y a grande apparence que c'est cette es- pèce qui est le sconibrus major torosus de Sloane % bien que les nombres des rayons et ceux des tausses nageoires ne s'accordent pas. A cette époque on iaisait peu d'attention à ces détails. Mais qui pourrait comprendre comment Bloch, dans son Système posthume, a imaginé de faire de cette figure de Sloane un synonyme du scomber pelagicus de Lin- nœus, qui est notre coryphène à tête oblongue, et surtout comment il a mis le tout dans son genre des cichles'? Ce thon américain , ou cette bonite de nos îles, est probablement aussi le bonito ou thyn- nus cor pore crassiori et breviori pinnulis siipe- rioribus iioi^eni^ inferioribus octo de Brown^; car ce ne peut être que par erreur qu'il ne lui compte que quatre rayons aux ouïes. Cet auteur en parle comme d'un poisson dont la chair est sèche et peu estimée, quoique nour- rissante et salubre. 1. Jamaîc, t. I, pi. i, fig. 5. — 1. Bl. Schn., p. 54i , n.° 2o. — 3. Jamaic, p. 45i' 104 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES, Il doit y avoir aussi des thons dans la mer des Indes, car j'en vois un, et même assez bien représenté, dans le dan^ij^i-man^elang de Re- nard (1. I, pi. 36, fîg. 189). L'original, dans le recueil de Corneille de Vlaming (pi. 2), est encore bien mieux fait et ne laisse aucun doute sur son sous-genre. La deuxième dor- sale et l'anale y sont plus élevées que dans le thon commun; mais les pectorales y ont à peu près la même longueur. Il y a neuf fausses na- geoires. Sa couleur est bleue en dessus, argen- tée en dessous, comme dans le thon vulgaire. Le dondieuw de Renard (pi. 23, fîg. 124) paraît également être un thon, bien que sa première dorsale y soit coupée comme dans un maquereau; mais l'original de Corneille de Vlaming la prolonge et la rapproche de la seconde, comme dans les thons. Cet original n'a que neuf fausses nageoires dessus et huit dessous. Renard, en le copiant, les a trop multipliées. La Thonine, ou Touna. ( Thjnnus thunnina, nob.) Outre le thon commun et le thon à pecto- rales courtes , la Méditerranée possède plu- sieurs poissons fort semblables à ces deux-là, CHAP. II. THONS, 405 parmi lesquels il en est un qui nous a été apporté de Marseille par feu Delalande, sous le nom de tonnine; dénomination que nous ne trouvons point comme celle d'une espèce dans les auteurs du seizième siècle, ni dans leurs successeurs. Rondelet (p. 249) l'emploie seulement comme signifiant le thon salé : Meriihj^atini et in assalas disscctus sale con- ditur et in cadis asserwatur. Nostii tonnine appellant ; Itali tarantella. Mais il est arrivé chez les modernes ce ciont nous avons plus d'un exemple chez les anciens, c'est que du nom d'une préparation on a fini par faire celui d'une espèce de poisson. Indépendamment de sa grandeur, ce pois- son est très- remarquable par les lignes noires, contournées et anguleuses qui couvrent son dos, et qui sont le caractère le plus apparent par lequel il se distingue des deux espèces de thons; et cependant je ne vois que M. Risso* qui l'ait encore décrit distinctement. Il en a très-bien parlé sous le nom de tonna y qu'il porte à Nice; mais il a eu, dans sa première édition , fidée malheureuse de le croire le même que l'espèce des Indes que M. de La- cépède a fait graver d'après un dessin de Com- 1. Ichtyologie de Nice, p. iGj. 106 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. merson, et à laquelle il a donné le nom de ce savant voyageur, espèce différente de la tho- nine par un grand nombre de caractères, et surtout par les dents, qui lui assignent même sa place dans un autre sous-genre, celui des cjbiums ou tassards. Dans sa deuxième édi- tion , Fauteur, averti par nous, a changé ce nom en thjjinus leachianus. * Il ne serait pas impossible que cette tho- ijine ne iùt le scomber allitteratus de M. Rafi- nesque, qui, dit-il, a quelquefois quatre pieds de long, et dont les flancs sont marqués de lignes courbes et mêlées d'un bleu noirâtre.^ La figure que donne ce naturaliste s'accorde même assez bien avec le poisson que nous avons sous les yeux ; mais pour que notre conjecture ne fût pas fausse, il faudrait qu'il se lut trompé sur le nombre des rayons de la première dorsale, quil ne porte qu'à dix; car notre tbonine en a bien sûrement quinze. Je crois aussi que c'est à notre tlionine qu'il faut rapporter le pelamis cœrulca d'Aldro- vande^, figure grossière , mais aussi bonne que toutes celles qui remplissent ce livre. 1. Notre travail était fait depuis long-temps ; c'est pourquoi nous avons conservé le nom que nous avions dès-lors donné à l'espèce. 2. Rafinesque, Caratteri , p. 46, sp. 128. -~ 3. Fisc, p. 5i5. CHAP. TI. THONS. i 07 Enfin , c'est cette tbonine qui est représen- tée dans le grand ouvrage sur TÉgypte (pois- sons, pi. 24, fig. 3) sous le nom de maquereau à quatre points. Ce nom est pris d un acci- > dent individuel, et ne convient point à Fes- pèce. La tlionine ressemble au thon par la forme géné- rale et en approche pour la grandeur; néanmoins, et indépendamment de ses couleurs, quand on la place en regard d'un thon , elle présente dans le détail des différences assez nombreuses. Son museau est plus court, ou plutôt la partie de sa tête située derrière l'œil est plus longue à proportion. La distance de l'extrémité du museau au bord antérieur de l'œil n'est que des deux sep- tièmes de la longueur de la tète. Son préopercule est moins haut verticalement, et a son diamètre longitudinal plus considérable ; son bord inférieur et son bord supérieur se rapprochent, et sa courbure est celle de l'extrémité étroite d'une ellipse, plus que celle d'un demi-cercle. Ses pectorales sont plus courtes à proportion ; leur longueur est comprise sept fois et demie dans sa longueur totale. Le devant de sa première dorsale est plus élevé; il fait moitié de la hauteur du corps à cet endroit. La seconde dorsale, au contraire, s'élève moins; elle n'a que les deux tiers de la hauteur de la pre- mière. B. "ïj D. 15 — 1/12— VIII; A. 2/12— VU; C. 35; P. 26; V. 1/5. Le corselet est beaucoup moips étendu. Son échan- 408 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. crure au-dessus de la ligne latérale pénètre en avant jusque vis-à-vis le septième ou le huitième rayon de la première dorsale- et sa pointe latérale ne va en arrière que jusque vers le douzième ou le trei- zième. Dans la partie lisse on aperçoit beaucoup moins l'existence des écailles, et il semble même à l'œil qu'il n'y en ait aucunes. Cette partie lisse est sur le dos d'un bleu brillant, avec de larges lignes noires, ondulées et repliées de diverses manières, et dans les intervalles par-ci par- là un ou deux points ou taches rondes. Vers la queue ces lignes deviennent un peu plus parallèles et vont en montant obliquement en arrière, mais elles sont toujours ondulées et quelquefois bran- chues. Il y en a aussi quelque peu au-dessous de la ligne latérale sur le devant. Les côtés de la tête, les flancs et le ventre sont argentés ; quelques taches noires y sont semées irrégulièrement. Cette thonine devient fort grande; nous en avons de deux pieds dix pouces de longueur. M. Risso (p. i65) lui attribue à peu près la même taille, et dit qu'elle pèse quelquefois plus de trente livres. Il ajoute que sa chair est d'un beau rouge et d'un bon goût, et qu'on en prend en Mai, en Juillet et en Octobre dans la madrague de Nice. Selon M. Ratinesque \ Xallitteratus est plus 1. Rafinesque, Caratieri , p. 46. CHAP. IL THONS. i 09 rare en Sicile que les autres espèces de scom- bres : on ne le sale point; ceux que l'on prend se mangent frais et sont peu estimés. D'ordinaire il n'a pas deux pieds ; mais on en prend aussi dans les madragues de trois ou de quatre pieds. Son corps est plus comprimé que dans les autres. Alletteratu ou litteratu est son nom vulgaire dans le val de Mazara ; à Mes- sine, à Catane, à Syracuse on le nomme co- i^aritu. * Nous n'avons du squeleUe delà tlionine que la tête; comparée à la tête osseuse du thon, elle présente plusieurs diflférences. L'ensemble du crâne est plus large à proportion. La crête mitoyenne n'est pas fendue dans sa longueur, mais seulement percée dans son milieu. L'orbite est plus petit à proportion. Les crêtes intermédiaires ne se portent que jusque sur son tiers postérieur ; dans le thon elles vont plus avant et jusque sur son tiers postérieur. Le trou d'entre le frontal et le pariétal est beaucoup plus petit, etc. Aristote et quelques autres auteurs parlent de la thynnide comme d'un poisson différent du thon.^ Nous trouvons que les Athéniens appelaient tlion ce que les autres nommaient thjnnide,^ \. Rafinesque, Indice, p. 20 — 2. Aristote, Hisl. an., 1. Vllï, c. 10, et 1. IX, c. 2; Speusippe, ap. Athen., t. VII, p. 3o5. — 3. Athénée, ib. 410 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Et d'un autre côté , Hëracléon d'Éphèse rappoiie que les Athéniens appelaient orcy- nus le thon ordinaire. Or , orcjnus en géné- ral était le tlion le plus grand. La thynnide était donc probablement une espèce inférieure, et tout nous porte à croire que c'était précisément notre tJionineou. touna. Cette terminaison féminine des deux noms nous semble donner de la vraisemblance à cette idée. On a pu remarquer dans tout le cours de cette histoire combien il s'est con- servé dans la Méditerranée de traces de la nomenclature des anciens. Selon M. Isidore Geoffroy , le scomber quadro-punctatus de son père, qui est notre thonine,se nomme teiin à Alexandrie. C'est sans doute une corruption du mot thon. La Thonine du Brésil. {Thjnnus brasiliensis , nob.) Nous avons reçu du Brésil par feu Dela- iande une thonine qu'il nous est presque im- possible de distinguer de celle de la Médi- terranée. Son préopercule est un peu plus court, plus également arrondi, et elle a les derniers rayons de sa dorsale plus bas et plus grêles; mais du reste même taille, même corselet, même nombre de rayons CHAP. II. THONS. 1 i 1 (D.15 — 11— VIII; A. 11— VU; G 25; P. 25; V. 1/5) et mêmes couleurs , sauf quelques difFérences dans les linéamens noirs du dos, qui probablement va- rient d'un individu à l'autre. Delalande nous a aussi procuré un squelette de cette thonine du Brésil. Il est long de dix-huit pouces, et la structure de ses vertèbres dans leur partie inférieure est très- différente de celle des thons et des maquereaux. A compter de la huitième, leurs apophyses épineuses inférieures se bifurquent, et les branches se bifur- quent encore, de manière à former un long canal entouré comme d'une espèce de réseau, qui va en se rétrécissant jusque dans la queue, où il se ferme, et où il y a des pointes inférieures simples pour porter les interosseux de l'anale. Les vertèbres y sont en totalité au nombre de trente-huit. Les neuf ou dix premières paires de côtes y sont comprimées et tranchantes comme des fers de faux ; ensuite elles deviennent grêles, et se rapprochent les unes des autres, pour finir par s'attacher aux premiei's interosseux de l'anale. La tête de ce squelette, comparée à celle de la thonine de la Méditerranée, offre aussi quelques dif- férences : le crâne en est plus étroit ; ses crêtes mi- toyennes s'avancent encore moins sur l'orbite. 112 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La Thonine a pectorales courtes. {Thjnnus brevipinnis, nob.) La Méditerranée produit une thonine très- semblabie à la commune par tous les détails et même par les couleurs; mais dont les pec- torales sont beaucoup plus courtes. Leur longueur est comprise près de neuf fois dans celle du corps. La seconde dorsale et l'anale sont aussi sensiblement plus petites. B. 7; D. 15 — 2/12 _VI1I; A. 2/12— VIT; C. 35 j P. 26; V. 1/5. Cette thonine se comporte vis-à-vis de l'or- dbiaire comme le thon à nageoires courtes vis-à-vis du thon commun. Son squelette est fort semblable à celui de la thonine du Brésil; néanmoins il se distingue et de cette espèce et de celle d'Europe par un trait bien carac- téristique. Quoique pris d'un petit individu, il n'a point à la tête les trous latéraux entre les frontaux et les pariétaux. On ne peut donc douter que ce poisson ne soit d'une espèce particulière. 11 y a aussi des thonines dans la mer Rouge, car M. Valenciennes en a vu une tête parmi les poissons rapportés de cette mer par M. Ehren- berg. CHAP. II. THONS. 115 La Bonite a ventre rayé. ^Thynnus pelamjs , nob.j Scomher pelamys , Linn.) La bonite à ventre rayé y très-diffërente de celle à dos rajé, dont nous parlerons plus bas, et qui est une pélamide, tient beaucoup de la thonine pour les formes^ néanmoins sa tête est plus longue, son museau plus pointu et son corselet plus étendu; mais ses dénis sont comme dans le thon et dans la thonine. Sa hauteur aux pectorales est quatre fois dans sa lon- gueur. Sa tête n'y est guère que trois fois et quelque chose, et a à la nuque en hauteur un peu plus des deux tiers de sa longueur. La première tpine de sa dorsale est encore un p<:u plus forte et plus haute que dans la thonine. Son corselet est aussi plus étendu , sans l'être autant que dans le thon. Son échancrure supérieure ne va que jusque vis-à-vis la huitième épine de la dorsale, et elle est fort étroite. Les écailles qui en forment la partie supérieure, le long de la dorsale, sont plus fortes, ont leur partie apparente à peu près carrée, et forment ainsi quatre ou cinq rangées régulières ; mais au fait elles sont deux fois plus longues que larges. La longueur de sa pectorale est six fois et demie dans la longueur totale; l'étendue de sa caudale d'une pointe à l'autre n'y est guère plus de trois fois. D. 15 — 1/12 —VIII; A. 2/1-2 —VII: C. 35 ; P. 27; V. 1/5. La couleur de ce poisson le fait aisément distin- guer. Son dos et ses flancs sont d'un bleu brillant 8. 8 1 \ 4 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. d'acier, avec des reflets verts et roses. Son abdomen est argenté, avec huit bandes longitudinales brunes, quatre de chaque côté, qui s'étendent depuis la gorge jusqu'à la caudale , ou ne se perdent du moins que sous la partie mince de la queue. Nous avons un individu de cette espèce, long de deux pieds et demi, de Piio-Janéiro, d'où il a été rapporté par M. le duc de Ri- voli, et deux autres de deux pieds, de la mer des Indes, donnés par M. Dussumicr. Comme ils sont desséchés ou vides, nous n'avons pas pu en faire l'anatomie, et Commerson , qui l'avait faite, dit avoir perdu les notes qu'il en avait prises : il se souvient seulement qu'elle était assez différente du germon. Nous trou- vons du moins dans Osbeck qu'elle a une vessie natatoire. C'est ici la bonite des tropiques dont pres- que tous les navigateurs parlent, et qui est si célèbre par la chasse qu'elle donne en grandes- troupes aux poissons volans. Osbeck l'a très- bien décrite dans son Voyage (n.°67, p. 87, de l'édition allemande); et c'est sur sa descrip- tion et sur celle de Lœfling, qu'il avait reçue en manuscrit, que Linnseus a établi son scomber pelamis. ^ 1. Dixième édition, p. 297; et les éditions suivantes^ CHAP. II. THONS. -IIS Osbeck avait vu ce poisson en quittant les Canaries. Pernetty l'a vu en revenant des Ma- louines en France, et en donne une figure' reconnaissable, quoique mauvaise, et dont je ne parle que parce que Bloch l'a rapportée mal à propos à son sconiber sarda ou bonite à dos rayé (notre pelamis sarda). Commerson l'a- vait aussi très-bien reconnu, et en avait laissé une description parfaitement détaillée , ainsi que plusieurs dessins; mais il eut le malheur de confondre lespèce avec celle de la bonite à dos rayé, poisson si diftérent qu'il appartient même à un autre sous-genre : il a été fidèle- ment copié sur ce point, comme sur tout le reste, par M. de Lacépède (t. III, p. i4), qui même, pour représenter la bonite en général, et par conséquent l'espèce à dos rayé comme celle à ventre rayé , n'a fait graver qu'une des figures laissées par Commerson et la moins correcte de toutes (t. Il, pi. 20, fig. 2). Briinnich, de son côté, avait commis une faute inverse; il avait regardé la bonite ou palaniide de Marseille, qui est l'espèce à dos rayé, comme le scomber pelamis de Liunœus^, qui est notre espèce actuelle, et Bloch lui- 1. Pcrneltj , Voyage, t. II, pi. 5, 1. 6. 2. Pisc. massil., p. 68 et (jg. 1 I G LIVRE IX. SCOlsrBÉROÏDES. même n'a rétabli que dans son Système pos-' thume la distinction de ces deux espèces. Cette bonite à ventre rayé a, comme on voit, été surtout observée dans l'Océan. Nous n'oserions ni affirmer ni nier qu'elle se trouve dans la Méditerranée. Ce qui est certain, c'est qu'aucune des descriptions ni des figures faites dans cette mer ne la représente, et que nous ne fen avons jamais reçue. M. de Laroche * croit c[ue la pélamide d'Iviça pourrait être le scomber pelamis de Linnaeus ; mais ce n'est que notre pelamis sarda , ou l'adulte de son scomher méditer- raneus. Plus loin il nomme et décrit les deux bonites comme habitantes de la Méditerranée; mais je crains que ces descriptions ne soient tirées de M. de Lacépède et de Bloch plutôt que faites sur la nature. Cependant on pour- rait croire qu'il a pour lui Forskal, qui, par- lant des pelam^ides des Grecs modernes, ou palamit des Turcs de Constantinople, ne leur donne que quatre lignes latérales peu appa- rentes : Lineœ quatuor nigrœ cor paris non manifestœ^, indication qui semble mieux con- venir à fespèce dont nous parlons qu'au j«r^«^ 1. Annales du Muséum, t. XIII. 2. Forskal, Faun. arab., p. i6. CHAP. II. THONS. 417 mais qui n'est malheureusement accompagnée d'aucun autre détail, pas même du nombre des rayons, qui aurait tout décidé. C'est donc une question sur laquelle nous appelons en- core lattention des naturalistes. Commerson, qui connaissait bien la bonite à ventre rayé, et qui l'avait vue en grand nom- bre dans la mer Atlantique entre les tropiques, croyait avoir retrouvé la même espèce dans la mer Pacifique. Effectivement, je trouve la figure d'un poisson très-semblable dans notre imprimé japonais sur les poissons, et il y en a aussi une autre dans le recueil de Renard ( 1. 1 , pi. 20 , fig. 3 ). L'original de celle-ci , dans le recueil de Corneille de Vlaming, porte que le poisson fut pris le 24 Janvier 1623 par les -^"^ 3' de latitude sud et par les 116° 34' de longitude, c'est-à-dire assez près du détroit de la Sonde. Son nom malais y est marqué dombo. J'en trouve aussi un dessin parmi ceux de Forster, et M. Lesson en a décrit et dessiné à Otaïti et dans l'archipel Dangereux, où les indigènes connaissent l'espèce sous le nom de laïé : il en a vu des troupes nombreuses par les i3i° de longitude et 16° de latitude sud. M. de Humboldt^ décrit sous le nom de va- 1. Observations de zoologie, t. II, p. 190. 418 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. riletta un poisson de la côte d'Amérique sur la mer du Sud, qui ne peut être qu'une bonite à ventre rayé' ; enfin, M. Dussumier vient d'en rapporter deux individus, pris entre la côte d'Afrique et les Maldives, par les Sd"* de lon- gitude orientale. Cette bonite se nourrit surtout de poissons volans et de calmars % mais elle ne refuse pas les autres poissons : M. Le^son^ a trouvé un scombrésoce dans son estomac, et Commer- son y a vu de petites coquilles et jusqu'à des herbes marines. Les matelots ont une façon assez amusante de la prendre, en suspendant à une ligne dans lair un poisson de plomb , auquel on adapte des plumes pour lui donner quelque ressemblance avec un exocet."* Sa chair, selon Osbeck, bien que mangea- ble, est sèche et peu agréable^, et M. Dussu- mier est du même avis. Commerson dit, au contraire, qu'elle n'est point mauvaise, soit bouillie, soit grillée, et même que le bouillon de sa tête passe parmi les marins pour déli- cieux. Selon MM. Lesson et Garnot, elle est 1. M. de Humboldt lui attribue Irente-deux rajons aux ven- trales; mais évidemment il aura compté les branches au lieu des tiges. 2. Osbeck j loc. cit.; Pernetty, loc. cit. — 3. Lesson et Garnot, manuscrits. — 4. Osbeck, Iqc>. cif- — 5. Id., ib. CHAP. II. THONS. 119 ferme et un peu sèche, et parfois elle se trouve Yenëneiise. Les officiers de lëquipage de M. Duperrey en furent un jour très-inconimodés : les uns se virent couverts de rougeurs exan- thëmateuses trrs-vives, suivies de chaleurs, de sueurs et de violens maux de tête; les autres eurent des coliques et des diarrhées très-fortes. Déjà Ton trouve dansMerola que la bonite des côtes d'Afrique, colorée en jaune et en vert, est un manger pernicieux qui cause une mort subite.^ M. de Humboldt dit de son variletta que sa chair est peu estimée, insipide et très-molle. Cette espèce est plus qu'aucune autre tour- mentée par des vers intestinaux de plusieurs sortes. Commerson la représente comme très- misérable sous ce rapport. Il a trouvé dans les intestins des ascarides et des tœnia, sous son péritoine des fascioles, dans son estomac des filaria et encore d'autres espèces. Nous trou- vons des observations semblables dans les ma- nuscrits de Solander. 1. Duhamel, sect. 7 p. 210. 420 LIVRE IX. SCOMBÉROïDES. Le Germon. * {Thjnnus alalonga, nob.; Scomber alalonga, Gm.) Après ces divers thons et thonines à pecto- rales courtes ou médiocres, nous devons pla- cer le thon à très-longues pectorales, appelé en Italie alalonga y et dans le golfe de Gas- cogne germon. Un des faits les plus singuliers de Ihistoire de l'ichtyologie, cest que ce poisson de nos mers, si grand, si remarquable par ses carac- tères et par la bonté de sa chair, et dont on fait sur plusieurs des côtes de l'Europe des pèches considérables, n'ait presque pas été connu des ichtyologistes. Ceux du seizième et du dix-septième siècle n'en ont point parlé. Barbot, le premier, en 17 32, en a donné une figure, exacte à la vérité, et avec ce titre de germon, mais sans autre explication^. Il n'en est question ni dans Willughby, ni dans Ar- tedi, ni dans Linnœus; et Cetti, étonné de ce 1. J'avais dans mon Règne animal distingué le germon comme sous-genre, sous le nom (^orcjnus , d'après la longueur de ses pectorales; mais celte distinction n'est plus admissible d'après les passages qu'établissent le germon à écharpe et le germon à ventre rajé. 2. Barbot, dans la Collection des vojagcs de Churchill , t. V<, pi. 29. CHAP. II. THONS. 421 silence, se demande si l'apparition de cette espèce sur les côtes de l'Europe serait nou- velle. * Ce qui paraîtra encore plus étrange, c'est que Cornide ne l'ait pas nommé dans son Histoire des poissons de Galice, tandis que c'est sur les côtes de Galice et de Biscaye qu'on en prend le plus. Duhamel, qui avait reçu des mémoires fort exacts sur sa pêche, les a placés dans l'histoire de la bonite , et a mis en même temps dans celle du thon sa figure et son anatomie, qu'il empruntait, sans le dire, des manuscrits de Duverney et de Lahire.*^ Bloch , copiste de Duhamel, a rapporté, comme lui, à la bonite ce qu'il prenait dans son ouvrage^, tandis qu'il rapportait au thon une figure de germon faite par Plumier 1 Le germon a disparu ainsi en quelque sorte de l'histoire naturelle , pour ne se remontrer dans M. de Lacépède (t. III, p. i) que d'après Commerson et comme un poisson de la mer Pacifique. 1. Celli, Hisi. nat. snrd., t. III, p. 191. — 2, Pèches, part. 2, sect. 7, p. 207. — 3. Bloch, grande Ichtjologie, part. 10, p. 56. — 4. Idem, part. 2 , p. 87 et g^- Cette figure de Plumier a été gravée par Gauthier (Observ., 1706, pi. 20), mais confondue aussi avec le thon. 4 22 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Le germon de la Méditerranée a éprouvé un sort non moins bizarre. Duhamel (p. ^oS) n'en cite que le nom (ïaHlonglii comme d'nn poisson qui se prend quelquefois en Sicile avec le thon. Cetti * l'a fait connaître plus en détail, et assez tard, en 177^, sous le nom à peu près semblable dala-longa, qu'il porte en Sardaigne, et qui marque si bien son principal caractère; maisGmelin, en copiant Cetti, a fait une faute d impression, et a mis alatimga. Dès-lors chacun a fait un scombre alatunga% que personne ne sait où retrouver, tandis que nos deux mers offraient en abondance l'espèce dont on avait altéré le nom. Blocli même, qui cite quelquefois Cetti dans son Système posthume, n'a rien dit de cette espèce. Cest feu JNoél de la Morinière qui a com- mencé à débrouiller fhistoire de notre ger- mon de l'Océan, dans un mémoire qu'il pré- senta à rinstitut en i8i3 sur sa pèche, mais où il n'en donna point de description. Pour pouvoir en faire une d'après nature, nous nous sommes adressés à M. d'Orbigny, correspon- dant du Muséum à la Rochelle, qui a poussé l'obligeance jusqu'à s'embarquer avec les pé- 1. Hist. nat. sard.y t. III, p. 191. 2. Lacépède, t. 111, p. 21 ; Shaw, t. IV. part. 2, p. 690, etc. CHAP. II. THONS. 125 cheurs pour se procurer et pouvoir nous en- voyer des individus en meilleur état. C'est d'après ceux que nous lui devons, que nous allons traiter de cette espèce intéressante. Le germon de l'Océan est un beau et grand pois- son, qui ressemble au thon par la plupart de ses détails, mais qui s'en distingue par un trait fort frappant : des pectorales qui ont en longueur le tiers de celle du corps, et dont la pointe se porte jusqu'au-delà de l'anus. Sa hauteur est quatre fois et demie dans sa lon- gueur, et son épaisseur fait les deux tiers de sa hauteur. La longueur de sa tête n'est que trois fois et demie dans celle du corps. Le diamètre de l'œil est quatre fois et demie dans la longueur de la tête. Le museau est long d'un diamètre d'œil et demi^ et la partie de la tète derrière l'œil de deux dia- mètres et quelque chose. La bouche n'est fendue que jusque sous le bord antérieur de l'œil. Les dents sont aussi petites et aussi peu serrées que celles du thon. Il y a à chaque palatin une bande de velours très -ras, et la langue en est aussi garnie. Le préo- percule n'est courbé ni en cercle ni en ellipse , mais comme tronqué ou cerné de trois lignes dont les an- gles de rencontre sont arrondis. L'ensemble opercu- laire est arrondi en demi-cercle. La pectorale, étroite, longue , pointue et arquée , a exactement la forme d'un fer de faux; elle s'attache au milieu de la hauteur du poisson ; sa pointe va plus loin que la deuxième dorsale et que le milieu de l'anale. On 424 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. y compte trente-cinq ou trente-six rayons , dont les derniers sont fort courts. Le corselet lui prête un sillon presque aussi long qu'elle, et contre lequel se place son bord supérieur quand elle se rapproche du corps. Ce corselet est presque aussi étendu que dans le thon. Au-dessus de la ligne latérale il n'est échancré que jusque vis-à-vis la dixième épine dor- sale. Sa pointe mitoyenne se porte autant en arrière que la pectorale elle-même. Les ventrales naissent exactement sous la base des pectorales, et n'ont pas le tiers de leur longueur ; l'épine de leur bord extrême est grêle et presque aussi longue que le premier rayon mou ; elles sont très- rapprochées l'une de l'autre. L'écaillé qui est entre elles, se terminant par une double pointe, semble leur donner un rayon de plus qu'à l'ordinaire- mais ce n'est qu'une illusion. Il y a aussi un sillon au ven- tre, contre lequel se loge leur premier rayon. La première dorsale occupe presque tout le tiers intermédiaire de la longueur du poisson : elle a quatorze épines assez fortes; les deux ou trois pre- mières sont les plus longues, et ont un peu plus du tiers de la hauteur du corps sous elles; les au- tres diminuent, et la dernière est fort basse; mais il y en a ensuite trois qui s'alongent par degrés, et sont enveloppées dans le bord de la seconde dor- sale. Celle-ci est pointue de l'avant, et à peu près aussi haute que la première, mais fort courte et très-basse de l'arrière ; on y découvre au travers des écailles, outre les trois épines , douze rayons mous, dont les derniers sont très-courts : elle est suivie de huit CHAP. II. THONS. 'i2a fausses nageoires. L'anale commence vis-à-vis sa se- conde moitié, et est un peu plus haute, mais d'ail- leurs de même forme; elle a aussi trois épines et douze rayons mous ; huit fausses nageoires viennent après elle. La queue, ses carènes et la caudale sont comme dans tout le genre ; d'une pointe à l'autre de la caudale la distance est de plus du quart de la lon- gueur totale. Tout le dos et les flancs du germon sont d'un bleu noirâtre, qui pâlit sous le ventre et s'y change en argenté. Certains individus ont sous la ligne latérale, dans le bleu, des hgnes argentées, et qui descendent obliquement en avant , à peu près parallèlement à la hgne du dessous de la queue, jusqu'à ce qu'elles rencontrent le corselet. J'en ai compté sept à huit. Nous avons reçu de M. d'Orbigny des germons de trente pouces et plus de longueur, mais il y en a de plus grands : leur poids va souvent à quatre- vingts livres. Le foie du germon ne s'étend pas beaucoup dans la cavité abdominale. Le lobe gauche est déprimé, aplati , et a la forme d'un cœur de carte; son bord gauche se prolonge un peu dans le haut de fhypo- condre en une sorte de petit lobule, qui se con- tourne sur l'œsophage. Le lobe droit est triangu- laire, peu épais, et donne attache à une vésicule du fiel étroite, mais très-longue ; elle adhère par du tissu cellulaire au dernier repli de fintestin, qu'elle suit presque jusqu'à l'anus. L'œsophage est court, et donne dans un grand estomac pointu, plissé à l'intérieur. La branche qui 26 LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. va au pylore naît sous le foie; elle se porte en arrière entre les deux lobes du foie, et se rétrécit par un étranglement assez fort qui marque le pylore. Il est muni d'un cœcum assez gros, qui se ramifie en un grand nombre de branches, terminées chacune par une houppe de ramuscules très-fins, qui s'enfoncent dans une sorte de parenchyme propre à chaque bran- che. Ces corps sont assez fortement réunis entre eux, et forment ainsi une masse, qui a l'apparence d'une forte glande amygdaloïde. Disséqué, cet amas de corps glanduleux ressemble à une grappe de raisins, et c'est dans cet état que Duhamel nous en a laissé une assez bonne figure, prise d'un manuscrit de Du- verney. L'intestin remonte sur le lobe droit du foie , puis il fait un double repli avant de se rendre à l'anus. La rate est assez grosse, alongée, noiiàire et at- tachée auprès du premier repli de l'intestin dans la partie postérieure de l'abdomen. Je n'ai rien pu voir sur les organes génitaux. Il n'y a pas de vessie natatoire. L'épaississement que le péritoine prend dans les thons le long de l'épine, est ici très-considérable et a un éclat d'argent mat. La tête osseuse du germon ressemble beaucoup à celle du thon , si ce n'est que sa largeur propor- tionnelle est un peu moindre , et que les trous de son crâne sont un peu plus petits. Le premier arceau des branchies a de longues pectinalions garnies de velours ras à leur tranchant interne ; les autres , ainsi que les osselets qui les réunissent , sont couverts de plaques également 1 CHAP. II. THONS. i27 garnies de velours ras, et ont à leur face postérieure de légères proéminences garnies de dents un peu plus fortes. Les pharyngiens supérieurs sont petits et isolés, les inférieurs sont irès-alongés ; tous ont des dents en velours. Le squelette du germon a quarante vertèbres, toutes , excepté les cinq dernières , plus longues que larges et creusées de deux fosses de chaque côté : les dix premières ont des apophyses trans- verses courtes et des côtes doubles , dont les supé- rieures sont grêles, et les inférieures comprimées, larges, tranchantes et semblables à des fers de faux portés sur des manches courts. Les vertèbres sui- vantes, jusqu'à la dix-huitième, ont en dessous des anneaux qui produisent une apophyse épineuse, au bout de laquelle s'attache la paire de côtes infé- rieures : ces côtes-là sont grêles et longues , et les dernières se rapprochent en un faisceau qui va aider à porter les interosseux de l'anale. Il y a de plus , à compter de la seizième, des apophyses descen- dantes plus courtes, qui forment de doubles an- neaux entre elles et des apophyses semblables de la vertèbre voisine : ils continuent entre les apo- physes épineuses des vertèbres caudales, dont la première n'est guère , à proprement parler, que la vingtième ou la vingt-unième. Les côtes supérieures se continuent au reste sur presque toute la queue , mais en devenant de plus en plus courtes. Les cinq premières vertèbres ont leurs apophyses épineuses dilatées et en partie soudées entre elles. C est à la trente-troisième vertèbre que commence la carène 128 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. latérale de la queue , et elle se continue jusqu'à la trente-sixième : les trois dernières sont très-courtes et portent les racines des rayons de la caudale. Le germon passe pour venir du grand Océan dans le golfe de Gascogne. Il y arrive en troupes nombreuses vers le milieu du mois de Juin; quelquefois on en voit dès le mois de Mai, et l'on en rencontre jusqu'en Octobre : son ap- parition a lieu en général deux mois après celle du thon. Les pêcheurs de Biscaye se livrent à sa pèche dès qu'il se montre dans leurs eaux. Ceux de Saint-Jean-de-Luz vont la faire sur des fonds vis-à-vis de Saint- Sébastien; ils la continuent jusqu'à l'embou- chure de l'Adour, et ne s'avancent point au- delà de l'extrémité^sud du bassin d'Arcachon. Les pêcheurs de l'île d'Yen, qui y consacrent plus d'iiommes et d'embarcations que ceux de Saint-Jean-de-Luz , se rendent aussi sur les côtes de Biscaye, vis-à-vis de Saint-Sébastien : ils y passent quinze jours, après lesquels ils viennent vis-à-vis du bassin d'Arcachon; puis ils remontent jusqu'aux environs de leur île, et plus au nord jusqu'à Bellisle. Ils prennent d'ordinaire treize à quatorze mille germons dans leur campagne. Les lignes pour cette pêche ne doivent pas avoir moins de quatre-vingts brasses. La meil- CHAP. II. THONS. 4 29 ieiire amorce est de l'anguille salée j mais le germon, qui est très-vorace, se laisse prendre aussi à des appâts factices, tels qu'un morceau de basin blanc, ou de toile bleue, taillé en forme de sardine. Il donne la chasse à tous les poissons qui vivent en troupes ; aux mulets , aux sardines , aux anchois : il poursuit les poissons volans , et même ce furent des exocets que M. d'Orbi- gny trouva dans l'estomac de ceux dont il a fait lui-même la pèche. Lorsque les germons s'élèvent à la surface de leau , leur présence s'y manifeste par un mouvement assez remarquable ; mais alors on en prend peu. C'est dans la profondeur qu'on en fait de grandes pêches , et ce n est que la connaissance des lieux qui peut faire présu- mer oii on les rencontrera. L'alfluence des oiseaux de mer et des pois- sons volans s'élancant hors de Veau, est d un très-bon augure. La pêche donne alors de grands produits, et les bras suffisent à peine pour tirer les lignes et les rejeter à la mer. Une fois que les pêcheurs sont tombés sur un de ces bancs de poissons, ils le suivent jusqu'à ce que les vents de f équinoxe d'automne aient déterminé la troupe à retourner vers le grand Océan. 8. . 9 150 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Un temps couvert, un vent frais, une mer doucement agitée , sont favoralDles à cette pèche. Elle se Fait le mieux par les vents de sud- ouest et de nord-ouest. La chair du germon péché en Juillet et en Août est plus blanche et plus délicate que celle du thon; mais dans les mois qui pré- cèdent et qui suivent, elle lui est inférieure. Le germon frais se vend plus cher que le thon. On le sale en le coupant par tranches, que l'on empile avec des lits de sel : il de- vient ainsi une provision utile pour l'hiver; mais la consommation ne sen étend guère au-delà des endroits dont les habitans en font la pèche, et il ne parait pas donner lieu à un commerce étendu. ' On croit que le nom de germon est une corruption de l'anglais warrnan (homme de guerre); qu'il est en usage à lile d'Yeu dès le temps que les Anglais étaient maîtres de la Guyenne et du Poitou, et qu'il se rapporte , soit à ses grandes pectorales , qui ont l'air d'armes offensives, soit à sa manière de voya- ger en colonnes serrées. Les Basques nomment ce poisson hegala- 1. Toute cette histoire du germon du golfe de Gascogne est extraite d'un mémoire manuscrit de feu Noël, qui en avait re- cueilli les matériaux sur les lieux. CHAP. II. THONS. 134 loucllia (aile longue); quelques-uns de nos marins l'appellent aussi longue-oreille. Ce qui peut confirmer l'idée que le germon vient de l'Océan, c'est que les naturalistes de lexpédition de ?d. Duperrey paraissent en avoir rencontré de petits sous la ligne, au mois de Septembre 1822. La figure et la des- cription qu'ils eu ont faites s'accordent avec ce que nous avons vu de cette espèce 5 mais leurs individus ne pesaient que huit livres. La chair leur en parut très-bonne, mais ne tarda pas à les fatiguer; elle était de couleur jaunâtre. Bien que Barbot n'ait pas dit où il a eu son germon, il en place la figure avec celles d'autres espèces prises le long de la cote d'Afrique. ' Pernetty parle aussi d'une longue -oi^eille péchée entre les tropiques, qui devait être le germon. ^ Nous n'avons pas vu par nous-mêmes Xala- longa de la Méditerranée, en sorte que nous le supposons identique avec le germon, seule- ment d'après les caractères qu'on lui assigne. Je vois même que Cetti et M. Bisso s'accordent 1. La dorade, la lune, etc. (Barbot, ap. Churchill, t. V, p. 4970 2. Pernettv, Vojage aux îles Malouines, t. II, p. 8i , 1 52 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. à ne lui donner que sept fausses nageoires j tant au-dessus qu'au-dessous de la queue, et nous avons bien constaté que le germon de l'île d'Yeu en a huit. En Sardaigne Yala-longa est très -connu, c'est un poisson de passage, qui vient avec le thon et marche comme lui en troupes de plu- sieurs milliers; mais on y en prend beaucoup moins, parce que les mailles des thonaires y sont trop larges et calculées pour le thon seu- lement. En Sicile, où les rets à grandes mailles sont doublés de rets à mailles plus étroites, on en fait des pèches abondantes, et on le sale comme le thon. Sa chair, cuite, est très-blanche, à la diffé- rence du thon, dont la chair est toujours plus ou moins rouge. ^ M. Risso dit que l'on en prend de temps à autre dans la madrague de Nice ; qu'il par- vient au poids de quatre-vingts hvres ; que sa chair est moins bonne que celle du thon, et que son foie passe parmi les pêcheurs pour donner la fièvre et pour faire écailler la peau. 1. Ces détails sont pris de Getti, Hist. nat. sard., t. III, p. 19^ et 190. CHAP. II. THONS. 133 Le Germon de la mer Pacifique. ( Thjnnus jyacificus, iiob.) Commeison a laisse une figure et vme des- cription très-dëtaillée d'un germon qu'il a vu dans la mer Pacifique , et c'est d'après ces do- cumens que M. de Lacëpède a composé son article du scomhre germon. La description de Commerson, comparée scrupuleusement avec nos individus de France, s'y adapterait toute entière. A la vérité, il compte neuf fausses nageoires ; mais sa figure montre qu'il a compris dans ce nombre le der- nier rayon de la seconde dorsale et de l'anale. Cependant cette figure présente une propor- tion très-différente de la grosseur à la longueur. La hauteur du poisson n'est que trois fois et demie dans la longueur. Le museau et surtout la mâchoire inférieure sont plus courts à proportion, et c'est ce qui vient d'être confirmé par un échantillon de ce germon de la mer des Indes, que M. Dussumier a pris sous l'équateur vers la fin de Mars, et qui d'ailleurs ressemble à peu près en toutes choses à nos germons d'Europe, Commerson raconte qu'une quantité innom- brable de ces poissons entoura et suivit son navire pendant plusieurs joins au milieu de Février de 1768, dans la mer Pacifique, par ^ 34 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. les 27 et 26" de latitude australe et vei-s le io3° de longitude. Ils pesaient de vingt à soixante livres. Celui dont il donne les me- sures était long de trois pieds deux pouces sur neuf pouces de hauteur sous la première dor- sale. Ils mouraient au milieu de convulsions et de tremblemens, mais sans faire entendre le moindre son. Leur chair, et surtout le bouil- lon fait avec leur tête, parurent excellens, et les matelots qui avaient souffert de la disette s'en nourrirent abondamment et long-temps de suite , sans en éprouver aucune incommodité. C'est d'un de ces germons orientaux que Nieuhof donne une figure , qui a été copiée dans Willughby (app., pi. 9, fig 1) sous le nom de cor et t seu thym à species. Nieuhof assure qu'ils parviennent à six et sept pieds de lon- gueur, qu'on les prend à l'hameçon, et que leur chair est savoureuse et sans danger.' Le Germon a ventre rayé d'argent. ( TJiynnus argenth'ittatus , nob.) Il y a un thon à longues pectorales que MIVL Quoy et Gaimard ont observé et dessiné dans la mer Atlantique, et qui vient d'être rapporté 1. Nieuhof, Oost., et Willughbj, Icht., app.. p. 5. CHAP. II. THONS. 155 de la mer des Indes par M. Dussumier. Il lie tout-à-fait les thons ordinaires aux germons. Ses pectorales sont un peu moins longues que dans le germon, et vont trois fois et demie dans la longueur totale; elles sont aussi plus larges à pro- portion. Leur largeur à la base est quatre fois et de- mie dans leur longueur; dans le germon d'Europe elle y est six fois et demie, et dans le germon paci- fique plus de cinq fois. La pointe supérieure de son corselet va jusque sous le milieu de la deuxième dorsale ; l'échancrure supérieure revient jusque sous les premières épines de la première dorsale. La pointe latérale est aiguë et se porte jusqua l'aplomb du commencement de la deuxième dorsale, et l'échancrure inférieure touche à l'ouïe, etc. D. 14 — 14 — IX; A. 11 — IX; P. 34, etc. M. Houssard nous a rapporté de l'Atlantique un squelette que nous jugeons de cette espèce. La tète a les crêtes intermédiaires portées presque aussi en avant que dans le thon commun. Les apophyses des- cendantes des vertèbres y forment un treillis comme dans la thonine , mais plus rapproché de l'épine , parce que leurs racines sont plus courtes. On y compte en tout quarante et une vertèbres , plus courtes et plus hautes à proportion que dans la thonine, etc. Du reste, ses formes et ses proportions sont à peu près les mêmes que dans le précédent, mais il est mieux coloré. Son dos est d'un bleu d'acier. Aux flancs et au ■1 56 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. ventre il a sur un fond plombé des lignes verti- cales argentées, entre lesquelles il y a des séries verticales de taches rondes, aussi argentées. Vers l'arrière, ces lignes se divisent elles-mêmes en taches; d'abord vers le bas seulement, ensuite sur toute leur hauteur. Sa dorsale, son anale, ses ventrales, sont jaunâtres; ses pectorales argentées; sa caudale noi- râtre, avec du rose vers le milieu. L'individu de M. Dussumier est long de vingt pou- ces ; celui de MM. Quoy et Gaimard en a vingt-sept. C'est, à ce qiiil nous paraît, cette espèce que Pison (p. 73) a représentée, et même assez bien , sauf des pectorales un peu trop courtes, sous le nom de coorza. Le Germon a écharpe. ( Thynnus halteatus , nob.) Il y a dans les parties chaudes de l'Atlan- tique un autre thon à pectorales plus longues que celles du thon commun, et approchant un peu de celles du germon. Leur longueur est du quart de la longueur totale; mais ses autres nageoires sont à peu près dans la proportion du thon. Le bord montant du préoper- cule est presque rectlligne, et celui de l'opercule est aussi moins arrondi qu'au thon commun et au thon à ailes courtes. Cette espèce ne nous est connue que par un dessin fait par M. Lesson, vis-à-vis la Tri- CHAP. II. THONS. 4 37 nité, du Brésil, par les 20° de latitude australe, d'après un individu de vingt-huit pouces. L'on n'y voit point la circonscription Au cor- selet, et les écailles y paraissent plus grandes que dans le reste du genre. Son dos était d'un bleu - noir foncé lustré ; son ventre argenté, glacé d'azur, et entre les deux cou- leurs s'étendait, depuis le maxillaire supérieur jus- qu'à la queue, une bande de couleur de cuivre doré. Ce poisson de la Trinité, lorsqu'on le prit y fit entendre à plusieurs reprises des sons plaintifs. Je le soupçonne d'être celui que Pison (p. 73) représente sous le nom d'alba- coretta, d'où est venu celui d^albacore, em- ployé par les Anglais pour plusieurs espèces de ce genre et des genres voisins. Malheureusement M. Lesson ne Ta point rapporté et n'a pas noté le nombre de ses rayons; sa figure marque seulement quatorze épines à la première dorsale , et neuf fausses pinnules à l'arrière de la seconde. La prétendue figure du thon commun don- née par Bloch (pi. 55), qui couvre le corps entier d'écaillés uniformes , si ce n'était pas , comme je le crois, une mauvaise copie du germon de Plumier, pourrait, d'après ses pec- torales et la coupe des pièces operculaires , avoir été faite sur un individu de cette espèce. 138 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. CHAPITRE ni. Des Auxiàes et des Pélamides, Le premier de ces petits genres, par l'écar- tement de ses deux dorsales d'une part , et par son corselet, la carène de sa queue et ses nombreuses fausses pinnules de l'autre, tient une sorte de milieu entre les maquereaux et les thons; et le deuxième, par ses dents sépa- rées et pointues, semble conduire des tlions aux tassards. Ce sont de ces liens si fréquens dans la nature, qui unissent plus intimement les genres d'une même famille, sans apparte- nir précisément à aucun d'eux. DES AUXIDES (.Auxis, nob.). Obligés de former un groupe à part de quelques poissons semblables aux thons et aux bonites par la petitesse de leurs dents, par le nombre de leurs fausses nageoires et par le corselet que forment les écailles de leur tho- rax, mais qui se distinguent par un caractère qui semblerait devoir en faire des maquereaux, Técartementde leurs deux dorsales, nous usons de la liberté reçue parmi les modernes, et CHAP. III. AUXIDES. i 39 nous leur adaptons le nom d'aujcides {aiijcis) , qui, selon Aristote, était un de ceux que les Byzantins employaient pour désigner de très- jeunes thons. Z/'AUXIDE COMMUNE, OU BONITOU. {Aiixis vul^aris, nob.; Scomher bisus, RafinesqiiCj Scomber Rochei, Risso, n.° i65.) La Méditerranée produit un de ces pois- sons qui n'avait pas été distingué avant MM. Rafinesque et Kisso. Ce dernier dit qu'il se nomme à Nice bonitou, et lui a imposé le nom spécifique de scoinbre Laroche. ^ Sa forme est celle d'une dionine, mais un peu plus grêle ; sa hauteur est quatre fois et davantage dans sa longueur; les jeunes individus l'y ont six fois ; son épaisseur est des deux tiers de sa hauteur ; sa tête est quatre fois, et dans les petits quatre fois et un quart ou un tiers, dans la longueur totale. Son museau est court et pointu, ses deux mâchoires égales. Du bord postérieur de l'œil à l'ouïe il y a trois fois le diamètre de l'œil, et de son bord an- térieur au bout du museau une fois et un quart seu- lement. Les bords de son préopercule ont la cour- bure d'une demi-ellipse, dont le petit diamètre est de peu supérieur à la moitié du grand, exactement 1. Dans sa deuxième édition (p. 417, n." 335) il le nomme thynnus rochennus et bouniiou. 140 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. comme dans les thonines. L'ensemble de l'opercule et du subopei cule est moins courbé dans son bord , et rinieropercule est moins élevé. Les dents sont presque imperceptibles à l'œil nu. La langue, très- libre, ovale, est relevée de chaque côté d'une ca- rène membraneuse, comme dans tous les thons. Sa première dorsale a onze rayons , dont le dixième est déjà extrêmement court, et dont le dernier ne se découvre presque que par la dissection : elle est séparée de la seconde par un intervalle plus long qu'elle-même. La seconde dorsale et l'anale sont aussi petites à proportion que dans la thonine à ailes courtes, et de même très-écailleuses : on a quel- que peine à compter leurs rayons , mais on trouve à la fin qu'ils sont au nombre de douze dans l'une et dans l'autre. L'anale ne commence que sous la fm de la deuxième dorsale. Il y a huit fausses na- geoires sur la queue et sept dessous. En comptant les petits rayons des bords de la caudale avec les dix-sept rayons entiers , on pourra en trouver jus- qu'à trente ou trente-deux dans la nageoire. Les- pectorales sont petites , pointues , un peu taillées en faux , du dixième à peu près de la longueur totale; elles ont vingt et un ou vingt-deux rayons. Les ven- trales sont pointues et à peu près égales aux pec- torales ; entre elles est une pointe membraneuse de même longueur, formée par un repli de la peau, et qui donne à chacun de ses côtés un sillon dans lequel la ventrale correspondante se relire. Comme dans tout le sous-genre des thons, la disposition des écailles de ce poisson est aussi celle des thons et CHAP. III. AUXIDES. i II des thonines, c'est-à-dire que sur la tête et sur la plus grande partie du corps, ainsi que sur la queue, elles sont imperceptibles, mais qu'il y en a d'assez grandes autour du thorax , sur cet espace que nous appelons le corselet et qui se prolonge en quatre pointes aiguës, dont l'une suit la ligne du dos, jusque derrière la première dorsale, deux autres chacune la ligne latérale de son côté jusqu'à une assez grande distance derrière la pectorale, la quatrième, enfin, le milieu de la poitrine jusque derrière les pecto- rales : les écailles de ce corselet sont plus grandes vers le devant, et diminuent par degrés en arrière, pas assez néanmoins pour que l'espace qu'elles re- couvrent ne tranche bien sensiblement sur le reste de la peau , qui parait entièrement lisse. Il est échan- cré en angle aigu jusque vis-à-vis la quatrième épine dorsale. Sa pointe latérale dépasse la pectorale de toute la longueur de cette nageoire. La ligne latérale est très-mince et peu apparente ; elle se perd même à la partie antérieure du corselet ; aux cotés de la partie la plus amincie de la queue elle saille de chaque côté en petite carène membraneuse. Entre les racines de la caudale on voit aussi les vestiges des deux petites crêtes du maquereau, mais infini- ment moins saillans. Le dos de ce poisson est bleu , avec des lignes irrégulières et des taches d'un bleu noirâtre sur les côtés. Le corselet est en dessus d'un bleu verdàtre- les flancs et le ventre sont argentés , les nageoires grises et l'anale un peu fauve : c'est ce que nous voyons dans une figure faite à Nice par M. Lauril- -! 42 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. lard. M. Rlsso dit aussi que dans le frais le bleu de son dos est d'une belle teinte dmdigo; que ses côtés passent au bleu céleste, et ont des traits irréguliers avec des petites taches rondes au milieu : au total un dessin assez semblable à celui des thonines. Les viscères de cette espèce , comme on pouvait s'y attendre d'après son extérieur, ressemblent à ceux des thons et non à ceux des maquereaux. Le foie est situé en travers sous l'œsophage, et l'entoure, ainsi que le repli de l'intestin. Son lobe gauche est petit, court, coupé carrément à l'extré- mité, et relevé en angle sur sa lace externe, parce qu'il se porte ainsi autour de l'œsophage d'un côté, et autour de Tintestin de l'autre. Le lobe droit est étroit; mais il se prolonge sur l'intestin jusqu'auprès de l'anus. A la moitié de la longueur de ce lobe on voit la vésicule du tîel, qui a la forme d'un long boyau fort étroit. Le canal cholédoque reçoit dans sa longueur un grand nombre de vaisseaux hépato- cystiques, et n'est lui-même que très-peu libre avant de déboucher dans Tintestin. L'œsophage n'a de longueur que le cinquième de la longueur de l'abdomen ; il est large et plissé longitudinalement à l'intérieur. Il se prolonge en un sac conique, très-long, étroit, dont les parois sont minces , lisses , sans aucuns plis : c'est l'estomac. Le cardia est bien marqué par une plus grande épaisseur des parois de l'œsophage à son entrée dans l'estomac. Auprès du cardia naît une branche courte, à pa- rois très-épaisses : elle se porte latéralement et obli- CHAP. III. AUXIDES. 145 quement vers l'arrière de l'abdomen , au lieu de remonter vers le diaphragme , ainsi que cela a gé- néralement lieu. Un étranglement assez fort indique la place du pylore. Au lieu de cœcums ordinaires, il y a un canal azsez long, se terminant en pointe, et dont les parois sont blanches et transparentes. Ce canal le- çoit un grand nombre d'autres petits canaux courts , très - ramifiés à l'extrémité. Ces ramifications sont cachées et retenues entre elles par une sorte de pa- renchyme assez fort, d'où il résulte qu'à la couleur près cet amas singulier d'appendices cœcales res- semble à un lobe du foie. Le bord libre de ce vis- cère est étroitement uni par un tissu cellulaire dense, avec ces corps d'une "apparence tout- à- fait glanduleuse. On n'aperçoit rien autre chose à l'ou- verture de l'abdomen. Le duodénum remonte d'abord vers le diaphragme sur le lobe droit du foie. Cet intestin est gros et plissé longitudinalement; il ressemble assez à l'œso- phage par la grosseur, la longueur et la couleur des parois. L'intestin se rétrécit ensuite beaucoup après s'être replié , et va directement se rendre à l'anus. Il n'v a pas de vessie natatoire. Le péritoine est argenté, et tout le long de l'épine il est beaucoup plus épais, beaucoup plus fibreux, son éclat est plus vif : il faut y fliire attention ; car on prendrait facilement cette raie argentée pour une vessie aérienne affaissée. Le squelette de ce bonitou a le crâne plus élroît qi-ie celui du thonj les crêtes moins saillantes et 144 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. moins portées en avant. Il n'y a point de trous entre le frontal et le pariétal. L'épine se compose de trente- neuf vertèbres, qui, à compter de la huitième, ont des apophyses descendantes simples ou seulement percées à leur base d'un petit trou. Les cotes des sept paires antérieures , atlachées à des apophyses trans- verses , sont aplaties en forme de fers de faux ; les suivantes, attachées aux extrémités de ces apophyses descendantes, sont de plus en plus grêles. L'anale s'attache sous la vingt et unième vertèbre. A compter de la trente et unième, il y a des crêtes latérales, La première dorsale s'étend de la sixième à la onzième, la deuxième commence sur la vingtième. Nous avons des individus de quinze pouces, apportés de Sicile par M. Biberon, de Nice par M. Laurillard , et de M orée par M. Bory Saint- Vincent. Il y en a de jeunes, longs de huit pouces, venus de Nice. Le poids de l'espèce ne passe pas six livres, selon M. Bisso. La chair de ce poisson, dit cet observateur, est d'un rouge foncé, d'un goût aigre, très-indigeste ; elle noircit à l'air. On le prend clans les madragues à thon , depuis le mois de Mai jusqu'au mois de Sep- tembre. La femelle pond au mois d'Août des œufs blanchâtres , enveloppés d'un gluten roussâtre. * Je ne doute point que ce bonitou ne soit CHAP. III. AUXÎDES. 14^ le sComber bisus de M. Rafinesque \ La figure en est très-semblable, et tous ses caractères sont les mêmes, excepté que le bisus n'aurait point de taches ni de lignes j mais parmi nos individus il s'en trouve aussi quelques-uns qui en sont dépourvus. Il se prend grand nombre de ces bisus dans certaines tlionaires de Sicile. Sa longueur or- dinaire sur cette côte est d'un pied. Il est peu estimé étant frais, et si on ne se hâte de l'ap- prêter, il se décompose promptementj mais salé, c'est le meilleur de tout le genre. On le nomme dans le val de Mazzara bisu, mbisu et tunnachia; dans celui de Demona, appicatUy et à Catane, ainsi que dans le val de Noto, s^amiru^. Les pêcheurs de Messine l'ont nommé presuntune à M. Biberon. Ce nom de bisus tient à ceux de bise et de biso f par lesquels les Provençaux et les Es- pagnols désignent les pélamides ou bonites à dos rayé de la Méditerranée. M. Laurillard a aussi entendu appeler ce poisson bonite à Nice. C'est un des individus sans taches qui est re- présenté dans la grande Description de l'Egypte 1. Caraiteri, etc.; p. 45, pi. 2, fîg. i. 2. Rafinesque, Indice, p. 2o^ 8. 10 14G LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. (poissons, pi. 24, % 6) sous le nom de maque- reau unicolor. La mer Atlantique possède dans ses parties cbaudes plusieurs scombres qui portent les mêmes caractères que le boni ton de la Médi- terranée. Nous en avons reçu un de la Marti- nique par M. Plée, qui a les mêmes formes, les mêmes nombres de rayons, le même cor- selet, la même ligne latérale mince, les mêmes lignes noires sur le dos , que nous ne pouvons, en un mot, en distinguer comme espèce. Ses viscères n'offrent aucune différence. M. Plée nous écrit que c'est cette espèce que les habitans de la Martinique appellent thon, et qu'on en pêche d'une grosseur énorme sur les côtes de cette ile. L'AUXIDE TAZARD. {Scomber taso, Commers.) Commerson a laissé une excellente descrip- tion d'un poisson de ce même petit genre, qu'il prit près des côtes de la Nouvelle-Guinée par les 6 et 7° de latitude australe, le 3o Juin 1 768. Les matelots lui donnèrent le nom de tazard, que M. de Lacépède lui a conservé'; mais il 1. Scoinhre tazard, Lacépède, t. IV, p. 8, CHAP. m. AuxroEs. 147 faut bien se garder de le confondre, comme l'a fait Shaw^, avec le tassard des Antilles de Plumier, qui est devenu le scomber regalis de Blocli (p. 333) et est un de nos cybiums. Ce n'est pas non plus le tazard ou tezard de Duhamel (sect. 7, pi. 7, fig. 1 ), lequel pour- rait bien ne diftérer de celui de Plumier que par la faute du dessinateur, qui n'aurait pas représenté la première dorsale dans sa totalité. Le tazard de Commerson est en tout point semblable à notre bonitou des Antilles.^ Mêmes formes, mêmes proportions, mêmes nom- bres de rayons et de fausses nageoires , seulement il a tout le dessus du corps d'un beau bleu, les côtés et le ventre argentés , avec des reflets dorés et cuivrés, sans aucunes lignes ni taches, si ce n'est une petite, ovale, d'un noir bleuâtre, très-distincte, sous le bord inférieur de l'œil. Les pectorales, argentées extérieu- rement, sont noirâtres à la face opposée: il en est de même des ventrales. Les dorsales et la caudale sont obscures ; la première dorsale a une teinte bleuâtre. L'anale est blanchâtre. La taille de ce poisson est intermédiaire entre le maquereau et la bonite à ventre rayé. Il y en avait beaucoup autour du vaisseau^ 1. Gêner, zooh, t. IV, part. 2 , p. 585, 2. Nous nous en sommes assurés en le redessinant d'après les dimensions parfaitement détaillées de Commerson. 148 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. qui jouaient et sautaient à la surface des ondes. Le seul qu'on ait pu prendre, long de dix-huit pouces sur quatre pouces de hauteur sous la première dorsale, pesait trois livres et demie. Sa chair égalait pour le goût celle de la bonite; mais elle était un peu jaunâtre, et celle de la bonite est d'un blanc éclatant. Z/'AUXIDE DE SlOANE. (Scomber Sloanei, nob.) Ualbacore de Sloane *, si l'on peut s'en rap- porter à une figure grossière, comme toutes celles qu'a données cet auteur, semble devoir appartenir à ces thons à dorsales écartées. Son museau est court; sa bouche, peu fendue, n'a que de petites dents. Sa première dorsale paraît avoir peu de rayons, et être séparée par un grand intervalle de la seconde. Ses pectorales sont courtes. Il a huit fausses nageoires en dessus , et sept en dessous de la queue; mais ce qui paraît devoir lui former un caractère spécifique, c'est que sa seconde dorsale et son anale sont plus hautes et plus poin- tues à proportion que dans aucune autre espèce ; elles ont en hauteur plus du cinquième de la longueur to- tale. Nous n'avons rien vu qui ressemble à cette figure. 1. Hisl. nat. of Jamaica , t. I, pi. i, fig. i, p. 28. Lacépède n'a pris son article du scombre tilbacore que dans BonnateiTe. et en a copié la fausse citation, tome II; page n. CHAP. III. PÉLAMIDES. 149 DES PÉLAMIDES. Avant de passer aux thons à longues dents pointues et sans corselet, nous devons parler d'un scombéroïde qui semble unir les deux groupes ; car, bien qu'il ait encore un petit corselet, il commence à s'écarter des thons ordinaires par la force de ses dents , et peut former aussi une petite subdivision, à laquelle nous appliquerons le nom de pelamys , qui est donné aujourd'hui à cette espèce dans toute la Méditerranée, bien que chez les an- ciens, ainsi que nous l'avons vu, ce nom ne désignât que le jeune thon. La Pélamide commune, ou Bonite A DOS RAYÉ. (Pelamys sarda, nob.j Scomher sarda, Bl.') Cest un poisson très-différent de la bonite à ventre rayé et à petites dents, dont nous avons parlé précédemment, quoique les ich- tyologistes modernes les plus renommés les 1. Scomber sarda , Blocb, pi. 334» et Sysiema, p. 22, n." 4 ; Scomber médit erraneus , ejusd. Syst. , p. 23; Scomhre sarde, Lacép., t. IV, p. loo; Scomber pelamis , Briinn. ; Amia, Rond.; Pelamys sarda, ejusd.; Pelamys, Salviani et Bélon; Thynnus sardus , Risso, 2.*édit., n." 334. ^ 50 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. aient confondus sous une même espèce^ d au- tant moins excusables, que dès le seizième siècle celle-ci avait été bien connue et bien caractérisée. Rondelet en a donné une figure médiocre (p. 238), et l'appelle en latin amia, en quoi il a mieux qu'aucun autre reconnu son vrai nom ancien; mais il ajoute que les Espagnols et les Languedociens ra[)pellent, les uns bisa, les autres honiton : il reproduit la même es- pèce dans son jeune âge (p. 248) sous le nom latin de s arda , en rappelant celui de bise, que qnelques-uns prononcent pi§o. Salvien la représente très-bien (fol. i^S); mais il Fappelle pelamjs en grec, ou limosa^ qui en est la traduction latine ', et dit que bien des Italiens la nomment encore pelamide. Bélon dit la même chose et des Italiens et des Marseillois, et en donne aussi une figure passable pour son temps (p. 179). C'est le premier thon d'Aldrovande , qui en donne aussi une fort bonne figure (p. 3i3). Willugbby, enfin (p. 180), la caractérise très- bien par les lignes de son dos , et en donne une description faite sur nature ; mais il ne la reconnaît qu'avec doute pour Xamia de Ron- 1. On a dérivé TrvXctfxùi; de tthXcç, la boue. CHAP. III. PÉLAMIDES. 151 delet, et se trompe tout-à-fait en la prenant pour le pelatnjs vera ou thunnus du même auteur, qui est notre thon à ailes courtes. Cette fausse synonymie a commencé à em- brouiller l'histoire de ce poisson. Artedi,toujoui^ fidèle sectateur deWillugh* by, égare comme lui par le nom de pelumySy qui, selon Aristote, devait être celui d'un jeune thon, et que Rondelet avait appliqué à notre thon à ailes courtes ^ imagina de faire de la pé- lamide de Bélon, de Salvien et de Willughby, une variété du thon.* Linnaeus, trouvant ainsi le nom de pelamjs libre, 1 appliqua dans sa dixième édition (p. 297) et dans sa douzième (p. 49^)' ^ ^^ bonite à ventre rayé, dont il prit la description dans Osbeck-, mais Brùnnich, guidé par la nomen- clature usitée à Mai-seillcyle rendit de nouveau au poisson à dos rayé^ dont nous parlons. Ce fut son sconiher pelamys qu'il crut le même que celui de Linnaeus, quoiqu'il fût très-différent. Bloch vint alors , et ne reconnaissant ce poisson dans aucun des méthodistes précé- dens , il en fit une espèce particulière , à la- 1. Artedi, Synon. pisc, p. 5o. 2. Ichtjol. massil., p. 69. Il ne lui donne que quatre raies, ce qui pourrait aussi tromper les autres; mais le nombre des épines dorsales (vingt-trois) lève toute équivoque. 152 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. quelle il rapporta les articles de Rondelet et de Duhamel, qu'il nomma scomber sarda^^ qu'il représenta assez mal, et dont, à l'exemple de Duhamel, il confondit lliistoire avec celle du germon, mêlant encore dans ses synoymes une figure de la bonite à ventre rayé, qu'il trouva dans Pernetty. M. de Lacépède (t. IV, p. 14)7 de son côté^ induit en erreur par Commerson, mêle aussi, mais à sa manière, les synonymes et l'histoire des deux poissons, sans faire d'abord aucune mention du sarda de Bloch, qu'il rappelle ensuite (t. IV, p. 700), mais comme une es- pèce à part , et uniquement sur la foi de l'ichtyologiste de Berlin. M. Rafinesque, perdu dans tout ce dédale, ne reconnaissant point apparemment la mau- vaise figure de Bloch , reproduit encore notre pélamide sous un nom nouveau ; il l'appelle scomber palamitus , comme on la nomme en Sicile. Bloch, dans son Sjstema (p- aS), remarque que le scomber pelamjs de Briinnich n'est pas le même que celai de Linnœus ; mais il ne s'aperçoit pas qu'il est le même que son propre scomber sarda y et il en fait une troi- î. Bloch, grande Ichtyologie, part, lo, p. 35. CHAP. m. PÉLAMIDES. 455 sième espèce, sous le nom de scoinher ?nedi- terraneus. Enfin, il n'est pas jusqu'à Pallas, le zoolo- giste le plus savant de tous ceux de nos jours, qui, ayant vu ce poisson sur les cotes de la Tauride, n'ait cru, faute de le reconnaître, lui devoir donner encore un quatrième nom. Cest bien sûrement le scomber ponticus de sa Zoographie russe (p. 17). Une grande partie de ces confusions vient de ce qu'on a appelé bonites deux espèces de scombéroïdes qui n'avaient de commun que les raies brunes qui régnent sur leur corps, et de ce que les nomenclateurs ont voulu carac- tériser des espèces quils n'avaient pas vues, sur des descriptions qui n'étaient pas compa- ratives. Le poisson dont nous parlons maintenant, la bonite à dos ray.é et a dents fortes et poin- tues (^scoTnber sarda, Bl. ), notre pélamide enfin, qui est très-commun dans la Méditer- ranée, est proprement celui auquel le nom de bonite a d'abord appartenu, et c'est par extension que les navigateurs ont appliqué ce nom à la bonite à ventre rayé y qui aujour- d'hui le porte presque seule. Il vient de l'es- pagnol bonitOf qui a le sens d^ assez bon, pas- sable ,^o\\ celui de joli. ^ 54 LIVRE rX. SCOMBÉROÏDES. On l'emploie encore pour notre espèce, en Espagne et en Languedoc, sous la forme de boniton \ à Ivica sous celle de bonitol^. Selon la deuxième édition de M. Risso (p. 417)7 on l'appellerait à INice bounicou. Mais sur d'au- tres côtes, à Marseille^, à Rome^, en Sicile^, on emploie celui de pelamide, ou ses altéra- tions, et l'on y substitue quelquefois celui de bise. ^ Cette pelamide, cette bonite à dos rayé, a le corps plus alongé que le thon , l'œil plus petit , le museau plus long, plus pointu, et la gueule plus fendue. Sa hauteur est à peu près cinq fois dans sa lon- gueur, et son épaisseur une fois et demie dans sa hauteur. La longueur de sa tête est d'un peu moins du quart de sa longueur totale. Son œil, un peu recouvert en avant et en arrière par une production de la peau , n'a guère en diamètre que le sixième de la longueur de la tète. Le museau prend deux dia- mètres d'œil; et ce qui est derrière l'œil jusqu'à l'ouie, en prend trois. La bouche est fendue de manière que l'extrémité du maxillaire arrive sous l'aplomb du bord postérieur de l'œil. Il y a à chaque mâchoire une rangée de dents coniques , grêles , un peu comprimées , un peu ar- 1. Rondelet, p. 238. — 2. Laroche, Ann. du Mus., t. XIII. — 3. Bruimlch, p. 69. — 4. Salvien , fol. laS, verso. — 5. Rafi- ïiesque, Camtteri, p. 44- — 6. Rondelet, loc cit. CHAP. lir. PÉLAMTDES. IBS quées vers le dedans de la bouche, très-pointues et bien séparées les unes des autres. On en compte environ vingt-cinq de chaque côté à la mâchoire supérieure, et vingt à l'inférieure; la troisième de chaque côté en bas est plus rentrée et plus grande que ses voisines : le palatin en porte une rangée de très-petites le long de son bord externe *; mais le vomer n'en a point, La courbure du préopercule n'est pas en ellipse, mais son bord montant et son bord horizontal font ensemble un angle un peu plus que droit et dont la pointe est arrondie. L'ensemble operculaire est mieux arrondi ; sa largeur d'avant en arrière est à peu près le quart de la longueur de la tête. La ligne de sépa- ration de l'opercule et du subopercule, et celle du subopercule et de l'interopercule , sont à peu près droites , et aussi inclinées l'une que l'autre , quoi- qu'en sens contraire : elles se rencontrent au bord du prëopercule par un angle très-peu obtus. La pectorale est fort courte, et du dixième seulement de la longueur totale; les ventrales le sont encore un peu plus, et n'ont entre elles qu'une très-petite écaille pointue. La première dorsale commence vis-à-vis la base des pectorales et dépasse le milieu du corps. Ses rayons ne sont pas très-robustes; les antérieurs, qui sont les plus longs, ont à peu près moitié de la hauteur du corps; ils vont en décroissant jus- qu'au vingt-deuxième , qui sort à peine de la peau. 1. On ne sait ce que veut dire Blocl), quand il prétend n'avoir pas A'u CCS dents palatines dans d'autres poissons. ^ 56 UV^E IX. SCOMBÉROÏDES. Aussitôt commence la seconde dorsale, qui est petite, basse, écailleuse , et a deux épines et treize rayons mous : elle est suivie tantôt de huit, tantôt de neuf fausses nageoires. L'anale commence sous la partie postérieure, et a de même deux épines et treize rayons mous : sept fausses nageoires la suivent. Il n'y a point d'épine libre au-devant de l'anale. La queue et la caudale sont comme dans les thons, savoir, qu'il y a la grande carène du côté de la queue, les deux petites entre les bases de la caudale, et qu'en comptant les petits rayons, l'on en trou- verait trente-six et au-delà. B. 7; D. 22— 2/13; A. 2/13, etc. Le corselet est moins étendu que dans aucune espèce du genre des thons; il est échancré jusques en avant de toute la première dorsale, et sa pointe latérale ne dépasse pas celle de la pectorale, sous laquelle il est échancré encore jusqu'à l'ouïe. La pointe inférieure dépasse peu les ventrales; mais sur le dos il accompagne, comme toujours, la première dorsale jusqu'à son extrémité postérieure. La ligne latérale est un peu flexueuse, et garnie d'une rangée de petites écailles , qui grandissent quelque peu à sa partie postérieure. La carène et les petites crêtes des côtés de la queue sont comme dans les thons. Il y en a, comme à l'ordinaire, d'alongées et irrégulières à la joue. Celles du reste du corps sont si fines qu'on n'en aperçoit l'existence que sur des peaux tres-desséchées. La couleur de ce poisson est argentée, et teinte sur le dos de bleu clair. Des lignes noirâtres, qui varient pour le nombre et pour l'étendue, se des- CHAP. III. PÉLAMIDES. 157 sînent sur ce fond, en descendant très-obliquement d'arrière en avant. Leur nombre le plus ordinaire est de huit ou de dix, et elles descendent généralement jusqu'au milieu de l'espace qui est au-dessous de la ligne latérale. Il y a quelquefois des irrégularités : quelques-unes sont interrompues, d'autres se joi- gnent aux lignes voisines; d'autres fois elles ne pas- sent point la ligne latérale. En général , elles me pa- raissent moins approchantes de l'horizontale, moins longues et moins marquées dans les jeunes individus, et l'on y voit, au contraire, plus distinctement de larges bandes verticales plus foncées que le fond, accouplées deux à deux, et séparées par des inter- valles clairs, plus étroits, semblables à celles que nous avons décrites dans le thon à ailes courtes. C'est d'après quelqu'un de ces jeunes indi- vidus à bandes verticales que Rondelet a fait dessiner son pelamys sarda. La taille de cette pélamide surpasse celle du maquereau, mais n'égale ni celle du thon, ni celle de la thonine. Nous en avons des in- dividus de deux pieds et quelques pouces de longueur. Son foie est très-grand, profondément divisé en deux lobes, dont le gauche est large, et occupe plus du tiers de la longueur de l'abdomen : le droit est un peu plus mince ; mais il atteint à plus de la moi- tié. La vésicule du fiel a la forme d'un long et gros cœcum , dont la pointe se porte vers l'anus , à peu 158 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. près aux quatre cinquièmes de la longueur de l'ab- domen. Le canal cholédoque reçoit un grand nom- bre de vaisseaux hépato - cysliques , en longeant le foie jusque dans la concavité qu'il fait en passant par-dessus l'intestin. La bile est versée dans l'intes- tin auprès du pylore, et le canal se renfle à son insertion sur l'intestin. L'œsophage est court, mais très-large; il se conti- nue en un sac long, étroit, à parois épaisses, plissées longitudinalement à l'intérieur. Du haut de cet es- tomac sort une branche étroite et courte, dirigée un peu obliquement vers l'arrière ; elle se replie bientôt sous le foie et remonte vers le diaphragme. Au coude de ce repli est placé le pylore, et un cœcum assez long et ramifié en plusieurs branches, qui se subdivisent en une infinité de petits cœcums très-fins et courts, réunis entre eux par un tissu cel- lulaire assez dense, et formant par leur réunion une masse alongée, convexe en dessous comme en dessus, arrondie à sa pointe , qui égale à peu près le volume du lobe gauche du foie. Le canal intestinal se rend droit à l'anus, sans faire aucun repli , ni sans montrer aucun étranglement. La rate est très-grande, ovale, pointue en arrière, fort alongée et comprimée de droite à gauche. Sa longueur égale la moitié de celle de l'abdomen. Les laitances forment deux sacs étroits, alongés, cylindriques, et réunis auprès de l'anus. La vessie aérienne n'existe pas. Les reins sont très-gros, et occupent toute la lon- gueur de l'épine abdominale, sans se diviser. CHAP. III. PÉLAMIDES. 1^9 Son squelette a le crâne plus étroit que le thon , et l'on n'y voit point de trous aux côtés de la crête mitoyenne, ni de fente dans cette crête. On compte à l'épine cinquante vertèbres, dont les sept ou huit dernières sont soudées pour former la carène laté- rale de la queue et pour en porter les rayons. Les six premières ont leurs apophyses épineuses comprimées, dilatées de l'avant à l'arrière , et à peu près soudées ensemble. Les vertèbres, à compter de la douzième, ont les apophyses transverses descendantes et réu- nies en anneaux, dont le dessous donne même une apophyse épineuse descendante. Les côtes sont doubles , et dans les vertèbres qui ont des anneaux en dessous, les inférieures s'attachent à la pointe de l'apophyse épineuse descendante , en sorte qu'elles sont de plus en plus éloignées des supérieures- la plupart sont plates et tranchantes. Le premier in- terosseux de l'anale s'attache au-devant de l'apo- physe épineuse de la vingt-sixième vertèbre. ^ Bloch a emprunté de Duhamel tout ce qu'il dit de la pèche de la pélamide, qu'il nomme honite, et Duhamel lui-même a composé cette partie de son article sur des mémoires dont la plupart concernaient non pas la pélamide^ mais le germon; en sorte qu'il est impossible d'y démêler ce qui appartient à l'un et à l'au- tre poisson. 1. M. Rosenthal donne une figure du squelette de la pélamide ou bonite à dos rajé (Tables ichtyotom.; pi. 1 7, fig. 3) ; mais c'e»É le squelette d'un très-jeune individu. 1 60 LIVRE IX. SCOMBËROÏDES. M. Ralinesque * dit qu'elle passe en Sicile pour un excellent poisson, et y est plus esti- mée même que le germon. Elle y arrive en grande abondance près des côtes au prin- temps, et l'on en prend beaucoup dans les thonaires. On la sale et la prépare comme le thon, et elle n'est pas moins comptée que lui parmi les objets les plus importans du com- merce de cette île. Selon M. Risso, elle est de passage à Nice au printemps et en automne, et on l'y prend aussi dans les thonaires.^ Il ne peut y avoir de doute que ce ne soit ici, comme Rondelet l'avait reconnu, la véri- table amia des anciens. En effet, cette amia est le seul poisson de cette famille qui soit représenté comme féroce et capable d'atta- quer des espèces plus grandes , ce qui con- vient très-bien aux dents aiguës de notre pé- lamide à dos rayé. Aristote parle même expressément de ses dents. « Ce poisson, dit-il, a la dent forte : on « a vu différens poissons, entre autres une la- ^( mie , être entraînés dans le fond par les « amia.^ '' Et un peu plus haut : « Les amies 1. Caratteri , p. 45. — - '-. Risso, r^.^édii., p. /\\fti /jiq. 3. Aristote, Hist. anim,, 1. IX, c. S;. CHAP. III. PÉLAMIDES. 461 « aperçoivent-elles un poisson vorace, elles se « jettent sur lui; les plus grosses nagent autour « en rond, et s'il touche à quelqu'une d'elles, « les autres la défendent.' " Aussi Oppien leur donne-t-il lépithète de féroces ^^ et dit que, lorsqu'elles étaient prises à Ihameçon , elles déchiraient la ligne avec les dents. ^ Aristote, qui plus est, a très-bien connu la forme et la longueur de leur vésicule du fiel. « La vésicule du fiel de Xamia ( ce sont ses « termes) est couchée le long de rintestin : « elle en égale la longueur; souvent même « elle fait un retour."^ " Ces aniia étaient fort estimées, et surtout celles de Byzance et de rHelles]:)0iit ; car déjà dans lArchipel on ne les trouvait plus aussi bonnes. ^ Nous sommes certains que la pélamide ne se renferme point dans l'enceinte de la Médi- terranée ; car nous en avons des individus apportés par M. Delalande des iles du cap Vert et de la côte du Brésil, qui ne diffèrent en rien de ceux d Europe. M. Mitchill la dé- crit parmi ses poissons de New-York^, et sa i. Aiistole, Hist. an., I. IX, c. Sy. — 2. Oppien, Hal. , t. I, p. 107. — - 3. Oppien, t. III, p. 1^6 , et Atliénée, I. \ II, p. 277. — 4. Hisi. anim., 1. II, c. i5. — 5. Archestratus, ap. Alhen. , 1. VII, p. 278. — 6. Mém. de l'Acad. de New-York, 1. 1, p. 458. 8. 11 1 62 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. description est tellement conforme aux pois- sons que nous avons sous les yeux , qu'il n'y a guère à douter de Tidentité d'espèces. La meilleure figure de la pëlamide, pour l'ensemble et pour les raies , est celle de Sal- vien (fol. i23) : il y manque cependant le corselet et les carènes de la queue. On en voit une copie dans Willughby (pi. M, i). Celle d'Aldrovande (p. 3i3), quoique moins exacte et fort grossière, donne cependant l'idée du poisson. Il y a trop de raies , pas assez de fausses nageoires et point de carènes à la queue. Dans la première figure de Rondelet, son amia (p. 238), les raies ne sont pas assez obliques; la première dorsale n'a pas assez de rayons ; la queue n'a point de carène. On voit cette carène à sa seconde figure , le saj^da (p. 248); mais il n'y a pas non plus assez de rayons à la première dorsale. Bloch (pi. 334) lui donne trop de raies sur le dos, et les dirige et les infléchit d'une ma- nière peu conforme à la nature ; il semble aussi représenter deux préopercules , l'un au devant de l'autre ; mais pour le reste sa figure est as- sez exacte. Celle de M. Rafinesque ^ est trop alongée. 1. Caratteri, pi. 2, fig. 2. CHAP. III. PÉLAMIDES. i 65 La Pélamide du Chili. {Pelamjs chiliens is, nob.) L'océan Pacifique a aussi une pélamide qui ressemble beaucoup à celle des mers d'Europe, mais qui constitue cependant une espèce dis- tincte. M. d'Orbigny l'a envoyée de Valparaiso du Chili : elle y porte le nom de honito, qui est en espagnol , comme nous venons de le dire, celui de la pélamide commune. Comparé avec soin à l'espèce ordinaire, ce pois- son a les écailles un peu plus grandes, le préoper- cule plus large et moins arrondi, et les pectorales sensiblement plus longues ; elles sont du sef>lième de la longueur totale. Le nombre des rayons des deux dorsales est moins considérable. D. 18 — 2/12 —VIII; A. 2/10 —VII; C. 35; P. 24; V. 1/5. Le dos est bleuâtre et le ventre argenté. On ne compte que cinq ou six raies sur le dos; elles sont moins obliques, et s'étendent tout le long des flancs, presque parallèlement à la ligne au dos, excepté la dernière, qui se perd sur l'argenté des flancs, vis-à- vis la fin de la première dorsale. L'individu est long de vingt-six pouces. Cette espèce paraît traverser la mer Paci- fique; car elle est représentée d'une manière très-reconnaissable dans l'imprimé japonais sur les poissons dont nous avons déjà parlé plusieurs fois. 1 6'i LIVRE IX. SCOJIBÉROÏDES. CHAPITRE lY. Des Tassards (^Gyhiums, nob.) Les poissons qui vont suivre joignent aux fausses nageoires de toute la tribu et à la pre- mière dorsale longue des thons , des dents grandes, pointues, le plus souvent compri- mées, tranchantes et en forme de lancettes; un corps alongë, une carène aux côtés de la queue, et une peau uniforme et sans corselet. Ce dernier caractère les distingue des péla- mides, dont se rapprocheraient sans cela ceux des cybiums dont les dents sont moins tran- chantes. Leurs palatins et le devant de leur vomer ne sont garnis que d'un velours très-ras ou d'une âpreté semblable à celle qui garnit la langue et les arceaux des branchies. Nous leur donnons le nom de cyhium , qui dans l'antiquité était employé tantôt pour des fragmens de thon, tantôt pour une espèce du genre des thons. 11 existe de ces cybiums dans les deux océans; plusieurs parviennent à une grande taille et sont très-estimes. CHAP. IV. TASSARDS. 1 Gô Le Cybium commersonien. {Cjbium Commersonii , nob. ; Scomher Commersonii , Lacép.) M. de Lacepède a introduit à la tête de son genre scomhre une espèce à laquelle il a donné le nom de Commerson et qu'il n'a pu établir que sur un dessin, à la vérité fort soigné, laissé par ce laborieux voyageur. Les papiers que M. de Lacepède avait sous les yeux , ne contenaient à son sujet aucune nomenclature, ni autre renseignement; mais nous en avons trouvé une description fort exacte dans le manuscrit de Commerson que possédait Her-^ mann. Le même poisson nous ayant d'ailleurs été envoyé de Pondichéry par M. Leschenault, et venant de nous être rapporté du Malabar par M. Dussumier , et de l'Isle-de-France par MM. Quoy et Gaimard, il nous est devenu facile de le comparer à cette description , et de la compléter autant qu'il était nécessaire. La hauteur de ce premier cybium est six fois dans sa longueur ; celle de sa tête y est quatre fois et demie . • la hauteur de la tête à la nuque est des trois cinquièmes de sa longueur; l'œil, dont le diamètre est à peu près du septième de la longueur de la tête , est placé un peu plus en avant que le milieu; le profil des- ^ 66 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. cend peu , et est presque reciiligne ; le dessus de la tête est lisse , légèrement convexe : sa largeur entre les yeux est de près de moitié de sa longueur : les bords se rapprochent ensuite pour former un mu- seau pointu. La mâchoire inférieure est à peine un peu plus longue que l'autre, mais son extrémité est moins aiguë : la narine postérieure, en fente verli- cale , est tout près du bord antérieur de l'œil; l'au- tre, qui est ronde, est au quart postérieur de la dis- tance de l'œil au bout du museau : la gueule est fendue jusque sous l'œil. Le maxillaire s'élargit et s'arrondit à son extrémité postérieure, qui va jusque sous le bord postérieur de l'œil; le sous-orbitaire, en forme de bande longitudinale à bord entier, ne le recouvre point dans sa partie élargie. Il y a vingt -cinq dents à peu près le long de chaque bord de l'intermaxillaire , et une vingtaine de chaque côté à la mâchoire inférieure , toutes en triangle isocèle, pointues, tranchantes, un peu plus épaisses dans leur milieu. Une plaque en croissant demi-ovale à la partie antérieure du vomer , une bande de largeur médiocre à chaque palatin, et pres- que toute la surface du ptérygoïdien , sont âpres. La langue est courte, large, en forme de croissant, et a dans son milieu une plaque garnie d'âpretés. Le bord postérieur du préopercule descend en se portant un peu obliquement en avant, et forme d'or- dinaire un arc un peu rentrant ; son angle est ar- rondi. Le bord de l'ensemble operculaire est arrondi , avec un léger arc rentrant au milieu. La largeur de l'opercule d'avant en arrière derrière le préoper- CHAP. IV. TASSARDS. i 67 cuîe est du sixième de la longueur delà tête. La mem- brane des ouies, longue et étroite, est fendue jusque sous le tiers antérieur de la mâchoire inférieure, et contient sept rayons. Il n'y a point de corselet , et on ne distingue d'écaillés que le long de la base de la première dor- sale, où elles sont longues, étroites et dures comme de petits stylets; sur la seconde et sur l'anale, où elles forment des stries transversales très -fines. Il y a en outre sur le haut de la joue et derrière l'œil de ces écailles longues et pointues, semblables à des rides, comme en portent les scombres en général. La pectorale est pointue, ou en faux, de longueur médiocre , et égale au huitième de celle du corps ; elle n'a que vingt-deux ou vingt -trois rayons. La ventrale n'a qu'à peine le tiers de la longueur de la pectorale. La première dorsale commence vis-à- vis la base de la pectorale, et règne presque jus- qu'au milieu de la longueur du corps, n'étant sé- parée de la seconde que par un petit intervalle. Ses rayons sont faibles et médiocrement élevés; ils se cachent entièrement dans un sillon du dos : les premiers ont à peu près le tiers de la hauteur du corps sous eux ; les autres diminuent lentement. J'en compte en tout seize ; la figure de Commerson en marque dix-huit, et c'est sur elle que M. de Lacé- pède en a fixé le nombre ; mais la description écrite de ce voyageur n'en compte aussi que seize : les deux derniers sont presque réduits à lien. La seconde dorsale s'élève plus que la première, à peu près de moitié de la hauteur du corps sous elle ; ^68 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. son bord posiérieur est coupé en arc concave; sa longueur est un peu supérieure à sa liauteur. Je crois y reconnaître une épine et quinze rayons mous, dont le dernier pourrait même être regardé comme une fausse nageoire; mais sans le compter, l'espace entre celte seconde dorsale et la caudale, qui fait presque les deux cinquièmes de la longueur totale, est occupé par dix fausses nageoires. L'anale commence sous le milieu delà deuxième dorsale, et a la même grandeur et la même forme , et autant que je puis voir , le même nombre de rayons ; elle est suivie de neuf fausses nageoires. La caudale est so- lide, comme dans les autres scombéroides; les lobes en sont très-pointus , et ont chacun un sixième de la longueur totale; leurs pointes se recourbent un peu , de sorte qu elle représente parfaitement un croissant. D. 16 _ 1/15 — X ; A. 1/15 — IX. La ligne latérale se compose d'une suite de petites élevures longitudinales, à compter de la fin de la première dorsale ; elle fait trois ondulations, et quand elle est arrivée sous la première fausse nageoire, elle se courbe vers le bas pour reprendre sa direction le long du milieu du corps. A son extrémité est une carène saillante, avec deux petites crêtes, comme dans les thons et les germons ; la saillie de la ca- rène est à peu près du quart de sa longueur, ainsi que du diamètre transverse de la queue à cet en- droit. Le dos de ce poisson, selon Commerson et M. Leschenault, qui l'ont vu frais, est d'un bleu ver- CHAP. IV. TASSARDS. 1 G9 dâtre foncé; le reste est argenté, avec de nom- breuses taches noirâtres, dont les plus hautes sont rondes et les autres alongées, mais alongées dans le sens vertical. Souvent même elles forment des lignes verticales irrégulières et plus ou moins ser- rées, qui descendent jusqu'au bas de l'abdomen. Commerson l'a décrit en Octobre 1769 à risle-de-Fiance , oii on l'appelle communé- ment tassard et hécune, noms transportés de la Martinique , où ils appartiennent, l'un à un cybium différent, l'autre à la sphyrène. Son individu était long de vingt et un pouces, et pesait vingt-six onces. Mais il y en a de bien plus grands; nous en avons de trois pieds : il arrive à six pieds de longueur, selon M. Les- chenault. Les pécheurs de Pondichéry le nomment vassili-massi , et disent qu'il nage avec une extrême rapidité. Il est excellent à manger. Commerson a trouvé dans son esto- mac plusieurs petits poissons, preuve d'une voracité que la forme de ses dents indiquait suffisamment. M. Ruppel en a vu aux environs de Massuah un individu long de trois pieds , qu'on y nommait derali. ^ Le konam de Russel (t. II, p. 27, fig. i35) a tous les caractères de ce vassili-massi^ ex- 1. Atlas, p. 95. 1 70 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. ceptë que ses taches sont verticales, même sur le dos, et que la figure lui montre douze fausses nageoires en dessous; mais la première de ces différences est peu importante, et la seconde dépend beaucoup de la manière dont on aura envisagé les derniers rayons de l'anale. Russel donne les nombres suivans : B. 7 : D. 16 — 16 ; A. 14 ; C. 24 ; P. 22 ; V. 1/5. C'est de ce konam que Shaw a fait son scomber maculosus.^ Le Tassard linéolé. {Cjhiwn lineolatuTiii nob.) M. Dussumier a rapporté en même temps de la côte de Malabar une autre espèce, de forme à peu près semblable, mais qui se distingue au premier coup d'œil, parce qu'elle a une multitude de traits noirâtres, étroits et alongés dans le sens longitudinal, comme des lignes irrëgulières et interrompues. Il y en a six ou sept rangées sur chaque flanc. Le dos est dans la liqueur d'un plombé foncé, et dans le frais d'un vert doré. Les flancs et le ventre sont de couleur de nacre, ex- cepté la premirère dorsale, qui a sa membrane blanche. Les nageoires sont d'un jaune verdàtre, et le bord 1. Naiural miscell. , n.° 982, et Gêner, zool, t. IV, part. 2, p. 392. CHAP. IV. TASSARDS. 1 7'î concave du croissant de la queue est noirâtre. Sa hauteur est six fois et demie dans sa longueur , et sa tête y est cinq fois. Il a dix-sept ou dix-huit dents à la mâchoire supérieure et autant à l'inférieure, toutes comprimées, tranchantes et pointues. Sa langue est lisse. La ligne latérale, formée d'élevures rondes et serrées, fait une inflexion très-oblique depuis le point qui est vis-à-vis le milieu de la deuxième dor- sale, jusque vis-à-vis la troisième fausse nageoire. Ses carènes aux côtés de la queue sont très-saillantes dans leur milieu. La première dorsale a des rayons très-faibles, dont je ne puis compter que quatorze j lessuivans, s'ils existaient, ont entièrement disparu. D. 14?— 1/14 — IX 5 A. 2/14 — X. " L'individu est long de vingt-six pouces. Ce poisson est assez rare et très - estime. M. Bëlenger a envoyé de la même cote un cyhiuni long de deux pieds et demi , qui a les mêmes formes exactement que ce lineo- latum, mais où l'on n'aperçoit aucune tache: nous ne pensons pas cependant que Ton doive en faire une espèce distincte. Cest très -probablement un poisson sem- blable que Renard nomme rnaTige/ang , et qu'il représente (pi. 7, fig. 53) d'une teinte bleuâtre et sans taches. La même ligure est aussi dans Valentyn (n.° io5), qui l'appelle (p* 382) groene ko- nings-visch (poisson de roi vert)j et parlant 1 72 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. (p. 338) du poisson-de-roi ordinaire, qui, dit- il, ressemble parfaitement au vert, sauf la couleur, il assure qu'aucun poisson de Hol- lande ne le surpasse en bonté j qu'il s'approche du goût du saumon; que sa chair est blanche, son dos brun, son ventre blanc et sa taille de trente à trente-six pouces. Ces caractères ne conviennent pas moins h notre poisson que la figure , et tout annonce que c'est ici le poisson royal des Hollandais des Indes orien- tales. Le Tassard a bandes interrompues. {Cjbium interruptum, nob.) Nous avons reçu de Pondiche'ry par M. Les- chenault une espèce voisine des deux précé- dentes, qui se nomme dans le pays vanjieram. .Sa tête est plus courte à proportion, et contenue six fois dans la longueur totale. Ses dents sont plus petites, plus grêles, un peu moins comprimées et très-pointues : il y en a environ dix-huit à la mâ- choire supérieure et seize à l'inférieure. La ligne latérale est à peu près droite, et surtout elle ne fait pas cette grande inflexion qui a lieu dans le commer- sonien sous les premières fausses nageoires; mais elle serpente un peu sur le tiers postérieur de la queue. La première dorsale est en mauvais état, et je n'ai pu bien compter ses rayons ; cependant il peut y en avoir seize ; la seconde m'a paru en avoir dix- CHAP. IV. TASSARDS. 175 sept OU dix-huit, sans compter une épine cachée dans son bord antérieur : l'anale en a autant. Il y a neuf fausses nageoires en dessus el sept en dessous. Les taches des flancs sont disposées sur trois xangs , qui vont en droite ligne de l'ouïe à la queue, en croisant obliquement la ligne latérale, et elles sont toutes alongées dans le sens de la longueur du poisson, comme si elles formaient des bandes in- terrompues. Dans l'individu desséché elles paraissent , ainsi que le dos, d'un brun roussâtre ; mais d'après la description de M. Leschenault, le dos et les taches doivent être verts. Notre individu est long de quinze pouces. L'espèce parvient à Pondichéry a une longueur de trois pieds. Elle passe pour très-délicate. Le Tassard a gouttelettes. (Cfbium guttatiim, nob.; Scomber guttatuSj, Bl. Schn.) Le wingeram de Russel (t. II, fîg. i34), dont le nom est manifestement le même que celui du précédent, en est en effet très-voisin. Sa forme, le nombre de ses fausses nageoires, sont les mêmes ; ceux de ses rayons diffèrent très-peu (B.7; D.16 — 20— VIII; A.20 — VII; C.30; P. 20; V. 1/5 ) ; seulement ses taches sont rondes , au lieu d'être alongées. L'individu qu'il décrit était long de dix-sept pouces. 4 74 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. C'est, dit-il, un des poissons que les Eu- ropéens estiment. Les Anglais de Calcutta le nomment seerjish. Pour le manger bon, il faut le prendre long de deux pieds environ. Au-dessous de quatorze pouces il est plus sec que nos plus mauvais maquereaux; passé trois pieds, il devient insipide. C'est aussi le -want-saran de Tranquebar, nommé par Bloch sconiher guttatus^. A la vérité, la figure n'a que des taches disposées peu régulièrement, et la mâchoire intérieure avance un peu trop. Mais ces différences sont l'ouvrage du peintre. L'original que nous avons sous les yeux a des taches tellement effacées , qu'on a été obligé de les rétablir d'imagina- tion. Bloch lui donne pour nombres : B. 7; D. 15 — 19 —VIII; A. '20 —VII; C. 22; P. 18; V. 1/5. Ce poisson, selon John, correspondant de Bloch, se tient à Tranquebar dans les rochers sous-marins , et ne se montre à la surface que depuis le mois de Janvier jusqu'en Mars, On en prend de trois pieds et demi^ John le vante aussi comme un des poissons les plus délicats de cette côte.^ 1. Bloch, Systema, édit. de Schn., p. 20, pi. 5. — 2. Idem, ibid., p. 23. — 3. Idem, grande Ichtyologie, part. lo, p. 53. CHAP. IV. TAS5ARDS. 175 Nous avons reçu cette espèce de Pondi- chéry par M. Sounerat, et de la côte de Ma- labar par M. Dussumier. Sa forme est presque celle d'un maquereau. Sa hauteur n'est que cinq fois dans sa longueur, et sa tête y est cinq fois et demie ; la hauteur de la tête est d'un quart seulement moindre que sa longueur. Il n'y a pas plus de douze ou treize dents de chaque côté à chaque mâchoire, toutes comprimées et poin- tues. Sa ligne latérale n'a qu'une faible inflexion, tantôt sous la deuxième dorsale, lanlôt sous les pre- mières fausses nageoires. Trois rangées irrégulières de taches rondes et noires régnent sur ses flancs. Sa première dorsale est noire j les autres sont d'un jaune verdâtre. Dans la liqueur le dos paraît plom- bé; mais dans le frais, selon M. Dussumier, il est vert, changeant en jaune et en violet, avec des teintes métalliques du plus grand éclat, et les flancs et le ventre sont d'une couleur argentée et très-brillante. L'anale a aussi des reflets argentés. D. 16 — 2/17 — Vin j A. 2/19 — Vïï ou Vin. Nos individus sont longs de dix et de quinze pouces. Ce poisson est assez commun au Malabar, et très-bon à manger. Il est fort sujet aux attaques d'une espèce de cloporte, et d'une lernée d'une espèce particulière qui pénètre dans ses chairs. Une figure de cette même espèce, faite à 176 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Malaca pour le major Farkhar, est intitulée ikan-tin^erii-papan. ^ Le Tassard batteur. (Cjbium tritor, nob. ) M. Rang nous a envoyé récemment de Gé- rée un cjbiiun qui se rapproche un peu du commersonien par ses taches , et qui atteint à la même grandeur; c'est celui qui a été représenté par Barbot, dans le recueil des Voyages de Churchill (t.V, pi. 6, fig. 8), sous le nom de trezhar, ou plutôt thrasher (bat- teur de blé), et dont la figure est copiée sous celui de batteur dans l'Histoire générale des voyages (t. III, pi. 1 1, fig. 7 ). Son profil descend un peu plus qu'au commer- sonien^ ce qui rend le bout de son museau moins effilé. Le bord de son préopercule descend plus ver- ticalement, et est un peu en arc rentrant. Sa ligne latérale demeure droite jusqua Faplomb du commen- cement de la seconde dorsale, où elle descend un peu obliquement. Sous le quart postérieur de cette seconde dorsale elle reprend sa direction vers la queue,, mais en faisant deux légères ondulations. Je compte dix-sept dents de chaque côté de la mâchoire supérieure, et quatorze ou quinze à l'inférieure, 1. Tan^giri, selon le Dictionnaire de Marsden, est le nom d'un poisson ; papan signifie planche. CHAP. IV. TASSARDS. , ^77 toutes en lancettes comprimées, tranchantes et poin- tues. B. 7j D. 15 — 3/13 — X ou 3/14 — IX; A. 3/13 — IX ou 3/14 — X; C. n, et 12 ou 15 simples; P. 22; V. 1/5. Le dos est plombé noirâtre , le ventre argenté. Les taches sont noirâtres, mais moins marquées, plus larges et moins nombreuses qu'au commersonien , et ne descendent pas au-dessous du milieu : elles sont en partie rondes , en partie verticalement ob- longues, sans trop de régularité. La première dorsale est entièrement noirâtre ; la seconde d'un brun olivâtre, qui est aussi la couleur des pectorales et de la caudale. Les ventrales et l'a- nale sont blanchâtres. L'individu qui a servi de sujet à cette descrip- tiones t long de vingt-six pouces. Un autre individu, long seulement de dix- neuf pouces, et d'ailleurs entièrement sembla- ble pour les caractères de formes et de cou- leurs, a les dents plus étroites, plus serrées, au nombre de trente au moins de chaque côté de la mâchoire supérieure et de vingt-deux ou vingt-trois à l'inférieure. ' Un autre encore, long de vingt et un pouces, a jusqu'à trente-six dents de chaque côté à la mâchoire supérieure et vingt-sept à l'inférieure. Il sera intéressant de savoir si ces différences sont des effets de l'âge ou des caractères d'es- pèces. 8. 12 ] 78 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Le Tassard hareng. (Cjbium clupeoideuin 3 nob.; Scomber clupeoides, Brouss.) La collection de Broussonnet nous a offert un cjhium de lile de Norfolk , à Touest de la Nouvelle - Hollande , qui y est étiqueté scomber clupeoides , et qui ressemble au ^ut- tatum par ses dents comprimées et par ses formes , mais qui n'a aucunes taclies. 11 se pourrait aussi que ce fut un des deux koni?igs- visch de Yalentyn. Je lui trouve quatorze ou quinze dents de chaque côté en liaut,et douze ou treize en bas. Sous la deuxième dorsale la ligne latérale descend par une inclinaison de 4^ degrés, et remonte sous la première fausse nageoire ; elle serpente un peu jusque près de la carène latérale, D. 14 — 2/15 — IX ; A. 2/14 — IX. Ce poisson paraît sur le dos d'un plombé foncé ; les flancs et le dessous du corps sont argentés j ses nageoires sont grises ou brunes. Il n'a que six ou sept pouces. Le Tassard de Ruhl. (Cjbium Kuhlii, nob.) MM. Kuhl et Van Hasselt ont envoyé de Java un très-petit cjbium qui forme une es- pèce particulière. CHAP. IV. TASSARDS. 179 La carène latérale de sa queue n'est presque pas sensible. Sa ligne latérale n'a aucune courbure. Tout son corps est argenté, teint de plombé vers le dos, sans taches. La première moitié de sa première dor- sale est toute noire; le reste en est transparent; les autres nageoires sont jaunâtres. Cette espèce n'est pas très-alongée ; sa hauteur, ainsi que la longueur de sa tète, ne sont que cinq fois dans sa longueur totale; ses pectorales et ses ventrales sont courtes; 'elle a seize ou dix-sept dents de chaque côté à chaque mâchoire. D. 15 — 1/18 — VIU ; A. 2/17 —VIII. Nos individus n'ont que quatre pouces. Nous ignorons si l'espèce devient plus grande. Nous venons d'en recevoir un de cette gran- deur de Bombay, par M. Dussumier. Le Tassard de Mertens. {Cjbiurn Mertensil, nob.) Nous avons vu dans les dessins de M. de Mertens une figure de cyhium alongé, de couleur irisée, sans taches, à ligne latérale droite, qui nous paraît d'une espèce nouvelle, mais que nous ne pouvons qu'indiquer ici, en attendant que l'on publie les riches collections rassemblées parles naturalistes de l'expédition russe du capitaine Ltitke. 1 80 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Le Tassard de la Chine. {Cjbium chineuse, nob.; Scomhre chinois y Lacép.) Le beau recueil de peintures chinoises de la bibliothèque du Muséum contient la figure sur laquelle M. de Lacépède a établi son scombre chinois y et qui, autant qu'on en peut juger par les dents, paraît appartenir à ce genre. Cette figure, assez peu correcte, à ce qu'il sem- ble , offre plus de grosseur dans la région moyenne que n'en ont les espèces précédentes. La tête est - moins alongée. La ligne latérale y fait sa grande in- flexion sous la première et non sous la seconde dor- sale. On distingue sept fausses nageoires dessus, et autant dessous. La couleur paraît verdâtre sur le dos, argentée aux flancs et sous le ventre, avec des reflets rosés et violâtres. Le Tassard du Japon. {Cjbium niphoniurrij nob.) Le recueil japonais que nous avons déjà cité en plus d'une occasion, contient (p. 24) la figure d'un poisson de ce genre , bien mieux caractérisé que le scombre chinois, et dont il est singulier que M. de Lacépède n'ait point tiré parti. Les formes sont celles du commersonien. On lui voit de même dix fausses nageoires en dessus j en CHAP. IV. TASSARDS. 181 dessous le dessin ne lui en marque que sept. Tout son dos est noirâtre, semé de taches longitudinales bleuâtres. Ses flancs sont bleuâtres, ou peut-être ar- gentés, et semés de petites taches rondes et noirâtres. Je crois que ce dessin représente une espèce particulière , différente du commersonien et du guttatunij et sur laquelle on doit fixer l'attention des voyageurs. Le Tassard tacheté. {Cjbiwn maculatiim, nob. ; Scomher maculatus, Mitch.) Les côtes de l'Amérique sur la mer Atlan- tique ont des poissons de ce sous-genre comme la mer des Indes. L'un d'eux est connu aux Ltats-Unis sous le nom de spanisli-inakareïl , qui en anglais appartient proprement au thon vulgaire. M. Mitchill Ta appelé scomher jjiaculatus _, et en a donné une description exacte et une bonne figure*. Nous en avons reçu de M. Milbert plusieurs individus , qui nous ont mis à même d'en parler avec encore plus de détail. Sa forme est en général celle des précédens : il ressemble surtout beaucoup à Ymterri/ptuni ; mais sa tête est plus pointue ; elle est comprise cinq fois et 1. Mémoires de New-Yorlt, 1. 1, p. 426, pi. 6, fig. 8. 182 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. deux tiers dans la longueur totale. Ses dents sont à peu près comme dans Yinterrupium, c'est-à-dire un peu coniques et très-pointues. Sa ligne latérale est d'abord assez droite, mais va, en s'écartant du dos, jusque sous la seconde dorsale, où elle fait à peine une légère inflexion vers le bas , et ensuite plusieurs serpentemens; elle redevient droite vers le tiers pos- térieur de la queue. Sa première dorsale a dix-sept rayons, qui peuvent en grande partie se cacher dans un sillon du dos ; la seconde en a quinze et deux épines : elle est suivie de neuf fausses nageoires. L'anale a aussi deux épines et quinze rayons mous, et est suivie de neuf fausses nageoires, comme la dorsale. La caudale a ses lobes longs , pointus et arqués, comme dans le comwersonien. B. 7 ; D. 17 — 2/15 — IX ; A. 2/15 — IX ; C. en comptant 'tout,2-2;P. 22; V. 1/5. Dans la liqueur et desséchés nos individus pa- raissent avoir le dos plombé , les flancs et le ventre argentés; des taches rondes et noirâtres sont semées sur les flancs, à des endroits sur trois et quatre rangs, à d'autres sur deux, sans régularité. La première dor- sale a du noir jusqu'au huitième ou neuvième rayon; ensuite elle est blanche : la seconde est grise, ainsi que la caudale. La pectorale est grise aussi, mais elle a du noir vers son bord. Les ventrales et l'anale sont blanchâtres. Mais cette description ne rend pas les couleurs du poisson frais , qui sont beaucoup plus brillantes. Selon M. Mitchill, le milieu du dos est verdâtre et les côtés plombés ou gorge de pigeon. Tout le des- CHAP. IV. TASSARDS. i 83 SOUS est d'un blanc d'argent très -éclatant, et les taches des cotés ne sont pas noirâtres, mais jaunes. Nous en avons des individus.de dix-huit pouces de long, et c'est aussi à peu près la taille que M. Mitchill donne à l'espèce. Ce poisson arrive dans les eaux de New- York au mois de Juillet. Il descend plus bas au sud, car j'ai vu, dans une collection de dessins faits au Mexique, une figure qui ne me paraît pas en différer. Nous avons reçu du Brésil un squelette que tout annonce être de la même espèce; il a les mêmes proportions, les mêmes dents, encore médiocres et un peu coniques , les mêmes formes de pièces oper- culaires et les mêmes nombres de rayons. Son crâne n'a point de trous entre le frontal et le pariétal. Sa crête mitoyenne s'élève plus que les latérales. Son épine a quarante-cinq vertèbres , toutes aussi hautes que longues , creusées de chaque côté de deux fos- settes; à compter de la neuvième, elles commencent à avoir des anneaux en dessous , mais très-petits ; ils donnent des apophyses épineuses descendantes, qui portent les côtes inférieures, et qui vont en s'alon- geant jusqu'à la vingt et unième, où commence la queue , et où les apophyses se continuent comme à l'ordinaire. ^ 84 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Le Tassard royal. {Cfbium regale t nob.j Scomber regalis, Bl.) M. Ricord vient de rapporter de Saint-Do- mingue un tassard très-semblable au précédent, et qui a de même dix-sept rayons à la première dor- sale , et la ligne latérale descendant obliquement et serpentant ensuite , mais dont les dents , au lieu d'être coniques , sont comprimées et tranchantes , comme dans le grand nombre des espèces du genre. Son dos est plombé , ses flancs et son ventre argen- tés. A la hauteur de sa pectorale règne le long du flanc un ruban brun ou jaunâtre, qui croise la ligne latérale. Au-dessus et au-dessous de ce ruban sont des rangées de taches de même couleur et la plupart oblongues. Sa première dorsale a une grande tache noire, allant jusqu'au huitième et au neuvième rayon. Il n'y a point de noir à sa pectorale. D. n_2/i5~VIII; A. î/14 —VIII; C. 11 et 15 j P. 22; V. 1/5. Nos individus sont longs de dix-huit à vingt pouces : l'espèce atteint deux pieds. Elle est irès-estimëe. Il nous paraît que c'est cette espèce en par- ticulier qui ressemble le mieux au tasard ou tezardy dont la figure, laissée par Plumier, a parti dans l'ouvrage de Bloch (pi. 333) sous le nom de scomher regalis ; car cette figure marque sur chaque flanc une bande continue. CHAP. IV. TASSARDS. 185 avec une rangée de taches au-dessus et une au- dessous; cependant" elle n'a point de noir à la première dorsale, et la ligne latérale n'y fait point de serpentemens : mais je crois que c'est Bloch qui a ajouté la ligne latérale, car elle n'est pas dans le dessin de Plumier. On trouve dans Sloane ^ une indication qui semblerait aussi se rapporter à ce poisson : c'est son scom- ber linea et maculis luteisy qu'il nomme aussi en anglais spanish-makarellj mais les mesures qu'il donne (huit pouces de long sur deux pouces et demi de haut) indiquent une forme bien moins alongée, à moins qu'il n'ait com- pris la hauteur de la dorsale. Nos Vélins du Muséum contiennent une copie faite par Aubriet du dessin du Plumier, oii par l'incurie du copiste les deux nageoires sont représentées comme si elles se joignaient l'une à l'autre. C'est sur cette copie que M. de Lacépède a établi son genre scombéroinore et son espèce du scomhéromore Plumier (t. III, p. 292 et 293); mais il s'aperçut ensuite (t. IV, p. 7 1 1, et t.V, p. 789) que c'était le même pois- son que le sconiber repolis. Ainsi le genre et l'espèce du sconibéroniore Plumier doivent disparaître du catalogue des poissons. 1. Jam., t. II,, p. 284. '1 86 LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. Le Tassard sierra. ( Cjbium acervum j nob. ) Nous ne savons si nous devons regarder comme une espèce particulière un poisson qui se nomme aussi tazard parmi nos colons des Antilles , et sierra chez les Espagnols , et ressemble beaucoup aux deux précédens par sa forme générale , par la tache noire de la pre- mière dorsale et par les nombres de ses rayons ; mais qui n'a aucune tache sur le corps. Il nous a été envoyé de la Martinique par M. Achard; M. Poey vient de nous l'apporter de nie de Cuba, et M. Ricord de celle de Saint-Domingue. Ses dents sont tranchantes , comme dans le regahy mais moins nombreuses ; je n'en compte que huit ou neuf à la mâchoire supérieure , et sept ou huit à l'inférieure. Sa ligne latérale fait dans l'individu de la Martinique deux légers serpentemens convexes vers le haut, avant d'arriver sous la seconde dorsale, au lieu de la simple et légère inflexion qu'elle a à cet endroit dans le maculatum ; mais dans l'individu de la Havane cette différence n'existe pas, et la ligne est presque droite. Le corps est argenté et teint de violâtre ou de plombé sur le dos. Les nageoires sont grises, ex- cepté la première dorsale, qui a une tache noire dejTuis le premier jusqu'au sixième et au septième CHAP. IV. TASSARDS. 187 rayon : le commencement de la seconde est teint de noirâtre. D. n_2/15 — Vni; A. 2/15 —Vm, etc. Nos individus n'ont que cinq pouces. Mais M. Poey nous a donné le dessin d'un qui est long de neuf. Les pécheurs l'ont assuré que l'espèce parvient à peser vingt- cinq et même quelquefois cinquante livres; mais peut- être la confondent- ils avec le tassard tacheté. Le Tassard guarapucu. {Cjbium cahalla, nob.) Une autre espèce américaine de ce sous- genre nous est venue, du Brésil et des An- tilles. Ses dents sont comprimées, avec des bords tran- chans. Sa ligne latérale fait une forte inflexion sous la deuxième dorsale, et ensuite trois ou quatre serpentemens assez forts : elle a deux ou trois rayons de moins à la première dorsale. D. 14 — 2/15 — IX. Nos individus du Brésil sont longs de vingt- deux pouces : l'un d'eux a été apporté par feu Delalande; nous devons l'autre à S. A. le prince Maximilieo de NeuAvied . c[ui l'a entendu ap- peler sardo à Bahia. Tout le dessus du corps de ce poisson est plombé, 4 88 LIVRE TX. SCOMBÉROÏDES. les flancs et le ventre argentés ; des taches plombées ovales sont répandues sur les flancs ; la pectorale a son bord noir. t Il y en a un plus petit des Antilles, trouvé dans les collections de feu Plée, et dont les taches, à l'état sec, paraissent jaunes. Le même naturaliste en a laissé un de Porto- Bico, long de près de trois pieds, qu'il dit se nommer sierra dans cette île , et tasard ou tassart à la Martinique : les taches en sont presque effacées ; mais du reste il offre les mêmes formes que ceux qui les ont plus mar- quées. Selon M. Fiée, l'espèce atteint une taille de huit à dix pieds. Sa chair est très-ferme, mais indigeste, et passe pour être quelquefois vénéneuse. Margrave (p. 178 et 179) décrit sous le nom brésilien de guarapucu ' un poisson très-sem- blable à celui-ci, que les Portugais du Brésil nommaient de son temps cavala, comme le maquereau, et les Hollandais konings-visch (poisson de roi), à cause de la bonté de sa chair. La figure marque bien les dents et l'in- flexion de la ligne latérale , mais laisse un in- 1. L'original de cette figure est dans le Liher principis (t. I, p. 327)", mais à la mine de plomb et sans couleurs. L'individu était long de quatre pieds. CHAP. IV. TASSARDS. 1 89 tervalle entre les deux dorsales, probablement parce qu'une portion de la première était de- meurée cachée dans la rainure du dos. Il le dit argenté, teint de bleu foncé sur le dos, de bleuâtre sur les côtés, et assure qu'il arrive à une longueur de sept pieds, et à la grosseur du corps de l'homme : il ne lui donne aucunes taches j mais immédiatement après il parle d'une autre espèce nommée co/ororoca et peixe-sej^ra [sierra] , qui ressemble en tout à la première, si ce n'est que ses côtés portent beaucoup de taches brunes. Sa chair est trop sèche et beaucoup moins estimée que celle du konings-visch. Il nous semble que ces deux poissons pour^ raient bien être ceux que nous venons de dé- crire. Le guarapucu répondrait à nos grands individus, et le corororoca, soit aux petits tachetés, soit à notre première espèce améri- caine, au Jiiaculatus. Le guarapiicLi semble aussi devoir être le king-Jisli ou scomber tnaximus , pinnuïis utrinque no^eni, etc., de Brown. ^ C'est encore, à ce qu'il nous paraît, le pois- son que Lœfling avait caractérisé en ces termes dans une lettre à Linnaeus : Scomber pinnuïis 1. Jam. f p. 4^3. 190 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. noverrij pinna dorsi priore plicata, dentibus plains, lanceolads j maxilla superiore acuta (D.i4/13;P.22; Y.6; A. 46;C....). et dont Linnaeus et tous ses successeurs ont fait un synonyme du thon ordinaire, malgré les diffé- rences qui résultaient de la phrase même de Lœfling. Cette espèce est décrite sous le nom de carite dans le Voyage de Lœfling (p. io3), et ce qui y est dit de son corps, long, étroit, comprimé et tacheté, achève de démontrer combien la synonymie de Linn^us est er- ronnée. Duhamel' donne un tazard ou tassard qui lui avait été envoyé d'Amérique sans descrip- tion , et qui présente une séparation entre les deux dorsales, comme dans le ^uarapucu de Margrave , et probablement par une erreur qui a la même cause. Selon Pison (p. 5o) le guarapucu vit en troupes comme le thon , nage avec rapidité , dévore beaucoup de poissons , engraisse et fraie dans la saison pluvieuse. On en consom- mait de son temps beaucoup. Tant fraîche que salée, sa chair, quoiqu'un peu sèche, est agréable et saine , surtout lorsqu'il est jeune. 1. Pèches, part, a, sect. y, pi. 7 , fig- ' • CHAP. IV. TASSARDS. 191 Le Tassard sans taches. {Cjhiwn immaculatum , nob.) Nous avons encore un petit cjbium, qui nous semble se comporter vis-à-vis de ce ca- vala comme Yacej^s^um vis-à-vis du recale. Son corps est plus comprimé et plus haut à pro- portion ; son profil est plus droit ; sa tête a plus de hauteur relativement à sa longueur; l'œil est un peu moins en avant; les dents sont plus fortes; le bord postérieur de l'opercule plus arrondi; l'inflexion de la ligne latérale est très-prononcée, et sa partie descendante est inclinée de quarante -cinq degrés ; elle remonte ensuite un peu, fait deux ou trois ser- pentemens plus marqués que dans le niaculatum ^ et va droit le long de la moitié postérieure de la queue. B. 7; D. 15—2/12 ou 13 — IX; A. 2/14— IX; C. 30; P. 22; V. 1/5. La couleur du dos paraît d'un gris roussâtre , qui se perd par degrés dans l'argenté des flancs ; le ven- tre est argenté ; les nageoires d'un gris roussâtre sans tache noire à la dorsale. Nos individus ne sont longs que de six à sept pouces. Il est à croire qu'on doit les rapporter au scomher cœruleo-ar^enteus nudus de Brown.^ Il y a une vessie natatoire oblongue, étroite, 1. Jam., p. 45a. 192 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. attachée sur la région moyenne du dos ; ses parois sont argentées , et brillent sur le fond gris du pé- ritoine. L'estomac est un long sac étroit, plissé à l'intérieur. Le foie est petit et composé de deux lobes à peu près égaux. Le Tassard de Solander. {Cjhiwn Solandri, nob.) Il nous paraît convenable de placer ici un poisson dont nous avons trouve la descrip- tion dans les papiers de Solander conservés à la bibliothèque de Banks, sous le nom de scomber lanceolatus\ et qui, d'après tout ce qui en est dit , et surtout d'après ses dents maxillaires, sur un seul rang, droites, com- primées ^ un peu triangulaires, presque comme dans les squales, un peu obtuses, lisses, et celles de la langue, de la gorge et du palais, toutes excessii^ement petites, ne peut être qu'un tassard, mais qui s'éloigne beaucoup de toutes les espèces que nous avons observées, par les nombres des rayons de ses dorsales, vingt-six à la première , douze à la seconde. Voici ce que j'extrais de caractéristique de la description de Solander. 1. Il j a aussi un scomber lanceçlatus de Forsler, mais qui est un thjrsites. CHAP. IV'. TASSARDS. 195 Sa hauteur est sept fois et quelque chose dans sa longueur; sa tête y est quatre fois et demie. La mâchoire inférieure dépasse l'autre au moyen d'une proéminence cartilagineuse conique. Il compare un peu les dents à celles des squales. Les yeux sont assez grands, un peu en arrière du milieu de la tète. Le bord membraneux de l'opercule est un peu dé- cliiqueté ou dentelé. La ligne latérale s'abaisse der- rière les ventrales, et fait deux inflexions pour arri- ver au milieu de la hauteur en même temps qu'au milieu de la longueur du poisson : elle a une carène épaisse. La première dorsale occupe la première moi- tié du dos. Les pectorales, un peu en faux, n'ont que moitié de la longueur de la tète, et les ventrales sont encore de moitié plus courtes. B. T; D. 26 — 11— IX; A. 12 — X; C. 33; p. 22; V. 1/5. Tout le dessus est plombé, le dessous blanchâtre 5 les flancs sont plombés , avec beaucoup de lignes ondulées blanchâtres. L'individu mesure par SoLiuder était long de quatre pieds anglais. Il le compare à celui de Willughby (pL M, 4) et au suarapucii de Margrave, et dit que les matelots anglais l'ap- pellent aussi king-Jish. Au surplus ce nom de tassard en français , comme celui de sierra en espagnol, parait avoir été appliqué par les colons et par les marins français à des espèces assez différentes. 8. ^ i3 1 94 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Nous avons déjà vu le tassaid de Commer- son, qui est un auxide. Celui dont on fait de grandes pèches sur la côte de Barbarie, selon Duhamel', et qui a de petites dents très- fines, ne peut être non plus du genre actuel. Il en est du nom de konings-visch comme de celui de tassard. Les colons hollandais de l'archipel des Indes l'ont transporté aux es- pèces de la mer des Indes plus ou- moins semblables à celle du Brésil, sans examiner beaucoup si ces espèces étaient identiques. Nous avons déjà parlé du mangelang de Renard, ou konings-visch vert de Valentyn, et du konings-visch ordinaire de ce dernier; ce sont de vrais cybiums : tel est aussi le ko- nings-visch de Nieuhof, copié par Willughby (appendice, t. III, fig. 4)? ^^^^^ ^^^ taches longitudinales sur deux lignes semblent indi- quer cependant une espèce particulière. Mais Valentyn donne encore (n.° ii) une figure qu'il appelle (p. 35 1) poisson-de-roi œillé, et qui appartient à un tout autre genre, comme nous le verrons dans le volume suivant. Bloch, sans faire de distinction des océans j ni des grandeurs, ni des couleurs, rapporte tous ces poissons, soit tassards, soit poissons- 1. Pèches, pari. 2, sect. 7? pi- 7> %• i» • CHAP. IV. TASSARDS. 1 9o de-roi j au tassard de Plumier; et c'est par cette raison qu'il l'a nommé regalis. Pour moi, je pense non-seulement que ces indications se rapportent à des espèces diffé- rentes, mais qu'il en faut regarder quelques- unes comme appartenant à des espèces du genre qui va suivre, à celui des tlijr sites. Le tassard de Dutertre pourrait surtout être dans ce cas; il le nomme hrochet-dé-mer , et le compare à la grande sphyrène , à laquelle les thyrsites ressemblent en effet beaucoup, sur- tout par leurs dents. 196 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. CHAPITPxE Y. Des Thyrsites et des Gempyles. DES THYRSITES. Après ces cyhiums viendront des poissons également alongés, sans corselet, et à dents comprimées et pointues, mais dont les dents antérieures de l'intermaxillaire sont plus lon- gues et plus fortes que les autres, comme dans les trichiures et les lépidopes , où les palatins ont une rangée de petites dents pointues et non de simples âpretés, et dont la queue enfin n'a sur ses côtés ni la carène des thons, ni même les deux petites crêtes des maquereaux. Ils nous offrent un passage des plus sensibles vers les lé- pidopes. Le Thyrsite atun. ( Thyrsites atun, nob.j Scomber atun, Euphrasen et Lacép.) Cette espèce nous vient du Cap, où Eu- phrasen paraît l'avoir déjà observée. Sa hauteur aux pectorales est huit fois et quel- que chose dans sa longueur j son épaisseur fait les deux tiers de sa hauteur. Sa tête est comprise CHAP. V. THYRSITES. 197 dans la longueur totale quatre fois et demie. Sa propre longueur comprend sa hauteur deux fois et un huitième : elle est pointue ; le dessus en est plan; le profil droit, très-peu descendant; les côtés verticaux. La pointe de la mâchoire inférieure se porte au-devant de l'autre , presque comme dans les sphy rênes. Le diamètre de l'œil est d'un peu plus du sixième de la longueur de la tète, et cet organe est placé tout près de la ligne du profil , à égale distance du bout du museau et de l'ouverture des ouïes, et occupant la moitié supérieure de la hau- teur à cet endroit. Les orifices de la narine sont assez près de l'œil; l'antérieur en forme de trou rond , le postérieur en fente verticale , comme dans les scombres. La gueule est fendue jusque sous la narine postérieure. Le maxillaire s'élargit peu, se prolonge jusque sous le bord antérieur de l'œil et se termine obliquement. Le sous-orbitaire est en triangle long et étroit. L'in- termaxillaire n'est nullement extensible. Vingt-cinq dents ou environ, coniques, comprimées, de force médiocre , y sont implantées de chaque côté le long de son bord externe : les premières sont assez petites, et ne vont pas jusqu'au bout antérieur; mais sur un rang plus interne, sous la pointe du museau, il y en a de chaque côté deux ou trois, très-grandes, comprimées, crochues et très-pointues , qui donnent le caractère le plus apparent de ce sous -genre. La mâchoire inférieure a de chaque côté seize ou dix- huit dents comprimées, tranchantes, aiguës, plus grandes que celles du bord de la mâchoire supé- 198 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. rieure : le vonier en a tout au plus deux ou trois et à peine sensibles ; mais le long du bord externe du palatin il y en a une rangée de quinze ou vingt, petites, pointues , dirigées un peu en arrière. La langue n'est garnie que d'une plaque un peu âpre. L'armure des arcs branchiaux est assez diffé- rente de celle des sous-genres précédens, et consiste pour les quatre paires en une rangée de petits tu- bercules, hérissés chacun de quelques petites épines grêles. Les pharyngiens ont des dents en velours. Le bord postérieur du préopercule est vertical et son angle arrondi. La largeur de l'opercule égale celle du préopercule. La hgne de séparation du subopercule part de l'angle de l'opercule, et monte un peu obliquement en arrière; celle de l'interoper- cule, partant presque du même point, descend pres- que verticalement. L'ensemble operculaire est arron- di; mais il y a une échancrure assez profonde au bord de l'opercule osseux vers le haut. Les ouies sont fendues fort avant en dessous, et ont sept rayons à leur membrane. Il n'y a rien de particulier aux os de l'épaule. La pectorale , attachée plus bas que le milieu , taillée un peu en faux, n'a que le douzième à peu près de la longueur totale et quatorze rayons. Les ventrales n'ont que le tiers de la longueur des pectorales, et leur petitesse, comme tous les autres caractères du poisson, nous marque son affinité avec le lépidope, La première dorsale commence vis-à-vis le haut de lopercule, et règne sur une longueur qui égale près de la moitié de celle du poisson. Ses épines, CHAP. V. THYRSITES. 199 au nombre de vingt, de force médiocre, ont la moi- tié de la hauteur du corps sous elles; elles dimi- nuent peu , si ce n'est les cinq ou six dernières ; la vingtième surtout est très -courte. Peu après elle vient la deuxième dorsale , pointue de l'avant, éclian- crée en croissant, basse de l'arrière, à onze rayons; sa pointe antérieure égale les épines moyennes de la première en hauteur, et elle est un peu plus lon- gue que haute. Six fausses nageoires occupent entre elle et la caudale un espace égal au septième à peu près de la longueur toiale. L'anale commence sous le milieu de la deuxième dorsale; sa grandeur, sa forme, les nombres de ses rayons , sont les mêmes : six fausses nageoires vien- nent après elle. On ne voit ni crêtes ni carène sur les côtés de la queue. La caudale est fourchue, et chacun de ses lobes a à peu près un septième de la longueur totale. Outre les dix-sept rayons ordinaires, elle en a six ou sept en dessus, et cinq ou six en dessous, mais moins forts que dans les sous -genres précédens. B. 7; D. 20 — 1/11 —Vil; A. 1/10-^ VII 5 C. 17 et 12 ou 13; P. 14 ; V. 1/5. Il n'y a point de corselet. Toute la peau de ce poisson paraît lisse. Sa ligne latérale, formée d'une suite de petites élevures, marche parallèlement au dos, et très-près de la dorsale, jusque vis-a-vis le quator- zième rayon, où elle descend par une courbure obli- qué; vis-à-vis de la dix-huitième elle arrive au milieu de la hauteur, et reprend alors la direction droite, mais en ondulant un peu jusqu'à la caudale. 200 LIVRE IX. SCOMBÈROÏDES. Le ventre et les flancs sont argentés; le dos est teint de brun et de plombé. La membrane de la première dorsale est fine et teinte de noir, mais avec une large bande transparente derrière chaque rayon. Les rayons eux-mêmes sont jaunes. Les au- tres nageoires sont d'un brun jaunâtre, excepté les ventrales , qui sont blanchâtres. Dans le frais, le dos est bleu foncé, avec des re- flets pourpres et verts, et un éclat métallique; le ventre est argenté; le dessus de la tête, d'un vert noirâtre; l'anale et les fausses nageoires, blanc ver- dàtre : mais ces couleurs changent promptement après la mort. Ce poisson devient grand. Nous en avons un in- dividu de trois pieds et quelques pouces. Le thyrsite a l'estomac très-étroit et prolongé en un long sac , qui atteint aux sept huitièmes de la longueur de l'abdomen. La branche montante naît très en avant et sur le foie. L'intestin remonte vers le diaphragme, s'y plie, et se rend de là droit à l'anus ; ainsi l'on voit qu'il est court. Le pylore a sept ou huit appendices cœcales. Le foie est mé- diocre ; il porte une vésicule du fiel fort alongée. La rate est grande, triangulaire, pointue à ses deux extrémités ; sa longueur égale à peu près le quart de celle de l'abdomen. La vessie aérienne est très- grande et remarquable par les étranglemens de sa portion antérieure , qui la font paraître lobée et semblable à celle de quelques sciénoides. Les laitances de l'individu que nous avons disséqué paraissaient pleines , et étaient longues , mais peu épaisses. Nous CHAP. V. THYRSITES. 201 avons trouvé son estomac rempli d'assez gros pois- sons. Son crâne diffère beaucoup de ceux des thons , des thonines et des maquereaux. La partie du front et du museau est alongée et plate. Le crâne est fort court, et n'a que de petites crêtes, dont les infé- rieures sont les plus saillantes. On n'y voit point de trou. Les os surscapulaires , comme dans tous les sous-genres précédens , sont étroits et alongés. Son épine a trente-sept vertèbres, toutes deux fois plus longues que larges, et rétrécies dans leur mi- lieu ; elles n'ont d'anneaux en dessous que vers l'ar- rière de l'abdomen , et ils sont fort petits. Les côtes sont grêles ; les antérieures doubles. C'est â la vingt- troisième vertèbre que commencent à se suspendre les inlerépineux de l'anale : la dernière se dilate en éventail, et a seule de chaque côté une apophyse saillante en forme de fer de hache. L'espèce habite la mer qui entoure le cap de Bonne-Espérauce. Elle nous en a été ap-- portée par feu Delalande, par MM. Lesson et Garnot et par M. Dussumier. Ce dernier voya- geur nous apprend qu'elle y est très-abondante pendant la belle saison : alors on l'a pour rien; mais au commencement de son apparition elle se vend fort cher, ce qui prouve qu'elle est très-estimée. Pendant Ihiver de ces parages, elle se rend sur le banc des Aiguilles, où elle offre un rafraîchissement agréable aux naviga- 202 LIVRE ÏX. SCOMBÉROÏDES. leurs. Sa chair est blanche , facilement divi- sible en tranches, et a pour le goût quelque rapport avec celle de la morue; mais elle est encore plus légère. On la prépare en friture coupée par tranches. M. Verreaux qui vient de nous en envoyer un grand individu pris dans la baie de la Table , nous dit que les Hollandais du Cap la nom- ment snoek f c'est-à-dire brochet. Ce poisson est si vorace qu'il suffit pour le prendre d'un morceau de drap rouge attaché à Ihameçon. Les pécheurs du Cap forment avec des lanières de cuir et un morceau de plomb une poupée qui ressemble à un calmar, et qu'ils jettent au loin et retirent avec vivacité. Tout annonce que c'est le sconibre atun d'Euphrasen et de Lacépède , qui est du Cap et de Java, long quelquefois de plus de trois pieds, et a le museau alongé et pointu, et vers son extrémité quatre dents aiguës et plus fortes que les autres. Ses nombres s'accordent fort bien avec les nôtres. B. 7; D. 20 — 10; A. 10 ou 13; C. 22; p. 13; V. 22. Uacînacée bâtarde de M. Bory Saint-Vin- cent , publiée par ce naturaliste dans son Voyage aux quatre îles des mers d'Afrique (t. I, pi. 4> fig- 2)? et dans le Dictionnaire clas- sique d'histoire naturelle (t. I, p. g3), nous CHAP. V. THYRSITES. 203 paraît aussi infiniment voisine de l'espèce que nous venons de dëcrire; mais l'auteur lui donne vingt-neuf rayons épineux à la première dor- sale et quatre aux ventrales. Ses autres nombres et toutes ses formes sont les mêmes. Si les vingt-neuf épines dorsales étaient par hasard l'effet d'une faute de copie ou d'impression, nous ne douterions plus- de son identité. M. Bory dit que c'est un poisson fort vo- race, qui habite la mer Atlantique entre les tropiques. Il l'appelle hâtarcle, parce qu'il lui trouve des rapports d'une part avec les scom- bres, et de l'autre avec des orphies. Le scomher dentatus de Forster, observé à la Nouvelle-Zélande, et dont la description a été insérée par Schneider dans le Système posthume de Bloch (p. 24), est manifestement un thyrsite, et a même tous les caractères de celui du Cap , si ce n'est que l'auteur donne à sa première dorsale tantôt vingt, tantôt vingt- trois rayons. Nous n'en avons trouvé que vingt sur cinq individus. Il y a parmi les dessins de Forster dans la bibliothèque de Banks ' une figure qui res- semble aussi fort bien à notre espèce, et qui pourrait bien correspondre à cette description, 1. Lacépède, t. V; part. 2, p. 680. 204 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. mais est intitulée scomher lanceolatus. Peut- être l'auteur en aura-t-il changé le nom. Elle montre vingt-deux ou vingt-trois rayons à la première dorsale. L'individu avait été pris à l'entrée du détroit de la Reine-Charlotte. MM. Quoy et Gaimard ont décrit et des- siné dans la baie de Basmann, à la Nouvelle- Zélande, un thyrsite qui pourrait bien être en- core le même. Ils lui donnent pour nombres : D. 19—11— VI; A. 11— VI; C. 24; P. 12; V. 1/5; et pour couleurs en dessus un bleu d'acier, qui devient presque noir sur la tête , et se change en argenté sur les flancs et le ventre. La dorsale est noire, et leur ligure la repré- sente plus basse à proportion que dans Yatun. Sa taille variait de deux à trois pieds. N'ayant pas vu ces thyrsites de la Nouvelle- Zélande, nous n'osons assurer qu'ils diffèrent spécifiquement de ceux du Cap , ni même qu'ils ne diffèrent pas entre eux. Selon Forster le sien était désagréable à manger, à cause de ses arêtes. Le Thyrsite du Chili. ( Thyrsites ch liens is, nob.) M. d'Orbigny a envoyé de Valparaiso, sous le nom de sierra , un thyrsite très-semblable CHAP. V. THYRSITES. 205 à Vatiin pour les formes, les nombres et les couleurs , si ce n'est que sa lête est sensiblement plus along^ée et plus étroite , ses dents latérales plus grandes à proportion, et qu'il a une fausse pinnule de plus derrière l'anale. Les bandes blanches de sa dorsale sont plus larges. Nos individus sont longs de dix-neuf pouces. Le Thyksite jarretière. ( Thjrsites lepidopoides , nob.) Les côtes du Brésil produisent aussi une espèce de thyrsite , qui nous a été apportée par feu Delalande. Elle est moins alongée et plus comprimée que Vatun, Sa hauteur est six fois dans sa longueur; son épaisseur deux fois et demie dans sa hauteur. La longueur de sa tête fait le quart de sa longueur totale. Les orifices de sa narine sont placés de manière que l'antérieur tient le milieu entre l'œil et le bout du museau , et le postérieur le milieu entre l'antérieur et l'œil. La pointe de la mâchoire inférieure dépasse l'autre, mais reste obtuse. Les dents des bords des mâchoires sont médiocres ; mais celles du devant de la supérieure sont extrêmement longues et pointues. Il y en a une rangée en travers au-devant du vomer, et une le long de chaque palatin, fines, courtes et pointues. La langue est lisse. L'échancrure de l'opercule os- seux est très-profonde, en sorte que cette pièce a 206 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. deux pointes, mais flexibles et cachées dans la peau. La première dorsale est basse et égale, et a dix-sept rayons assez grêles, à peu près du quart de la hauteur du corps : le dernier est très-petit; la longueur de cette nageoire fait le tiers de celle du corps. La seconde, à sa partie antérieure, s'élève du double de la pre- mière. Sa longueur est double de sa hauteur. Elle a deux épines cachées dans son bord et quatorze rayons mous, et est suivie de quatre fausses nageoires. L'anale répond exactement à la deuxième dorsale pour la position et la grandeur, et a deux épines et quinze rayons mous. Les fausses nageoires inférieures sont en même nombre que les supérieures ; la der- nière peut aussi passer pour double. La pectorale a le neuvième de la longueur totale. La ventrale est d'un tiers plus courte. B. 1; D. n _2/14_V; A. 2/15 — IV; C. 17 ou 26; P. 14; V. 1/5. ■ La tête et la plus grande partie du corps parais- sent lisses. Ce n'est que vers l'arrière de la queue que l'on aperçoit les écailles. La ligne latérale est à peu près droite et formée d'une suite de petites écailles serrées. Tout ce poisson est argenté, un peu plus plombé vers le dos. La ligne latérale est brune j les nageoires grises; l'iris doré. Nos individus sont longs d'un pied. CHAP. V. GEMPYLES. 207 DES GEMPYLES {Gempylus, nob.). Nous terminerons cette longue série des Scombres à fausses nageoires par des poissons fort semblables, à plusieurs égards, aux thyr- sites, mais qui n'ont que des ventrales pres- que imperceptibles , et manquent de dents au palais. Obligés, d'après notre méthode, d'en faire un sous-genre, nous leur consacrerons le nom de gempjle, que quelques Grecs don- naient à la pélamide, selon Hésychius. Nous en connaissons trois espèces. La première, Le Gempyle serpent, {Gempjlus serpens, nob.; Scomber serpens, Solander.) habite l'océan Atlantique. Sloane nous paraît l'avoir déjà représentée dans le premier tome de son Histoire naturelle de la Jamaïque, à la suite de la préface (pi. i, fig. 2), sous le nom de serpens marinus coinpressus , livi- dus. Sa figure en marque assez bien la forme générale ; mais , comme toutes celles de la même époque, elle n'est point exacte quant aux nombres des rayons, et les dents anté- rieures n'y excèdent point les autres, ce qui 208 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. fait disparaître un des principaux caractères du genre. Solander, lors du premier voyage du capitaine Cook, en observa un individu près des Canaries, le 22 Septembre 1768, et en a laissé une bonne description, conservée dans la bibliothèque de Banks : il l'appelle scornber serpens. Nous venons de recevoir ce poisson des An- tilles, avec les collections laissées par M. Plée ; et bien qu'il soit desséché et en assez mauvais état, il ne nous est pas impossible, surtout en nous aidant des notes de Solander, d'en donner une description assez complète. Il est alongé comme une orphie et davantage. Sa hauteur est quinze fois dans sa longueur. La lon- gueur de sa tête est du cinquième de sa longueur totale. La fente de sa bouche prend moitié de la longueur de la tête. Ses mâchoires sont pointues j l'inférieure a en avant un cône charnu, et dépasse la supérieure, comme dans la sphyrène. Chaque mâ- choire a une rangée de dents comprimées , tran- chantes et pointues ; et à la supérieure les trois pre- mières de chaque côté, quatre ou cinq fois plus grandes que les autres, ont un petit crochet près de leur pointe, qui les termine en demi-flèche, comme celles des trichiures et des lépidopes : les six dents se cassent assez facilement, et dans notre individu il n'en reste que trois d'entières. Il en était de même dans celui de Solander. Il y eu a ensuite de chaque CHAP. V. fxEMPYLES. 209 côté une vingtaine d'abord très-petites, et qui gran- dissent par degrés jusque vers le milieu et redimi- nuent ensuite. La mâchoire inférieure en a quelques- unes de plus, disposées à peu près de même, seulement les deux premières sont un peu plus grandes que les deux qui les suivent, et qui sont fort petites, mais sans approcher à beaucoup près de la taille des six pre- mières d'en haut. Je ne vois aucunes dents au vomer ni aux palatins. La langue est peu libre. Le dessus de la tète est plat et horizontal ; mais l'on y voit de chaque côté un faisceau de stries nais- sant sur le crâne, et s'épanouissant en avant en sui- vant le bord de la face supérieure. L œil vient im- médiatement après la commissure, et est très-près de la ligne supérieure du crâne : son diamètre est d'un peu plus du cinquième de la longueur de la tête. La narine postérieure est près de l'œil, en fente verticale; l'aniérieure est au-dessus de la connnis- sure et un peu tubuleuse. Deriière l'œil sont de ces écailles étroites et pointues , si communes à cet endroit dans la famille des scombres. Le préopercule a le limbe large, un peu ridé à sa partie inférieure, et le bord arrondi et entier. L'opercule est strié en rayons; son bord postérieur est fortement écliancré en demi-cercle, ce qui donne deux pointes à. sa partie osseuse. Il a en largeur, aussi bien qu'en hau- teur, le cinquième de la longueur de la tête. On voit aussi de fines stries sur le subopercule. La mem- brane des ouies est fendue jusque sous la commis- sure des mâchoires et contient sept rayons. La pec- torale est taillée en faux, pointue, et d'un peu moins 8. i4 ■21 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. du dixième de la longueur totale ; elle a quatorze rayons. En cherchant bien , j'ai découvert des ventrales excessivement petites , et qui m'ont paru formées d'une très-petite épine et de rayons presque indis- cernables. La première dorsale commence immédiatement sur la nuque, vis-à-vis le haut de l'opercule, et con- tinue sur une longueur qui fait plus de moitié de celle de tout le poisson : elle a trente et un ou trente- deux rayons grêles, assez flexibles et à peu près de la hauteur du corps; les premiers sont un peu plus longs: une membrane frêle et striée les réunit. Immédiate- ment après vient la deuxième dorsale, qui s'élève en pointe et a treize ou quatorze rayons; elle est suivie de six fausses pinnules. L'anale répond à la deuxième dorsale, et est de même un peu en pointe. Je n'y trouve que dix rayons, et il vient après elle six fausses na- geoires, comme du côté opposé. La caudale est four- chue; ses premiers rayons entiers, en dessus et en dessous, sont très-forts. Sa longueur est du neuvième de celle du poisson. B. 1: D. 31 — 13 — VI; A. 10— VI; G. 17, et quelques accessoires ; P. 14 ; V. 1/ ? Toute la peau de ce poisson paraît lisse : on ne lui distingue aucunes écailles. Sa ligne latérale est droite, continue et sans inflexions : il y en a comme une se- conde le long de la base de la première dorsale. Il ne paraît y avoir eu aucunes taches ni autres marques colorées, et tout annonce qu'il était entièrement ar- genté ou plombé. La première dorsale, tr.insparente CHAP. V. GEIMPYLES. 241 à sa base, a toute sa partie supérieure noire. Les pec- torales sont aussi noirâtres , excepté leurs rayons in- férieurs, qui sont blanchâtres. Sa taille est de deux pieds. L'individu de Solander avait trente-sept pouces. Le Gempyle couleuvre. {Gempflus coluher, nob.) Un gempyle de la mer du Sud a été ap- porté d'Otaïti par MM. Gaiiiot et Lesson. Il ressemble au plus haut degré à celui de l'At- lantique. Sa hauteur est dix-sept fois dans sa longueur. La longueur de sa tête y est cinq fois et demie. On ne voit pas sur son opercule les stries rayonnées, ni sur le limbe de son préopercule les rides que l'on aperçoit sur ceux de l'autre espèce. Ses dents laté- rales paraissent aussi plus petites à proportion. Toute la surface de son corps est argentée et comme couverte d'une poussière d'argent. Sa ligne latérale est une strie étroite et en ligne droite. Il y a trente et un rayons épineux, grêles et flexibles à la pre- mière dorsale , et à la seconde un rayon épineux et onze mous, suivis de six fausses nageoires; au-devant de l'anale deux très-petites épines libres. Je ne vois à l'anale c[u'un rayon épineux très-grêle, et douze mous ; elle est aussi suivie de six fausses nageoires. Les pectorales ne sont pas tout-à-fait aussi longues que le corps est haut, et ont quinze rayons. Pour toutes ventrales il y a deux petites épines minces et 212 LIVRE IX. 5C0MBÉR01DES. pointues, à peine du sixième de la hauteur du corps, avec un ou deux rayons presque invisibles dans leur aisselle. L'anus est au troisième cinquième de la longueur , et l'anale commence plus en arrière au moins d'un demi-cinquième. La caudale est four- chue , et chacun de ses lobes a près du dixième de la longueur totale. J'ai compté distinctement sept rayons aux ouïes. D. 31/11 ou30 — 1/11; A. 2 — 1/12; C. 17; P. 15; V. 1/1 ou 2. Notre individu est long de onze pouces; mais l'espèce devient beaucoup plus grande. Les naturalistes de lexpëdition Duperiey en prirent un, long de trois pieds quatre pouces, avec un haïueçon à la trame. Bien qu'ils fussent alors très-afFamës , la chair leur en parut fort mauvaise; elle était pleine d'arêtes tiès-tënues. L'estomac de ce gempyle est un long sac cylin- drique, terminé en pointe, qui se continue avec l'œsophage et occupe les trois quarts de la longueur de l'abdomen. Le pylore est au sixième antérieur, par conséquent fort près du cardia. Neuf ou dix cœcums adhèrent au commencement de l'intestin , qui se rend en ligne droite à l'anus, en conservant partout un assez petit diamèlre. Le foie n'est pas très-volumineux. La vésicule du fiel , grêle et longue , a à peu près le sixième de la longueur de l'estomac. Il y a une vessie aérienne très -étroite et très- longue, car elle s'étend depuis le diaphragme jusque derrière l'anus. CHAP. V. GEIMPYLES. 21 1> Le Gempyle prométhée. {Gempjlus promet fieus , nob. ) MM. Quoy et Gaimaid ont découvert, près de Sainte-Hélène, un poisson auquel, par une allusion facile à saisir, ils donnèrent pour nom générique celui dont nous iérons aujourd'hui son nom spécifique; car sous tous les rapports l'espèce nous parait devoir rentrer dans nos gempyles. Sa forme est cependant bien moins alongée que dans les deux espèces précédentes, et il n'y a que dix- huit épines à sa première dorsale et trois fausses nageoires derrière la seconde. Sa hauteur est sept fois et demie dans sa longueur, et son épaisseur deux fois et im quart dans sa hau- teur. La longueur de sa tête est du quart de sa lon- gueur totale. Elle ressemble beaucoup à celle d'une sphyrène par son museau aigu et par sa mâchoire inférieure proéminente. Le diamètre de l'œil est du quart de la longueur de la tête. Quatre arêtes sail- lantes commencent entre les yeux, et régnent jusque vers le bout du museau. Le premier orifice de la na- rine est à peu près à égale distance entie l'œil et le bout du museau ; le deuxième est plus près de l'œil. Chaque intermaxillaire a quinze dents pointues et tranchantes, et il y en a avant un groupe de qua- tre, beaucoup plus longues et plus fortes que les autres. On en compte dix ou douze de chaque côté de la mâchoire inférieure j les deux antérieures sont 214 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. un peu plus grandes. Chaque palatin en a une ran- gée de fines, serrées, faisant la scie ; mais le vomer n'a point d'armure. La langue est étroite, assez libre et légèrement âpre. Les ouies sont irès-fendues, et il n'y a pour toute armure aux arcs branchiaux qu'une suite de très-petites pointes. L';^ngle du préo- percule est obtus et son limbe irrégulièrement ridé. Il y a une échancrure marquée à l'opercule osseux. La pectorale, attachée un peu au-dessous du mi- lieu, a le septième de la longueur du corps et qua- torze ou quinze rayons. Les ventrales, attachées un peu plus en avant, sont infiniment petites : il y a ce- pendant outre l'épine quelque vestige de rayon mou. La première dorsale commence dès la nuque : ses épines ont moitié de la hauteur du corps, et sont assez faibles ; leur membrane est frêle. La deuxième dorsale commence immédiatement après vers le troi- sième tiers de la longueur totale. Sa hauteur au com- mencement est des deux tiers de celle du corps au- dessous. L'anale lui correspond en forme, en gran- deur et en position. La caudale est fourchue et du sixième de la longueur totale. On peut compter pres- que à volonté deux ou trois fiusses pinnules, tant en haut qu'en bas. B. 7 ; D. 18 — l/n — III ; A. 2/15 — III ; C. n , et 7 ou 8 accessoires ; P. 14. Tout le corps paraît lisse. La ligne latérale , for- mée d'une suite d'élevures tubuleuses, ne semble tenir qu'à l'épiderme, et s'enlève avec lui. D'abord voisine de la dorsale, elle s'infléchit à l'aplomb du tiers postérieur de la pectorale, et gagne prompte- CHAP. V, GEMPYLES. 215 ment le milieu de la hauteur ; vers la queue elle descend au tiers inférieur. La queue est comprimée et n'a aucune partie saillante. L'anus est placé un peu avant l'anale. Ce poisson paraît en général d'un noir violet, glacé d'argent. La première dorsale est noirâtre ; la deuxième, la caudale et la pectorale sont teintes de jaunâtre ; l'anale est plus pâle. Notre individu est long de dix pouces. Nous ne pouvons pas donnei' une splanchnologie détaillée de ce gewpylus promeiheus ^ à cause de la mauvaise conservation des viscères de l'individu dis- séqué. Ce que nous en avons vu diffère peu de celle du thyrsite. Le foie nous a paru petit. L'estomac est un long sac pointu. L'intestin se leplie deux fois. Nous n'avons trouvé que trois cœcums au pylore ; mais ce nombre n'est pas probablement le véritable , et MM. Quoy et Gaimard assurent en avoir observé sept ou huit assez gros. Les laitances sont grêles et vermiformes. La vessie aérienne est étroite et alon- gée, sans étranglemens. Les corps rouges y font deux rubans assez larges pour le diamètre de la vessie ; ils en occupent la première moitié. Le péri- toine est fin , et noir comme de l'encre. Le Gempyle de Solander. ( Gempjlus Solandri, nob. ; Scoinber macrophtalmus , Soland.) Solander a laissé dans ses manuscrits , sous le nom de scomber macrophtalmus , la des- 4 21 6 LIVRE NEUVIÈME. cription d'un gempyle de la mer de la Nou- velle-Hollande, qui devait être extraordinai- rement voisin de ce prométhée. Il est plus court à proportion, mais a d'ailleurs les mêmes formes, les mômes mâchoires, armées de dents semblables, dont six antérieures très-grandes; les mêmes très-petites ventrales, les mêmes nombres de rayons ou à peu près. • D. 18 — 1/18 — 11; A. 1/18 — II; C. 18; P. 14; V. 2. Sa hauteur est cinq fois et un tiers dans sa lon- gueur. Son épaisseur est de moins de moitié de sa hauteur. Il est tout entier d un plombé ou argenté fort brillant, plus blanc en dessous. Sa première dorsale est bleuâtre, la seconde cendrée, et brune à sa pointe. Les autres nageoires sont cendrées. Il y a du noirâtre au bord postérieur de la caudale. L'individu sur lequel Solander a fait cette description était long de trois pieds. 1. Solander ne compte que six rajons aux ouïes, probablement par erreur. SCOMBÉROÏDES. 217 APPENDICE A LA PREMIERE TRIBU. Il est impossible de ne pas placer à la suite des gempyles et des tliyrsites deux genres de poissons qui leur ressemblent presque en toutes choses, si ce n'est qu'ils manquent en- tièrement de fausses nageoires et même de ra3^ons mous à leur dorsale ; ce sont les lépi- dopes et les trichiures , poissons très-remar- quables d ailleurs par leur éclat et par leurs formes singulières. .Leur tête , leurs dents, leur peau, leur sque- lette, rappellent de tout point les genres aux- quels nous les associons, et la longueur même de leur corps en ruban, qui les avait fait rap- procher des cépoloïdes, est déjà annoncée par la forme de plusieurs gempyles. Nous décrirons d'abord les lépidopes qui ont encore des vestiges de ventrales et tien- nent par là aux gempyles d'un peu plus près que les trichiures, qui en sont entièrement dépourvus et qui manquent en outre d'anale et de caudale. 21 8 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. CHAPITRE VI. Des Lépidopes {Lepidopus, Gouan). C'est une chose vraiment étrange qu'un poisson aussi répandu, aussi beau, aussi volu- mineux, aussi remarquable à tous égards, que le grand lépidope de nos mers, soit demeuré inconnu aux naturalistes jusque vers la fin du dix -huitième siècle, et que pendant long- temps encore il ait été décrit successivement par plusieurs auteurs, qui chaque fois l'ont cru nouveau et n ont eu aucune connaissance des travaux de leurs prédécesseurs. On peut croire que c'est le poisson que Briinnich avait vu à Spalatro en 1767, et qu'il indique* sous le nom erronné de trichiurus lepturus '^ mais son individu était si mutilé quil ne crut pas même devoir essayer de le décrire. Le premier qui ait reconnu les caractères propres à ce genre de poissons, est Gouan, professeur de Montpellier, dans son Ichtyo- logie imprimée en 1770 (p. i85, et pi. 1, tig.4)- Il le nomme en français jarretière, et en la- tin /Ê/^/r/o/^z/i- (pied-écaille), à cause des deux 1, Icht. mass. , p. g3. CHAP. VI. LÉPIDOPES. • 219 écailles qui remplacent les ventrales et for- ment son principal caractère ; mais sa figure n'est qu'une ébauche faite même , à ce qu'il paraît, sur un individu mal conservé. Sa des- cription est simplement générique, ne donnant ni les nombres des rayons ni la grandeur, et n'en faisant point connaître l'origine, en sorte que jusqu'à ce jour on ne sait pas bien s'il a observé la même espèce que ses succes- seurs, et que ceux-ci sont par conséquent fort excusables de n'avoir pas reconnu leurs pois- sons dans ces documens imparfaits. * Il n'en est pas de même de l'article d'Euphra- sen , inséré dans les Nouveaux Mémoires de Stockholm (t. IX, p. 48, pour 1 788) , avec une bonne figure (pi. 9, fîg. 2) faite sur un individu pris au Cap. Les détails qui y sont consignés, suffisans pour faire reconnaître son espèce, et les écailles ventrales dont cet auteur fait expressé- ment mention , auraient dû lui faire saisir ses rapports génériques avec celle de Gouan; mais soit quil n'ait pas consulté le naturaliste de Montpellier, ou pour toute autre cause, il ne le cita point, et nomma ce poisson trichiuriis caudatus. Sa description est reproduite dans 1. Gouan annonce une descriplion spécifique qui devait être imprimée dans les Mémoires de la Société rovale des sciences de Montpellier; mais elle n'a jamais paru. 220 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. l'Artedi deWalbaum (t. III, p. 607), et rap- portée avec raison au genre du lépidope. Euphrasen fut à son tour oublié par H. S. Holten, qui décrivit et représenta encore ce poisson dans le cinquième volume de la So- ciété d histoire naturelle de Copenhague (p. aS, et pi. 1 1), d'après un individu qu'il avait ob- servé en Portugal. Il remarqua ses rapports avec le lépidope de Gouan , mais ne parla point du Mémoire du naturaliste suédois, et nomma le poisson trichiuims glaclius. Il en lit connaître la splanchnologie, et décrivit deux des vers qui habitent dans son intérieur. On apprit par son Mémoire qu'au rapport d'Abil- gaard l'espèce arrive quelquefois à Lisbonne en grande abondance. En effet, M. VandelU, directeur du Musée de Lisbonne, l'avait envoyé au Musée britan- nique sous un quatrième nom, celui de ti^i- chiurus ensiformis, et Shaw le décrivit en i8o3 dans sa Zoologie générale (t. IV, part. 2, p. 99), mais crut devoir lui donner encore un autre nom nouveau, qui fut le cinquième. Il l'appela vandelliiis lusila/iicus, et ne parla point de ses ventrales.^ 1. Nous sommes dautant plus certains de celte synonjmie, que nous ayons vu ce poisson à Londres , et qu'il j en a un autre en- TOjé par Vandelli à Blocli, et conservé au Cabinet de Berlin. CH.4P. VI. LÉPIDOPES, 221 Cependant un de ces poissons fut pris, en 1808, le 4 Juin, près de la cÔLe duDevonsbire, et M. Montagu en donna la description et la figure dans les Mémoires de la Société Werné- rienne (t. I, p. 81, et pi. 2). Cette fois les écailles qui tiennent lieu de ventrales, furent bien indi- quées; mais M. Montagu ne lui créa pas moins un sixième nom, celui de ziphotheca tetracU jis. On peut considérer enfin comme le sep- tième des noms de ce poisson , celui de lépi- dope Péroïiy que M. Risso lui a imposé en 1810 dans son Ichtyologie de Nice (1/^ édit., p. 148, et pi. 5, fig. 18); mais du moins ce naturaliste ramenait de nouveau fespèce à son véritable genre , et il faisait remarquer qu'elle devait être la même que celles d'Eupliraseu et de Vandelli. ^ La même année 1810, un huitième nom a encore été imaginé pour ce poisson par M. Rafinesque; car le scarcina arménien de ses Nuovi caratter'i (p. 20, n.*^ l^S, et pi. 7, fig. 1) et de son Indice (p. 38, n.'' 284), n'est toujours pas autre chose que notre lépidope. Quoique la description qu'il en donne soit assez incomplète , sa figure ne laisse aucune équivoque, ce qui ne fa pas empêché de 1. Walbaum, Atiedius renov., t. DI, p. 6ij5. 222 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. mettre aussi dans ce même Indice (p. 3 1 , n.° 23o) le lépidopfe de Gouan à la suite des cep oies. Enfin, en 1824, M. Nardo, dans le Journal de physique de Pavie (t. VII, p. 227), recon- naît notre poisson pour le lépidope de Gouan, et lui donne Tépithète d^argenteus , sans pa- raître se douter de tous les noms qu'il avait reçus depuis que Gouan en avait parle. On peut juger d'après le sort d'un poisson si facile à caractériser, ce qui a dû arriver à tant d'autres qu'il était plus aisé de confon- dre parmi de nombreuses espèces semblables entre elles. Les differens articles que je viens de citer prouvent que ce lépidope se rencontre sur les côtes du Languedoc, de la Ligurie, de la Dalmatie , de FÉtat de Venise, de la Sicile, du Portugal et de l'Angleterre , et que, comme plusieurs poissons de la Méditerranée, il se retrouve au cap de Bonne -Espérance. M. de la Pilaye l'a dessiné à Ouessant. J'ai aussi la preuve qu'on le prend quelquefois dans le golfe de Gascogne ; car M. d'Orbigny en a en- voyé de la Roclielle un bel individu au Ca- binet du Roi. Ce Cabinet en a aussi reçu un de Messine par M. Biberon, un de Nice par M. Laurillard, et un de Naples par M. Savigny. CHAP. VI. LÉPIDOPES. 223 J'en ai vu un au Cabinet de Florence, qui avait été pris à Livourne. 11 s'en trouve doue, pour ainsi dire, autour de toute l'Europe méridio- nale et occidentale. Le Lépidope argenté. (Lepidopiis argjreus, nob. ) Que l'on se représente un grand et large ru- ban d'argent nageant par ondulations et jetant dans ses mouvemens de beaux reflets de lu- mière, et l'on aura une idée de l'effet du lépi- dope lorsqu'il est vivant dans les eaux de la mer. Ce ruban se termine en avant par une tête poin- tue j il s'amincit beaucoup à son extrémité postérieure à la base de la caudale ; le dos est tranchant , et sur- monté d'une nageoire basse et égale, qui en occupe presque toute la longueur; le tranchant du ventre est un peu plus arrondi et n'a qu'une très-petite na- geoire sous son extrémité postérieure, le tout est terminé par une caudale petite et fourcliue : tel est l'ensemble du poisson. Ses caractères plus particu- liers consistent dans les dents pointues et tranchantes dont sa bouche est armée; dans les deux écailles ar- rondies qui lui tiennent lieu de ventrales ; et dans une troisième écaille, située en arrière de l'anus : écailles qui sont, ainsi que l'a fait remarquer Gouan, les seules qu'il ait sur tout le corps; car sa peau paraît lisse et seulement vernie d'une poussière argentée. 224 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La hauteur du lépidope est quinze fois et demie dans sa longueur , et ne diminue que vers ses deux extrémités. Son épaisseur est du quart de sa hauteur. Sa tête fait presque le septième de sa longueur to- tale, et n'a en hauteur qu'un peu moins de moitié de sa propre longueur. L'œil est au milieu de cette longueur , et son diamètre y est compris un peu plus de cinq fois; il touche au front, qui est plat, et a d'un oeil à l'autre un peu moins que ce diamètre. Ptien ne ressemble davantage à la tète du thyrsite que celle du lépidope; elle a de même son dessus plat; son profil recliligne, formanL avec la ligne in- férieure un angle aigu; le sommet de cet angle ap- partenant à la mâchoire inférieure, qui dépasse l'autre et la reçoit comme dans la sphyrène; la bouche fen- due jusque sous le bord antérieur de l'orbite; l'in- termaxillaire nullement protractile; le maxillaire mince, élargi en arrière, attaché à l'intermaxillaire et sans mobilité particuhère; un grand sous-orbi- laire, long, mince, qui, dans l'état de repos, couvre la moitié postérieure de l'intermaxillaire et tout le maxillaire. Ses dents sont également toutes semblables à celles du thyrsite. Chaque intermaxillaire en a une rangée de vingt à vingt-deux, comprimées, tranchantes et très-pointues; en avant, dans un rang plus intérieur, en sont de chaque coté deux ou trois, quatre fois plus grandes, comprimées, tranchantes, un peu ar- quées, et dont la pointe est taillée en demi -fer de flèche. Il devrait y en avoir six en tout, mais près- CHAP, VI. LÉPIDOPES. â2^ tjue toujours il se trouve que deux ou trois sont cas- sées. A la mâchoire inférieure on voit un rang de dents semblables à celles d'en haut et à peu près en même nombre ; et à son extrémité antérieure il y en a de chaque coté une, double des autres, et ter- minée, comme celles du dessus , en demi-fer de flèche. Le vomer n'en a point, mais le long du bord ex- terne de chaque palatin il v en a une rangée de très-hnes (bien plus fmes que celles du thyrsites). La langue est oblongue, un peu pointue, très- libre , et à surface entièrement lisse. L'orifice postérieur de la narine est une fente ovale, presque verticale, en avant du bord antérieur de l'œil , à une distance égale à moitié de son diamètre. L'anté- rieur est un petit trou oblique, difficile à voir et placé à é^ale distance du précédent et du bout du museau. La cavité de la narine est fort grande; mais elle n'a qu'à sa lace interne, sur un espace ovale assez petit, l'ap- pareil lamelleux et rayonné qui remplit les narines de beaucoup d'autres poissons. Le bord du préopercule est à une distance en ar- rière de l'œil égale au diamètre de cet organe ; sa, coupe est presque un quart de cercle. Les pièces operculaires forment une valve derai-elliplique, dont la hauteur surpasse d'un tiers la longueur, et dont les bords très -amincis sont fibreux plutôt encore qu'osseux. Le sous - opercule en prend le tiers in- férieur. Les ouïes sont fendues jusque sous la commissure des lèvres, et leur ouverture est très -grande quand les branches de la mâchoire s'écartent. L'isthme n'est 8. ' i5 226 LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. presque qu'un filet, sous la pointe antérieure duquel les deux membranes se croisent un peu. Elles sont longues et étroites , et ont chacune huit rayons faciles à compter. Le premier est plat et assez large; les au- tres sont grêles. En écartant les opercules , on voit aisément les os pharyngiens de forme alongée et armés de dents en cardes; les branchies sont aussi fort étroites, c'est- à-dire que leurs lames sont courtes. Leurs arceaux ont des ràtelures semblables à des épines courtes et grêles, disposées trois à trois, et entre elles sont des petites plaques de dents en velours ras. Il y a une demi - branchie attachée à la face interne de l'opercule, et cachée en partie par un repli de la peau du palais. Le surscapulaire se montre un peu au travers de la peau comme un os long et étroit. D'ailleurs l'épaule n'a point d'armure particulière. La pectorale a un peu moins du quinzième de la longueur totale; elle s'attache au tiers inférieur de la hauteur; sa forme est très -extraordinaire, en ce que ce sont ses rayons inférieurs qui sont les plus longs. Il y en a douze en tout; les deux premiers sont simples et un peu arqués, et n'ont pas plus de moitié de la longueur des derniers. Les dix autres sont fourchus et articulés. Le bassin est un stylet grêle, suspendu dans les chairs et n'adhérant point à l'épaule ; on le sent au travers de la peau. Les deux écailles, demi-elliptiques et obtuses, qui tiennent lieu de ventrales, adhèrent à son tiers antérieur et répondent sous le milieu des CHAP. Vï. LÉPIDOPES. 227 pectorales. Leur longueur n'est que du huitième de «elle des derniers rayons des pectorales. La dorsale commence dos la nuque. Sa hauteur est du quart de celle du corps. J'y ai constamment compté cent deux ou cent trois rayons, tous un peu flexibles, mais simples, et sans branches ni articulations. L'anus est précisément au milieu de la longueur du poisson. A une petite dislance en arrière est une écaille triangulaire et mobile, mais l'anale ne commence que beaucoup plus en arrière, à une distance de l'exlré- mité postérieure qui équivaut à un peu moins du cinquième de la longueur totale. Elle a vingt-cinq rayons, mais les antérieurs sont si petits et si grêles , qu'à moins d'une grande atten- tion, on est exposé à ne pas les compter. Les autres grandissent un peu, mais n'égalent point ceux du dos. Celte nageoire se porte un peu plus en arrière que la dorsale; l'intervalle entre elle et la caudale est du cinquante-sixième de la longueur ; entre la dorsale et la caudale il est à peu près du cinquan- tième. Ce petit bout de queue est très-mince; sa hau- teur et son épaisseur, car il est à peu près carré, ne sont que du quart de sa longueur. La caudale est fourchue, et du vingt -quatrième de la longueur totale; les lobes sont pointus, et ses rayons entiers, au nombre ordinaire de dix-sept, sont renforcés à chaque bord par sept ou huit rayons dé- croissans. Aucune de ces nageoires n'a d'écaillés. La mem^ brane de la dorsale et de 1 anale est même assez frêle. 228 LTVRE IX. SCOaiBÉROÏDES. On n'aperçoit d'écaillés sur aucune partie du pois- son, et il semble simplement qu'on lui ait appliqué une très -mince feuille d'argent; par la macération celte espèce de vernis se résout en une sorte de pous- sière argentée. La ligne latérale est un sillon étroit, ou une strie qui s'étend presque en ligne droite depuis le haut de l'ouïe jusqu'au bout de la queue; après avoir descendu lentement, elle suit le milieu de la hauteur lu c orps. L'iris de l'œil est d'une belle couleur d'argent. Les nageoires' paraissent avoir été transparentes ou d'un gris jaunâtre; il y a une tache noire sur le bord de la dorsale entre les trois premiers rayons, et le bord continue plus en arrière d'être un peu noirâtre. Notre plus grand individu est long de six pieds ; nous en avons de cinq pieds, de quatre pieds et demi, et d'autres beaucoup plus petits. Le foie de ce lépidope est de grandeur médiocre; sa vésicule du fiel, attachée au lobe droit, est au contraire très-longue et assez large; elle s'étend sur près du tiers de la longueur de l'abdomen. L'estomac est un long sac qui en occupe près des deux tiers, se continuant avec l'oesophage et se ter- minant en pointe. Ses parois sont épaisses et ont intérieurement de fortes rides longitudinales; le py- lore est à peu près à moitié de sa longueur; il en part une branche d'intestins qui se dirige en avant , et aux deux côtés de laquelle sont rangés vingt- trois cœcums assez considérables, très -distincts, et dont chacun communique isolément avec le canal. Celui- CHAP. VI. LÉPIDOPES. 229 ci se recourbe ensuite en arrière et se rend à l'anus sans autre inflexion. Une rate longue et grêle est suspendue le long de la moitié antérieure de l'es- tomac. Les deux ovaires sont intimement unis l'un à l'au- tre en une grande masse cylindrique, qui occupe les deux tiers postéiieurs de la longueur de l'abdo- men. Une longue et étroite vessie natatoire, cachée der- rière un péritoine épais, s'étend sur presque toute la longueur de l'abdomen, et se termine en pointe en arrière près de l'anus. Il y a dans son intérieur, vers son tiers antérieur, un coips glanduleux assez dense, qui occupe à peu près le quart de sa surface en longueur. Le squelette du lépidope a surtout cela de remar- quable, qu'il est du petit nombre de ceux où les in- terépineux et les rayons dorsaux correspondent aux apophyses épineuses des vertèbres. Il a cent onze vertèbres, dont quarante-une ab- dominales et soixante caudales, y compris la der- nière, qui est faite en éventail et porte la nageoire de la queue. Elles sont toutes comprimées et con- caves à leurs faces latérales, les dix dernières excep- tées; elles ont toutes, du côté du dos, une apophyse épineuse, h laquelle se colle le pédicule d'un inter- épineux. Arrivés à la peau, les interépineux se ploient en équerre, et donnent une branche horizontale, qui se porte en arrière pour s'unir à linterépineux sui- vant, en sorte que la suite de ces branches forme une chaîne continue, sur laquelle s'articulent les 230 LÏVRE IX. SCOMBÉROÏDES. rayons dorsaux. Le premier donne de plus, en avant, une lame, qui va s'attacher à Toeciput et tient lieu de crête occipitale. Ce n'est que tout-à-foit vers le bout de la queue que les inierépineux sont plus rap- prochés que les vertèbres. Il y en a soixante-deux en dessous, et ils s'unis- sent aussi parleurs têtes; mais il n'y a que les vingt et quelques derniers qui portent des rayons. Les côtes sont grêles et simples, et s'attachent im- médiatement aux vertèbres. La dernière vertèbre ab- dominale a seule des apophyses transverses dirigées vers le bas. Les os de l'épaule ont peu de force. Le surscapu- laire est petit ; le scapulaire étroit et alongé ; l'hu- méral en équerre , assez étroit. Le cubital a une très-large échancrure à son bord humerai, ^on angle postérieur est proéminent en arrière et arrondi. Le radial n'a qu'un trou rond. Le coracoïdien est très- gréle. Nous avons déjà vu que le bassin ne consiste qu'en un stylet grêle. Voilà ce que nous avons observé sur les iëpidopes de nos deux mers de France qui se sont trouvés à notre disposition. Les descriptions de nos prédécesseurs s'ac- cordent assez avec la nôtre, pour que nous devions croire qu'ils ont vu la même espèce. Il n'y a de différences que dans le nombie des rayons, et ces différences soiit très-peu importantes; elles s'expliquent parla difficulté CHAP. VI. LÉPIDOPES. 251 de les bien compter dans une si longue dor- sale et dans une anale où les antérieurs sont si petits. Euplirasen marque : D. 98 , A. 1 S ; Holten , D. 1 04 , A. 1 7 ; Shaw, D. 1 05 , A. 20 ; Montagu, D. 105, A. 17; M. Risso, D. 102, A. 22, et dans sa deuxième édition, D. 115, A. 22 ; mais 115 est probablement une faute d'impression : M. Rafinesque, D. environ 125, A. 15; on voit qu'il ne les donne pas comme certains : M. d'Orbigny, dans une description manuscrite, D. 105 ou 106, A. 20. Les miens, comptés avec soin sur plusieurs individus, sont : 1). 102 ou 103, A. 25; mais, comme je l'ai dit, les premiers de l'anale sont souvent très-difFiciles à voir. Le grand lépidope se mange, et sa chair est même ferme et délicate , selon M. Risso. Cest en Avril et en Mai qu'il approche des côtes : on le prend alors au tramail. Son séjour ordinaire est dans les profondeurs moyennes. Il ne paraît pas vivre en société. Sa femelle est pleine d'œufs au printemps. Selon les pêcheurs qui prirent l'individu de la côte de Devonshire que M. Montagu a dé- crit, il nageait avec une vélocité. étonnante, et tenait sa tête hors de l'eau. 11 fut tué d'un coup de rame ^ mais c'était une telle rareté pour l'Angleterre, qu'on le montra au public 232 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. pour de l'argent jusqu'au moment où il fut prêt à se décomposer.* M. Rafinesque pense que l'on pourrait em- ployer la poussière argentée qui recouvre ce poisson pour colorer les fausses perles , et as- sure en avoir tiré lui-même une encre de cou- leur d'argent.^ Ce lépidope est tourmenté par plusieurs es- pèces de vers intestinaux. M. Montagu a trouvé sous la peau, le long de la dorsale, des échi- norliinques, etsur lereste du corps beaucoup d'ascarides roulés en spirale. M. Holten a re- présenté un tétrarhynque , que nous avons rencontré aussi en quantité dans la cavité abdominale adhérant à la face externe des intestins; mais nous y avons trouvé également une multitude de iilaria contournés en spirale. Ils remplissaient même certaines parties du mésentère et du péritoine. Nous nç connaissons qu'une espèce de lé- pidope, celle que nous venons de décrire; mais selon MM. Risso et Ratlnesque, il y en aurait encore d'autres. M. Risso(i.'"édit.,p. i5i, et 2.''édit.,p. 290) en décrit un qu'il nomme lépidope ^ouanien. 1. Montagu, soc. JVern., loc- cil. 2. RafiçesqiiCj Caraiterl, loc. cit. CHAP. VI. LÉPIDOPES. 255 parce qu'il suppose que c'est l'espèce décrite par Gouaiî,, et il lui donne pour caractères distinct! fs d'avoir la tête plus grande à pro- portion , quarante- deux rayons à l'anale, et une tache noire à la partie antérieure de la dorsale, qui a cent rayons; mais cette tache noire et ces cent rayons ou à peu près, se trou- vant aussi dans la grande espèce, il ne resterait de positif que les quarante-deux rayons de l'anale. Ce poisson, dit M. Risso, demeure plus pe- tit que l'autre, et ne passe pas quinze pouces. Il se tient sur des fonds de gravier, et approche des côtes en Janvier et en Mars. Sa chair est molle et peu estimée. M. Ralinesque parle aussi d'une petite es- pèce qui se nomme en Sicile scarcinedda^ et qu'il appelle scarcina punctata. Les caractères qu'il lui assigne sont, d'avoir des points bruns sur le fond blanc de sa couleur, une dorsale commençant seulement vis-à-vis l'orifice des branchies, tandis que dans sa scarcina argyrea elle commence sur les yeux, et une caudale fourchue, celle de Vargfrea étant en croissant. Il ne donne pas les nombres de ses rayons. On voit qu'il serait assez difficile de dire si cette scarcinedday comme le veut M. Risso^ est la même que la petite espèce de Nice. 234 I LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Mais c'est encore plus gratuitement que M. Risso suppose que cette petite espèce est celle de Gouan : on ne peut juger celle - ci que d'après l'auteur qui l'a décrite; or, il lui re- fuse des rayons à lanale , et ne lui donne qu'une petite caudale pointue : caractères qui pourraient bien être faux, et ne tenir qu'à la mutilation de son individu, mais qui ne con- viennent pas davantage au petit lépidope qu'au grand. Il y a encore dans M. Rafinesque deux scarcina , qu'il nomme quadrimaculata et imperialis y mais ce sont des gymnètres. CHAP. VIT. TRIOffÛRES. 235 CHAPITRE YII. Des Trichiures {Trichiurus^ Linn.). Le genre des trichiures a la même tête et les mêmes dents que celui des lëpidopes. Son corps, ses intestins ressemblent beaucoup aux leurs, mais il n'a point du tout de ventrales j son anale est remplacée par une suite de très- petites épines qui sortent à peine de la peau, et sa queue se termine en une longue pointe sans aucune nageoire caudale. Ce sont là plus de caractères qu'il n'en faut pour établir un genre, et ce genre a même été long-temps placé fort loin des scombres; mais quiconque a suivi la série de cette famille, et est arrivé par les cybiums aux thyrsites et aux gem- pyles, ne pourra s'empêcher de se laisser con- duire par un passage évident aux lépidopes, et jusqu'à ces trichiures dont il va être question. Le nom de trichiurus (queue en cheveu) n'a été donné à ce genre qu'en 1757, dans la deuxième édition du Sjstema naturce. Au- paravant Linnaeus lui-même l'appelait leptu-< rus\ avec Artedi % ou ^jmnogaster, avec 1. Mus. yld. Fred., 1. 1, p. 76, et pi. 26, %. 2. 2. Aitedij Spec. , p. 111. 256 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Gronoviiis\ Ces variations sont difficiles à excuser; car c'est à Artedi que l'on doit le premier établissement du genre, et le nom qu'il lui avait imposé aurait dû prévaloir. On le trouve à la fin de ses Species imprimées en 1738. Le nom de Gronovius ne date que de 17 56. C'est peut-être pour éviter toute confusion avec la lepture , genre de coléop- lère de la famille des capricornes, que Lin- naeus fa supprimé. Je ne parlerai pas de Klein, qui met ce pois- son dans son genre enchefyopus^ avec les don- zelles, les équilles, les cépoles et les loches, c'est une de ces agrégations incohérentes qui ne pouvaient naître que dans la tête de Klein, de cet homme qui na jamais pu avoir le sen- timent d'une méthode naturelle. Le nom d'e/z- chefyopus a cependant été adopté par Seba pour le trichiure^, mais par lui seul que je sache. Nous connaissons deux espèces de tri chiures que les uns ont confondues"^, et que les autres ont mal distinguées ^ ; et une troisième qui nous paraît nouvelle. 1. Dans la septième édition , publiée à la vérité par Gronovius; Lejde, 1756, p. 53, n." i4i. 2. Wliss. IV, p. 52, et pi. 12, fig. 7. — 3. Seba, Thes.,^. 102, pi. 35, fig. 1. — 4. Linnœus, loc cit., et Schneider, Sjst. posth. de Bloch, p. 517. — 5. Bloch , grande Ichtjol., part. S, p. 54 i et Gnielin, p. n4i et ii42. CHAÏ>. VII. TRICHIURES. 257 La première est de la mer Atlantique dans ses parties chaudes; les deux autres des côtes de l'Asie méridionale et orientale. Nous décrirons d'abord l'espèce de l'Atlan- tique, qui est la plus connue. Le Trichiure de l'x\tlantique. (Trichiiiriis lepturus , Linn.) Le premier qui ait parlé du trichiure, est Laet, qui en inséra en i633 dans sa Descrip- tion des Indes occidentales (p. 5 7 3) une figure, étiquetée du nom dHuhirre, Elle lui avait été donnée par un jeune peintre revenu du Brésil, sans autre description, mais comme étant la figure d'un poisson de mer. En 1648, lorsqu'il lit imprimer l'ouvrage de Margrave, trouvant dans les papiers de ce dernier la description sans figure dun poisson d'eau douce, nommé mucuy il imagina, sur quelques rapports qu'il crut y trouver, d'y joindre sa figure d'ubirre, quoique lui-même fût en grand doute sur l'identité des deux poissons, et qu'il eut bien raison d'en douter. En eflfet, nous avons trouvé dans les recueils de peintures du prince de Nassau, conservés à Berlin, une figure du mucu \ qui montre que c'est une murène ou 1. Liber pUncipis , t. \. p. 385. 258 LIVRE IX. SCOMÈÉRdÏDES. un synbranche, et nous y avons vu le tricliiure représenté deux fois ' sous le nom de pira- ihira, qui revient à celui d^ubirre; car le mot de pira est générique et signifie poisson. Cependant il a suffi de ce faux rapproche- ment pour que depuis lors le trichiure ait passé pour un poisson d'eau douce; c'est ainsi qu'il est qualifié par Bloch (5.^ part., p. 56), par Gmelin (p. ii/p)? par Lacépède (t. II, p. i86), et par Shaw (t. IV, part, i , p-Qi), et cela malgré Gronovius , qui , le décrivant en 1754^ sous le nom de gjfunogaster, avait déjà fait remarquer que ce n'était pas le mucu; et malgré Brown , qui , en parlant en 1 766 sous le même nom de gjnino^aster^, et en donnant une bonne figure (pi. 45, fig- 4)» déclara po- sitivement que c'est un poisson de mer, com- mun dans le port de Kingston à la Jamaïque. Il est vrai que Gronovius concourait d'un autre côté à renforcer Terreur, en plaçant par- mi les synonvmes de son gymnogaster Xan- guille de la Jamaïque de Sloane"*, qui vit dans leau douce, mais qui est une vraie an- guille, ainsi qu'il est aisé de s'en assurer par sa description. 1. Liher Menizeîii , p. 79 et 81. — -. Mits. ichlyol. , t. I, p. 17 — 3. Jam. , p. 444- — 4. Jam. , p. 278. CHAP. VII. TRICHIURES. 239 C'est aujourd'hui pour nous un fait incon- testaJ3le que le tricbiure se prend dans la mer. Aucun de nos correspondans ne nous en laisse douter, et nous l'avons reçu de plusieurs en- droits. M. Menestrier et MM. Quoy et Gaimard nous lont envoyé de ï\io-Janeiro, et M. d'Or- bigny de Montevideo. Nous l'avons eu de Cayenne par M. Astier et par M. Richard ; M. Piée nous l'a envoyé de Saint-Barthélémy, et M. Milbert de New^-York. Il est commun sur les côtes de Porto-Rico, où M. Plée en a recueilli de grands échantil- lons, qui se sont trouvés après sa mort dans ses collections. Il l'est aussi sur celles de Cuba, cil M. Poey en a fait un dessin qu'il nous a communiqué. Les Espagnols de Cuba le nom- ment sable, c'est-à-dire sabre^, et ceux de Montevideo pes-espada (poisson épée). Les Anglais de la Jamaïque lui donnent le nom analogue de swai^d-fish^. M. Mitchill l'appelle haiî-tail^ (queue en cheveu); ce qui est une traduction de son nom scientifique plutôt qu'un nom populaire, et semblerait prouver que l'espèce n'est déjà pas si commune à New- York que dans des parages de la zone torride. 1. Notes manuscrites de MM. Plée et Poej. — 2. Brown, lac, cit. — 3. Mitchill, 1. 1, p. 364^ 240 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Ce triclliure d'Amérique a sa hauteur aux pecto- rales seize ou dix-sept fois dans sa longueur, prise depuis le bout de la mâchoire inférieure jusqu'à l'ex- trémité du filet qui prolonge sa queue. Cette hauteur se conserve ou augmente même un peu jusque vers le milieu du corps, où elle commence à diminuer; la diminution devient de plus en plus sensible, et le dernier cinquième se réduit à une lanière étroite et comprimée , dont la hauteur vers le bout ne fait pas le quinzième de celle du corps au milieu. L'épaisseur de ce poisson est environ quatre fois dans sa plus grande hauteur; le tranchant de son dos et celui de son ventre sont à peu près égaux et un peu mousses. La longueur de sa tête, depuis le bout de la mâchoire inférieure jusqu'à celui de l'opercule, est du huitième de la longueur totale; mais il faut remarquer que l'opercule prolonge son angle jusque sur la base de la pectorale. La nuque répond au dessus du bord postérieur du préopercule, et le profil commence de là à descendre à peu près en ligne droite jusqu'au bout du museau. Le front et le dessus du museau sont plats; les côtés de la tète sont verticaux et unis; la mâchoire inférieure dépasse l'autre; et le dessus de sa pointe, quand la bouche est fermée, se continue avec la ligne du profil. L'œil est tout près de la ligne du profil, et placé de mani^ère que son bord posté- rieur est à peu près au milieu de la longueur de la tète. Son diamètre est de près du sixième de cette longueur, et prend moitié de la hauteur à l'endroit où il est; l'orifice de la narine est un trou en ovale vertical, assez grand, et près du bord antérieur de CHAP. VII. TRICHiURESé 2A\ i'orbite. Je ne vois point d'autre ouverture à cette cavité. La bouche est fendue jusque sous ce même bord ; la fente paraît un peu convexe vers le haut à sa partie antérieure, et un peu concave à la posté- rieure; parce qu'un sous-orbitaire mince et large descend un peu sur son boid supérieur. Ce sous- orbiiaire a sa surface finement striée de haut en bas; il couvre entièrement le maxillaire dans l'état de re- pos, et c'est à peine si l'on aperçoit un peu l'angle postérieur de ce dernier os, quand la bouche est très- ouverte. Ce maxillaire est collé à riniermaxillaire de son côté, et les intermaxillaires n'ont point de pédi- cule montant; en sorte que la bouche n'est pas pro- traclile. Les dents sont disposées d'une manière assez semblable à ce que l'on voit dans le lépidope; cha- que intermaxillaire en a le long de son bord environ quinze , comprimées , tranchantes , pointues , dont les antérieures sont beaucoup plus petites; et il y en a sur le devant deux de chaque coté, longues, cro- chues, terminées en demi -fer de flèche. Celles des côtés delà mâchoire inférieure sont aussi au nombre de quinze ou seize, et à peu près pareilles à celles d'en haut, excepté les trois ou quatre du milieu de chaque côté, qui sont un peu pius longues, et ont leur pointe taillée en demi -fer de flèche. Il y en a deux semblables à l'extrémité antérieure de cette mâ- choire. Le vomer n'en a aucune; mais le long du bord de chaque palatin en est un rang d'excessivement fines, que l'on a peine à apercevoir si l'on n'v louche. La langue est oblongue, un peu pointue, assez hbre et parfaitement lisse. Lepréopercule est coupépresque 8. ,6 242 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. en demi-cercle. L'opercule et le sous-opercule, sépa- rés par une ligue presque horizontale, et de manière que le second n'a pas moitié de la hauteur du pre- mier, forment en arrière ime pointe divisée en fibres , et qui couvre de son extrémité la base de la pectorale. L'opercule osseux a dans le haut une échancrure assez profonde; mais elle est couverte, ainsi que toutes les jointures des pièces operculaires, par la peau argentée qui garnit la tête comme tout le corps. Dans l'état de repos, lés deux branches de la mâ- choire inférieure se touchent l'une l'autre en des- sous, et cachent ainsi la membrane branchiostège : en les écartant , on voit que cette membrane est étroite et fendue jusque sous le bord antérieur de l'oeil, où elle se croise avec sa correspondante sous un isthme très-long et très-comprimé, et qu'elle y a encore plus en avant un repli de la membrane sous-mandibulaire. On y compte de chaque côté sept rayons , dont les deux ou trois premiers plats, les autres grêles. Les branchies sont longues et étroites, et leurs arceaux n'ont qu'une rangée de petites pointes minces, avec de petites plaques âpres entre elles; la demi-branchie operculaire existe, cachée dans un repli de la peau de l'arrière-b o uche. Il n'y a point d'armure à l'épaule. La pectorale est petite , un peu taillée en faux. Sa longueur est vingt-quatre fois dans celle du poisson. Son premier rayon simple, sans articulations, com- primé et un peu arqué, est à peine dépassé par le deuxième et le troisième, qui sont les plus longs. Il n'y en a que onze en tout; on n'aperçoit aucun ves- CHAP. VIT. TRICHIURES. 24S tige cîe ventrales. La dorsale commence vis-à-vis le bord montant du préopercule, et ne finit qu'à une distance du bout de la queue égale au septième de la longueur totale. Sa hauteur moyenne est des deux tiers de celle du corps; elle s'abaisse un peu en avant, et beaucoup plus en arrière, où ses derniers rayons sont presque réduits à rien. J'en compte sur mes dif- férens individus cent vingt -neuf, cent trente, cent trente-trois, cent trente-six. Je crois que cent trente- cinq ou cent trenle-six est le nombre réel. L'anus est un fort petit trou, placé à peu près au tiers antérieur de la longueur totale. Il est suivi de cent quinze à cent dix-huit petites épines qui, la pre- mière exceptée, sortent à peine de la peau, et ne sont visibles que comme autant de petits points. La por- tion de filet où l'on n'en sent et n'en voit plus, n'est que du douzième de la longueur totale. On n'aperçoit pas d'écaillés; toute la peau semble couverte d'une lame très-mince d'argent. La ligne la- térale est formée de deux tubulures continues, très- rapprochées; elle part du haut de la fente des ouïes, descend assez rapidement jusques au tiers inférieur, qu'elle suit jusqu'à l'extrémité du filet. Tout le poisson est argenté et fort éclatant. Ses nageoires sont d'un gris jaunâtre. La dorsale a le bord pointillé de noirâtre , et entre les premiers rayons le noirâtre forme une espèce de tache. L iris de l'œil est doré. Il devient assez grand. Nous en avons des individus de deux pieds et demi et trois pieds de longueur. M. Poey nous dit qu'il pèse jusqu'à huit livres. 244 LIVRE ÏX. SCOMBÉROÏDES. ^ Les intestins du trichiure ressemblent beaucoup à ceux du lépidope. Le foie est médiocre ; une vési- cule du fiel longue et étroite le dépasse de moitié ; l'estomac est un sac charnu, occupant en longueur la moitié de celle de l'abdomen. Le pylore s'ouvre à son quart antérieur. Le canal intestinal est entouré à son origine de vingt- quatre appendices cœcales. D'ailleurs il se rend droit à l'anus, demeurant partout assez mince. La vessie natatoire est plus large, et ses parois sont plus minces que dans le lépidope; elle prend les trois quarts postérieurs de la longueur de l'abdomen. Ce que le squelette du trichiure a de plus extraor- dinaire, c'est le dessus de son crâne, formé des pariétaux et des occipitaux supérieurs et externes, soudés en une seule masse comme pierreuse, et d'une épaisseur proportionnelle dont je ne connais pas d'autre exemple. Les deux frontaux principaux et l'ethmoïde sont aussi réunis en une seule pièce, qui produit en avant une longue pointe, élargie au bout pour s'articuler avec les intermaxillaires. De très-petits nasaux s'atta- chent à ses côtés. Nous avons déjà vu que les maxil- laires se collent aux intermaxillaires. Le reste des os de la tête n'offre pas des particularités bien remar- quables. Les deux scapulaires sont longs et étroits. L'hu- méral est arqué en demi-cercle, et sa partie inférieure renflée en massue. Le cubital, élargi et arrondi en ar- rière, n'a en avant qu'une longue apophyse étroite, ce qui donne à son échancrure antérieure beaucoup CHAP. VII. TRICHIURES. 245 d'ampleur. Le radial est petit et n'a qu'un petit trou rond. Il y a dans ce poisson, comme dans le lépidope, une correspondance entre les rayons de la dorsale et les vertèbres, de manière que chaque apophyse épineuse porte un interépineux, et celui-ci un rayon. Mais les vertèbres se continuent au-delà de la dor- sale et jusqu'au bout du filet qui termine le corps, en sorte que l'on peut en compter cent soixante, dont soixante environ peuvent passer pour abdomi- nales. Les apophyses épineuses, tant supérieures qu'inférieures, sont grêles; les cotes sont courtes et fines comme des cheveux. Le trichiure que nous venons de décrire parait être du petit nombre des poissons qui traversent FAtlantique. M. Roger nous en a envoyé un du Sénégal, que nous ne pouvons distinguer de ceux d'iimé- rique, ni par ses proportions ni par le nombre de ses rayons. Des Trichiures des Indes. Bloch% et d'après lui Gmelin^, Lacëpède (t. II, p. 188) et Sliaw'^ parlent d'un trichiure des Indes qui serait fort différent de celui 1. Grande Ichtyologie, part. 5, p. 54. — 2. Syst. nat.,f. 1142. ■ 3. Gêner, zool.y t. IV; part. 1, p. 92. 246 LIVRE ÎX. SCOMBÉROÏDES, d'Amérique, s'il avait, comme ils le disent, les mâchoires égales , garnies de petites dents à peine visibles, la queue moins pointue, et le corps revêtu de couleurs ternes et marqué de taches obscures , au lieu d'un éclat argenté ; enfin, s'il jouissait d'une faculté électrique, analogue à celle du gymnote et de la torpille. Cette demiière propriété le rendrait surtout éminemment remarquable. Aussi M. de Lacé- pède n'a-t-il pas manqué de l'appeler le tri- chiiire électrique, et cette dénomination a été adoptée par Shaw ^ Mais lorsqu'on remonte aux sources , on découvre que ces caractères et ces propriétés annoncées avec tant d'assu- rance , ne reposent que sur une mauvaise figure de Nieuhof et sur une transposition de quelque partie de son texte ; encore ne peut-on comprendre comment l'on a pu trou- ver dans la figure, des dents à peine visibles, car elles y sont très-fortes et très-distinctes^; et quant au texte , il est évident que la des- cription qu'il contient ne se rapporte ni à la figure ni à aucun trichiure. La voici telle que l'a traduite Ray, car je n'ai pas sous les yeux l'original de INieuhof : 1. Gêner, zool. , t. IV, part, i, p. 92. — 2. Vojez Willughb^, appendice, pi. 3, fîg. 3, où cette figure est copiée. CHAP. VII. TRICHIURES. 247 Totus fiiscus est , maculis tanien rhonihoi- clihus spolii serpentis in niodwn distinctus f anterior coipoj^is pars tennis; posterio?^ du- plo crassior ; rostrinn loii^iusculiun et ple- rumque Mans; dentés acutissinii , non tanien facile conspicui. In imis cai^ernis petrosis versatur , ubi pinquescit adnioduni et sala- bris cihus fit : qui lios interiniunt , treniore afificiuntur , et interdiun soninolentia , ex af- Jlatu seu contaf^io_, quœ tanien cito evanes- cunt. ^ En supposant même que ces dernières pa- roles indiquassent une vertu électrique, le reste de la description se rapporterait bien plutôt au silure électrique quà un trichiure. Aussi Russel dit-il qu'il n'a jamais vu de trichiure avec des mâchoires égales et une peau tache- tée*. Cependant la ligure de Nieuhof est bien celle d un trichiure avec tous ses caractères génériques. Il y en a de bien mieux faites encore dans les ouvrages imprimés et manuscrits que nous avons du Japon et de la Chine. On en trouve aussi une description indubitable dans Fors- kal, mais à un genre oii certainement on ne le 1. Willughby, appendice, p. 3. 2. Riissel, Poissons de Vizagapatam, 1. 1, p. 5i. 248 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. chercherait pas, celui des harengs, et sous le nom de cliipea liaumela \ La description est cependant trop claire pour qu'un véritable ichtyologiste ait pu s'y tromper, et Gmelin seid a eu le courage d'inscrire ce liaumela dans le genre des clupes. M. de Lacépède et Shaw nen parlent pas du tout. Bloch, dans son Système posthume , est le seul qui le place où il devait être, dans les trichiures; mais en le séparant mal à propos du trichiuriis indi- ens, qu'il a réuni avec celui d'Amérique. Russel a aussi donné une ligure exacte de trichiure dans ses Poissons de Vizagapatam, pays où on l'appelle sawala. A Pondichéry, d'où M. Les- clienault nous en a envoyé un , il porte le nom peu différent de na-savallé j et M. Dus- sumier vient de nous en apporter en grand nombre de la côte de Malabar. Ainsi il nest pas douteux qu'il n'y ait des trichiures depuis la mer Rouge jusqu'au Japon. Ce genre ne doit pas être aussi commun dans larchipel des Indes, car on ne le trouve ni dans Vlaming, ni dans les auteurs impri- 1. Forskal, p. 72, n.° 106. Clupea haumela lanceolata, nuda , pinnis ventralilius et analihus nullis, dorsnli per totum dorsum ex- tensa : cauda linearî apterygia. La description délaiJIée n'est pas moins conforme dans tous ses points à ce qu'on obsene dans les trichiures. CHAP. vu. TRICniURES. 249 mes sur les poissons des Mohiques, Riiyschy Valentyn et Renard; nous-mêmes ne l'avons jamais reçu de ces îles. Commerson ne l'a point observe à l'Isle-de-Frauce , ni dans tout son voyage. Ce qui restait à savoir, c'est, si les tri chiures d'Asie forment une ou plusieurs espèces , et jusqu'à quel point ils se rapprochent de ceux d'Amérique ou en diffèrent. Or, nous nous sommes assures qu'il en existe au moins deux espèces, dont l'une se rapproche beaucoup de celle d'Amérique , mais dont l'autre s'en éloigne très-sensiblement, et surtout par des yeux plus petits et un filet plus alongé au bout de la queue. Le Trichiure haumela. {IVichiurus haumela, nob.; Clupea hawnela, Forsk.) La première de ces espèces, celle qui res- semble davantage à l'espèce d'Amérique , n'est cependant pas la même : elle nous a été ap- portée récemment du Malabar par M. Dussu- mier. En plaçant à côté l'un de l'autre des in- dividus du Brésil et du Malabar, dont la tête soit exactement de même grandeur, on en saisit facilement les différences. 250 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Le trichiure du Brésil a la tête comprise huit fois dans sa longueur; celui du Malabar ne l'y a que sept fois. La hauteur du corps du premier est dix- sept fois dans sa longueur; celle du second, quinze fois seulement: différence qui vient surtout du filet grêle de la queue, qui est bien plus court dans l'es- pèce du Malabar, où il ne fait pas le huitième de la longueur totale, tandis que dans celle du Çrésil il en fait le septième et plus. Le riiuseau est aussi plus long dans le trichiure du Brésil. Sa longueur est deux fois et deux tiers dans celle de la têle. Celui de l'espèce du Malabar y est trois fois. . Le sous-orbitaire de l'espèce du Brésil a quatorze ou quinze stries, celui des Indes n'en a que dix ou onze. Le nombre des rayons de la dorsale ne diffère pas beaucoup ; il est de cent trente dans le trichiure du Malabar, et dans celui du Brésil il va à cent trente- cinq. Les épines du dessous de la queue sont dans celui du Malabar au nombre de cent quinze; de cent dix- huit dans celui du Brésil. Cependant je n attache pas une grande im- portance à ces trois derniers caractères : les autres suffisent bien; et quoiqu'ils puissent ne pas frapper celui qui verrait les deux poissons successivement, ils ne peuvent laisser de doute à celui qui les compare. C'est manifestement cette espèce- ci que CHAP. VIL TRICHIURES. 251 Nieuhof a lepiëseiitéeV Cest aussi bien certai- nement le savala de Russel (t. I, pi. 4 1)- ^^^ auteur nous assure qu'elle est très-commune à Vizagapatam, et que les soldats la recherchent. C'est également elle que M. de Lacépède a fait graver (t. II, pi. 7, fig. 1 ), pour représenter en général le trichiure, dont il ne distinguait pas les espèces. Il nous paraît aussi que ce doit être par- ticulièrement cette espèce que Forskal avait sous les yeux, loi'squil a décrit son clupea liaumela, auquel il donne cent trente -trois rayons dorsaux et quatre-vingt-deux épines sous la queue. Le Trichiure s avale. ( Trichiurus savala , nob.) Quant à l'autre espèce des Indes, ses carac- tères distinctifs sont beaucoup plus frappans. Le premier , c'est que son œil est beaucoup plus petit que dans les deux autres ; il n'a en diamètre que le tiers de la hauteur de la tête à son endroit, et le neuvième de sa longueur; dans l'espèce d'Amérique et dans la piemière des Indes il a moitié de la hau- teur, et le sixième de la longueur. Passant ensuite au détail, on découvre d autres différences; la longueur de la tête n'est que six fois et deux tieis dans la lon- 1. Vojez Willnghbj, append., pi. 3. fig, 3. 252 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. gueur totale. La hauteur du corps n'y est que treize fuis ou treize fois et demie. Le filet de queue, sans rayons, fait le cinquième de cette longueur. Le nombre des rayons de la dorsale n'est que de cent dix à cent quinze. Celui des épines du dessous de la queue ne va qu'à quatre-vingt-deux. La pre- mière de ces épines est mobile et assez longue, tan- dis que dans les deux autres espèces elle est cachée sous la peau, comme celles qui la suivent. Nous avons reçu cette seconde espèce du Malabar avec la précédente, et c'est elle qui nous a été envoyée de Pondichéry sous le nom de na-savailé. M. Leschenault ne nous en ap- prend autre chose, sinon qtielle est bonne à manger. Quant à M. Dussumier, il nous dit de l'une et de l'autre, quelles sont rares au mois de Février, mais qu'elles deviennent très- abondantes dans les mois d'Avril et de Mai; que Ion en sale beaucoup alors, et qu'elles forment un ariicle important de nourriture pour les Indiens pendant la mauvaise saison , lorsque la mer, poussée avec violence sur la côte depuis le mois de Juin jusqu'en Septem-: bre, ne permet plus aux pirogues de sortir pour la pèche. Fraîches, elles ne sont point estimées, et l'on n'en sert jamais sur les tables des Européens. Cet excellent observateur a pleinement con- firmé notre soupçon sur l'erreur de ceux quiat- CHAP. VÏI. TRICHIURES. 2S3 tribuaient à ces poissons des vertus électriques : il n'en a jamais entendu parler, ni trouvé per- sonne qui en ait eu connaissance; ce qui serait impossible relativement à des poissons aussi communs, si cette propriété avait quelque fondement. Cette espèce habite les cotes de la Chine, car elle est parfaitement représentée dans le beau recueil des poissons chinois de la biblio- thèque du Muséum. J'en trouve aussi une figure sur des plan- ches destinées à la Zoologie indienne du gé- néral Hardwick, dont M. Gray a bien voulu nous confier des épreuves. Elle y porte le nom de tricliiurus arniatiis. Il pourrait exister encore d'autres trichiures dans les mers des Indes et du Japon 5 car je trouve dans notre imprimé japonais une figure de ce genre qui ne répond bien à aucune des espèces précédentes; et j'en vois une autre dans les peintures faites à Malacca pour M, Farkhar, remarquable surtout par la brièveté de son museau et du filet de sa queue; elle est intitulée en malai ikan-lacore-lacore. Mais j'ai déjà annoncé plusieurs fois que nous serions très-difficiles à établir des espèces sur de tels documens, quand ils ne seraient pas confirmés par des objets arrivés en nature. 254 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. TRIBU DES ESPADONS, ou SCOMBÉROÏDES A MUSEAU EN FORME DE DARD OU D'ÉPÉE. Nous rapprochons ici des poissons fort sem- blables entre eux, et qui ne forment, à vrai dire, qu'un seul genre naturel, bien que tous les iclîtyologistes modernes se soient vus con- traints, par les règles de leurs méthodes, à les écarter les uns des autres , et souvent à les éloigner beaucoup, uniquement parce que les uns ont des nageoires ventrales et que les au- tres en sont dépourvus j différence qui ne sert qu'à prouver de plus en plus le peu d'impor- tance de ces nageoires pour une méthode na- turelle. Leurs rapports avec les thons et les mac[uereaux ont été encore moins sentis, quoi- que non moins évidens par les formes de leur queue, par leurs intestins, par les qualités de leur chair, et même par lés animaux parasites qui les tourmentent; mais comme ils n'ont pas de fausses pinnules, toutes les autres res- semblances ont presque été mises en oubli par les modernes, du moins à l'égard de l'es- pèce sans ventrales. CHAP. VIII. ESPADONS. 255 CHAPITRE YIII. Des Espadons proprement dits {Xiphias, Linn.). De la seule espèce connue., /'Espadon épée. {Xiphias gladàis, Linn.) Les noms que tous les peuples se sont ac- cordés à donner à l'espadon, ^tCpiocç, xiphias y gladius , épée , dard, pesce-spada, scliyverd- jîscliy sword-jish , indiquent assez le trait le plus frappant de sa conformation, cette lame tranchante et pointue cpii prolonge son mu- seau et qui menace tout ce dont il approche 5 celui même ô^empereury qu'on lui donne en Provence et sur la côte de Gènes, vient, dit- on, du rapport qu'on lui trouve avec ces figures où l'on représente les césars une épée à la main. Aristote avait déjà remarqué que les thons et les espadons, vers le lever de la canicule, sont tourmentés de Yœstre, qu'il décrit un peu vaguement comme une espèce de petit ver de la figure d'un scorpion et de la gran- deur d'une araignée. Cet œstre, qui leur cause 2S6 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. des douleurs si vives qu'ils se jettent sur le rivage ou sautent sur les navires, est un para- site de la famille des leinées , le pennatida jîlosa de Gnielin , ou la peiinelle de IVI. Oken. ^ Bélon fait remarquer non-seulement la res- semblance de l'espadon et du thon , mais il assure que les Provençaux de son temps les préparaient de la même manière et les fai- saient servir aux mêmes usages.^ Le corps de l'espudon est alon^é, presque rond de l'arrière, peu comprimé de l'avant. En prenant dans un jeune sujet sa longueur totale depuis la pointe de l'épée jusqu'à l'extrémité des lobes de la queue, elle conqjrend près de dix fois sa hauteur aux pec- torales ; mais de ces dix parties lépee, depuis sa pointe jusque sous les narines, en prend trois, et la caudale une et demie. L'épaisseur près des pectorales est df' moitié de la hauteur au même endroit; mais vers la queue, où la hauteur est bien diminuée, l'épaisseur l'égale ou la surpasse. L'adulte a des di- mensions plus courtes et plus grosses. Sa longueur ne fait que le sextuple de sa hauteur, et son épais- seur est des deux tiers de cette même hauteur. Le dessus du ci âne est plat ou légèrement convexe; il descend lentement au museau ou à l'épée ; les côtés de la tête sont verticaux. La hauteur de la tête, à la nuque, égale la distance de l'ouïe au milieu de l'œil? 1. Voir mon Règne animal, 2." édit. , p. aSj. 2. Bélon, Aquat., p. 109 et 110. CHAP. VIII. ESPADO^^'S. 257 et fait à peu près le double de sa largeur entre les yeux. L'œil est rond; son diamètre est à peu près des deux tiers de la largeur du crâne au-dessus de lui; il est placé au milieu de la hauteur, entre le bord du crâne ou le sourcil et la bouche. Les orifices de la narine sont vers la ligne du profil, à peu près à la hauteur du bord supérieur de l'œil, et à une dis- tance en avant qui égale les deux tiers de son dia- mètre. Ils sont très-rapprochés l'un de l'autre , à peu près ronds. Le postérieur est un peu plus grand et simple ; l'antérieur est entouré d'un rebord en forme de cupule. La face supérieure de la tète continue de descendre en avant jusquà ime distance de l'œil égale à celle de l'œil à Touie. Là elle devient hori- zontale , et forme tout-à-fait la lame d'épée. La lar- geur de cette lame, prise à cet endroit, est encore sept fois dans le reste de sa longueur. Son épaisseur n'est que le cinquième de celte largeur. Ses bords sont tranchans, finement dentelés, et se rapprochent par degrés, pour former la pointe aiguë qui termine cette arme. Sa face supérieure est finement striée en longueur. Elle a vers sa base une élévation mi- toyenne longitudinale , remplacée vers le milieu par un sillon qui règne jusqu'à la pointe. Le dessous n'a pas destries, mais seulement une ligne mitoyenne moins profonde que le sillon supérieur, et qui se porte bien moins avant. La mâchoire inférieure ne se porte en avant que jusque sous l'endroit où la face supérieure de l'épée devient horizontale; aussi large d'abord que la supérieure , elle se rétrécit prompiement en une pointe très-aiguë. Ses branches 8. 17 258 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. n'ont de hauteur en arrière que le dixième de sa lon- gueur. La fenie de la bouche se porte derrière l'œil des deux tiers de son diamètre. On ne peut pas dire qu'il y ait des dents. Les branches de la mâchoire inférieure ont seulement à leur face supérieure une âpreté plus rude que celle du reste de la tête. Le voile membraneux de la mâchoire supérieure est triangulaire, assez grand, mais tendu horizontale- ment sous le palais. Son bord postérieur répond à peu près sous l'antérieur de 1 œil. Un voile sem- blable est tendu vis-à-vis, entre les branches de la mâchoire inférieure. Il n'y a point de vraie langue- L'os lingual fait seulement sentir sa convexité au plancher de la bouche, vis-à-vis l'œil. Les arcs bran- chiaux, qui avancent presque jusque-là, sont arron- dis, et sans aucunes dentelures ni râlelures, et même sans âpreté j mais les pharyngiens, de forme alongée, sont garnis de dents en fin velours ras. Le bord mon- tant du préopercule est vertical , et son angle, un peu arrondi , se termine tout de suite à l'articulation de la mâchoire inférieure, en sorte qu'il n'a pas de bord horizontal. Son limbe est peu marqué. Il n'a pas de dentelures. La longueur de l'opercule surpasse d'un tiers la dislance du bord du préopercule à l'œil. L'ensemble operculaire est arrondi. Le sous-oper- cule en prend le quart inférieur, par une ligne de séparation qui descend obliquement en avant; mais l'interopercule est fort petit , à cause du reculement de la mâchoire inférieure. Les ouïes sont très-fen- dues, jusque sous le bord antérieur de l'œil, où les deux membranes s'unissent l'une à l'autre j une petite CHAP. vm. ESPADONS. 259 membrane verticale joint en dessous leur symphyse à la partie antérieure de l'isthme, qui est comprimé , long et étroit. La membrane des ouïes est épaisse, et sa peau est âpre, comme celle du reste du corps : elle est très-découverte , et l'on y compte aisément les sept rayons arqués et plats qui la soutiennent. Aucun os ne se montre extérieurement à l'épaule; la nageoire pectorale est attachée plus bas peut-être qu'à aucun autre poisson, et au point que l'on pour- rait être tenté, au premier coup d'œil, de la prendre pour une pectorale ; elle est en forme de faux et très-longue, car elle a le septième de la longueur totale, prise comme nous l'avons indiqué en com- mençant. Le nombre de ses rayons est de seize, dont les trois premiers sont les plus longs. Les derniers , au contraire, sont excessivement courts. Sa largeur à la base n'est que du septième de sa longueur. Il n'y a rien de particulier dans son aisselle. Entre les deux pectorales on sent sous la poitrine la sym- physe des huméraux; mais il n'y a pas de vestige de bassin, ni de ventrales. La dorsale commence au-dessus de l'ouverture des ouïes par une pointe élevée, qui surpasse d'un quart la hauteur du corps sous elle; le premier et le se- cond rayon, qui sont courts, et le troisième, qui est trois fois plus long, sans dépasser encore le tiers de la hauteur, sont comme cachés dans son bord anté- rieur. Ils sont simples, ou si l'on veut épineux. Les quatre ou cinq suivans forment la pointe de la na- geoire. Ensuite les rayons décroissent rapidement jusqu'au dixième et au onzième, passé lesquels ils 260 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. ' deviennent très-grêles , et sont liés par une membrane très-frêle, jusqu'au trente-neuvième ou quarantième, demeurant encore, dans une grande partie de cette série, de la moitié de la hauteur aux pectorales, mais diminuant davantage vers la fin. Les trois ou quatre derniers, jusqu'au quarante-troisième, se relèvent un peu en pointe , et leur ensemble reprend un peu plus de force. Il reste entre eux et la caudale un espace nu du seizième de la longueur totale. Telle est cette nageoire dans les jeunes sujets, où elle n'a point encore été usée; mais sa partie inter- médiaire entre ses deux pointes est si faible que l'on conçoit qu'elle doit aisément être rompue, ou même rasée jusqu'à sa base, dans les divers frottemens que le poisson éprouve pendant sa vie, et qu'elle doit alors paraître beaucoup plus basse que nous ne venons de le dire; c'est ce qui explique pourquoi les dessinateurs qui ont représenté le xipliias adulte S ont tous repré- senté les deux pointes, de l'avant et de l'arrière, comme deux nageoires séparées. Nous les avons nous-mêmes vues ainsi dans un individu de onze à douze pieds de long, qui nous a été envoyé de Toulon bien entier dans l'eau-de-vie , et dans une barrique faite exprès pour le bien conserver. L'anale ne commence que sous le tiers postérieur de la dorsale; elle a aussi en avant une pointe sail- lante, mais moitié moindre que celle de la dorsale- Le premier rayon est court, et le second presque aussi long que le troisième et le quatrième, qui font 1. Salv.; fol. J26j Rond., p.aôi j Duh.^sect. 9, pi. a6, %. 2. CHAP. VIIT. ESPADONS. 261 la pointe. Ils décroissent jusqu'au neuvième, passé lequel ils sont très-courts, et ne se ralongent un peu qu'au quatorzième, qui, avec les trois derniers (il y en a en tout dix-sept), forment une petite pointe correspondante à celle de la dorsale. B. 7 ; D. 3/40 ; A. 2/15 ; C. 17 ; P. 16. La caudale est échancrée en croissant jusques aux deux tiers, et les lobes sont arqués et très-pointus ; elle a , outre ses dix-sept rayons entiers , quatre ou cinq petits rayons sur chacun de ses bords. Tout le corps et la tête de l'espadon sont cou- verts d'une peau un peu rude , et cette âpreté tient sans doute à l'extrême finesse des écailles microsco- piques qui la garnissent. Il n'y en a pas sur les na- geoires, et l'opercule n'a presque point de cette âpreté. La ligne latérale s'aperçoit à peine, si ce n'est à sa partie antérieure, où elle est irrégulièrement flexueuse. De chaque côté de la queue est une crête membraneuse fort saillante. Tout ce poisson est d'une belle couleur d'argent pure à la partie inférieure, glacée de bleu noirâtre à la supérieure. Les très- jeunes individus d'un pied ou dix- huit pouces, ont sur le corps des séries longitudinales de petits tubercules, ou des petites élevures longues et un peu tranchantes. Ces inégalités disparaissent d'abord sur le dos, et ensuite sur le venire. Les in- dividus de trois pieds n'en conservent rien. Les sca- brosités du dedans de la bouche se polissent et s'effacent aussi avec l'âge. 262 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La taille de cette espèce devient énorme, et c'est ce qui engageait les anciens à la ran- ger dans la classe des cétacés; car pour eux cete signifiait seulement de très-grands pois- sons. Il n'est pas rare d'en voir de dix et douze pieds ^; on en cite de dix-huit^ et de vingt. ^ La longueur de la cavité abdominale de l'espadon fait à peu près la moitié de celle du corps, non compris la tête: elle est plus hailte que large j le pé- ritoine est d'un blanc pur. Le foie est très-peu volumineux, en travers sous l'œsophage ,' et sa plus grande portion est dans le côté droit: l'œsophage est large et très-court; l'estomac en est la continuation , et forme un sac conique qui descend jusqu'aux trois quarts de la longueur de l'abdomen. Ses parois sont épaisses, et sa veloutée forme en dedans un grand nombre de rides très- élevées et très-sinueuses : la branche montante est très-courte, et elle naît presque sous le diaphragme; le pylore est étroit, et muni d'un très-grand nombre d'appendices cœcales, courtes , réunies en petits corps ovales par un tissu cellulaire serré et constituant une masse en forme de grappe, semblable à ce que nous avons déjà observé dans le germon. L'intestin est assez long; il fait deux replis, dont chaque portion fait plusieurs sinuosités ; il augmente de diamètre vers la région du rectum ; l'anus n'est 1. Schonevelde. — 2. Bloch, sur le témoignage du chevalier Hamilton. — 3. Gesner, p. 582 , sur le témoignage de G.Fabiicius. CHAP. Vm. ESPADONS. 265 pas ouvert lout-à-fait à l'extrémité de l'abdomen. La rate est petite, et presque au milieu de l'abdo- men , entre les replis de 1 intestin ; elle est brune. Les organes de la génération sont rejetés à l'arrière de l'abdomen. Il y a une grande vessie aérienne, qui occupe toute la longueur de l'abdomen ; ses parois sont minces et transparentes. Les reins sont très-longs : ils forment un corps trièdre , qui s'étend depuis le diaphragme jusqu'au- delà de l'anus; arrivés sur les interosseux de l'anale, ils donnent une sorte de petite vessie étroite et cylin- drique qui remonte à l'anus. Nous avons trouvé dans l'estomac des débris de poissons. Une particularité remarquable dans l'anatomiede l'espadon consiste dans la structure de ses branchies, les lames qui les composent ne sont pas simple- ment, comme dans la plupart des autres poissons, placées à côté les unes des autres , et attachées par leur base à l'arceau qui les porte, et par une portion de leur longueur aux lames de la face opposée de la branchie; mais chaque lame s'unit à ses deux voi- sines par de petites lamelles transversales jusque très- près de son extrémité, en sorte que la surface de la branchie ressemble plutôt à un réseau qu'à un peigne. Ce n'est que vers le bout que les pointes des lames deviennent libres, et forment ainsi un double bord à la branchie. Walbaum a déjà connu cette structure et la décrit, jusqu'à un certain point, dans l'Anatomie qu'il a 264 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. donnée de ce poisson. INIais une circonstance sur laquelle il n'a point assez insisté, c'est que chaque branchie est double, ou, en d'autres termes, fendue jusqu'à sa racine en deux feuillets, qui s'écartent comme les feuillets d'un livre, en sorte que, bien qu'il n'y ait que quatre arceaux de chaque côté , on peut dire qu'il y a huit branchies, sans compter la demi- branchie attachée à Topercule. Cette conformation n'avait point échappé à Aris- tote. a Tous les chiens de mer ont cinq lames à leurs „ branchies , et toutes doubles , c'est-à-dire garnies ^( de lames des deux côtés. L'espadon les a doubles (( aussi et au nombre de huit. » Cette asseriion nous a long-temps paru inintelli- gible, mais l'inspection de ces parties nous l'a très- bien expliquée. C'est dans le nerf optique de l'espadon que l'on a observé, pour la première fois, cette structure, com- posée d'une lame médullaire, plissée et renfermée dans un étui cyhndrique, qui s'est retrouvée ensuite dans le thon et tant d'autres poissons. Malpighi en a donné une belle figure. ^ L'oeil de l'espadon est remarquable surtout par sa sclérotique, qui n'a pas seulement, comme celle des autres osseux, dans son épaisseur deux pièces cartilagineuses qui y occupent plus ou moins d'es- pace, mais bien deux pièces osseuses qui,s'arliculant ensemble par deux sutures , l'enveloppent entière- 1. Malpigliii Oper. , II, de cerehro , p. 8, copié dans Blasius, Anat. anim., pi. 49? fig- ij ^t ailleurs. CHAP. VIIT. ESP.\DONS. 265 ment, ne laissent qu'une ouverture ronde en avant pour la cornée transparente, et une irrégulière en arrière pour le passage des nerfs et des vaisseaux. La tête osseuse de l'espadon, malgré son appa- rence insolite, se laisse assez flicilement ramener à la composition des autres acanthoptérygiens. Les cinq crêtes ordinaires ne se montrent qu'à l'arrière du crâne, et c'est aussi là que sont reportés l'interpa- riélal, les pariétaux , les mastoïdiens, formant ensem- ble une rangée dos; les occipitaux externes, placés en arrière des pariétaux et aux côtés de Tinterpa- riétal; les occipitaux latéraux et les rochers, formant une deuxième rangée; enfin l'occipital inférieur. En revenant vers l'orbite, on trouve une grande aile an- guleuse, et au-dessus d'elle le frontal postérieur en dehors, et l'aile orbitaire en devant. L'espace antécé- rébral est médiocre. On voit au-dessous une grande cavité ouverte en avant, et entourée en dessus par le plancher des grandes ailes, au fond par l'occipital inférieur , en dessous par le sphénoïde. Ses bords .sont formés par des parties montantes du sphénoïde et par les angles ou arêtes des grandes ailes; l'espace interorbitaire est très-grand. Il est recouvert en des- sus par les deux frontaux principaux, qui sont plats, oblougs, et qui se portent plus en avant d'une lon- gueur égale à celle de cet espace. La face antérieure de cet espace est occupée par les frontaux anté- rieurs, qui se touchent l'un l'autre par leur bord interne ; ils occupent aussi la partie latérale en avant de l'orbite, où sont les fosses nasales. Le nerf arrive à ces fosses par un trou de ces frontaux antérieurs. 266 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Le dessous de l'espace interorbitaire est formé, comme a l'ordinaire, par le sphénoïde. Je ne trouve pas de sphénoïde antérieur dans mes squelettes. Il reste à expliquer le bec. Les frontaux font des- cendre leurs pointes antérieures jusqu'à sa racine supérieure. Entre eux commence l'ethmoide, qui les dépasse en avant, et montre au-dehors la figure d'un rhombe très-alongé. Mais quand on le détache, on voit qu'il remplit, par une dilatation celluleuse et que l'on prendrait presque pour les cellules de l'eth- moide d'un quadrupède, tout l'espace qui fait l'épais- seur de la base du bec, entre les deux narines, au- -devant des frontaux antérieurs et sous les frontaux principaux. Les frontaux antérieurs participent de cette nature celluleuse de l'ethmoide, et contribuent avec lui à remplir la solidité de la base du bec. La pointe de l'ethmoide est enchâssée entre les branches d'un os impair, qui s'étend au-devant de lui jusqu'au bout du bec dont il forme l'axe, et qui est le vomer. Aux côtés du vomer sont unis deux autres os, qui forment les bords de cette proéminence singulière,, et qui représentent évidemment les deux intermaxil- laires. Enfin , les maxillaires sont représentés par deux os oblongs, collés le long des côtés de la base du bec, au-dessous des frontaux antérieurs et des pointes avancées des frontaux principaux, et au-dessus de la partie postérieure des iniermaxillaires. Ils donnent chacun une branche qui les prolonge en arrière, et à la face interne de laquelle s'unit le palatin. L'épée ou hec des xiphias est donc composée, dans presque toute sa longueur, du vomer et des; CHAP. VIII. ESPADONS. 267 intermaxillaires , et renforcée à sa base par l'eih- moide, les frontaux, les maxillaires; enfin, séparée des orbites et de l'espace interorbitaire par les fron- taux antérieurs. Ce vomer, qui se bifurque en dessus pour em- brasser l'ethmoïde, forme en dessous une lame qui se glisse sous le sphénoïde jusques au-dessous des cloisons antérieures des orbites. Dans les jeunes sujets on voit des traces de su- tures, qui pourraient faire croire que ce que nous avons appelé les branches montantes du vomer, ap- partient plutôt aux nasaux. La substance de cette épée est une cellulosité ser- rée à l'intérieur, revêtue à la surface d'une lame osseuse très -compacte. Quatre tubes la parcourent dans sa longueur et y conduisent les vaisseaux ; ainsi on ne peut pas dire que sa structure soit tubuleuse. Dans le reste du squelette on peut remarquer la longueur du surscapulaire fourchu, et celle du sca- pulaire, qui a la forme d'un stylet. L'huméral, au contraire, est court et large, et c'est à quoi tient l'abaissement des pectorales. Le cubital n'a point de trou ni d'échancrure, et forme avec l'huméral une large surface, qui doit donner de grandes attaches aux muscles de ces nageoires. Je ne trouve point de traces de bassin, ni de ventrales. L'épine a vingt -cinq vertèbres, dont quatorze abdominales, de forme approchant de celle d'un prisme. Leurs apophyses épineuses supérieures, ainsi que les inférieures de la queue , se portent oblique' 268 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. ment en arrièie en se dilatant. Les premières sont embrassées à la base de leur bord postérieur par deux petites apophyses articulaires, que donne, dans une direction à peu près verticale, le bord antérieur de la vertèbre suivante. Les interépineux de la dorsale et de l'anale sont très-comprimés, en forme de lames longitudinales et contiguès. Toutes ces dispositions doivent laisser peu de flexi- bilité au corps. L'avant-dernière vertèbre unit ses apophyses épi- neuses aux bords supérieur et inférieur de la der- nière, qui a de chaque côté une petite crête. Les côtés sont simples et assez courtes. La première paire est un peu dilatée. Un poisson aussi remarquable que l'espadon par sa taille et par sa conformation n'a pu être ignoré à aucune époque. Tous les anciens en parlent de manière à prouver qu'il leur était fort connu; ils décrivent son arme et les coups qu'elle porte, les combats qu'il soutient, les attaques qu'on lui livre, les ruses par lesquelles on l'attire, et ils les décrivent à peu près comme les modernes/ On en pèche en effet dans toute la Méditer- ranée; mais c'est près de la Sicile, et surtout 1. JEïien, 1 IX, c. 4o: I.XIV, c. 25. Oppien , l.H, v. 464,et 1. m, V. 547. Ovide, Hal. , v. G7. Pline, 1. XXXII, c. 2 et 1 1 ; etc. CHAP. VIII. ESPADONS. 269 aux environs du Phare, qu'il s'en voit le plus. Dès le temps des anciens on avait en grande estime ceux de ces parages.^ En Sardaigne on n'en prend que très-peu , et seulement à l'époque du passage des tlions, dont l'espadon accompagne quelquefois les colonnes. C'est à peine, dit Cetti , si sur toutes les côtes de l'île il s'en prend deux douzaines par année, et l'on en fait d'autant moins de compte, qu'ils sont de grande taille et ont passé de beaucoup l'âge ou leur chair est ten- dre et agréable.^ Cetti, à cette occasion, fait remarquer com- bien se trompent ceux qui, comme Paul Jove, prétendent que l'espadon poursuit les thons, et que cest même la peur qu'ils en ont qui les contraint à leurs grandes émigrations. Il ne fait pas plus ti'impression sur les thons, dit-il, que ne feraient leurs semblables, et loin d'être ennemis, on dirait que ces deux genres de poissons se connaissent, et aiment à se trouver ensemble.^ Nous avons beaucoup vu et mangé de petits espadons à Gènes, où ion a coutume de leur couper le museau avant de les porter au marché. 1. A^chestratus , ap. Aihen. , 1. VII, p. 3i4. — -• Cetti, p. gS et 94. ~ 3. Cetti, t. UI, p. i45. 270 LIVRE TX. SCOMBÉROÏDES. Il en vient à Nice toute Tannée, et surtout au printemps, qui pèsent depuis deux jusqu'à trois cent cinquante livres'. Nous en avons reçu un très-grand de Toulon, et M. Savigny nous en a apporté de Naples de plusieurs tailles. Selon Bélon, l'espèce est assez rare sur les côtes de France ; mais le même auteur la dit commune à Constantinople.^ ^lien prétend même qu'il y en a, et de fort grands, dans le Danube ^ et cependant Pallas n'en fait aucune mention dans sa Zoographie russe , où il a traité avec détail de plusieurs poissons de la mer Noire. L'espadon, surtout l'adulte, sort quelque- fois de la Méditerranée , et remonte assez haut dans le nord. Il s'est montré le long des côtes de l'Espagne sur l'Océan'^, et de temps en temps on en prend sur celles de France ^ Pennant en cite un , pris sur la côte du comté de Caer- marthen, dont l'épée avait trois pieds de long.^ Gesner en donne une tîgure faite sur la mer d'Allemagne^ Oléarius* et Schelhammer^ en ont décrit et représenté des côtes du Holstein. 1. Risso, p. loo. — 1. Bélon, Aquat. , p. 109. — 3. .'Elien, 1. XIV, c. 23. — 4. Cornide, p. 10. — 5. Duhamel, sect. 9, p. 334. — 6. Brit. zool, t. m, n." 60, p. i43. — 7. Gesner, Fisc, p. 58o. — 8. Cabinet de Gottorp , p. 4o , pi. 25. — 9. Anat. xiphiœ piscis , ap. Valent., Amphit. zoot., t. II, p. 102. CHAP. VIII. ESPADONS. 271 Schonevelde' dit qu'on en prend quelquefois de petits dans le golfe d'Ékeford, sur la côte orientale de ce pays. Un gros, qui échoua en 1682 à file de Linde, est décrit par G. Hannoeus, dans les Éphémé- rides des curieux de la nature (décad. II , ann. 7, obs. 107); en sorte qu'on est étonne de ne pas voir figurer cette espèce dans le Catalogue des animaux du Danemarck, de Millier. Elle entre même bien plus avant dans la Baltique. Walbaum en a décrit et disséqué deux auprès de Lubeck^ Schonevelde en avait vu un autre, jeté par les flots sur le rivage du pays de Mecklenbourg, que deux chevaux eurent de la peine à tirer à terre. Sa longueur était de onze pieds. ^ Rcelpin, professeur de Greifswalde, en Po- méranie, en décrit un dans les Mémoires de Stockholm (t. XXXI, 1770, p. 5), qui avait été pris à quatre milles de cette ville en 1764, et parle de trois autres de la même côte. Les pêcheurs de Prusse , au rapport deWul- fen"^, en prennent quelquefois dans la Baltique 1. Ichljol. slesv. et holst. , p. 35. 2. Collection de Berlin, t. X, p. 70, et dans son Artedius reno- i/atus , part. 2, p. i46. 1 3. Schonevelde, loc. cit. 4. Uhthyol. cum amphib. regn. Boruss., p. ai. 272 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. de huit pieds de longueur, et à leur grand dom- mage, car leurs filets en sont presque toujours déchirés. Klein, en effet, en décrit un des envi- rons de Dantzig', et Hartmann un autre des en- virons de Pillau^. Bock, dans son Histoire natu- relle de Prusse, a rassemblé des renseignemens surJ^eaucoup d'individus pris à différentes époques le long des côtes de ce royaume.^ Georgii n'a donc pas hésité à le placer dans son Histoire naturelle de Russie (3f part, y t. VJI, p. 1908). Linnaeus et Retzius l'ont également nommé dans celle de Suède '^ 5 mais il n'en est pas question dans celle de Groen- land, et en général il n'est pas certain qu'il traverse l'océan Atlantique. Pennant ne le place qu'avec doute dans le nord de l'Amérique , et soupçonne que Ca- te^by, en le nommant, n'a entendu parler que de l'orca ou du cachalot à haute dorsale.^ Effectivement, M. Mitchill n'en parle point parmi ses poissons de Nev^-York. Je n'en trouve non plus aucune mention dans les au- 1. Miss. pisc. , t. IV, p. 17. 2. Ephem. nat. cur. , déc. 5 , ann. 2. 3. Bock, Histoire naturelle économique de la Prusse orientale et occidentale, t. FV, p. SSg à 543. 4. Faim. suec. , 2/ édit., p. 5o5 ; édit. de Retzius, p. 3iG. 5. Artic' zooh, t. U^ p. 364. CHAP. VIIT. ESPADONS. 273 teurs qui ont écrit sur les poissons des parages plus méridionaux de l'Amérique, ni dans ceux qui ont traité des poissons de la mer des Indes, mais comme beaucoup d'autres poissons de la Méditerranée, il paraît suivre la côte d'Afrique jusqu'au Cap. MM. Quoy et Gaimard en ont dessiné un au cabinet de la ville du Gap , que je ne pourrais distinguer en rien de ceux des mers d Europe. On cite parmi les habitudes de l'espadon celle d'aller ordinairement par paires , un mâle et une femelle. Bloch l'assure d'après le clieva- lier Hamilton, et cela s'accorde avec ce que M. Rafinesque raconte d'une espèce voisine. Pline rapporte, sur le témoignage de Tre- bius-Niger, que, près d'un lieu des côtes de Mauritanie, nommé Gotta, non loin du fleuve Lixus, il était arrivé à des navires d'être per- cés par le bec du xiphias, et d'en être cou- lés bas^ On a voulu contester ce fait*, et ce- pendant Gornide en cite expressément un fort semblable , d'une palandre espagnole , sur la côte de Galice, qui fut au moment de périr, pour avoir été percée par un de ces poissons, et assure que la planche et le bec, qui sy était implanté, sont conservés au Cabinet royal de 1. Pliae, 1. XXXU; c. a, — 2. Bioch . pail. 5, p. 26. 8. 18 27 A LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Madrid \ On doit comprendre que de tels accidens ne peuvent arriver qu h des bâtimens légers et vieux ^ mais ce qui arrive souvent, c'est de trouver des becs de ces poissons rompus dans des carènes de navires. iElien (1. XIV, c. 23) en cite déjà un exemple. La pèche de l'espadon, dit Brydone, est plus divertissante que celle du thon. Un homme monté sur un mât ou sur un rocher du voisi- nage avertit de son approche : on l'attaque avec un petit harpon, attaché à une longue ligne, et on le frappe souvent de tort loin. C'est exacte- ment la pêche de la baleine en petit. Quelque- fois on est obligé de le poursuivre des heures entières avant de l'atteindre. Les pécheurs sici- liens, qui sont très-superstitieux, chantent une certaine phrase, que Brydone croit grecque, et qu'ils regardent comme un charme pour amener l'espadon près de leur bateau. C'est la seule amorce qu'ils emploient : ils prétendent qu'elle est d'une efficacité merveilleuse, et qu'elle contraint le poisson à les suivre, au lieu que si malheureusement il entendait prononcer un mot italien, il se plongerait aussitôt dans l'eau, et on ne le reverrait plus.* 1. Coriiide, Ensajo , etc., p. lo. 2. Voyage en Sicile et à Malte,, trad. franc. , t. II, p. 2G5 CHAP. VIII. ESPADONS. 27S C'est la pèche que décrit déjà Strabon, d'a- près Polybe (l. I, p. m. 24), et qu'il croit avoir été en usage dès le temps d Ulysse. Au reste, la chanson dont parle Brydone n'est point grecque. Kircher la rapporte dans sa Musur^ia^ et c'est un assemblage de mots qui ne sont d'aucune langue. Oppien parle dune pèche plus curieuse en usage de son temps , oii l'on employait des barques auxquelles on donnait la forme de ces poissons , atîn de leur ôter toute dé- fiance.* La chair des jeunes espadons est parfaite- ment blanche , compacte , fine et d'un excel- lent goût, ainsi que nous l'avons éprouvé plusieurs fois. Celle des vieux prend d'autres qualités. Brydone dit qu'elle ressemble plus au bœuf qu'au poisson , et qu'on la découpe en côtelettes^. On la compare en général à celle du thon, ainsi que nous l'avons dit; je l'ai trouvée en effet très-ferme, mais de bon goût. Les Siciliens salent le xiphias, et cet usage avait aussi lieu chez les anciens. C'était le morceau de la queue ( ïurœuni) qui était sur- 1. Oppien, Hal. , c. 3, v. 547 ^t suir. 2. Brjdone, loc. cit., p. 265. 276 LIVRE IX. SCOWBÉROÏDES. tout estimé ^ Aujourd'hui on prépare ses na- geoires, que Ton appelle callo. Nous devons parler à ce sujet d'un passage de Pline sur le xiphias, qui a donné carrière aux conjectures des commentateurs. Dans sa grande énumération alphabétique des cent soixante- quatorze genres, qu'il croyait comprendre tous les animaux aquatiques (l. XXXIi, c. 1 1, auT.), les éditions ordinaires portent ces mots : tonius thiirianus qiieni alii jciphiam vacant j ce qui n empêche pas qu'à la fin de la liste ne se trouve à IX le mol xiphiœ. Dans les premières éditions ce passage était écrit : thjnnus tlu^anus quem, etc., et dans quelques manuscrits : tinus, tia- nus. C'est Hermolaus-Barbarus qui l'a changé en tonius thurianus. ^ 11 s'appuyait, d'une part, sur deux passages d'Athénée, où il est dit, selon lui, que les Romains appelaient thinnanuni un morceau de chien-marin ou carcharias^; et de l'autre, sur ce que dit Strabon, que les xiphias se nomment aussi cahotes et chiens"^. C'est en partant d'une conjecture si légère que, déri- vant ^v^iocvQç de thuriimiy on a conclu qu'il y 1. Arcliestratus , ap. Athen. , 1. Vil. p. 5i4- 2. Hermol. Bdrhar. castigationis in Plinium, p. 36 J. 3. Athénée, l.VI, p. 274, et l. VU. p. 3io. 4. SlraboD; 1. 1; p. m. 24. CHAP. VIIT. ESP.\DO>'S. 277 avait àThurium de grandes salaisons de xiphias, et qu'on l'y préparait d'une façon particulière j mais tout cela est imaginaire. Le passage de Strabon est susceptible de plusieurs explica- tions; et dans le second de ceux d'Athënée, c'est ^v^aioùv, et non %p(xvcy , que porte le texte; etDalechamp, qui le cite pour soutenir l'opi- nion d'Hermolaus , le falsifie en substituant Il résulterait d'ailleurs de cette correction que le thon ne serait pas nommé dans cette longue énumération que Pline fait des pois- sons. Aussi Hardouin n'adopte-t-il pas cette idée d'Hermolaus; il croit qu'il faut lire : thyn- nus; thranis queni alii xipliicun vocant. Il a trouvé en effet dans un manuscrit, comme dans les éditions antérieures àHermo- laus, thjnnus , thranus , et dans un autre, thfnnis, thranis, et cette leçon est complè- tement confirmée par lui passage de Xéno- crate, dans Oribase (1. XI, c. 08), où il est dit que le thranis ou le xiphias est un pois- son cétacé qui se coupe par morceaux, et où l'on attribue à sa chair les mêmes qualités quà celles du thon. On trouve aussi dans Hési- chius le nom de Bo^ivavç pour un de ceux du xiphias ; et c'est cette correction que dès long- temps Salvien avait voulu opposer à celle d'Her= 278 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. molaus, dont il sentait le peu de consistance.' Nous savons peu de chose sur la reproduc- tion de ce grand poisson. Tout ce qu'il en est dit, c'est quil dépose ses œufs en grande quan- tité sur les cotes de Sicile.^ Du prétendu Xi prias imperator de Bloclu Blocli, dans son Système posthume (p-93y et pi. 2i), a introduit une espèce de xiphias, qu'il nomme imperator^ et qu'il ne fait reposer que sur une figure de Duhamel (sect. g, pi. 21, fig. 2) , donnée comme celle d'un poisson pé- ché à l'embouchure de la Loire en 1777? que^ l'on montrait à Nantes pour de l'argent. Du- hamel raconte en effet {ih. p. 334) ^^^^ ^^ dessin lui fut envoyé de Nantes avec cette indication par un M. Bonamy ; mais nous pouvons affirmer, nous, que Bonamy ne fit point faire son dessin sur nature , et qu'il se contenta de copier celui qu'Aldrovande^ donne comme la représentation du xiphias ordinaire. Il est arrivé ici ce que l'on a vu dans plu- sieurs autres circonstances. Aldrovande a don- né, comme pour beaucoup d'autres espèces, 1. Salvien, fol. 127. — 2, Blocli, paît. 5, p. 24 S. Pisc, p. 332. CHAP. VIIL ESPADONS. 279 une figure fausse; Bonamy, qui ignorait l'ich- tyologie et peut-être le dessin, voulant faire comprendre à Duhamel ce que c'était que ce poisson inconnu que Ton montrait à Nantes, a calqué la première figure qui lui est tombée sous la main ; Duhamel qui , malgré son gros livre sur les poissons, ne les connaissait guère mieux que Bonamy, a répété purement et sim- plement ce que ce dernier lui avait envoyé; Bloch a répété à son tour larticle de Duhamel, et c'est ainsi que l'on aurait bientôt dans tous les ouvrages d'ichtyologie un xiphias impera- torj avec de petites ventrales et d'autres ca- ractères, tous dérivés originairement d'une mauvaise figure d'Aldrovande. 280 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. CHAPITRE IX. Des Tétraptures , du Makaira et des Voiliers. DES TÉTRAPTURES. Les tétraptures sont des scombéroïdes à museau alongé et pointu , comme celui des espadons, mais qui ont des ventrales, et dont la queue a de chaque côté, comme dans les maquereaux, au lieu d'une carène, deux pe- tites crêtes. Ce genre a été établi par M. Rafi- nesque d'après Xa^uia ou aguglia pelerana des Siciliens. ^ Le Tétrapture aguïa. {Tetrapturus helone^ Rafîn.) Ce poisson , qui était entièrement inconnu des naturalistes avant l'observateur que nous venons de citer, nous a été apporté en sque- lette de Sicile par M. Riberon , et nous nous sommes assurés qu'il réunit tout ce qui dans 1. Rafinesque , Caratteri di alcuni nuovi generi et nuoae specie di animali e piante délia Sicilia ; Palerme, i8to, in-S."; p. 54, pi. 1, %. 1. CHAP. IX. TÉTRAPTURES. 28^! les caractères du xiphias ordinaire peut être considéré comme des indices de rapports na- turels, et même qu'il lie ce xiphias avec Fliis- tiophore. Sa hauteur aux pectorales est huit fois dans sa longueur; et son épaisseur deux fois dans sa hauteur, La longueur de sa tête est du quart de sa longueur totale; et le museau, jusqu'aux narines, prend la moitié de celle de la tête. L'œil est placé de manière qu'en partant de son centre il y a trois parties jus- qu'au bout du museau, et deux jusqu'au bord de l'opercule. Le museau est en forme de stylet, élargi à sa base pour l'unir au front; arrondi en dessus, légèrement aplati en dessous. Sa base a un sillon longitudinal. La mâchoire inférieure avance jusque sous son mi- lieu. La bouche est fendue jusque sous le milieu de l'œil, et le maxillaire se prolonge jusque sous son bord postérieur. Les bords des deux mâchoires sont garnis d'une large bande de dents en fort velours, serrées comme à une râpe. Ces deux bandes se rap- prochent en avant à la mâchoire supérieure, et mar- chent ainsi côte à côte sous la partie proéminente du museau. Chaque palatin a aussi une bande courte de dents semblables , mais il n'y en a pas au vomer. Les pharyngiens, qui en général ont une forme alon- gée, sont aussi garnis de dents en velours. Sur les arceaux des branchies il n'y a , connue dans l'espadon vulgaire , qu'une légère âpreté sans tubercules ni dentelures. Le premier sous -orbi taire, qui marche 282 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. entre l'oeil et le maxillaire, est fort étroit, mais les suivans sont élargis et couvrent la joue d'une lame mince, garnie d'écaillés pointues comme dans les thons. Le préopercule est plat et arrondi, avec un angle très-obtus. L'opercule est plus long que haut, et de forme quadrangulaire. L'interopercule occupe seulement le dessous du préopercule, et le suboper- cule celui de l'opercule. La ligne qui les sépare descend obliquement en arrière depuis l'angle du préopercule. Dans le sec les bords de ces pièces sont amincis et comme frangés par les fibres des os qui les composent. Il y a sept rayons à la membrane des ouïes comme dans l'espadon. M. Rafmesque n'en compte que six, mais c'est une erreur. L'épaule n'a de remarquable que la longueur de ses deux premiers os, et la position très -basse qui en résulte pour les pectorales. Elles sont placées au niveau du subopercule; leur forme est un peu celle d'une faux; leur longueur du dixième du total; leurs rayons au nombre de dix-huit, dont les derniers très- petits. Les ventrales ne consistent qu'en un seul brin osseux, comprimé, d'un tiers plus long que la pecto- rale et finissant en pointe grêle ou plutôt en filament. Il représente Tépine des ventrales ordinaires des acanthoptérygiens. Je soupçonne que dans le frais il y a quelques vestiges de rayons mous à sa base; mais dans ce squelette il n'en reste pas de trace distincte. La première dorsale commence au-dessus du mi- lieu de l'opercule ; le premier et le second rayon en §ont tiès-couris; le troisième et le quatrième s'alon- CHAP. IX. TÉTP.APTURES. 283 geiit par degrés; le cinqurème, le sixième et le sep- tième sont les plus longs, et égalent presque la hau- teur du corps sous eux. Ils décroissent ensuite jus- qu'au douzième ; à partir duquel ils gardent à peu près la moitié de cette hauteur. Vers la fin ils s'abais- sent encore davantage, et les trois ou quatre derniers sont fort petits. Tous sont épineux, mais assez minces, proportion gardée; et si l'on excepte les trois pre- miers, ils sont un peu frangés à la pointe, comme si les fibres de l'os s'y étaient séparées. Le quarante- troisième termine cette première nageoire , et immé- diatement après commence la seconde, qui se relève en forme de rhomboïde, et se compose de six rayons branchus , dont le dernier fait un peu la pointe. La première anale commence sous le trente- deuxième rayon de la dorsale; elle a d'abord un rayon court, puis un plus long. Le troisième ei le quatrième le sont le plus et égalent presque la hauteur de la partie déjà amincie du corps qui est au-dessus d'eux. Ils diminuent jusqu'au neuvième. Les suivons, jus- qu'au quinzième et dernier, sont fort courts, au point que M. Rafinesque paraît ne les avoir pas aperçus. Leurs extrémités sont divisées ou frangées comme dans la première dorsale. Il y a entre la pre- mière et la seconde anale un intervalle plus marqué qu'entre les dorsales; la seconde répond à la deuxième dorsale par la position, la forme et la grandeur ; mais elle a un rayon de plus. On lui en compte sept. Ni l'une ni l'autre n'est adipeuse , comme l'annonce M. Rafinesque. Entre ces nageoires et la caudale est un espace 284 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. nu, du treizième de la longueur totale, et dont la hauteur n'est pas moitié de la longueur. La caudale est un grand croissant, dont chaque lobe est du cinquième de la longueur totale, et l'écar- tement de leurs pointes à peu près de même dimen- sion. Il n'y a proprement que quinze rayons entiers , auxquels s'en ajoutent dix, diminuant par degrés le long de chaque bord. Tous ensemble sont roides et soudés, de manière que la caudale ne peut se plier. De chaque côté de sa base sont deux petites crêtes saillantes. Tels sont les caractères extérieurs que nous avons déjà pu vérifier sur ce squelette. D'après le rapport de M. Biberon , qui a vu le poisson frais , la peau était semblable à celle de l'es- padon, mais un peu plus lisse ; la couleur du dos était d'un brun bleuâtre; celle du ventre d'un blanc ar- genté; l'œil avait l'iris argenté. La plus grande partie de la dorsale se cachait dans un sillon du dos. Sauf les différences de proportion des parties, la tête osseuse du tétrapture ressemble beaucoup à celle de l'espadon commun , mais ses maxillaires sont moins en avant, et son occiput est plus alongé et plus rétréci. Ses branchies sont aussi, comme dans l'espadon, composées chacune de deux lames, non pas divisées en simples feuillets , mais réticulées ; toutefois les feuillets sont plus saillans , et les mailles sont ca- chées dans le fond de leurs intervalles, excepté vers la base , où elles paraissent à la surface. CHAP. IX. TÉTRAPTURES. 285 Ses vertèbres, au nombre de vingt- quatre, sont beaucoup plus alongées qu'au xiphias, et près de quatre fois plus longues que larges. Chacune d'elles a une très-large crête verticale, placée de manière qu'elle répond en partie sur la vertèbre suivante, qui l'embrasse par deux longues apophyses dirigées en avant, d'où il résulte que l'épine doit avoir très- peu de mobilité dans le sens latéral; une structure analogue, mais plus singulière encore, a lieu sous les vertèbres de la queue. Leur anneau inférieur donne en arrière une large lame qui se porte sous la vertèbre suivante, mais en laissant un espace libre entre elle et les corps des vertèbres ; et il donne en avant deux longues apophyses, qui embrassent la lame fournie par la vertèbre précédente, et même s'y soudent entièrement. Les vertèbres abdominales, au nombre de douze, portent chacune, de chaque côté, une côte simple, qui n'embrasse pas tout l'abdomen. La première paire est aplatie en lame de faux. La dernière vertèbre caudale a de chaque côté une petite crête, comme dans beaucoup de scombres. Les interépineux, soit de la dorsale, soit de l'anale, surtout à leur partie antérieure, sont aussi très-larges et en partie réunis les uns aux autres. M. Rafinesque annonce que ce poisson de- vient très -grand , qu'il pèse cent cinquante livres et atteint quatre ou cinq pieds de lon- gueur. Nous sommes certains qu'il va au-delà, car notre individu eu a six. â86 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Il avait été pris au harpon , auprès de Mes- sine, dans le détroit. La chair du tétrapture est blanche , mais d'un goût médiocre. On l'appelle aussi à Messine aguglia im- périale. Selon M. Rafinesque , c'est un poisson de passage, qui ne paraît que très-rarement sur les cotes de Sicile, si ce n'est en automne, lorsqu'il poursuit les coryphènes, les pilotes et les exocets, dont il iait sa principale nourri- ture. On a observé qu'il va ordinairement par paires, un mâle et une femelle ensemble, et qu'ils se prennent le plus souvent tous les deux dans les mêmes filets. C'est ce que l'on raconte aussi de l'espadon vulgaire. Le Tétrapture des Indes. {Tetraptiums indicus , nob. ) Broussonnet rapporte à la fin de son Mé- moire sur le voilier^ que sir Joseph Banks lui avait communiqué la figure d'un poisson pres- que entièrement semblable, avec cette diffé- rence, que les rayons delà première dorsale étaient très-courts. Il avait été pris dans les parages de Suma- tra, était long de neuf pieds et pesait deux CHAP. IX. TÉTRAPTURES. 287* cents livres. Les Malais de cette île le nom- maient joo-hoo. Nous en avons vu le dessin. Son museau est plus long à proportion, et du cinquième de sa longueur; ses ventrales en ont à peine moitié autant. Sa première dorsale , d'abord élevée en pointe des trois quarts à peu près de la hauteur du corps sous elle, s'abaisse rapidement, et demeure quatre ou cinq fois plus basse sur tout le reste de sa longueur. On croyait que c'était le mâle du voilier à dorsale haute ; mais cette idée est peu vrai- semblable : c est sous tous les rapports un te- trapturus , et même fort voisin de celui de la Méditerranée, mais à bec plus alongé. Peut- être est-ce à lui qu'appartient lun des becs inconnus que nous décrirons à la fin de ce chapitre. Cest un objet que nous devons re- commander à la sollicitude des navigateurs. DU MAKAIRA.i M. de Lacépède a publié dans son quatrième volume (pi. i3, fig-3), un dessin et (p. 688 et 689) quelques traits de la description d'un grand poisson de la famille des espadons, qui 1. Mahaira noirâtre, Lacép. j Xiphias makaîra , Shaw, t. IV; part. 1, p. 10/4. 288 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. fut pris auprès de la Rochelle, à la suite dune tempête (en Octobre 1802), par des pêcheurs de l'île de Ré, et auquel on donna, je ne sais pourquoi, dit -il, le nom de niakaira. Le pourquoi n'était cependant pas difficile à trouver : f^ocxui^oc, en grec, aussi bien que ïiiachœra et inachœriwn en latin, signifie une épée ou un poignard f et quelque Helléniste de la Rochelle aura trouvé tout simple d appliquer cette dénomination à une espèce aussi voisine que celle-ci de l'espadon ou xiphias ordinaire; seulement celui qui avait rapporté ce nom à M. de Lacépècle, l'avait mal orthographié. Cependant ce n'était pas tout- à -fait un espadon, pas même, comme on pourrait le soupçonner d'après sa figure, un espadon qui aurait eu le bec mutilé; car ce bec, au rap- port de M. Fleuriau de Bellevue, naturaliste bien connu de la Rochelle, n'était ni aplati ni tranchant, mais arrondi, droit, uni, sans sillons et d'une substance assez semblable à l'ivoire. Par cette circonstance, ainsi que par la brièveté de cette arme, qui n'avait pas le cinquième de la longueur totale , ce niakaira ressemblait au tetiapturusj il lui ressemblait encore par les deux crêtes ou boucliers qui gar- nissaient chacun des côtés de sa queue, ainsi que parla disposition générale de ses nageoires; CHAP. IX. Mx\KA1RA. 289" mais la figure originale ne lui donne point de ventrales, et lui place les pectorales très-bas, comme au xiphias vulgaire. Cette figure, la seule que l'on en ait prise et que nous avons retrouvée dans les papiers de M. de Lacépède, est très-grossière et faite par quelque pécheur. Son corps y paraît aussi épais qu'aux plus vieux espadons, car sa hauteur fait le tiers de sa longueur. Sa première dorsale y forme un triangle vertical, dont la partie antérieure est deux fois plus haute que le corps lui-même; après avoir occupé sur le dos un espace presque égal à la moitié de la hauteur totale, elle se termine au pied de la seconde dorsale, qui forme elle-même un autre triangle, près de trois fois moindre en tous sens que celui de la première. Il n'y a qu'une anale, commençant sous le quart postérieur de la première dorsale, et paraissant se terminer sous le tiers postérieur de la seconde, qu'elle égale en hr.uteur, mais quelle surpasse en longueur. La caudale forme un grand croissant, dont les deux pointes sont écartées de près du tiers de la longueur totale. Les pectorales ont à peu près le cinquième de cette longueur. Mais il faut observer que les dimensions écrites à coté des parties ne s'accordent point avec le dessin, qui doit par conséquent être très- défectueux dans ses proportions. Ainsi Ton y dit la longueur du corps de dix pieds j celle 290 LIVRE IX. SGOMBÉROÏDES. de l'épëe de deux pieds ; celle des pecto- rales d'un pied onze pouces : la hauteur de la première dorsale d\m pied onze pouces; celle de la deuxième de neuf pouces : la distance d'une pointe à l'autre de la queue de quatre pieds. M. de Lacëpède a fait refaire le dessin d'a- près ces dimensions écrites; mais je crois qu'il a trop raccourci le corps, et que l'auteur du dessin n'entendait pas comprendre dans les vingt pieds l'épée ni la caudale. Cette peinture est entièrement barbouillée de noir. On y a marqué des rayons aux na- geoires dorsales et anale ; mais je ne pense pas que l'on ait songé à les compter exacte- ment. Ce poisson pesait cent trente livres. Sa chair était très-blanche, compacte , un peu sèche et d'un goût assez fade , selon M. Fleuriau. Néan- moins il est dit que quelques habitans de File de Ré en mangèrent avec plaisir. On m'avait assuré que sa tête était encore conservée à la Rochelle , et je m'empressai d'en demander des dessins et des dimensions plus précises; M. d'Orbigny , correspondant du Mu- séum d'histoire naturelle dans cette ville, a bien voulu se charger de cette tâche ; mais il s'est trouvé que la tête dont on m'avait CHAP. IX. VOILIERS. 291 parlé, est celle d'un voilier, pris plus ancien- nement. Elle n'en constate pas moins un fait très-curieux, car elle porte pour étiquette de la main de feu M. de Lafaye : tête de makaira, péché a Vile de Ré, Juin 1772. On voit aussi par là que le nom de makaira pour la famille des poissons à épée , est d'un usage antérieur à 1802. DES VOILIERS OU HISTIOPHORES. Les voiliers MQ diffèrent des tétraptures que par la grande hauteur de leur dorsale. Quoique décrits très -anciennement, ils ont été long- temps méconnus des naturalistes méthodiques. Artedi considéra le giiebucu de Margrave *, qui en est un, comme une variété du xipliias ordi- naire^ : cette erreur fut adoptée parLinnaeus; et bien que Bloch fait évitée, elle s'est reproduite dans Gmelin^ et dans M. de Lacépède (t. II, p. 296), qui ne Fa pas même rectifiée lorsqu'il a écrit un article spécial sur le voilier (t. III, p. 375). 'G est Broussonnet qui, le premier, a donné 1. Brasil., p. 171. 2. Artedi, Syn.pisc., p. 48. Cuebucu Margravii ad Aanc speciem tjuoque periinet, 3. Sjst. mit., p. II 49- 292 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. une description méthodique d'un voilier, jus*- qu'à présent la seule que l'on ait d'après na- ture *. Sa figure ^ n'est guère qu'une ébauche j mais il y en a une meilleure, faite, je crois, d'après le même individu, dans l'ouvrage de Shaw.^ Broussonnet a rangé ce poisson parmi les scombresj il l'a appelé scombre épée, et son exemple a d'abord été suivi par Bloch."^ M. de Lacépède, justement déterminé par la singularité de ses caractères et surtout de la hauteur de sa dorsale , en a fait un genre à part sous le nom distiophore^^ qu'il aurait dû orthographier histiophore (porte -voile, d'tVov, voile de navire). Long-temps avant lui, Hermann l'avait aussi séparé, et l'avait appelé notistiwn ou voile sur le dos y mais son travail à ce sujet n'a paru que dans ses Observations posthumes, en i8o4^. Bloch, dans son Système posthume, a été plus hardi encore, et l'a intro- duit dans le genre des xiphias ^. Shaw en avait fait autant de son côté, sans connaître encore le dernier ouvrage de Bloch. ^ 1. Mémoires de l'Académie des sciences pour 1786, p. 454- — 2. Ibid., pi. 10. — 3. Gêner. zooL, t. IV, part. 1, pi. i5, p. 101. — 4. Scomher gladius , Bloch, grande Ichtyologie, pi. 545. — 5. Lacépède, l. III , p. 074 et 3']^. — 6. Hermann, Obser. zool. ■posih., p. 3o5. — 7. Xiphias velifer, Bloch, Sjst. postk., p. 93. — 8. Xiphias platypterus, Shaw, Gen. zool, t. IV, part. 1, p. loi. CHAP. IX. VOILIERS. 295 Cest en effet des xiphias qu'il se rapproche le plus, quoi quen ait dit Broussonnet, trop servilement attaché aux méthodes artificielles en vogue de son temps, et lorsqu'il ajoute que le voilier se rapproche davantage de la famille des thons, il ne fait que confirmer l'affinité qu'il veut combattre; car c'est aussi de la fa- mille des thons que l'espadon se rapproche par les rapports naturels. Le Voilier des Indes. {Histiophorus indiens , nob.) L'individu décrit par Broussonnet, et qui est conservé au Muséum britannique, avait été rapporté de la mer des Indes par M. Banks : il n'a pas été comparé avec assez de soin à ceux d'Amérique , pour que l'on puisse avoir une idée positive de lidentité de l'espèce dans les deux océans; mais il faut convenir qua en juger d'après les figures de Margrave' et du prince Maurice % d'une part, et celles de INieuhof^, de Renard "^j de Broussonnet^ et de Shaw% de l'autre, et en tenant compte du 1. Brasil. , p. 171. — 2. Liber principîs , t. I, p. 4o3. — • S. Willugliby, appendice, pi. 5, %. 9. — 4. Renard, part. 1, fol. 34, %. 182; et beaucoup plus mal, part. 2, pi. 54, %• 233. — 5. Mém, de l'Acad. des sciences pour 1786, pi. 10, fig. 454» .— 6. Gêner, zool, t. IV, part, i, p. 101. 294 LIVRE ÏX. SCOMBÉROÏDES. peu de soin des anciens dessinateurs, la res- semblance de ces poissons doit être extrême. La description que nous allons donner de ce voilier des Indes, est prise en partie de celle de Broussonnet, et en partie des obser- vations que nous avons faites à Londres sur son individu : nous la complétons au moyen de celle que M. Valenciennes a prise à Berlin sur un individu rapporté de la mer Rouge par M. Elirenberg , et représenté par ce savant voyageur sur sa planche lo. La forme du corps du voilier est à peu près celle du xiphlas, mais son museau est moins alongé , et au lieu d'être aplati, il est à peu près arrondi, et semblable à une broche plus qu'à une épée. Sa na- geoire dorsale est aussi beaucoup plus élevée, et c'est elle qui lui a valu le nom de voilier^ parce qu'elle paraît, en effet, lui servir à prendre le vent lorsqu'il nage à la surface de l'eau. La hauteur de son corps aux pectorales est de sept à huit fois dans sa longueur totale. La longueur de sa tête entière, le museau compris, y est quatre fois^ Sa mâchoire inférieure est pointue, et déplus de moitié moins longue que la supérieure. Celle-ci est un peu aplatie à sa base et presque cylindrique dans le reste de sa longueur. Elle se termine en pointe 1. La figure de Broussonnet paraît trop épaisse et surtout trop renflée de la nuque. CHAP. IX. VOILIERS. 295 aiguë. Sa longueur de la pointe jusqu'à l'œil est cinq fois et demie dans celle du corps. Broussonnet dit : « Que l'intérieur du palais est « recouvert de dents petites, inégales, un peu poin- <ï tues et très-rapprochées , qui s'étendent jusqu'à la « partie supérieure de la mâchoire la plus longue, « où elles deviennent obtuses, ce qui rend celte par- te tie semblable à du chagrin; " description un peu obscure, et que j'ai cru devoir rendre dans les pro- pres termes de l'auteur. M. Valenciemies s'exprime sur le même su- jet de la manière suivante: Le bec est un peu aplati en dessus, rond à son ex- trémité, chargé en dessous et latéralement de gra- nulations fines, pointues, plus fortes sur les côtés, devenant plus pointues, et se changeant presque en vraies dents dans la partie des bords qui répond à ceux de la mâchoire inférieure, qui elle-même a aussi de petites dents pointues. Les opercules sont arrondis , mous et lisses à leurs bords; la membrane des ouïes grande, unie antérieu- rement à sa semblable, sans adhérence à l'isthme. Sept rayons larges et un peu arqués la soutiennent. Les pectorales en forme de faux, du sixième ou du septième de la longueur totale, ont quinze rayons, dont le supérieur est fort large et osseux. Sous elles sont des ventrales beaucoup plus longues, compo- sées chacune de deux rayons osseux, aplatis et très- unis , et d'un troisième très-petit : elles peuvent ren- trer en partie dans une rainure le long de l'abdomen. 296 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La première dorsale commence sur la nuque, et s'élève diversement jusqu'au double de la hauteur du corps aux pectorales. C'est à sa partie antérieure, et ensuite vers son tiers postérieur, qu'elle est le plus haute; elle peut; en se repliant, se cacher en partie dans une rainure assez profonde du dos. On y compte quarante-cinq rayons, tous grêles, réunis par une membrane assez épaisse, et occupant une longueur de plus de moitié de celle du poisson. Les derniers s'abaissent beaucoup, et immédiatement derrière eux commence une autre dorsale, petite, triangulaire ou rliomboïdale, composée de sept rayons très-séparés, et qui rappellent les fausses nageoires des scombres. Il paraît y avoir aussi deux anales , dont la pre- mière ne commence que sous le quart postérieur de la première dorsale, et dont la seconde, qui est plus petite, répond, pour la position et la grandeur, à la seconde du dos. La caudale forme un grand croissant, dont les pointes sont écartées d'une distance égale aux trois huitièmes de la longueur du poisson. Sa partie moyenne n'a pas le tiers de la longueur de ses lobes. B. IjD. 45 — 7; A. 10 — 7; C. 17 et 11 ; P. 18; V. Î/-2. De chaque côté de la queue se voient deux crêtes adipeuses, horizontales, placées l'une au-dessus de l'autre, arrondies et très-saillantes. Des écailles dures, alongées, rétrécies vers leur base , larges de trois ou quatre lignes dans un indi- vidu de sept pieds, sont répandues sans ordre sur - tout le corps, et presque entièrement recouvertes CHAP. IX. VOILIERS. 297 par la peau. La ligne latérale, formée par des écailles un peu arrondies, descend d'abord par une ligne un peu concave, et se continue ensuite en ligne droite jusqu'à la queue. Il y a sur la tempe des écailles os- seuses , étroites et pointues comme dans les thons et beaucoup de scombres. Ce poisson , comme l'espa- don , a sa sclérotique entièrement garnie de deux demi-spbères osseuses. Broussonnet ne dit autre chose touchant les cou- leurs, sinon que la membrane de la dorsale était par- semée de grandes taches noires. Shaw ajoute que la partie supérieure du corps est d'un bleu foncé, qui dégénère en brun dans l'état sec, et que le reste est d'un blanc bleuâtre argenté. Mais M. Ehrenberg , qui a observé le poisson frais sur la mer Rouge, nous apprend qu'il est brun rougeâtre, que sa dorsale est noirâtre avec des taches rondes plus foncées; sur la base des treize premiers rayons règne une grande ta- che triangulaire blanchâtre. La pectorale est noirâtre, et a sur son milieu une tache jaunâtre alongée. Les ventrales sont d'un noir foncé ; l'anale et la caudale, noirâtres et sans taches. Les intestins du voilier ont été observés et des- sinés avec beaucoup de soin par M. Ehrenberg, qui a bien voulu nous communiquer son dessin ; ils res- semblent beaucoup à ceux de l'espadon ordinaire. Le foie a deux lobes séparés par une large échan- crure ; le droit, qui est le plus long, occupe le tiers de la longueur de l'abdomen ; l'autre est un peu plus court. La vésicule du fiel s'attache au premier, et a le double de sa longueur. A l'ouverlure du corps 298 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. tout l'intervalle des lobes est rempli par d'innom- brables coecums, répartis en grappes, et réunis par des vaisseaux et de la cellulosité, de manière à pré- senter l'aspect d'un pancréas. Ils s'insèrent dans l'in- testin par deux conduits seulement, dont le premier est un peu au-dessous de l'insertion du canal cholé- doque. L'estomac est un grand sac large, et aussi long que l'abdomen. Le canal intestinal ne fait que deux plis avant de prendre sa direction vers l'anus. Il garde à peu près partout la même direction. Le Cabinet d anatomie du Muséum possède la tête osseuse d'un grand voilier, qui a été rapportée des Séchelles par M. Dussumier. Elle a deux pieds dix pouces de longueur, de- puis le bout du museau jusqu'à l'occiput, et trois pieds six pouces jusqu'au bord de l'opercule : ce qui annonce un individu de quatorze pieds. Sa compo- sition ne dilTère point de celle du xiphias, mais les os offrent des variétés assez considérables dans leurs proportions. Ainsi les interraaxillaires , les nasaux se portent davantage en arrière; l'ellimoïde tient moins déplace à la base du bec ; les frontaux sont bien moins alon- gés et beaucoup plus larges ; toute la partie pariétale, occipitale et mastoïdienne est plus étendue. Lès crêtes intermédiaires et latérales du crâne sont plus saillantes, et surtout beaucoup plus alongées, et ont leurs pointes postérieures plus considérables. L'or- bite est moins grand, et le sphénoïde antérieur plus rapproché du crâne et formant une cloison verti- CHAP. IX. VOILIERS. 299 cale plus élevée. Les pièces de la lame, sous la joue, ont aussi plus de développement. Le sous-orbitaire se compose de trois pièces; l'an- térieure longue et étroite sous l'œil; les deux autres plus petites et en arrière de l'orbite. La pointe de la mâchoire inférieure forme un os séparé, qui s'articule avec le reste. Le surscapulaire est profondément fourchu et a deux longues apophyses, dont la supérieure est augmentée d'une lame latérale. Le scapulaire est en rectangle mince et étroit; l'huméral est grand , élargi; au-dessous de la pectorale est une surface triangulaire. Le cubital est aussi très- large, creusé en gouttière peu profonde; le radial, gros et court, n'a qu'un petit trou. Le coracoidien est fort, mais peu alongé. La charpente des pectorales de ce poisson leur donne une force prodigieuse. Le premier rayon, qui est le plus long et le plus fort, est comprimé et tran- chant comme une lame de sabre. Les six ou huit suivans sont fourchus et un peu branchus vers le bout, mais très-solides et sans apparence d'articu- lation ; les derniers sont courts , très-divisés et étalés à leur extrémité. L'on n'y voit pas non plus d'arti- culation. Le tout forme une grande lame en triangle alongé, aussi inflexible qu'une nageoire de cétacé, et peut-être davantage. Le reste du squelette a été décrit à Berlin par M. Valencierines d'après une préparation faite par M. Ehrenberg. oOO LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Il y a compté vingt-quatre vertèbres, dont qua- torze abdominales et dix caudales; toutes alongées, rétrécies dans leur milieu, comme si elles se com- posaient de deux cônes réunis par le sommet. Elles donnent en avant deux apophyses, aplaties, hori- zontales, qui reçoivent entre elles l'apophyse épi- neuse de la vertèbre précédente, qui est carrée , mince, élevée, et s'étend presque jusque sur le milieu de la vertèbre, qui l'embrasse. L'apophyse latérale de la vertèbre caudale est très-forte. Il y a quatorze paires de côtes grêles et de peu de longueur. Les interépineux sont peu élevés; les an- térieurs sont larges, et ont de doubles crêtes laté- rales, etc. Tels sont les voiliers rapportés par Banks de la mer des Indes, et par M. Elirenberg de la mer Rouge. Le premier était long de sept pieds et demi, le second de quatre pieds sept pouces; la tète osseuse de notre Muséum en annonce, comme nous venons de le dire, un de quatorze pieds. Je les crois de même espèce que celui que Valentyn (n.° i25) et Renard (pi. 34, n.° 182) ont copié du recueil de Corneille de Vlaming. La couleur de la figure originale est grisâtre sur le corps, avec des lignes verticales, irrégu- lières , noirâtres ; d'un bleu foncé aux na- geoires, avec des taches rondes et noires sur les intervalles des rayons de la dorsale. CHAP. IX. VOILIERS. 501 Renard a un peu altéré cette enluminure , et il a de plus supprimé les deux carènes des côtés de la queue; mais du reste son trait est assez conforme à son modèle. Il paraîtrait, d après ce dessin, que dans l'état frais les lon- gues ventrales sont attachées au ventre par une membrane qui les élargit beaucoup vers leur base. Renard en donne une autre figure, mais beau» coup plus mauvaise (part. 2, pi. 54, fig- 233). Les Malais d'Amboine nomment ce poisson ikaii-lajer [Y^oisson éventail), et les Hollan- dais zejl-vish (poisson à voile). On nous dit en effet qu'il relève et abaisse sa dorsale comme un éventail, et qu'il s'en sert comme d'une voile. Il y en a de fort grands, comparables, dit Renard , à de petites baleines 3 et lorsqu'ils élèvent leur voile , on les distingue d'une lieue en mer. D'après Valentyn, le bec aurait jusqu'à qua- tre pieds de long, et les couleurs seraient beaucoup plus variées que ces figures ne les présentent ; des lignes vertes et pourpres or- neraient la tête, et il y en aurait une orangée le long du dos; les taches des nageoires au- raient du blanc au milieu, et seraient par con- séquent ceillées, etc.; ce qui, ajoute cet auteur, le rend un des poissons les plus jolis qu'il ait 502 LIVRE IX. SCOMBÉRO'lDES. VUS. Il le nomme en hollandais hezcian-visli , nom encore plus précis que celui de voilier; hezaan signifiant la voile d'artimon. Selon lui, ce poisson est très -gros et d'un goût excel- lent. ' Un dessin conservé dans la bibliothèque de Banks, et fait d'après un individu de huit pieds et du poids de cent cinquante livres, pris sur la côte de Sumatra , est intitulé ikan-je^an (poisson voilier). Shaw" rapporte un fait tout semblable à ceux dont nous avons parlé à l'article de l'es- padon commun; c'est qu'un de ces poissons avait enfoncé son bec dans la cale d'un navire avec tant de force qu'il s'était rompu et y était demeuré fixé; accident heureux, sans le- quel le vaisseau aurait infailliblement coulé bas. Le morceau de bois et le museau qui le traverse sont déposés au Muséum britannique.^ Le Cabinet du Roi possède aussi deux frag- mens d'un bec de voilier, qui lui ont été don- nés par M. de Jussieu, et que l'on avait retirés de la quille d'un navire en réparation à l'Isle- de-France. Tout récemment M. le capitaine Ducamper, 1. Valentjn, t. III, p. Sog. 2. Shaw, Gêner, zool., t. lY, part, i, p. io3. CHAP. IX. VOILIERS. 503 commandant la corvette V Espérance , qui a accompagné la Tliéthjs dans le voyage au- tour du monde de M. le capitaine Bougain- ville, a donné au Cabinet un fragment de bec de la même espèce , qu'en radoubant son na- vire on trouva enfoncé dans le bordage , à quatre pieds au-dessous de la ligne de flot- taison. Il est tout simple que ces poissons prennent des vaisseaux pour des baleines ou d'autres grands cétacés, leurs ennemis naturels, et fas- sent usage contre eux des armes que la nature leur a données. Z^'HiSTioPHORE d'Amérique. {Histiophorus americanus^ nob.) On n'a publié d'authentique sur les voiliers d'Amérique que la figure de Margrave * 5 car celle que l'on voit dans Rocbefort^ sous le nom de bécasse de iner, n'est, ainsi que son article, qu'une copie de Margrave. Cette figure de Margrave n'est pas copiée de celle du prince Maurice , et elle est même plus exacte que celle-ci pour les crêtes de la queue. Bloch donne la sienne (pi. 345) comme une copie 1. Brasil., p. 171, et Pison , p. 56. 2. Histoire des Antilles, p. i85. 304 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. de celle du prince Maurice; mais ici, comme en d'autres occasions , il a falsifié son original dans la vue de faire mieux correspondre sa planche avec celle de Broussonnet, et même sur d'autres points , sans que l'on puisse en apercevoir de raison. Ainsi il lui donne sur les côtés de la queue une carène semblable a celle de l'espadon commun; il double les ven- trales, et eu fait les rayons plus courts et plus gros, etc. La figure de Margrave paraît différer de l'es- pèce des Indes, telle que la représente Brous- sonnet, Par une mâchoire inférieure plus longue à pro- portion ; la supérieure est dite longue de seize pou- ces , et l'inférieure de dix ; par des ventrales plus lon- gues et plus grêles, en forme de bâtons, et parce que sa première dorsale s'unirait à la seconde au moyen d'une portion plus basse que l'une et que l'autre. Les deux anales sont séparées. Du reste, tous les caractères de ce poisson se rapportent à ceux du voilier des Indes, et Margrave fait remarquer jus- qu'aux deux petites crêtes de chaque C(ké de la queue. L'indixàdu qu'il décrit avait quatre pieds entre l'oc- ciput et la caudale, ce qui.au total devait lui en don- ner plus de six. Il avait le dessous du corps blanc, les côtés d'un argenté tirant sur le cendré ; le dos , le dessus de la tête et le bec teints de brun. Toutes les nageoires étaient d'un cendré argentéj des lâches CHAP. IX. VOILIERS. 305 ix3ndes étaient répandues sur la dorsale , et l'anale était variée d'ondes brunâtres. Guehucu est son nom brasilien, et hicuda son nom portugais : ce dernier revient à celui de bécasse de mer, qu'on lui donne dans nos îles, et qui s'applique aussi à la sphyrène bë- cune. Sa chair est abondante, sans arêtes, grasse et non glutineuse ; Rocbefort assure qu'on peut la manger sans péril, au contraire de labécune, qui est souvent empoisonnée. Margrave trouva plusieurs poissons entiers dans son estomac. Pison dit que l'on a plusieurs fois trouvé son bec enfoncé dans la carène des navires. Le voilier habite aussi les côtes de l'Afrique sur l'Atlantique. Barbot l'a dessiné (pL 18) d'après un individu long de sept pieds, qui avait été pris devant Commendo. Les Nègres l'appelaient /efiVjo (fétiche), par oii ils vou- laient, selon la conjecture de l'auteur, désigner sa rareté et son excellence. Il était d'un brun noirâtre , et avait le dessous blanchâtre. Zy'HiSTIOPHORE JOLI. {Histiophorus pulchellus , nob.) M.Raynaud, en revenant du Cap en France ^ en Janvier 1829, a pris un charmant petit pois- 8. 20 506 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. son du genre des voiliers, qui ne paraît pas seulement difterer des autres par l'âge, mais qui semble offrir des caractères spécifiques très- marqués. Le principal consiste dans une épine forte et poin- tue, qui est à l'angle de son préopeicule, dont au- cun autre de ces poissons à épée ne montre de trace. Sa mâchoire inférieure, jusqu'à la commissure, est cinq fois et demie dans la longueur totale, et son épée, en avant de la mâchoire inférieure, a encore une longueur égale à cette mâchoire. La tête entière, depuis le bout de l'épée jusqu'à l'ouïe, égale le reste du corps sans la caudale. L'épée est un peu compri- mée verticalement; toute sa face inférieure, ainsi que les deux mâchoires, sont garnies de dents en velours, mais inégales et assez fortes pour un si petit poisson. Sa caudale est divisée en deux lobes obtus, dont le supérieur est un peu plus court, et quoiqu'elle ne paraisse point avoir été tronquée, elle n'a que le neu- vième de la longueur totale. Ses ventrales filiformes ont plus du cinquième de la longueur. B. 7; D. 48 — 8; A. 20— 8; C. H;?. 18; V. 2. Il est argenté, teint de brun et de bleu d'acier sur le dos. La grande dorsale est blanche, semée de grandes taches irrégulières, très -inégales, brunes, dont quatre, plus grandes que les autres et ovales, en suivent la base. Les autres nageoires sont blan- châtres. La caudale a sa moitié postérieure noire. L'individu sur lequel est faite cette descrip- tion n'est long que de quatre pouces. II y eu CHAP. IX. VOILIERS. 307 avait, ditM.Raynaud, une grande quantité de semblables dans les parages où il a été pris. De quelques Poissons de cette famille dont on ne connaît que les museaujc. Je n'y rangerai point Tespèce que M. de Lacépède (t. II, p. 296) a nommée xiphias ensis , parce que le museau sur lequel il l'a établie, et que Ton conserve encore au Cabinet du Roi, n'est autre que celui d'un voilier. Mais on y conserve aussi deux autre museaux, faits comme celui-là, en forme de broche , qui ne peuvent venir ni des tétraptures ni des voiliers que nous connaissons, et qui parais- sent en conséquence annoncer des espèces particulières , et il y en a un troisième au Cabinet de la Rochelle, pris d'un individu c£ui avait échoué à file de Ré en 1772, et dont nous avons déjà parlé à l'article du macaira; celui-là est le plus grêle de tous. Nous ne pouvons caractériser ces espèces qu'en comparant les proportions de leurs museaux entre elles et avec les deux espèces déjà connues. Dans le tétrapturus la largeur transverse de cette partie, prise au milieu de sa longueur, 508 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. est du dixième à peu près de cette longueur, à prendre depuis la pointe jusqu'aux narines. Cette largeur va en diminuant régulièrement depuis la base jusqu'à la pointe. Dans le voilier ordinaire (celui dont M. de Lacépède a fait son jcipJùas ensis), la largeur au milieu est du quinzième à peu près de cette longueur, et cette largeur demeure la même en avant jusqu'assez près de la pointe, où elle commence à diminuer. Dans la première de nos espèces inconnues, que nous appellerons ^i^acili-rostins, la largeur prise au milieu est vingt-cinq ou vingt-six fois dans la longueur; elle diminue graduellement. Les côtés sont plus arrondis encore que dans le tétrapturus et le voilier commun. L'intervalle des yeux est plus étroit et plus bombé. La mâ- choire inférieure avance sur les deux premiers cinquièmes de la supérieure. C'est à celle-là que la tête conservée à la Rochelle ressemble le plus ; mais son museau est encore plus grêle. Sa largeur est vingt-neuf ou trente fois dans sa longueur. Je ne crois pas cependant que cette différence excède ce qui peut avoir lieu dans une même espèce. Nous venons même de voir, dans les collections de M. Lamarre- Piquot, une troisième tête, qui est dans des proportions intermédiaires, et qui vient des CHAP. IX. VOILIERS. 309 îles Séclielles; elle est accompagnée des ven- trales, qui sont droites, comprimées, et lon- gues, ainsi que la tête, de plus de deux pieds : on y voit des traces de trois rayons , un très- court et un second de deux tiers de la lon- gueur du dernier. Malheureusement M. La- marre n'a pu nous rien dire de la dorsale ni de la caudale. Ce poisson, connu aux Séchelles sous le nom dempereur, en quitte rarement l'archipel. On en a vu de vingt-cinq à trente pieds de longueur. Notre deuxième espèce inconnue, que nous appellerons ancipid-rostris, a la largeur du miheu dix-neuf ou vingt fois dans sa longueur; elle diminue graduellement, et est plus aplatie que les autres. Toutefois ses bords sont encore très-arrondis et nullement tranchans. Nous pos- sédons la tête entière de cette espèce, et elle ressemble beaucoup par ses détails à celle du tetrapturus ; l'intervalle des yeux y est large et aplati, presque comme dans l'espadon. Nous n'en avons aucune autre partie. D'après un fragment de museau trop incom- plet pour que nous en puissions donner les pro- portions, mais qui diftere par son contour de tous les précédens, nous pouvons affirmer quil existe encore au moins une troisième espèce inconnue. 510 LIVRE NEUVIÈME. DEUXIEME GRANDE TRIBU. LES SCOMBÉROIDES A BAYONS ÉPINEUX DU DOS SÉPARÉS. Les scombéroïdes ont la caudale générale- ment très-robuste; mais souvent leurs autres nageoires verticales sont très-faibles. Déjà nous en avons vu une première grande tribu où Tar- rière de la seconde dorsale et de l'anale n'a point de membrane continue entre ses rayons, qui ainsi demeurent libres et séparés, sous le nom de fausses pinnules. Dans ceux dont nous allons faire Ihistoire, c'est la première dorsale qui manque de membrane, et dont les épines sont libres et se meuvent isolément. Nous en verrons même qui joignent à ce caractère ce- lui de la première tribu, et qui ont des fausses pinnules, en même temps que des épines libres sur le devant du dos. A la suite des genres de cette deuxième tribu, qui se tiennent parle plus grand nom- bre des caractères, les pilotes, les liclies, etc.^ nous en plaçons qui sont à peu près avec eux dans le même rapport que les espadons avec la première, c'est-à-dire qui manquent de Yentrales , et dont par un hasard singulier le SCOMBÉROÏDES. o1 1 museau est aussi un peu proéminent : ce sont les rhynclioh délies et les rnastacemhles ; et encore à la suite de ceux-là viennent les notacanthes , qui ont des ventrales et des ventrales sous l'abdomen, mais où le défaut de membrane dorsale est encore plus sen- sible que dans aucuns des autres, puisqu'il n'y a sur cette partie que cies épines libres, sans aucuns rayons réunis en nageoires. Ce sont deux petits groupes qui ne se joi- gnent point aux véritables membres de la tri- bu aussi intimement que ceux-ci se joignent entre eux \ mais les distributions naturelles sont nécessairement sujettes à ces apparentes anomalies. La nature n'a jamais eu en vue dans ses créations la symétrie de nos méthodes. 312 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. CHAPITRE X. Des Pilotes {Naiicrates , Rafin.) et des Elacates {Elacate, nob.). DES PILOTES, Et particulièrement de /'Espèce commune. {Naucrates ductor, nob.; Scomher ductoi,, L.) Le pilote ) ainsi nommé de Thabitude qu'il a de suivre ou d'accompagner les navires, et de celle qu'on lui prête de conduire le requin, est un poisson qui tient de plusieurs de ceux qui précèdent ; il a des maquereaux la forme oblongue et peu comprimée, et les écailles menues et uniformes ; des thons la carène cartilagineuse des côtés de la queue ; mais il se distingue des uns et des autres par sa pre- mière dorsale , dont les rayons sont libres comme dans les liches. M. Rafinesque en' a fait un genre à part, qu'il appelle naucrates ; mais le caractère qu'il lui donne de ventrales unies ensemble, n'est ni assez conforme à la véritable disposition de ces nageoires, ni assez caractéristique. Cest d'après la réunion des traits que nous CHAP. X. PILOTES. 315 venons d'indiquer, que l'on peut distinguer ce genre plus sûrement. Les bandes argentées et violettes dont l'espèce vulgaire est ornée, la rendent d'ailleurs très-facile à reconnaître. Il nous paraît, comme à M. Schneider', que notre pilote était le pompile des anciens; poisr son qui , disaient-ils , indiquait la route aux navigateurs inquiets'', qui les accompagnait jus- qu'au voisinage de la terre, et leur en annon- çait l'approche en les quittant^. C'est de cette habitude qu'ils dérivaient son nom"*. Ils le re- gardaient comme sacrée Ce qu'ils nous disent des caractères extérieurs de ce pompile, qu'il ressemblait à la pélamide et était de couleur variée^, convient assez à notre pilote pour ne pas contrarier ce qui est rapporté de ses ha- bitudes. Il faut se souvenir, en effet , que la pélamide était le jeune thon, et que le jeune thon a aussi des bandes transversales sur le corps. Pline dit (1. IX , c. i5) , à la vérité, que Ton donne le nom de pompile à ceux des thons qui suivent les vaisseaux; mais le même nom a été souvent donné à des pois- 1. Synon. pisc. , Artedi, p. 29. — 2. Nicander, ap. Athen. , I.VII, p. 282. — 3. JElien, 1. II, c. i5, et C{\\.aTc\i\\s, ap. Athen., I.VII, p. 284. — 4. De Trojwnni, comitaius; Oppien , Hal. , t. I;, p. 188. — 5. ^lien, 1. XV, c. 23, et Athénée, 1. VU, p. 283- — 6, Dion^sius Jambus, ap, Athen. , l.YU; p« 284. 31 4 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. sons différens qui avaient quelque ressem- blance dans les habitudes ; de nos jours même le pilote et le rémora ont été confondus. Rondelet (p. 25o) a cru voir dans des pas- sages de Callimaque et d'Érathostène , cités par Athénée (1. VII, p. 284), que le pompile devait avoir les sourcils dorés; mais ces pas- sages se rapportent à un autre poisson, qui n'avait de commun avec le pompile que d'être aussi regardé comme sacré. La fable que ce poisson sert de guide au requin, n'est pas une de celles qui nous ont été transmises par les anciens, bien qu'elle soit imitée de ce que dit Pline (1. IX, c. 61) sur un petit poisson conducteur de la baleine. Elle paraît avoir été appliquée assez tard au requin par les navigateurs; les ichtyologistes du seizième siècle du moins n'en disent rien dans Ihistoire de ce squale, et la première mention que j'en trouve , est dans la Descrip- tion des Antilles de Dutertre , imprimée en 1 667 ; mais depuis lors une foule de voya- geurs de toutes les nations l'ont soigneuse- ment répétée , et Osbeck ne manque pas d'en faire un sujet de réflexions pieuses sur les voies de la Providence. * 1. Osbeck, Vojage, u." jS, traduction allemande, p. 95. CHAP. X. PILOTES. 315 D'autres confondent ou mêlent Ihistoire du rémora avec celle du pilote, et parlent de pilotes attachés au dos du requin.' Le fait paraît se réduire à ce que le pilote suit les vaisseaux comme le requin , et avec encore plus de persévérance , pour s'emparer de ce qui en tombe , et que le requin ne l'at- taque pas, ou n'est pas assez prompt dans ses mouvemens pour en faire sa proie : c'est ainsi que Dutertre explique déjà leur alliance ap- parente ^ , et son assertion est conlirmée par les meilleurs observateurs. M. Bosc, qui a vu des centaines de ces pois- sons, assure qu'ils se tiennent toujours à quel- que distance du requin, et qu'ils nagent assez vite dans tous les sens pour être sûrs de l'évi- ter. Si on leur jette quelque menue nourri-^ ture, comme des purées ou des bouillies, ils s'arrêtent pour s'en saisir et abandonnent et le vaisseau et le requin, ce qui ne peut laisser de doute sur l'objet qui les attirait.^ On peut voir cependant le récit que fait M. Geoffroy, dans son Mémoire sur l'affec-^ 1. Feuillée, Observations, t. I, p. 173 ; Kolbe, Description du Cap, traduction française, t. III, p. i38, etc. 2. Dntertre, Histoire des Antilles, t. II, p. 224. 3. Vo_)ez M. Bosc, dans le Dictionnaire d'histoire naturelle de Déterville, au mot Pilote, 316 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. tion mutuelle de quelques animaux \ d une circonstance dans laquelle deux pilotes sem- blèrent amener, et avec beaucoup de peines et de mouvemens, un requin vers un appât : en admettant quils aient eu dans cette occasion sur le requin toute l'influence que Fauteur du lëcit leur suppose, ce serait un bien mau- vais service qu'ils lui auraient rendu, et ils auraient mérite la qualification de traîtres plus que celle de pilotes. Ces poissons se laissent conduire à des dis- tances immenses par cette ardeur à suivre les vaisseaux. Dutertre prétend avoir vu un de ces pilotes qui accompagna son vaisseau pen- dant plus de cinq cents lieues. Au reste , ce n'est pas seulement à notre poisson actuel que le nom et les habitudes de pilote ont été attribués ; déjà nous avons vu que le rémora a quelquefois été confondu avec lui. A la Jamaïque on nommait pilot-Jîsh, selon Sloane, son faber marinus fere quadratus , etc. (pi. 25 1, fig. 4)> qui ^st le chœtodon faher, L. Le pilote "^j tel que nous l'avons reçu de 1. Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. IX, p. 469- 2. JSaucrates ductor, nob. ; Gasterosieus ductor, Linn. ; Scomhtr ductor, Bl. etSh. ; Centronote pilote , Lacép. et Rissû j Naucrates CHAP. X. PILOTES. 517 Marseille, de Gênes et de Naples , a pour Ven- semble à peu près la tournure d'un maque- reau. Les lignes du dos et du ventre sont presque pa- rallèles, et ne se rapprochent que vers la queue et le bout du museau. Sa hauteur est cinq fois dans sa longueur , et son épaisseur deux fois dans sa hau- teur. La longueur de sa tète est quatre fois et demie dans sa longueur totale , et elle est d'un quart moins haute que longue. Le dessus a en largeur un peu plus de moitié de sa hauteur , et est lisse et trans- versalement convexe ; mais dans les individus maigres ou macérés, la crête du crâne se montre au travers de la peau. Son profil descend peu à peu par une ligne légèrement convexe. Le diamètre de l'œil est d'un cinquième de la longueur de la tête, et l'espace derrière lui est double de celui qui est en avant. Le bord supérieur de l'orbite se continue en avant de l'œil par une légère sailhe linéaire. Cette cavité est rétrécie, surtout en avant et en arrière, par un cercle de membrane adipeuse. Le museau est obtus trans- versalement, et la mâchoire inférieure avance un peu plus que l'autre. Les oritices de la narine sont près de la ligne du profil , fort rapprochés l'un de l'autre et un peu plus voisins du bout du museau que de l'œil. L'antérieur est un petit trou rond, légèrement rebordé. Le pos- térieur une petite fente verticale. Le sous-orbitaire, /a72/ârMJ,Rafin.; Scomher an ductor, Kœlreuter, Nov^ comm. petr., t. IX, p. 464, pi. 10, fig. 3 et 4- 518 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES, oblong, plus étroit en arrière, ne va guère plus loin dans ce sens que le milieu du dessous de l'œil, et ne se fait point remarquer au travers de la peau. La bouche est peu fendue, et le maxillaire, qui est large et strié, ne s'avance que jusque sous le bord antérieur de l'œil. Des dents en velours ras occupent chaque mâchoire sur une bande étroite. Il y en a une bande semblable à chaque palatin; une plus large, mais plus courte, le long du devant du vomer et une sur le milieu de la langue. Le voile de la mâchoire supérieure est fort saillant. La langue est large , mince , obtuse et très-libre. Le limbe du préopercule n'a point d'arête, et ne se distingue de la joue que par sa nudité, tandis que la joue est écailleuse. Son angle est arrondi; ses bords offrent à la loupe une très-fine crénelure, imperceptible à l'œil nu. Les pièces opercujaires sont divisées à peu près comme dans les scombres, et forment un en- semble arrondi. L'opercule a des stries en rayon, mais peu profondes, plus marquées le long de son bord antérieur. Sa partie osseuse a, vers le haut, une échancrure obtuse. Les ouies sont fendues jus- que sous le bord postérieur de l'œil. Leurs mem- branes s'y croisent un peu, et dans l'état de repos elles sont cachées par les interopercmes, qui non- seulement se rapprochent, mais croisent un peu l'un sur l'autre ; elles ont chacune sept rayons. L'épaule n'a rien de remarquable. La pectorale est un peu au-dessous du milieu. Sa forme est ovale et sa longueur est sept fois et demie dans la longueur to- tale. On y compte dix-huit rayons. Son aisselle est CHAP. X. PILOTES. 319 très-creuse, et à la face interne de sa base se voit un petit lobe charnu, qui rentre dans le creux de l'aisselle. Les ventrales naissent très -près Tune de l'autre sous le tiers antérieur des pectorales, et étant à peu près de même longueur, elles les dépassent un peu de leur pointe. Une continuation de leur membrane, du tiers de leur longueur, les attache à l'abdomen. Leur forme est pointue ; leur substance plus épaisse qu'aux pectorales; leur épine égale les deux tiers de leur premier rayon mou. Les épines qui remplacent la première dorsale ne commencent presque que vis-à-vis la pointe des pectorales j elles sont si petites que, pour peu qu'elles soient couchées dans leur sillon, il faut les chercher et les relever avec la pointe du scalpel pour les bien voir, et qu'elles ont dû échapper à beaucoup d'ob- servateurs et de dessinateurs. Dans nos individus de la Méditerranée je n'en trouve d'ordinaire que trois, et plus rarement quatre. La seconde dorsale commence sur le milieu du corps ; elle a vingt-six ou vingt-sept , et quelquefois vingt-huit rayons mous, dont les antérieurs, qui sont les plus longs, n'ont qu'un peu plus du tiers de la hauteur du corps j ils diminuent graduellement jusqu'au onzième ou douzième, et restent au tiers à peu près de la hau- teur des premiers jusqu'aux deux ou trois derniers, qui s'alongent un peu en pointe. Dans le bord an- térieur est cachée une épine, du tiers de la longueur du premier rayon mou. L'anale ne commence guère que sous le milieu de cette dorsale , et a à peu près la même forme. En avant de sa base sont deux petites 320 LIVRE. IX. SCOMBÉROÏDES. épines libres , dont l'antérieure est souvent presque imperceptible. Une épine plus longue est cachée dans son bord antérieur , et elle a seize ou dix-sept rayons mous, dont les derniers finissent en pointe, comme ceux de la dorsale , et vis-à-vis le même point. Ces deux nageoires sont épaisses, et leur membrane a des stries qu'on pourrait aisément prendre pour des écailles. La portion de queue entre elles et la caudale est du onzième de toute la longueur. La caudale en fait le cinquième; elle est fourchue jus- qu'au milieu. Ses lobes sont assez larges et médio- crement pointus : elle a dix-sept rayons entiers et huit petits. On doit donc exprimer les rayons comme il suit : B. 1; D. 3 ou 4 — 1/26, 27 ou 28; A. 2/16 ou 17; C. 17 et 8; P. 18; V. 1/5. Il n'y a point d'écaillés au front , au museau , aux mâchoires , au limbe du préopercule , ni sur la plus grande partie des pièces operculaires ; mais on en voit sur la joue, sur la tempe et sur le haut de lopercule, ainsi que sur tout le corps, un triangle excepté au-dessus de la base de la pectorale; toutes petites, ovales, entières au bord visible, écliancrées une ou deux fois à la racine. Une forte loupe y découvre de fines stries concentriques. Leur éven- tail a cinq ou six rayons. La ligne latérale est une série étroite de très -petites élevures. Au-dessus de la pectorale elle devient un arc légèrement convexe vers le haut; puis elle se recourbe lentement en sens contraire, et à compter du tiers antérieur de la dorsale, elle suit en droite ligne le milieu de la hau- CHAP. X. PILOTES. 321 leur. Sous les derniers rayons commence une carène membraneuse ou cartilagineuse, horizontale, tran- chante, qui saille davantage dans le milieu de sa longueur , et règne jusques entre les rayons mi- toyens de la caudale -, mais on ne voit pas les deux petites crêtes qui l'accompagnent dans les thons et qui sont seules dans les maquereaux. Tout ce poisson est d'un gris - bleuâtre argenté, plus foncé vers le dos , plus pale vers le ventre- De larges bandes verticales, d'un bleu ou d'un violet plus ou moins foncé , entourent son dos et ses flancs- Leur nombre ordinaire est de cinq sur le corps , et de sept en comptant celle de la tête et celle de la caudale. La première du corps est au défaut de l'opercule; la seconde, en avant de la dorsale. Les trois autres répondent aux divers points de sa lon- gueur, et s'étendent même sur elle. Les deux der- nières descendent aussi sur l'anale. La caudale est en grande partie de ce bleu foncé; mais les pointes de ses lobes sont blanches. Dans les jeunes individus, bien fixais de couleur, elle a une bande violette sur sa base et une autre plus noire sur son milieu , sépa- rées par une bande grise. Les pectorales sont nuan- cées de blanc et de violàtre. Les ventrales sont pres- que noires, surtout à leur face supérieure, et ont un trait blanc au bord externe près de leur pointe. L'iris est doré. Nous avons de ces pilotes de la Méditerranée de- puis quatre pouces jusqu'à un pied de longueur. Les grands ont tout-à-fait le port de maquereaux. Le foie du pilote est médiocre, La vésicule du 8. 31 322 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. fiel est grande et alongée. Le canal cholédoque est long, gros, remonte sous le foie jusqu'au sommet de l'angle que forment les deux lobes, et descend ensuite le long de l'œsophage, pour déboucher près du pylore, au-dessus de la première paire des appen- dices cœcales. L'œsophage est large, à parois épaisses, plisséeslon- gitudinaiement ; il se continue sans dilatation ni étranglement en un sac alongé, obtus à sa pointe; c'est l'estomac, dont les parois sont un peu plus minces que celles de l'œsophage. La branche montante est alongée, à parois épaisses. Le pylore est muni de douze appendices cœcales, placées symétriquement de chaque côté de la branche montante et la recouvrant tout-à-fait. Chaque cœcum est profondément divisé en deux, de façon qu'au premier aperçu on pourrait en compter vingt-quatre. Le canal intestinal se replie deux fois sans offrir . d'étranglemens ou de dilatations; il est assez large. . .là rate est très-noire, médiocre et cachée entre les appendices cœcales. Les laitances d'un individu pris à Naples , au mois de Mai, étaient pleines; elles ne sont pas très- grosses, et sont rejetées vers l'arrière de l'abdomen, La vessie natatoire e.st d'une petitesse extrême, et de forme elliptique, pointue aux deux bouts. Les reins sont gros, réunis en une seule masse, qui occupe toute la longueur de labdomen. Ils versent l'urine dans une vessie très-petite, attachée au rein lui- aiême , sans qu il paraisse d'uretères extérieurement. Le squelette du pilote à vingt-six vertèbres, dont CH.\P. X. PILOTES. 325 dix abdominales et seize caudales; toutes comprimées, plus longues que hautes, et rétrécies dans leur mi- lieu. Les dernières vertèbres abdominales ont bien des apophyses descendantes, qui portent les côtes, mais sans former d'anneaux complets; il ny en a de tels que sous la queue. La dernière de la queue a de chaque côté un petit crochet. Les interépineux de la deuxième dorsale commencent sur la septième et finissent sur la vingt-unième. Le pilote s'est trouve à peu près dans tous les parages de la Méditerranée. C'est le fan- fre des matelots provençaux et le fan f ré de ceux de Nice; c'est aussi \e fan far il des Sici- liens et le naucrale faufaro de IM. Rafinesque. Si ce naturaliste a cru son fanfaro dilïërent du pilote vulgaire, c'est pour n'avoir jugé de ce dernier que sur de mauvaises figures. On le nomme pampana à Messine, où l'on en prend beaucoup en automne.* Briinniclî dit que ce poisson est rare à Mar- seille, et ne s'y montre que quelquefois au printemps à la suite des vaisseaux.'^ M. Risso assure , au contraire , qu'à Nice on n'en prend qu'au mois de Septembre.^ Laroche ne le nomme point parmi ceux 1. Rafinesque, Caratteri , etc., p. 44? pl- 12, fig. 1, et Indice, p. ig, — -2. Biiiniiich, Pisc. massil , p. 67. — 3, Risso, Ichtyo- logie de Nice. p. 194., S24- LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. qu'il a vus à Iviça; mais c'est précisément près de cette île que Hasselquist a décrit le sien/ L'espèce se répand aussi dans l'Océan at- lantique, car c'est bien elle qu'Osbeck a dé- crite près de l'équateur^, et Daldorf plus au midi, sous le nom de gasterosteus antecessor? Elle vient jusque dans la Manche. On en a pris deux individus près de Cayeux, en Juin de cette année i83i, et deux autres en Février à Plimoutli. Ces derniers avaient suivi un vais- seau qui venait d'Alexandrie. On jugerait même qu'elle se porte beau- coup plus loin, si l'on croyait pouvoir lui rapporter, comme Bloch et Lacépède , les figures de Nieuliof '^ et de Lebrun^, faites dans la mer des Indes, et celles de Plumier^, 1. Hasselquist, Vojage, édition suédoise, p. 568. 2. Par les 2° 09' de latitude nord. 3. Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Copenhague, t. II, part. 2, p. 166. 4. Nieuhof, Voyage aux Indes orientales, copié dans Willughby (app., pi. 8, fig-2) et dans l'Encyclopédie méthodique (poissons, pi. 55, fig. 126), mais sous le faux nom de corjphène cinq-taches. 6. Corneille Lebrun, Voyage par la Moscovie en Perse et aux Indes, p. 52 5, fig. 190. 6. Cette figure de Plumier a peut-être été faite en Provence, comme quelques-unes de celles que l'on trouve dans son recueil. Elle a été copiée par Bloch (pi. 558) et par Lacépède d'après une copie peinte d'Aubriet (t. III, pi. 10, fig. 5). On ne se douterait pas que ces deux figures dérivent du même dessin original j elles ue sont d'ailleurs exactes ni l'une ni l'autre. CHAP. X. PILOTES. 325 de Pernetty' et de DuliameP, faites sur les côtes de l'Amërique ou aux Antilles. Mais ces figures sont trop peu soignées pour que l'on puisse en conclure ni identité ni di- versité d espèce. Au reste, il ne serait pas bien étonnant qu'un poisson qui suit les navires avec tant de constance, eût fini par s'établir dans des parages fort éloignés de ceux de son origine, et il est vrai de dire que les pilotes des mers étrangères que nous avons observés , ne mon- trent que des différences bien légères avec les nôtres. Le Pilote de New-York. {Naucrates novehoracensis y nob.) Ainsi nous avons reçu de New -York par M.Milbert un petit pilote semblable, pour les formes et le nombre des rayons, à celui de la Méditerranée, mais qui n'a point de stries à l'opercule. Le fond de sa couleur paraît jaune ; à la vérité , il pourrait avoir été altéré par la liqueur; et néanmoins je ferai remarquer que la peinture d'Aubriet, faite sur le dessin de Plumier et que M. de Lacépède a fait graver, 1. Vojage aux îles Malouines, t. I, p. 170, pi. 1, %. 8. 2. Pèches, part. 2 , sect. 4? pi. 4? fig- 4? et pK 9, fig. 5. 526 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. offre aussi un fond de couleur jaune avec des bandes lilas. M. Mitchill nomme bien le pilote dans son Histoire des poissons de NcAv-York; mais le jugeant assez connu, il se borne à son sujet à une phrase distinctive qui lui suppose qua- tre épines libres sur le dos et quatre bandes transverses : or, dans notre individu les bandes sont en même nombre que dans ceux d'Eu- rope; ainsi le témoignage de ce naturaliste ne peut éclaircir nos doutes. Le Pilote des Indes. {Naucrates indiens, nob.) Un pilote d'Amboine , rapporté par MM. Lesson et Garnot, est plus sûrement d'une espèce distincte. îl a en avant de la dorsale cinq épines libres , sans compter celle qui se caclie dans son bord, et le nombre de ses rayons mous est de vingt -neuf. En avant de son anale sont deux épines libres, et elle a dix- sept rayons mous outre l'épine de son bord antérieur. Son corps est plus épais; son museau plus bombé et son œil plus petit que dans l'espèce com- mune; mais les stries de son opercule sont les mêmes. Dans un dessin fait par les naturalistes de la der- nière expédition russe, le fond de la couleur paraît d'un beau bleu clair, et les bandes d'un bleu noirâtre. CHAP. X. PILOTES. 327 Notre individu est long de sept pouces. Sa vessie natatoire est plus grande que dans le pilote d'Europe , et occupe le tiers de la longueur de l'abdomen. Nous n'avons pu examiner suffisamment ses autres viscères. C'est, je crois, cette espèce en particulier, qui a été représentée par Corneille Lebrun ; il lui marque même jtisqti'à six ou sept épines. Son individu avait été pris en Décembre 1 70^ près de la côte de Malabar, et il y en avait de semblables depuis sept pouces jusqu'à un pied de longueur. Cest probablement aussi celle que donne Statius Millier dans sa traduction allemande de Linnoeus (t. IV, pi. 7 , fig. 2), et où l'on a marqué sept épines. Le Pilote de Roelreuter. (Naucrates Kœlreuteri, nob.; Scomber Kœlreuteri, Bl. Schn., p. 570.) Roelreuter, dans le neuvième volume des No\>i commentarii de Pétersbourg (p. 464> et pi. 10, fig. 3 et 4)5 décrit un poisson qui offre les nombres de rayons et toutes les formes des pi- lotes, mais qui paraissait dans la liqueur entière- ment roussâtre en dessus, et argenté en dessous et sur les côtés. D. 4~29i A. 2_19j C. 30; P. 17; V. 5. 528 LIVRE IX. SCOIVTBÉROÏDES. Cet individu, long de cinq pouces, n'était peut-être qu'un pilote ordinaire , dont les couleurs avaient été altérées par son séjour dans l'esprit de vin. L'auteur ne nous dit point de quels parages il était originaire. Cest sur cette indication que Schneider, dans le Système posthume de Bloch (p. Syo), a établi son espèce du scomber Kœlreuteri. DES ELACATES. Les mers de la zone torride ont des pois- sons assez semblables aux pilotes par leurs épines libres du dos et par d'autres détails; mais qui manquent entièrement de carène à la queue et d'épines au-devant de l'anale, et dont la tête est aplatie horizontalement, au lieu d'être comprimée latéralement. J'em- prunte , pour en désigner le genre , le nom délcicate ou élacatène ^ qui chez les Grecs était celui d'un poisson de la famille des thons, ou d'une des préparations que l'on en faisait.* î. Gesner, Aquat. , p. SSg. chap. x. élacates. 529 Z'Élacate de Pondichéry. {Elacate pondiceriana , nob.) Russel a représenté un de ces poissons (pi. i53) sous le nom de pedda-mottah, qu'il porte à Vizagapatam; et M. Lesclienault nous a envoyé, sinon la même espèce, du moins une espèce excessivement voisine, que l'on nomme à Pondichéry katé-véra. La forme de ce poisson de Pondichéry est alongée et presque cyHndrique. Sa hauteur est six fois et demie dans sa longueur, et son épaisseur presque égale à sa hauteur. Sa tête fait le cinquième de sa longueur; elle est deux fois plus longue que haute, et sa largeur surpasse d'un quart sa hauteur. Le dessus est plat , et le museau se termine horizontalement en arc de cercle. La mâchoire inférieure avance un peu plus que l'autre. L'œil est voisin de la ligne du profil et presque au milieu de la longueur. La fente de la bouche ne prend que les deux tiers de l'espace au-devant de l'œil, et le maxillaire ne se porte que jusque sous son bord antérieur. Les. deux orifices de la narine, petits et ronds tous les deux, et très-près l'un de l'autre, sont un peu plus rapprochés de l'œil que du bout du museau. Le sous-orbitaire, fort ré- tréci en arrière, ne se porte que jusque sous l'œil et n'a qu'un bord sans dentelure, sous lequel le maxil- laire fait rentrer un peu de son bord supérieur. Chaque mâchoire a une large bande de dents en 330 " LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. fort velours ou en cardes. Il y en a, en velours plus ras, une bande rhomboidale en travers du devant du vonier, une bande longitudinale plus étroite en arrière sur chaque palatin et une plaque ovale sur le milieu de la langue. D'ailleurs toute la peau du pa- lais est âpre, et les côtés de la langue aussi; celle-ci est large, tronquée en avant, et a les bords libres et minces. Les dents pliaryn giennes sont en fortes cardes. Le dessus du crâne a deux faisceaux d'arêtes ou de stries, qui s'écartent en rayonnant en avant et en arrière. Le limbe du préopercule est large et a un rebord assez marqué; son angle est arrondi. L'opercule osseux n'est que faiblement échancré ; ]|nais la surface est relevée de huit ou neuf arêtes saillantes, rayonnant irrégulièrement. Les ouies sont fendues "jusque sous la commissure des lèvres, et leurs membranes, découvertes et séparées l'une de l'autre, ont chacune sept rayons. L'épaule a un espace triangulaire sans écailles au- dessus de la pectorale, qui est attachée fort bas, et dont la longueur est à peu près du sixième du total. Sa forme est assez pointue. L'attache des ventrales ré- pond sous celle des pectorales; mais leur longueur est de moitié moindre; elles sont étroites et pointues. La première dorsale est remplacée par huit épines courtes, comprimées, libres, qui commencent vis- à-vis l'attache des pectorales, et se suivent sur un espace cà peu près égalàla longueur de ces nageoires, c'est-à-dire du sixième de la longueur totale. Ensuite vient la seconde dorsale, d'abord un peu élevée, sans l'être autant que le corps ; puis assez basse et CîlAP. X. ÉLACATES. 331 contenant deux épines cachées dans son bord an- térieur, et vingt- huit ou vingt-neuf rayons mous. L'anale commence sous le tiers antérieur de la se- conde dorsale, et finit vis-à-vis du même point qu'elle. On y compte vingt -trois rayons mous et deux épines dans son bord antérieur ; mais elle n'a point d'épine libre en avant. L'espace entre ces deux nageoires et la caudale est du douzième ou du trei- zième de la longueur totale. La caudale elle-même, mesurée à son bord supérieur, est d'un peu moins du cinquième de la longueur totale; elle est assez fortement échancrée, et son lobe inférieur est un peu plus court que l'autre; elle a dix-sept rayons entiers. Les petites écailles qui la couvrent empê- chent qu'on ne distingue les petits rayons de sa base. Les nombres sont donc comme il suit : B. "ï ; D. 8 — 2/28; A. 2/23 ; C. H ; P. 23 ; V. 1/5. La joue, la tempe, l'arrière du crâne et le haut de l'opercule, sont , ainsi que le corps, couverts de très- petites écailles rondes et entières. Il y en a de plus petites encore sur la caudale et sur la partie anté- rieure de la deuxième dorsale et de l'anale. La ligne latérale a de très-légères ondulations, surtout dans sa partie moyenne; mais elle ne forme aucune carène sur les côtés de la queue. Ce poisson, à l'état sec, parait d'un brun plus foncé dessus, plus pâle dessous. M. Leschenault nous dit qu'à l'état frais il est noirâtre en dessus et blan- chàire en dessous. Lindividu qu'il nous a envoyé est long de deux pieds iroîs pouces; mais il nous apprend qu'il y en a de cinq pieds. 352 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. L'espèce est rare dans la baie de Pondi- chëry. Sa chair est estimée. X'Élacate d'Orixa. {Elacate motta, nob.) Russel marque à son pedda-mottah une tache blanchâtre à chaque angle de la caudale, dont nous ne trouvons point de trace dans notre individu. Il lui donne pour nombres : B. T; D. 7, et quelquefois 9 — 2/35; A. 2/24; C. 20; P. 18; V. 1/5. Le reste de sa description, même pour les couleurs , correspond à celle que nous venons de faire. Un examen comparatif plus détaillé pourra seul nous apprendre s'il y a quelque chose de constant dans ces différences. Zy'ÉLACATE DE MaLABAR. {Elacate malabaricay nob.) Il faudra aussi faire entrer dans cette com- paraison une élacate de la côte de Malabar, qui nous a été envoyée de Mahé par M. Bé- lenger, et qui a pour nombres : D. 8 — 2/33; A. 2/25, etc. Assez mal conservée, comme nous l'avons reçue, elle paraît toute entière d'un gris brun; du reste, sa CHAP. X. ÉLACATES. 555 ressemblance est des plus grandes avec la précédente. L'individu est long de près d'un pied. On nomme cette espèce à Mahé niosou- min; elle s'y mange. M. Dussumier vient de nous rapporter un individu sec , long de quatre pieds trois pouces, qui semble avoir la tête un peu plus courte à proportion. Les stries antérieures du crâne y sont effacées. Commerson a , dans sa Faune manuscrite de Madagascar , la description d'un poisson qu'il nomme spinax ^ et qui est évidemment une élacate semblable de tout point à celle du Malabar, et longue de deux pieds huit pouces. Il marque ses nombres : B. 7; D.9 — 55j A. 29; ce qui répond encore assez bien à ceux que nous avons observés. Ce poisson avait été pris à la fin de No- vembre 1770 au Fort-Dauphin. Il avait dé- voré de petits poissons et des crabes, que Commerson retrouva presque entiers dans son estomac : il y trouva aussi un taenia long d'un pied. M. de Lacépède n'a pas eu connaissance de cet article de Commerson, qui n'était ac- compagné d'aucune ligure. 1. Spinax edax, voraxj bmrax, aculeis in dorso nçcem diiiinçtus. 334 livre ix. scombéroïdes. Z/'Élacate d'Amérique. {Elacate atlantica, nob.; Scomher niger^ Bl.) M. Delalande a envoyé du Brésil un pois- son tellement semblable au katé-véra de Pon- dicbéry, que c'est à peine si nous osons l'offrir comme une espèce distincte. Cependant le nombre de ses rayons n'est pas tout- à-fait conforme (B. 7; D. 8 — 2/33; A. 2/24; P. 20; V. 1/5), et les arêtes de son crâne sont moins mar- quées, surtout en avant. Ses couleurs paraissent généralement brunes ou noirâtres; mais une bande d'un brun plus pâle semble suivre le côté du corps au-dessus de la ligne laté- rale, et le long de celle ligne il y en a une d'un brun ou d'un noir plus foncé. On ne voit point de taches à sa queue. Notre individu est long de quatorze pouces; mais il est probable que l'espèce devient aussi grande que celle des Indes. Une comparaison soignée que nous avons faite de ce poisson avec le dessin du prince Maurice , qui a servi d'original à la figure du scomber niger de Blocli (pi. 337), ^^ qui avait auparavant été copié par Margrave (p. i58) et par Pison (p. 48) avec le nom de ceixu-pira, ne' nous permet pas de dou- ter que ce ne soit notre élacate. Mais il faut CHAP. X. ÉLACATES. 53^ remarquer que le graveur de Margrave , et plus encore celui de Blocli, ont arrangé et altéré cette figure. Bloch a surtout fait des écailles trop grandes , malgré l'autorité de Mar- grave , qui les dit si petites que le poisson semble n'en point avoir : Totuin corpus exi- guis squanmlis vestitur, ita ut totus piscis glaber videatur. Margrave dit de son ceixu pira, qu'il est très- noir et a le ventre blanc comme de la craie, mais qu'une couleur passe à l'autre sur les flancs. Les nageoires sont noires, excepté les ventrales, qui sont blanches et bordées de noir. C'est aussi de cette manière que Bloch a fait enluminer sa planche , corrigeant ainsi le dessin du prince, qu'il prétendait copier, et où Ton ne voit pas les ventrales. Le prince Maurice fait ce poisson grand comme un wels {^silurus glanis, L.), ce que Margrave commente en disant qu'il atteint une taille de neuf ou dix pieds et une épais- seur égale à celle du corps de Ihomme. Il assure que ce poisson passe pour un des meilleurs du Brésil, surtout lorsqu'il est en- core d'une taille médiocre. Pison répète les mêmes choses, et ajoute que la chair en est très-tendre. C'est, à ce qu'il nous paraît, la même es- 536 LIVRE IX. SCOMBÉROIDES. pèce que M. Mitchill a décrite parmi ses pois- sons de New-York' sous le nom de centro- notus spinosus ou de crah-eater. Son individu, long de trente et un pouces (anglais), pesait six livres et demie. On Tavait pris dans la baie de New- York le ii Juin 181 5. La figure quil en donne et tout ce qu'il dit des détails, répondent à ce que nous voyons dans notre individu du Brésil. Tout le dessus en était brun foncé ou noirâtre, et le dessous blanc de lait. Les pectorales, noirâtres à la face interne, étaient blanchâtres à l'externe. Der- rière elles était un trait noir, et de leur base com- mençait un ruban argenté, qui s'étendait jusqu'à la queue. Les ventrales, blanches à l'extérieur, étaient noirâtres au bout et à la face qui regarde le corps. M. Mitchill donne les nombres comme il suit, mais avec quelque doute : B. 7 5 D. 8/33 ; A. 24 ; C. 20 ; P. 16 ; V. 1/5. L'estomac de ce poisson contenait des cra- bes et de petits pleuronectes. Il fut trouvé excellent par tous ceux qui en mangèrent. Il y a toute apparence que celte élacate est encore le gasterosteus canadas, donné par Linnaeus (12.' édit., t. I, p. 492), d'après un individu envoyé par Garden. 1. Mémoires de New-York, t, I; p. 490, et pi. 5, û§. 9. CHAP. X. ÉLACATES. 557 Son corps est oblong; sa caudale un peu bilobée; sa deuxième dorsale et son anale sont taillées en faux, et ses nombres indiqués comme il suit : B. 1; D. 8 — 33; A. 26; C. 20; P. 2; V. 1. Mais il y a probablement erreur à refuser des épines à l'anale et à donner sept rayons aux ventrales. Quant au nombre des pecto- rales, c'est évidemment une faute d'impres- sion , 2 pour 20. Linnseus dit des épines dor- sales : Spinœ pinnani dorsalern priorein nien- tientes ; phrase assez ambiguë, mais qui doit probableiuent indiquer leur séparation. M. de Lacépède fait de cette espèce de Linnaeus son centronote gaT^dénien. Bloch considère comme identique avec le Ceixu-pira un poisson dessiné par Barbot à la côte de Guinée, et dont la ligure ressem- ble en effet beaucoup aux individus que nous venons de décrire. Les Anglais du Cap-Corse le nomment poisson rojal, parce que c'est un des plus délicats de ce pays. On l'y appelle aussi sajfer et nègre ^ à cause de sa couleur noire. Sa retraite ordinaire est entre les ro- chers; mais dans certains temps il approche si près de terre que les Nègres le percent à coups de dards dans leurs pèches aux flambeaux. ^ 1. Barbot, p. 222, et Histoire générale des vojages, édition française, t. IV, p. 3 58, et pi. 6, fig. i- '8. 22 538 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. On croit aussi que c'est peut-être le saffre ou konings-vish de Bosmann, qui n'en donne aucune description , mais dit que Ton en prend en Guiiiée des quantités prodigieuses; qu'ils sont dans la saison très-gros et très-bons , et à peu près du goût de l'anguille , et qu'on les sècbe comme le saumon. ^ Nous n'avons pas besoin d'avertir nos lec- teurs qu'il faut bien distinguer ces poissons royaux de ceux qui appartiennent au genre des tassards ou cybinms. Z/'Élacaïe a deux raies. {Elacate bivittatay nob.) :. M. Reinward a rapporté des Moluques et a bien voulu nous donner un quatrième poisson de ce genre, qui nous parait former une espèce plus distincte que les précédentes. Sa tête est presque lisse. Sa queue est tronquée et non écliancrée. Les nombres de ses rayons sont : B. 7 ; D. 8 _ 2/34 ; A. 2/36; C. 17 ; P. 20; V. 1/5. Il est brun. Une bande blanchâtre règne depuis le bout du museau et par le sourcil, tout le long du corps au-dessus de la ligne latérale jusqu'au bord supérieur de la caudale. Sous elle en est une plus brune que le fond. Il y a aussi, comme dans lepedda- 1. Bosman j Vojage en Guinée, traduction française, p. 288. CHAP. X. ÉLACATES. 559 mollah de Russel, une tache blanchâtre à chaque angle de la caudale. L'individu est long de sept pouces et demi. Le foie de cette élacate à deux raies ne se com- pose que d'un seul lobe , presque entièrement placé dans riiypocondre gauche , un peu échancré vers sa pointe postérieure. Il s'avance sous l'œsophage, et donne attache dans cette portion à la vésicule du fiel, simple tube très-étroit, qui descend en arrière à plus des deux tiers de la cavité abdominale. L'œsophage est assez large, et se continue, sans aucune marque de séparation, en un estomac, dont la forme est oblongue , arrondie en arrière. La branche montante est très -étroite et courte. Le pylore est caché par un amas gland ulifor me de cœcums serrés et subdivisés, semblables à ce que nous avons vu dans la pélamide ou dans la liche ordinaire. L'in- testin fait deux replis très -courts : il est étroit. La rate est petite, ovale, brune, et placée dans la crosse du second repli de l'intestin. Le rein est très-gros, et va depuis le diaphragme jusqu'à l'anus. Il n'y a point de vessie aérienne. 340 LIVRE IX. SCOMBÊROÏDES. CHAPITRE XI. Des Liches {Lichia^ nob.). Les liches ont le corps oblong, comprime, sans carène latérale, sans crêtes saillantes aux côtés de la queue. Au lieu de premières na- geoires, elles ont, comme les centronotes, des épines qui peuvent se mouvoir isolément, et ne sont retenues chacune que par une petite membrane particulière : en avant de la pre- mière, et plus ou moins cachée sous la peau, est une épine fixe, dirigée en avant, qui ap- partient à un interépineux. Deux épines libres, semblables à celles qui représentent la pre- mière dorsale, sont placées derrière l'anus, et y forment une sorte de première anale. La Méditerranée nourrit trois de ces pois- sons, que Rondelet avait déjà parfaitement caractérisés sous le nom générique de ^laucus, mais dont l'histoire et la synonymie sont telle- ment embrouillées dans les modernes , qu'il nous aurait été impossible d'y rien entendre, si nous ne nous étions procuré les trois espèces, et si nous ne les avions comparées entre elles et avec les figures de Rondelet. La plus grande, la plus facile à distinguer par CHAP. XI. LICHES. 541 la forte courbure en it^ de sa ligne latérale, est la deuxième de Rondelet (p. 354), celle quil dit s'appeler liclie eu Provence et pélamide ou vadigo à Montpellier, Stella à Rome. Salvien l'a très-bien représentée (tbl. 121) sous les noms d'a?nia en latin, et de leccia en italien. Aldro- vande en a une figure bien moins exacte (p. 3o3); il la nomme glaucuSj et en reconnaissant son identité avec le deuxième glaiiciis de Ronde- let, il avoue ne connaître que cette espèce-là. Les deux autres ont la ligne latérale à peu près droite : mais l'une des deux, qui est la première de Rondelet (p. aS^), et selon lui, le derbio de Montpellier, la liche et la ca~ hrolle de Provence , la lechia des Romains , a des dents en velours et une grosse tache noire à la dorsale et à l'anale : c'est elle que Bélon parait avoir décrite (p. i55) sons le nom de lampuge des Marseillais. La troisième, qui est aussi la troisième de Rondelet (p. 255), et que cet auteur a seul décrite, mais sans lui donner de nom, a des dents coniques et pointues sur une seule rangée. Ces désignations sont, comme Ton verra par la suite, partaitement coniormes à la nature. Willugbby a le premier introduit le désor- dre dans une histoire si bien commencée, li n'a connu que deux espèces de liclies. 342 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La première , qu'il décrit page 296 , et qui! croit la première de Rondelet, n'est vraiment que la seconde, comme on peut s'en assurer par la couleur grise et sans tache noire de la deuxième dorsale. Il lui donne avec raison sept épines à la première dorsale ; mais son éditeur Ray lefe réduit mal à propos à cinq. La seconde (p. 297), sur laquelle Willugbby est en doute de savoir si c'est la première ou la seconde de Rondelet, est réellement la pre- mière, d'après la tache noire de la dorsale et les quatre ou cinq taches des flancs; il en con- vient même à la fin de son article , et ne trouve de différence que relativement au nombre des cœcums. Après ces deux descriptions, prises des pa- piers de Willughby, Ray ajoute le deuxième et le troisième glaucus de Rondelet, ce qui lui fait quatre espèces; une de plus que dans la nature. Artedi, suivant, comme à son ordinaire , les traces de Willughby, admet ses deux espèces, et les deux seulement, dans son catalogue. Il caractérise la première par la longueur du der- nier rayon de la seconde dorsale '; la seconde, 1 . Scomber dorso diptervgio ossiculo uliimo pinnœ dorsalis secundœ ■prœlongo. (Artedi, Gen. pisc-, p- 3i^ et Spec. , p. 5i.) CHAP. XI. LICHES. 345 par la hauteur du deuxième rayon*; mais les synonymes qu'il ajoute à ces caractères sont un mélange confus de toutes sortes de poissons. Sous la première espèce, avec \amia de Sal- viani, qui lui appartient véritablement, on voit figurer Xamia de Rondelet (p. 238), qui est no- tre pélannde ou bonite a dos rayé, poisson d'un tout autre genre , et le premier glauciis du même auteur, qui est la deuxième espèce de Willugliby; et ce premier glaucus est en- core allégué sous la deuxième espèce. Dans Linnanus, la première espèce d'Artedi devient le scomber amia^ la seconde, le scom- ber glaucus^ mais le caractère de celui-ci se prend, non plus dans la hauteur du second rayon de la deuxième dorsale , mais dans l'é- pine couchée en avant de la première , qui est commune aux deux espèces. Linnaeus les dé- barrasse l'une et l'autre des anciens synonymes accumulés par Artedi : mais à leur place il met sous le scoinber glaucus le scomber Ascen- sionis d'Osbeck ^, qui est évidemment un ca^ raiix ; et voilà tout dïin coup un poisson tiré originairement de Willughby et de Ron- delet, lesquels lavaient décrit dans la Médi- 1. Scomher ossiculo secundo pinnœ dorsal'is secundœ altissimo. {Id., Gen. pisc. , p. 32, et Spec., p. 5i.) 2. Osbeck, Vojage, n-^agG, traduction allemande, p. 587. 544 LIVRE IX. SCOIMBÉROÏDES. tenanëe, devenu propre à lile de l'Ascension : habitat ad insulani Ascensionis^. Quant au scomher ainia , ce poisson si commun et si connu jusque-là, Linnaeus ne sait plus même d'oii il vient : habitat ^ Bloch, qui n'avait décrit dans ses poissons d'Allemagne aucune de nos trois espèces , compose dans ses poissons étrangers^ le plus bizarre amalgame de la seconde espèce de Rondelet, de la lampuge de Bëlon, qui est la première de Rondelet, du quiebra-acha de la Havane"^, du leuther-coat de la Jamaïque ^, et d'une espèce des Indes qu'il représente pour la première fois à sa planche 336, fig. i , et, ne se doutant pas que le poisson de Rondelet est déjà dans Linnaeus sous le nom de scom- her atnia^ il établit pour ce monstrueux as- semblage le nom nouveau de scomher acu- leatus. Dans son Système posthume il donne le scomber aculeatus (p. 26, n.° 13), et les deux espèces de Linnœus, glaucus (p. 33, n.°34) etamia (p. 34, n.° 36); mais il les place 1. Linnœus, Sjsi. nat., lo/édit., t. I, p. 298; 12/édit., t^I, part. 1, p. 494- — 2. Idem, ibid. , io.*édit., p. 299; 12/édit. , p, 495. — 3. Grande Ichtyologie, part. 10, p. 43. 4. Qu'il cile même tout de travers dans Parra, où ce poisson est représenté planche 12, fig. 1 ; mais Bloch le nomme catalufa, qui est la figure 2, laquelle représente un priacanthe. 5. Brown, Jam., pi. 46; %• 2. CHAP. XI. LICHES. 545 dans des divisions différentes : son éditeur Schneider y fait la remarque très-juste, que le scomher ^lauCLis et le scomher Ascensionis ne peuvent être le même. Quant à Shaw, il n'a pas tenu à lui que 1'^- mia ne disparût de l'ichtyologie; il n'en parle plus du tout, et il renvoie le ^laucuSy comme Linnaeus et Gmelin, à File de l'Ascension/ Mais M. de Lacépède est plus étonnant encore que tous ses prédécesseurs; il fait du sconiher aniia , qu'il prend dans Linnaeus et dans Artedi , un caranx amia , et blâme Bonnaterre d'avoir fait copier sous ce nom la figure de Salvien, qui était cependant la meil- leure de toutes^. ViÇ. scoinher olaucus devient aussi pour lui un caranx glaïuiue, et cepen- dant il lui laisse pour synonyme la figure du premier glaucus de Rondelet, qui assurément ne donnait lieu a aucune équivoque , et ne pouvait être prise pour un caranx. Mais ce n'est pas tout : dans son genre centronote il fait reparaître les deux glaucus de Rondelet; savoir, le deuxième, qui est le sconiberamia^ sous le nom de centronote va- digo^, et le troisième sous celui de centronote 1. Shaw, Gfner. zool. , t. IV, part. 2, p. SgS. — 2. Lacéj>ède, t. ni, p. 65. — 3. Idem, t. III, p. 5i8. 346 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. glajcos^ ; et il fait encore une espèce à part, sous le nom de centronote lyzan^, de Yamia de Salviani, qui est le même poisson et que son centronote vadigo et que son caranx amia , mais qu'ici il identifie avec le Ijzan de la mer Rouge de Forskal, qui est un chori- nème. Il ne fait aucune mention du sconiher aculeatus de Bloch, ni des espèces étrangères accumulées sous ce nom. M. Risso , le seul dejmis Rondelet qui ait connu par lui-même les trois espèces de la Méditerranée, en décrit bien les couleurs, mais compte mal les épines de leurs premières dorsales, et ne trouve pas leurs vrais noms, ni dans Rondelet ni dans Lacépède. Son centronote ^lajcos (p. 194, et 2.^ éd., p. 4^9) n'est point, comme il parait le croire, le §laj- cos de Lacépède, ou le troisième ^laucus de Rondelet, mais bien le premier, ou le caranx glauque de Lacépède, le scomber glaucus de Linnaeus. Son centronote Ijzan (p. igS, et 2.^ éd., p. 43o) est bien le centronote lyzan de Lacépède, dans ce sens que celui-ci lui donne pour synonyme Yamia deSalvien; mais c'est aussi le deuxième glaucus de Rondelet, ou le caranx amia., et le centronote vadigo 1, Lacépède, t. III, p. 3i5. — 2. Idem, t. UI, p. 5i6. CHAP. XI. LICHES. 347 de Lacépède, le scomber amia de Linnœus, et ce n est rien moins que le lyzan de Forskal. Enfin, son ce7it7^onote'uacligo{]). 196, et 2.^ éd., p. 4^0) est le troisième glaucus de Rondelet ou le centronote glaycos de Lacépède , qui n'est point mentionné dans Linnœus. Nous espérons que nos lecteurs nous par- donneront cette longue discussion; elle était nécessaire pour faire voir dans quel désordre sont encore quelques parties de Tliistoire na- turelle qu'il aurait été si facile d'éclaircir, si l'on eût consulté la nature , et dont on n'a cessé d'augmenter l'obscurité , pour avoir voulu travailler sur des descriptions d'autrui, sans apporter à ce travail l'esprit de critique in- dispensable pour y réussir; car il faut bien remarquer que ces divergences ne viennent point de ce que chaque auteur aurait fait des observations particulières , qui ne se seraient point accordées avec celles de ses prédéces- seurs ; personne entre Willughby et M. Risso n'avait rien observé. Artedi avait copié Wil- lugbbj, et tous les autres avaient copié Ar- tedi, soit immédiatement, soit en copiant Linnaeus. Cest à peu près avec la même confiance quils ont tous supposé, d'après Rondelet, que ces poissons étaient les glaucus des anciens. 348 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. Rien n'est moins prouvé ; on pourrait dire même que c'est le contraire qui l'est, car Aristote dit que le glaucus a les appendices du pylore en petit nombre, comme la dau- rade*, et les liches les ont presque en plus grand nombre que la plupart des poissons. Rondelet (p. 253) n'en donne qu'une seule à sa première espèce ; mais c'est qu'elles y sont réunies en une seule masse par une cellulosité serrée. La LiCHE AMIE. (Lie/lia amia, nob.; Scomber amia, Linn. ^) Nous décrirons d'abord l'espèce à ligne latérale très -arquée en avant , qui est le deuxième glaucus de Rondelet , et Xamia de Salviani. Son corps est comprimé verticalement et en forme d'ovale alongé. Sa plus grande hauteur est dans le milieu entre le commencement de la deuxième dor- sale et de l'anale, et est contenue trois fois et demie dans la longueur totale. L'épaisseur est deux fois et denrie dans la hauteur. A compter du point dont 1. Aristote, Hist. anîm., 1. II, c. 17. 2. Secunda glauci species , si\e glaucidium, Rondelet, p. 2 54» Amia, voce Leccia, Salv., p. 121 ; Scomher amia, L. et Bl. Schn.; Caranx amie, Lac; Cenlronote vadigo, id.; Centronote Ijzan, id.; Centronote Ijzan, Risso; mais ce n'est point du tout le vrai lyzan de Forskal. CIIAP. XI. LICHES. 549 nous venons de parler, la ligne du dos descend, et celle du ventre monte assez uniformément vers le museau et vers la cpieue; ici elles deviennent hori- zontales pour un petit espace. La longueur de la tête fait le cinquième de la longueur totale. Sa hauteur à la nuque égale à peu près sa longueur. Le diamètre de l'œil est cinq fois et demie dans sa longueur. L'espace qui est derrière lui est de trois diamètres; celui qui est devant, d'un diamètre et demi. L'inter- valle d'un œil à l'autre est de deux diamètres. Le museau devant les yeux est légèrement convexe et un peu obtus entre les yeux. Le front est presque plan ; mais immédiatement après commence une nu- que assez tranchante, et tout le dos demeure ainsi. Les orifices de la narine sont plus près de lœil que du museau, et consistent en deux trous ovales, ver- ticaux, rapprochés l'un de l'autre, dont le postérieur est le phis grand. La mâchoire inférieure avance à peine plus que l'autre. La bouche est fendue jusque sous l'œil. Le sous-orbitaire entre l'œil et la bouche est étroit, sans aucune partie saillante, et ne couvre dans l'état de repos que la moitié antérieure du maxil- laire. L'extrémité de celui-ci se porte jusque der- rière le bord postérieur de l'orbite. L'intermaxillaire est faiblement proiractile , assez large dans le milieu. Il s'amincit beaucoup vers la commissure. Le maxil- laire s'y élargit comme de coutume. Il n'y a point de lèvres. Chaque mâchoire est garnie d'une large bande de dents en fort velours, et il y en a une bande étroite à chaque palatin , et une petite plaque triangulaire au-devant du vomer. Le voile derrière 350 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. la mâchoire supérieure est bien marqué. La langue est triangulaire, large, très-libre, et a dans son mi- lieu une petite plaque ovale, chargée de dents en velours ras. Le bord antérieur du limbe du préo- percule est en arc de cercle. Le bord de l'os lui- même fait dans le bas un angle un peu saillant, mais arrondi. L'ensemble operculaire n'a pas le tiers de la tête en longueur, et est aussi arrondi, mais fait à son tiers supérieur un angle légèrement saillant, qui semble commun à l'opercule et au sous -opercule, et Ion sent avec le doigt que l'opercule osseux se termine par deux pointes obtuses et faibles, entre lesquelles est une légère échancrure. La ligne de séparation de ces deux pièces descend obliquement en avant, jusqu'un peu au-dessus de l'angle arrondi du préopercule, où elle rencontre celle de l'interopercule, qui descend obliquement en arrière. Toutes ces pièces ont leurs bords entiers. La fente de l'ouïe règne jusque sous le bord postérieur de l'œil, où les deux membranes croi- sent un peu l'une sur l'autre, et s'insèrent sous un repli de la peau, qui réunit les deux branches de la mâchoire. Chaque membrane a neuf rayons. Le mu- seau, les mâchoires et les opercules sont nus; mais la joue est écailleuse. L'épaule a un petit espace lisse au-dessus de la base de la pectorale. Cette nageoire s'attache un peu au-dessous du milieu, et sa base finit obliquement en arrière : elle n'a pas le huitième de la longueur totale. Sa largeur fait moitié de sa longueur. On y compte vingt- un rayons, dont le quatrième, le cinquième et le sixième, sont les plus longs. L'aisselle est lisse et a dans le haut une petite CHAP. XI. LTCHES, 3S1 membrane, qui y forme une espèce de poche di- rigée vers le bas. Les venirales naissent sous Textré- mité postérieure de la base des pectorales et, les éga- lant en longueur, en dépassentun peules pointes; très- rapprochées l'une de l'autre, elles attachent leur bord interne au ventre par une très-courte membrane, et n'ont point entre elles d'écaillé particulière. Leur aisselle est lisse. L'épine, cachée dans leur bord, ne fait que moitié de la longueur du premier rayon mou. Les rayons suivans vont en décroissant un peu. La première dorsale est remplacée par sept et quel- quefois six, quelquefois huit épines fortes et courtes, munies chacune en arrière d'une petite membrane triangulaire, qui ne s'attache point à lépine suivante. La première répond sur le tiers postérieur de la pectorale, et est à une distance du museau qui est comprise trois fois et demie dans la longueur totale. L'espace qu'elles occupent elles-mêmes v est six fois et demie. Leur propre hauteur n'est que le dixième ou le douzième de celle du corps ; elles peuvent se coucher dans un sillon du dos, de manière à ne point paraître. En avant de la première est une épine couchée, la pointe en avant et immobile. On ne l'aperçoit qu'en pressant la peau avec le doigt; elle fait partie intégrante de finterépineux qui précède celui qui porte la première épine. La seconde dor- sale suit inmiédiatement la septième de ces épines ; elle en a elle-même une dans son bord, moitié moindre que son premier rayon, qui a à peu près moitié de la hauteur du corps. Les suivans diminuent rapide- ment jusqu'au septième, qui n'a que moitié de la 552 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. hauteur du premiei 5 puis ils restent ainsi peu élevés. Il y en a vingt en tout. Le dernier fait un peu la pointe. L'anale répond à la seconde dorsale pour l'étendue , pour la forme et pour le nombre des rayons; elle est précédée de deux petites épines libres; puis il y en a une plus grande dans son bord antérieur. L'espace entre ces nageoires et la naissance de la caudale est du quatorzième de la longueur totale, un peu moins haut que long, et son épaisseur est des deux tiers de sa longueur. Le bord supérieur et l'inférieur en sont plats; ce qui a pu faire dire que cette queue est carrée, La longueur de chaque lobe de la caudale, à partir de la naissance du premier petit rayon, est quatre fois et un tiers dans la lon- gueur totale; elle est fourchue jusqu'aux deux tiers de sa longueur, et les écailles avancent presque jus-» que-là sur sa base; elle a, comme à l'ordinaire, dix- sept rayons entiers et cinq ou six plus petits à chaque bord. Ses lobes sont pointus. B. 9 ; D. 7 — 1/20; A. 2 — 1/20; C. 17 ; P. 21 ; V. 1/5. La joue et le corps sont couverts de très-petites écailles serrées, sans ordre, et qui ressemblent à des papilles, plutôt qu'à des écailles. Vues à la loupe, elles paraissent ovales, plus longues que larges, lisses et à bords un peu crénelés. Il y en a de beaucoup plus petites entre les rayons de la caudale. La dorsale et l'anale sont épaisses, mais semblent avoir de légers plis de la peau plutôt que des écailles. Dans tous les cas elles ne ressembleraient point à celles du corps. La ligne latérale n'est guère marquée que par un trait CHAP. XI. LICHES. SSS étroit , formé d'ëcailles plus petites que les autres , et par une teinte noirâtre. Partant du haut de l'ouïe, à distance égale entre la pectorale et la nuque, elle est d'abord un peu concave et monte un peu jusque vis-à-vis l'épine couchée en avant de la première dorsale. Là elle fait un angle obtus, devient un peu convexe, et descend obliquement , mais assez rapi- dement, jusque sous la quatrième épine, où, arrivée à moitié de la hauteur du corps, elle reprend de la concavité; elle marche ainsi jusque sous les premiers rayons de la seconde dorsale, où elle remonte un peu, et, après avoir pris une courbure convexe, suit en ligne droite le milieu de la hauteur jusqu'à la caudale. Ce poisson est argenté, et a le quart supérieur, depuis le museau jusqu'à la queue, d'un plombé bleuâtre. Ses nageoires sont jaunâtres. La deuxième dorsale et l'anale ont leur pointe teinte d'un gris noirâtre. L'anale l'a même généralement plus foncée. Les jeunes individus, à quatre ou cinq pouces par exemple, sont marqués de sept ou huit bandes noi- râtres, verticales, qui descendent un peu au-dessous de la ligne latérale. Il en reste des traces jusqu'à ce qu'ils aient six ou huit pouces. Le foie de la liche amie se compose de deux lobes aplatis et arrondis à leur ex.trémité. Le gauche est plus long que le droit. La vésicule du fiel est longue, étroite et attachée à un long canal cholédoque qui remonte jusque dans le pli des deux lobes du foie. Il y reçoit un grand nombre de vaisseaux hépato- cysiiques, qui viennent du lobe gauche, et il descend 8. 23 5^4 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. ensuite le long de l'œsophage, pour se rendre auprès du pylore sous les appendices cœcales. L'œsophage est long et large, et se dilate en un estomac assez large et qui a un étranglement très- marqué vers la pointe. Les parois en cet endroit sont plus épaisses. La branche montante qui va au pylore est assez épaisse , mais très-courte; elle forme avec l'œsophage un angle très-ouvert. Les appendices cœcales sont en nombre considérable, mais toutes réunies en une masse d'apparence glanduleuse, qui entoure le duo- dénum, et qui remplit vers le diaphragme l'espace compris entre l'œsophage et la branche pylorique. C'est cette réunion qui peut seule nous expliquer ce que dit Rondelet, page 265, qu'il n'a trouvé dans le glaucus qu'une seule appendice au pylore; encore faut-il supposer que c'est à sa seconde espèce que • celte observation s'applique, et non à sa première, dans l'histoire de laquelle elle se trouve, mais où cette soudure n'a pas lieu. L'intestin est étroit , ne fait que deux replis assez courts. Il se dilate un peu vers le rectum, et à l'en- droit où commence sa dilatation il y a une valvule dont la Tîlace est indiquée à l'extérieur par un épais- sissement et un léger étranglement de l'intestin. La rate est médiocre , arrondie , placée sous les dernières appendices cœcales. Les ovaires sont petits et reculés vers l'arrière de l'abdomen, auprès de l'anus. La vessie aérienne est très -grande et un peu di- latée vers l'arrière de l'abdomen. Ensuite elle donne CHAP. XI. LTCHES. Sbb deux pointes, qui pénètrent dans l'épaisseur de la queue, de chaque côté des interépineux de l'anale. Les reins sont épais, longs et réunis presque aussitôt leur origine en un seul lobe, qui suit la vessie natatoire jusqu'à sa bifurcation. Ils donnent alors chacun un uretère qui , passant entre les four- ches de la vessie aérienne et s'appuyant sur le pre- mier interépineux de l'anale, va déboucher dans la vessie urinaire : celle-ci est épaisse , petite, comprimée, presque carrée et un peu échancrée sur son bord antérieur. Chaque pointe ducroissant reçoit l'uretère. Nous avons trouvé de petits poissons dans l'es- tomac. Dans le squelette les cinq crêtes du crâne sont bien prononcées. La mitoyenne, plus longue et surtout plus haute que les autres, s'étend jusque sur Teth- moide; elle est un peu ouverte sur le devant. Il n'y a point de trous entre elle et les crêtes mitoyennes; mais on en voit un entre celles-ci et les externes, près de l'arête occipitale. Le dessus de l'orbite est épais et celluleux, ou plutôt faveux, c'est-à-dire que des la- melles osseuses y forment des cavités tubuieuscs. Le second os styloide est plus grêle que dans les thons. Le cubital, large dans le haut, se termine vers le bas par un stylet, qui laissai un large trou entre lui et 1 liuméral. Le radial n'a quun trou rond. Les os du carpe n'ont rien de particulier. Il y a à l'épine vingt -quatre vertèbres, dont dix appartiennent à l'abdomen ; elles n'ont point de parties annulaires inférieures, comme on en voit dans les tlions , et portent des côtes simples, rondes 356 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. et assez fortes. La dernière seule porte les siennes par des apophyses descendantes , percées chacune d'un trou. Il y a un trou semblable de chaque côté de la partie annulaire des apophyses inférieures de la queue. Les trois dernières vertèbres de la queue se réunissent pour porter la nageoire. La nuque a trois interépineux avant celui qui se termine dans le haut par une épine fixe, dirigée en avant, et qui précède ceux de la première dorsale. M. Risso (p. 195) dit que cette espèce at- teint quatre pieds et demi de longueur et un poids de cent livres. Salvien(fol. 121, verso) dit aussi quil a souvent une coudée et quel- quefois trois. Selon M. de Martens % il y en a dans l'Adriatique de plus de cinquante livres. C'est à l'espèce suivante que Rondelet attri- bue une grande taille : il dit que celle-ci de- meure toujours plus petite^; mais j'ai lieu de croire qu'il s'est trompé, ou plutôt que ce qu'il dit de riîistoire et de Fanatomie de ses deux premiers ^laiicus a ëte transposé. Nous pos- sédons une tête de l'espèce actuelle qui an- nonce un poisson de trois pieds et demi. Du- hamel^ parle d'une liche qui pesait quarante- 1. Voyage à Venise, t. II, p. 454- 2. Quod differt , ejus magniiudinem nunquam aitingît , undc yXitOKiS^tov jure dici poiest. (Rondelet, p. 204.) 3. Pèches, part. 2, sect. 8, p. 24o. CHAP. XI. LICHES. 357 deux livres. Mais la ligure qu'il en donne (pi. 7, fig. 4) est si mauvaise qu'on ne sait à laquelle des trois espèces on pourrait la rapporter. On péclie celle dont nous parlons à Nice, au mois de Septem])re, selon M. Risso, et on l'y nomme lica y à Venise on l'appelle lizza, et c'est un des poissons que Ton y estime et que l'on y recherche le plus. ^ Cette première liche, ainsi que la seconde , est du nombre des poissons de la Méditerra- née qui se trouvent sans différence au cap de Bonne-Espérance. Nous en avons reçu du Cap par MM. De- lalande et Verreaux plusieurs individus, qu'il nous serait impossible de distinguer de ceux de Marseille et de Naples. Les Hollandais de cette colonie l'appellent Ijre-vish. On la pèche aussi à Corée, d'où M. Rang vient de nous l'envoyer, et elle remonte à l'embouchure du Sénégal, d'où nous en avons reçu des individus par M. Jubelin. Je ne pense pas néanmoins que ce soit , comme l'a cru M. Risso , le scomber Ijzan de Forskal. C'est sur cette espèce ou, en d'autres termes, 1. Martens, îoc cit., p. 455. 51S8 LIVRE IX. SC0MBÉR0ÏDE5. sur le centronote vadi^o de M. de Lacépède, que M. Rafinesque dit avoir établi son genre hjpacanthus ^ ; mais le caractère qu'il lui as- signe d'épines libres en avant de Faiiale , se retrouve aussi dans les deux autres le glaycos et son binotatiis , quil laisse parmi les cen- tronotus : ainsi c'est pour n avoir pas bien ob- servé ces deux dernières espèces, qu'il a cru devoir ériger ce genre, et on ne peut le con- server. Ce poisson est le cerviola des Siciliens. La Lie HE GLAYCOS. {Lichia glaiicuSj nob.; Scomber glaucus , Linn.-) Notre seconde espèce, qui est le premier glaucus de Rondelet, comparée à celle que nous venons de décrire, présente, indépen- damment de sa ligne latérale non coudée, un grand nombre de difierences. Son corps est un peu moins alongé, et sa caudale l'est davantage. La longueur de ses lobes est trois fois deux tiers dans la longueur totale. Sa tête est plus courle à proportion. Son œil un peu plus grand; 1. Rafinesque, Carat leri di alcuni gen. e spec., p. 4"^j §• ^2. 2. Premier glaucus de Rondelet; Lampuge , Bélon , p. i55; Scomher glaucus, Linn. : Caranx glauque, Lacép. ; Cenlronote glajcos , Liche glaycos , Risso, 2/ édition; CentronoUis binolaius, Rafiu. CHAP. XI. LICHES. 359 son profil un peu plus arqué ; la nuque s'élève da- vantage; la crête en descend plus avant sur le front, qui, en conséquence, est moins aplati. La gueule est beaucoup moins fendue, et le maxillaire ne se porte que jusque sous le bord antérieur de l'œil. Les bandes de velours de ses mâchoires sont beau- coup plus étroites, et les dents en sont plus fines et plus courtes. Les épines qui représentent la pre- mière dorsale, sont en général au nombre de six, quelquefois de cinq. La seconde dorsale a sa partie antérieure moins haute, moins pointue. Sa longueur est plus considérable; elle a vingt-quatre ou vingt- cinq rayons mous, sans compter l'épine de son bord antérieur. L'anale a la même forme, et ses rayons sont au nombre de vingt-trois. Les deux épines libres qui la précèdent , sont plus longues que dans la première espèce. Les pectorales ont la même forme; mais les ventrales sont de moitié plus courtes. Les écailles sont un peu plus grandes que dans la précédente, et la ligne latérale fait à peine un ou deux très-légers serpentemens; l'un sur la pointe de la pectorale, l'autre sous le conmiencement de la dorsale; en sorte qu'au total on peut dire qu'elle est droite. Les couleurs de cette espèce paraissent plus bril- lantes : son argenté et le plombé du dos sont plus vifs. M. Pdsso dit même que le dos est d'un bleu d'outremer 1. Je vois sur tous mes individus, d'une certame taille, trois, quatre ou même cinq taches 1. Risso, p. 194. 560 LIV RE IX. SCOMBÉROÏDES. noirâtres, verticalement oblongues, qui coupent la ligne latérale; luais les jeunes, ceux de quatre pouces par exemple, n'en ont encore aucunes. La deuxième dorsale et l'anale sont d'un jaune doré, et ont cha- cune, et dans tous les âges, à leur pointe antérieure une large tache rondo, d'un noir foncé, et très- tranchée. Les pectorales sont d'un gris jaunâtre ; les ventrales blanchâtres ; la caudale d'un brun noirâtre le long de ses bords supérieur et inférieur, blanchâtre au postérieur, et tout-à-fait noire vers le bout de ses lobes, B.8;D.7 — 1/25; A. 2 — 1/23 ou 24; C. 25; P. 11; V. 1/5. A l'intérieur, la liche glauque diffère un peu des autres, parce qu'elle a beaucoup moins d'appendices cœcales, et que ces appendices ne sont point réunies en masse. Le foie se compose de deux lobes, dont le gauche est lui-même divisé en deux. Le droit est simple, épais, triangulaire, et soutient la vésicule du fiel, qui a la même forme que dans la liche anrie; mais elle est plus grande. L'œsophage est court, et l'es- tomac, de forme triangulaire, est un simple sac, qui n'a pomt d'étranglement. Il y a treize appendices assez grosses au pylore, et non réunies coumie dans l'espèce précédente. L'intestin est large, et fait deux replis à peu près égaux avant de se rendre à l'anus. La dilatation du rectum est considérable. La rate estalongée, de cou- leur très-noire, et rejetée tout-à-fait vers l'arrière de Vabdomen. La vessie natatoire est bifurquée. Ses fourches sont CHAP. XI. LICHES. . 561 plus longues que dans la précédente espèce, et les parois beaucoup plus minces. Le squelette de celte seconde espèce ressemble à celui de la première par le nombre des vertèbres; mais il n'y a point de trous aux bases des apophyses inférieures de la queue, et chaque vertèbre a en dessous à ses deux extrémités un petit crochet, qui manque à l'espèce précédente. Le crâne est aussi moins celluleux sur l'orbite, ou plutôt il ne l'est pas du tout. C'est à cette espèce que Rondelet attribue une grandeur quelquefois de trois coudées 5 mais je pense qu'il y a eu, comme je lai déjà dit, quelque transposition de ses notes : M. Risso ne lui donne que quinze pouces, et dans le fait les individus qui nous sont par- venus sont en général plus petits que ceux de l'espèce précédente. Il y en a au Cabinet du Roi, de Marseille, de Nice, de Naples, de Morée et de la côte d'Egypte, tous très-sem- blables entre eux. Le centronotus hinotatus de M. Rafinesque * nous parait simplement un individu de cette espèce, qui n'avait que deux taches latérales; mais leur nombre est sujet à varier. Tout le reste des caractères est parfaitement d'ac- cord, et sa ligure ° est aussi fort exacte, si ce \. Curallerl, etc., p. 43, n." 119. — 2. Ihid., pi. 8. fig. 2. 562 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. n'est qu'il y a oublié les deux épines libres devant Tanale; erreur qui la engngé dans une autre, celle de la création de son genre hypa- canthus. Il nous apprend que les noms sici- liens de cette espèce sont cionana, douera, ciodena ou ciodera. A Nice ou l'appelle lecco. L'espèce se répand au loin dans l'Océan. Nous avons d'AIgésiras, de Madère, de Ténériffe, de Gorée, du Brésil, de l'Ascension, de Sainte- Hélène et du Cap, des individus qu'il nous est impossible de distinguer de ceux de la Mé- diterranée. Tout au plus varient-ils par l'éten- due de la tache noire de la dorsale et de l'anale, et par le plus ou moins d'apparence de celles des lianes. Forster en avait aussi dessiné à San-ïago et à l'Ascension, qu'il avait très-bien nommés sconiber ^laucus. Ses dessins, conservés à la bi])liothèque de Banks, sont parfaitement con- formes à notre espèce, et sa description, pu- bliée par Schneider dans le Sjstenia de Bloch (p. 539), léserait aussi de tout point, sans les nombres des rayons, qui sont portés à vingt- huit pour la seconde dorsale, et à vingt-six pour lanale. Dans un autre endroit * Schneider a fait CHAP. XI. LICHES. 565 je ne sais quel mélange de la description de ce scomher glauciis avec celle de quelqne poisson plus ou moins analogue au chœtodon glaucus ou à lacajithmion, dont nous parle- rons plus bas. M. Bowdicli a dessine encore à la Gambie un individu très-semblable aux nôtres; mais ne lui trouvant que quatre épines libres sur le dos, il l'a nommé lichia tetracuntJin. Nous ne pensons pas que ce soit un carac- tère suffisant pour en faire une espèce. La LiCHE VADIGO. {Lichia vadigo 3 nob.j Centronotus vadigo, Risso.^) Notre troisième espèce, qui est aussi la troi- sième de Rondelet, est beaucoup moins com- mune que les deux autres, car nous ne voyons que Rondelet et M. Risso qui l'aient décrite d'après nature, et tous deux la disent rare: Littorihus nostris vix notiis est^ dit le pre- mier. En effet, il ne nous en est encore arrivé que deux individus. C'est un poisson moins haut et plus épais que les deux autres, et qui se rapproche ainsi un peu 1. Tioislèinc glaucus , ou glaucus sinuosus de Rondelet; Cen- ironote glaycos , Lacép. ; Centronole vadigo, Risso; Liche vadigo, id-, a/ édit. 564 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. du sous-genre des pilotes. Le tranchant de sa nuque et de son front est assez obtus, et à peu près égale- ment. Sa bouche est fendue jusque sous le bord an- térieur de l'œil, et le maxillaire, qui s'élargit beau- coup, se porte jusque sous le bord postérieur. Au lieu d'une bande de dents en velours, il n'y a aux mâchoires qu'une rangée de dénis coniques , poin- tues, un peu crochues, séparées les unes des autres. Le vomeraune plaque en losange, et chaque palatin une en carré, de dents en velours ras. Une plaque semblable est sur la langue, plus grande à proportion qu'aux deux autres. Les épmes dorsales sont au nombre de sept; mais la septième est très-petite. La deuxième dorsale et 1 anale sont aussi pointues de lavant que dans la première espèce; mais leiu' dernier rayon se prolonge davantage. La dorsale a vingt-neuf rayons mous, et l'anale, qui commence un peu plus en ar- rière, n'en a que vingt-trois. Les proportions de la caudale sont aussi à peu près comme dans la pre- mière espèce. Les écailles sont grandes comme dans la seconde. La ligne latérale, après avoir fait au- dessus de la pectorale un arc légèrement convexe vers le haut, se rend à la caudale avec quelques on- dulations, mais très-peu marquées. B. 8 : D. VII — 1/29 ; A. 2 — 1/:3 ; C. 24 ; P. 17 ; V. 1/5. Le bleu ou le plombé du dos et l'argenté du ventre se joignent d'une façon très-remarquable par des en- dentures ou des festons rétrécis à leur base et dilatés à leur extrémité, qui entrent du plombé dans l'ar- genté et de l'argenté dans le plombé. La ligne laté- rale, qui d'abord était au-dessus du zigzag profond CHAP, XI. LICHES. 56S qui résulte de ces endentures , le traverse oblique- ment, et vers la queue elle reste au-dessous. L'individu que nous avons décrit est long de dix- neuf pouces , sur quatre et demi de hauteur. M. Lau- rillard en a rapporté un de près de deux pieds, d'ail- leurs entièrement conforme. Rondelet a pris la ligne de séparation des deux couleurs pour la ligne latérale, et c'est pour cela quil dit : Linea a hranchiis ducta longe ma gis Jlexuosa tortuosaque est : ni- iniriun instar serpentuni an vermiuni cor- poj^is gradientium y vel undariun sese attol- lentiiun et mox deprinientiiim , dorsimi ex cœruleo nigrescit ad linœam prœdictani us- nue; pars linece suhjecta candidissima. Sa chair, selon cet auteur, est grasse et agréa- ble au goût, mais dure. M. Risso rapporte que cette espèce s'ap- proche des rivages de Nice en Février et en Mars, en poursuivant les petites dupées, dont elle fait sa nourriture. On en prend alors du poids de quatre à six livres. Son nom à INice est lezia ; en Sicile, selon M. Piafinesque , on l'appelle cerviola inipi- riali. ^ 1. Rafinesque, Indice, p. i8, n." 57. 566 LIVRE IX. SCOMBÉROÏDES. La LiCHE ÉPERON. {Lichia calcar, nob.; Scomher calcar, B].^) Bloch a fait connaître une liche des côtes d'Afrique, à laquelle il n'attribue que trois épines libres, mais toutes les trois assez fortes. Son corps est plus court, à proportion, que dans les précédentes , la hauteur n'étant dans sa lon- gueur qu'un peu plus de trois fois. Le dessin lui donne une ligne latérale à peu près parallèle au dos, et il n'est dit autre chose sur la nature de ses tégu- mens, si ce n'est qu'elle est alépidote; ce qui n'est probablement pas exact à la lettre. Sa couleur est argentée et teinte sur le dos de vio- làlre ou de plombé. Ses nageoires paraissent d'un gris jaunâtre. B. 6 ? D. 3 — l/:0 : A. 2 — ly21 ; C. 13? P. 14 ; V. 1/5. On ne lui marque point de rayons libres en arrière. Elle avait été prise à Acara, sur la côte de Guinée, par le docteur Isert. Sa taille égale celle du maquereau, et l'espèce vit aussi en troupes. Sa chair nest pas mauvaise. Cest la seule liclie étrangère à la Méditerranée dont il soit question dans les auteurs, et peut-être n'est-ce même qu'un chorinème. 1. Scomber calcar, Blocli , pi. 33G . fig. 2 ; Centronote éperon, Lacépcde, t. IV, p. 71 5- CHAP. Xir. CHORINÈMES. 367 CHAPITRE XII. Des Chorinëmes {Chorinemus , nob. j Scom béroides , Lacëp. ) . M. de Lacëpède a nommé scoinbéj^oïdes, des liches semblables aux autres par la plu- part de leurs organes , mais dont les rayons de la deuxième dorsale ou de l'anale sont ou entièrement détachés, ou réunis par une mem- brane si basse ou si frêle qu'elle disparaît aisé- ment, et qu'ils semblent former des fausses nageoires, semblables à celles que nous avons observées dans les scombres et les thons. Le nom de sconibéroïde ne pouvant être conservé, attendu qu'il ferait équivoque avec celui de la famille, j'ai cru pouvoir leur don- ner celui de chorineme (de vïfxoc, lilet, rayon, et de %